‹ Le système du mondeChapitre 55 sur 243 · PE BAUDOIN DE CQURTENAY · texte numérisé non relu

PE BAUDOIN DE CQURTENAY

Le traité De proprietatibus rerum composé par Barthélemy l’Anglais était fort en retard sur la science de son temps ; c’est grâce à cette circonstance qu'il nous a conservé les enseignements de Macrobe et de Guillaume de Conches. Ces mêmes enseignements, nous allons les retrouver dans un ouvrage plus récent que celui de Barthélemy, mais non moins retardataire.

L’ouvrage dont nous voulons parler est un traité d’ Astrologie écrit en prose de l’Ile-de-France. Dans le manuscrit de la Bibliothèque Nationale3 4 où nous l’avons étudié, il est précédé d’une pièce astrologique en vers français. Ces deux écrits, l’un en prose, l’autre en vers, sont inséparables l’un de l’autre ; ils ont fait, jadis, l’objet d’une intéressante notice, duc à Paulin Paris L

Le traité en prose ne porte aucun titre dans le manuscrit où

1. Liber de proprietatibus rerum Bartholomæi Anhuci; Hb. VIII, cap. XXVI : De Veqere.

2. Liber de proprietatibus rerum Bartholomæi Anglici ; lib. VIII, cap. XXVII : De Merourlo.

3. Bibliothèque Nationale, fonds français, n» 1 353 (oliin y485).

4. Paulin Paris, Astrologue anonyme ( Histoire littéraire de la France, 1. XXI, 1847, pp. 422*433).

LE SYSTÈME D HÉRACL1DÈ AU MOYËN AGE

nous l’avons lu ; mais d’autres copies 1 lui donnent le nom à’Introductoire (T Astronomie.

Au cours de cet Introductoire , l’auteur vient d’expliquer que, de deux manières, nous pouvons prévoir l’avenir; l’une consiste dans l’observation des astres, l’autre dans l’inspiration. Il poursuit en ces termes * :

« Donques nos, qui somes ocupé des choses mondaines, jà soitce que nos ne puissons avoir les II devant dites voies, se ne est par devine inspiration, par quoi nos puissons faire et doner parfaiz jugemenz ; neporquant, à le hennor de très haut empereor B., par la grâce de Deu très féel en Jhésu crist, coroné de Deu, gouverneor de Romanie, à touz tems accroissant, por cui nos començons ce livre, ce que nos avons oï et trait des livres des Ancians, par quoi l’en puisse venir à faire parfaiz jugemenz et certains des fortunes et des œuvres que li ordenemenz et li cours des estoiles œuvre ça desouz, nos vos espondrons si briefment cum nos porrons. »

Ce «très haut empereur B.,:., gouverneur de Romanie », c’est Baudoin de Courtenay.

« Baudoin3 naquit en 1217, pendant la captivité de son père, l’empereur Pierre de Courtenay. Plusieurs fois, il vint en Occident, et sans beaucoup de profit, pour réclamer le secours des princes chrétiens. Couronné empereur en 1239, dans l’église de Sainte-Sophie, nous le voyons, en 1267, faire un traité solennel avec Charles d’Anjou, roi de Naples, qui s’engageait à l’aider d’argent et de troupes pour le recouvrement de Constantinople, tombée au pouvoir des Grecs. De son mariage avec Marie de Brienne, fille de Jean de Brienne et de Bérangère de Castille, il avait eu un fils nommé Philippe, qu il fut contraint de livrer à des gentilshommes de Venise pour gage des fortes sommes quil en avait empruntées. Philippe ne redevint libre qu en 1269, et son premier soin, en quittant Venise, fut de se rendre auprès du roi de Castille, Alphonse, dit le Sage ou l’Astrologue, des mains duquel il reçut les éperons d’or de la chevalerie...

» Baudoin mourut, empereur détrôné, moins de deux ans après

la délivrance de son fils. »

Les événements de la vie de Baudoin, de sa naissance à la délivrance de son fils, sont ceux auxquels il est fait allusion dans la pièce en vers dont nous allons parler.

i. Paulin Paris, Op. laud., p. 427-

a. Ms. cit., fol. 8, col. d, et fol. 9, col. a.

3, Paulin Paris, Op. laud., p. 424 et P- 42«.

L’auteur de ces vers fait, tout d’abord, une élogieuse description des méthodes employées par les astrologues :

« Par quoi il font les démontrances De choses, cum èles aviènent,

Qui de lor natures nos.viènent ;

Et cil qui bien les cerchera,

La certeineté trovera ;

Par quoi l’en le tendra por sage,

Se, ouvecques le art, met grant usage ;

Quar por neient lira la lettre,

Si grant entente ni velt métré A savoir del tems la nature.

Par quoi saura, se il met cure,

Des choses qui ça desouz sunt,

Cornent changent et cornent vont,

Si cum cil le nos ont apris Qui de cest art orent le pris.

De tels furent trois esléu,

Sage de l’art et bien créu.

Qui meinz livres orent cerchiez. »

Ces « trois élus, sages de l’art et bien crus », avaient tiré un horoscope dont le poète nous répète les prédictions1 2. « Cet horoscope 4, éclairci et interprété après coup, comme toutes les prédictions d’une évidente exactitude, convient parfaitement à Baudoin de Courtenay... Comme ces éloges n’offrent aucune allusion à des événements postérieurs au séjour du jeune Philippe en Espagne, il faut en conclure qu’ils furent écrits en l’année 1270. Plus tôt, le poète n’aurait pas su tirer un aussi bon parti de l’horoscope de 1217 ; plus tard, il aurait ajouté quelques circonstances à la vie du jeune prince et de son père. »

Le poème astrologique est évidemment du même auteur que YIntroductoire d' Astronomie qu’il précède et dont il veut être, semble-t-il, le prologue ; nous n’y trouverions aucune indication sur les opinions que l’auteur professait au sujet des mouvements des astres. Il n’en sera pas de même du traité en prose ; là, il va nous exposer, tout au long, ce qu’il sait des doctrines astronomiques.

Nous pourrions penser, tout d’abord, qu’il en sait autant

1. Le morceau est cité en entier par Paulin Paris, Op. laud., pp. 425-4* 6.

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