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Hain, Op. laud., no g

l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE

théories qui ont été proposées pour rendre compte des mouvements de Vénus et de Mercure, Riccioli cite 1 2 le De natura rerum liber du Vénérable Bède et le De constitutions Mundi liber du Pseudo-Bède ; il n’hésite pas à attribuer ces deux ouvrages à l’Abbé de Wearmouth, qui aurait rédigé le premier dans sa jeunesse et le second dans son âge mûr.

Mais Riccioli va plus loin ; il cite encore un troisième ouvrage qu’il attribue à Bède et qu’il intitule Liber de elementis Philosophé. En effet, l’édition in-f°, donnée en 1612, des Bedæ Venerabilis Opéra attribue à l’Abbé de Wearmouth un écrit intitulé Ilepl StSaJ-écov sivelV libri de elementis Philosophé où se trouve le passage cité par Riccioli.

Gomme l’a fait remarquer Barthélemy Hauréau *, l’attribution de cet écrit à Bède le Vénérable résulte d’une grossière méprise ; on y trouve cités Constantin l’Africain et Johannitius qui ont vécu longtemps après Bède.

Dès le xvme sièle, d’ailleurs, Oudin, étudiant les écrits de Bède, n’avait pas hésité 3 à en retrancher le Ilepl £éa>v et à rendre cet écrit à son véritable auteur, Guillaume de Gonches.

En dépit de cette démonstration de Casimir Oudin, la Patrologie latine de Migne a maintenu4 le riepl 2>.8aÇé<ov dans les œuvres de Bède, mais en le rangeant parmi les écrits douteux ou apocryphes.

Sous ce titre : De Philosophé Mundi libri quatuor , le même écrit est attribué à Honoré d’Autun au t. XX (pp. 995 sqq.) de la Maxima Bibliotheca Patrum éditée à Lyon. Cette attribution a été reproduite dans la notice consacrée à Honoré d’Autun par 1 Histoire littéraire de la France (t. XII, p. 178).

Se fiant cà cette attribution, la Patrologie latine de Migne n’a pas hésité à insérer5 les De Philosophé Mundi libri quatuor entête des œuvres d’Honoré d’Autun, sans s’apercevoir qu’elle les avait déjà donnés dans les œuvres de Bède.

En donnant Honoré d’Autun, qui mourut vers 1110, pour auteur

1. Almagestum novuni Astronomiarn uetere/n novamque complectens,... auclore P. Joanne Babtista Ricciolo, Societatis Jesu, Ferrarieasi. Pars pusterior tomi primi, p. 283.

2. Barthélémy Hauréau, art. Guillaume de Conciles, in Nouvelle Biographie générale publiée par Firmin Didot frères, t. XXII, coll. 667-673 ; Paris, 1869.

3. Dissertatio de script is Venerabilis Bedæ auctore Cas. Oudino. [Oudini Commentarius de Scriptoribus ecclesiasticis, t. I — Venerabilis Bedæ Opéra accurante Migne, t. I ( Patrologiœ latinœ t. XC) coll. 79-80].

4. Venerabilis Bedæ Opéra accurante Migne, t. I ( Patrologiœ latinœ t. XC) coll. 1 127-1 178.

5. Honorii Augustodunen8IS Opéra accurante Migne ( Patrologiœ latmce t. CLXXI1) coll. 41-102.

LE SYSTÈME d’hÉRACLIDE A. U MOYEN AGE

à l’écrit dont nous parlons, on ne se heurte plus aux invraisemblances qui s’opposaient à ce qu’on en fit l’œuvre de Bède. Mais l’opinion que 1 on émet ainsi, dénuée de toute preuve positive, contredit au témoignage même d’Honorius Scolasticus ; celui-ci, en effet, dans son livre intitulé De luminaribus Ecclesiæ , énumère les écrits qu’il avait composés, et la liste qu’il dresse ne contient pas les De Philosophia Mundi libri quatuor.

Il est vrai que l'autorité de cette liste est, nous l’avons vu, fort douteuse. L’argument que nous venons de reproduire ne suffirait pas à rayer le De Philosophia Mundi de la li^te des œuvres d’ Honoré d’Autun si nous n’en connaissions par ailleurs le véritable auteur.

Les érudits qui se sont occupés de cet ouvrage ne paraissent pas avoir signalé l’édition qui en fut donnée, dès 1531, sous le nom du bienheureux Guillaume, abbé d’Hirschau.

Au xie siècle, Guillaume est religieux bénédictin au couvent de Saint- Emmeran de Ratisbonne ; en 1068, il est nommé abbé du monastère d'Hirschau, dans le diocèse de Spire ; son autorité a plus d’une lutte pénible à soutenir contre des religieux de mœurs dépravées, si nous en jugeons par une lettre que lui adresse Saint Anselme de Cantorbérv ; il meurt le \ juillet 1091, laissant une grande réputation de philosophe, d'astronome et de musicien ; la sainteté de sa vie lui a mérité le titre de bienheureux.

En 1531, Henricpetri publia à Bâle, sous le nom de Guillaume d’Hirschau, un opuscule intitulé Institutiones philosophicæ et astronomicæ 1 , que tous les historiens et bibliographes ont continué d’attribuer au correspondant de Saint Anselme. Or ces Institutions philosophiques et astronomiques sont identiques à l’écrit qui a été successivement attribué à Bède et à Honoré d’Autun.

i. Philosophicarum et astronornicarum institutionum Guilielmi IIibsaugiensis olim abbatis libri très. Opus vêtus et ruine prirnum evulguturn et ti/pis co/nmissum. Basileae excudebat Henricus Petrus, mense Augusto, anno MDXXXI. — Ce texte offre de légères variantes par rapport aux deux textes donnés par la Palrologia latina de Migne, l’un au t. XC, coll. 1127-1178 (Bedæ Opéra, t. I), l’autre au t. CLXX1I, coll. 39-102 (Honoiui Augustodunensis Opéra). En outre, la partie qui, au premier de ces textes, termine l’ouvrage et commence à la phrase : Inconveniens esset si hominis corpus suas haberet actiones, antinu ver a non (col . 1 176) ; la partie correspondante au second texte, partie qui commence à : Cap. XXX, Quœ actiones sint animœ et corporis, ces deux parties, disonsnous, ne se trouvent pas à la fin de l’ouvrage attribué à Guillaume d’Hirschau ; après avoir subi quelques interversions, ce même fragment du texte a été inséré avant les Philosophicæ et astronomicæ institutiones, comme un opuscule distinct dont le titre est Guilielmi Hirsaugiensis aubatis Aliquot philosophicæ sententiæ, et primo de disciplina in studiis seroanda.

Ces nombreuses divergences entre les trois textes que nous avons consultés nous oblige, en nos citations, à les invoquer tous trois. Nous les désignerons respectivement parles noms : Hibsaugiensis, Beda, Honorius.

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Mais l’écrit qui nous occupe n’est ni du Vénérable Bède, ni d’Honoré d’Autun, ni de Guillaume d’Hirschau ; il est de Guillaume de Gonches.

Né vers 1080 à Couches, près d’Évreux, Guillaume aurait été, de 1110 à 1120, disciple de Bernard de Chartres *. Vers 1122, il ouvrit à Paris une école qu’il dirigeait encore avec éclat de 1139 à 1141 Mais les attaques des Cornificiens*, qui lui reprochaient d’accorder trop d’importance aux études grammaticales, l’obligèrent à quitter sa chaire. 11 devint précepteur d’Henri Plantagenet et mourut en 1150 suivant Fahricius, en 1154 suivant Albéric de Trois-Fontaines.

Que le IIspl 8t,8a^éwv soit bien l’œuvre de Guillaume de Conches, c’est une proposition quia été tout d’abord démontrée par Oudin3. Charles Jourdain4 et Victor Cousin5 se sont également attachés à l’établir par des arguments irréfutables que B. Hauréau 6 est encore parvenu à corroborer. En nous aidant du travail de ce dernier savant, indiquons brièvement les raisons qui conduisent à mettre le IIspl SiSa^étov au compte de Guillaume de Conches.

Deux manuscrits du fonds latin de la Bibliothèque nationale [n° 6556 (ancien fonds Colbeid, 6109) et n° 15025 (ancien fonds Saint-Victor, 796)] attribuent à Guillaume de Conches un De Philosophia Mundi liber qui est identique à l’ouvrage successivement imprimé sous les noms de Bède le Vénérable, d’Honoré d’Autun et de Guillaume d’Hirschau. Or l’exactitude du nom d’auteur que fournissent ces manuscrits est mise hors de doute par deux preuves que Barthélemy Hauréau a mentionnées :

« Quelque moine ayant transmis à Guillaume de Saint-Thierry un ouvrage de Guillaume de Conches où étaient agitées diverses questions théologiques, celui-ci se troubla quand, lisant cet ouvrage, il y vit de graves et anciens problèmes résolus en des

1. Abbé A. Clerval, Les écoles de Chartres au Moyen Age, p. i3 ; Paris,

2. La secte des Cornificiens, ainsi nommée du nom de son initiateur, un certain Cornificius, blâmait et condamnait toute étude qui n’était pas directement utilitaire; elle rejetait la Théologie pour s’en tenir à la foi du charbonnier.

3. Dissertatio de scriptis Venerabilis Bedœ auctore Cas. Oudino, insérée dans : Oudini Cornmentarius de scriptoribus ecclesiasticis, t. I, et reproduite au t. XC, coll. 73 sqq. de la Patrologia latina de Migne (Venerabilis Bedæ Opéra, t. I).

4. Charles Jourdain, Dissertation sur l’état de la philosophie naturelle en Occident pendant la première moitié du XIP siècle, Paris, i838, p. 101 .

5. V. Cousin, Fragments philosophiques. Philosophie scholastique. Seconde édition, 1840, p. 41 25-

6. Barthélemy Hauréau, art : Guillaume de Conches, in : Nouvelle biographie générale publiée par Firmin-Didot frères, coll. 667-67.3 ; Paris, i85p.

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ermes nouveaux et contraires à la foi. Ce fut le sujet d’une de ses lettres à Saint Bernard. Il dénonce dans cettre lettre Guillaume de Conches comme auteur de propositions paradoxales et dangereuses sur la Trinité, sur 1 Ame du Monde, sur les démons et sur la création de la première femme. Or, où se trouvent réunies ces propositions, censurées par Guillaume de Saint-Thierry sous le nom de Guillaume de Conches ? Elles appartiennent textuellement au De Philosophia Mundi.

» \ oilà certes une preuve décisive. Eh bien, nous en possédons une qui l’est plus encore. Ces erreurs dont le De Philosophia Muiidi nous offre la série, Guillaume de Conches déclare qu’il les a commises dans un écrit de sa jeunesse intitulé De Philosophia, qu'on l’en a justement accusé, et qu’il les condamne luimême avec la sincère conviction d’un vrai chrétien. Et où cette déclaration se rencontre-t-elle ? Dans le Dragmaticon Philosophia », ouvrage... qui présente sans équivoque le nom de Guillaume de Conches.

» De tout ce qui précède, il résulte que le De Philosophia Mundi est incontestablement de cet illustre écrivain. »

En outre, nous savons par son propre témoignage qu’il avait rédigé cet ouvrage dans sa jeunesse, c’est-à-dire au début du xiie siècle.

Le IIspl ot.oa;ècov n’était cependant pas le premier écrit que Guillaume de Conches eût composé.

Après avoir brièvement exposé comment en l’homme, selon une doctrine qu’il attribue à Platon, il y a deux âmes, l’Ame du Monde et une âme individuelle, il poursuit en des termes que nos divers textes reproduisent de manières différentes.

Le texte mis sous le nom de Guillaume d’Hirschau dit simplement1 : « Cujus expositio alias est ». Le texte que la Patrologie donne dans les œuvres de Bède écrit : « . Cujus expositionem si guis guserat, in aliis nostris scriptis il/am inveniet ». Enfin, le texte que la même Patrologie attribue à Honoré d’Autun s’exprime d’une manière plus explicite : « Cujus expositionem si guis guserat, in Glossulis nostris super Plalonem inveniet » .

Guillaume de Conches nous apprend donc qu’avant de composer le IIspl 8'.5a^cuv, il avait glosé Platon:

Or, nous possédons les gloses que Guillaume de Conches avait composées sur le Timée. Dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale (fonds lat., n° 14065 ; ancien fonds Saint-Germain,

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