GUILLAUME DE CONCHES. SES ÉCRITS. SA MÉTHODE
Saint Ambroise, Hygin et Suétone sont presque les seules sources auxquelles Saint Isidore de Séville ait puisé ses très maigres connaissances astronomiques.
Pline l’Ancien, qu’Isidore semble avoir ignoré, apporte au Vénérable Bède de nouveaux renseignements, et le Moine de Wearmouth se hâte d’en profiter.
La documentation de Jean Scot Érigène s est singulièrement accrue, en partie parce que le Philosophe de Charles le Chauve connaissait la langue greque. A la Patrologie latine se joint, pour lui la Patrologie grecque, enrichie des écrits attribués à Denys l’Aréopagite et des commentaires de ces écrits. En outre, la liste des auteurs profanes lus par les Scolastiques latins s est singulièrement allongée ; à l’Histoire naturelle de Pline sont venus s’ajouter la Géographie de Ptolémée, les Noces de la Philologie et de Mercure de Capella, et surtout le Commentaire au Timèe de Chalcidius. Révélée aux Latins par ce commentaire en même temps
Bède le Vénérable, loc. cit., col. 889 : De ordine plnnetarum.
que par les œuvres dq, Pseudo-Aréopagite, la philosophie néoplatonicienne exerce sur eux une entraînante séduction à laquelle nous devons la grandiose métaphysique de l’Érigène. En même temps, le Commentaire de Chalcidius fait connaître aux Occidentaux l'hypothèse astronomique d’Héraclide du Pont sur les mouvements de Vénus et de Mercure.
Cette double influence, métaphysique et astronomique, exercée par le Commentaire au Timée de Chalcidius, se trouve singulièrement renforcée lorsque les Chrétiens d’Occident commencent à lire le Commentaire au Songe de Scipion composé par Macrobe. A cette lecture, ils s’adonnent avec une extraordinaire ardeur. Les opinions des philosophes païens, connues de la sorte, prennent sur leur raison une autorité qui contrebalance celle de l’Écriture ; ils rêvent d’expliquer scientifiquement la Genèse ; ils se laissent séduire par toutes les doctrines néo-platoniciennes et, en particulier, par la théorie de l’unité de l’intellect ; en même temps, leurs connaissances astronomiques se développent et se détaillent. Le De mundi constitutione, faussement attribué au Vénérable Bède, nous révèle l’état d’esprit d’un de ces lecteurs de Macrobe.
Avec Guillaume de Conches, nous allons constater que la bibliothèque des Scolastiques latins s’est encore enrichie. Dans les écrits de ce docteur, nous trouverons des citations de Lucrèce, dont l’influence atomistique se viendra mêler aux tendances néo-platoniciennes ; nous trouverons aussi des emprunts faits à Johannitius et à Constantin l’Africain.
Johannitius est une adaptation latine du nom arabe Honein.
Abou Zeid Honein ben Ishac ben Soleiman ben Ejjub el Hadi 1 était issu d’une famille arabe et chrétienne qui habitait à el-Hira ou dans les environs de cette ville. Il naquit à el-Hira où son père exerçait la profession d’apothicaire. Beaucoup d’auteurs ont placé sa naissance en l’année 194 de l’hégire (809 après J.-C.) ; Wüstenfeld pense qu’il dût naître environ vingt ans plus tôt.
Après avoir suivi à Badgad les leçons de Jahja Ben Màseweib, il se mit à parcourir les villes grecques pour y acquérir la connaissance de la langue et des sciences helléniques, puis l’Arabie pour se perfectionner dans l’usage de l’Arabe ; il revint alors se fixer à Bagdad, où il traduisit en Arabe un certain nombre d’ouvrages grecs. La plupart des ouvrages traduits par Honein étaient relatifs à la Médecine ou à la Matière médicale ; parmi eux se trouvaient presque tous les ouvrages aujourd’hui connus d’Hippocrate et de
i. Sur ce personnage, voir : Wuestenfeld, Geschichte der Arabischen Aerste and N~ttarforseher, (îôttingen, 1840, art. 69, pp. 26-29.
LE SYSTÈME d’hÉRACLIDE AU MOYEN AfiE
Galien, le Traité dos simples de Dioscoride, le Livre de médecine de Paul d’Egine ; on y voit également figurer le célèbre opuscule logique de Porphyre, Y Introduction aux catégories d' Aristote.
Honein traduisit, en outre, non plus en Arabe, mais en Syriaque, bon nombre de traités d’Aristote, YOrganon, les Analytiques , la Rhétorique, la Poétique et la Physique. Son fils, Abou Jacoub Ishac ben Honein les fit ensuite passer en Arabe. Ce même Ishac ben Honein joignit des traductions d’Euclide et d’Archimède à la traduction de Y Almageste de Ptolémée que son père avait donnée.
Honein ne sc contenta pas du rôle de traducteur ; il fut auteur. Un lexique syriaque-arabe, une grammaire syriaque, quelques opuscules de Logique et de Physique, nombre de traités de Médecine forment la collection de ses œuvres. Parmi celles-ci, il en est une qui eut une vaste et longue réputation ; c’est un commentaire à la Ts/vy) de Galien. De bonne heure, ce commentaire fut traduit en Latin sous ce titre : Isagoge Johannitii ad tegni Ga/eni. Par cette traduction, les Latins se trouvèrent initiés aux théories physiologiques de Galien.
Y' Isagoge Johannitii eut, d’ailleurs, une fortune durable. Il fut imprimé, d’abord, dans une édition qui ne porte aucune indication typographique, puis à Venise en 1483, 1487, 1491, 1493 et 1500', àLeipzick en 1497L On en donnait encore une édition à Strasbourg en 1534.
Honein, qui était chrétien et diacre, donna violemment dans l’hérésie des iconoclastes. Dénoncé à Théodose, évêque de Bagdad, il fut frappé d’excommunication. Il mourut peu après, le 30 novembre 873.
Avec Johannitius, Constantin l’Africain fut un de ceux qui initièrent la Scolastique latine aux théories physiologiques des médecins grecs.
Né à Carthage vers 1020, Constantin y avait acquis les connaissances les plus étendues ; il y fut accusé de Magie ; obligé de s’exiler, il se réfugia à Salerne, où il fut choisi comme secrétaire par Robert Guiscard ; il fut l’un des chefs de la célèbre école médicale de Salerne ; après avoir pris l’habit du Mont Cassin, il mourut en 1087.
De Johannitius et de Constantin va s’inspirer Guillaume de Couches.
Lorsqu’il énumère, dans son Almagestum novnm , les diverses