‹ Le système du mondeChapitre 92 sur 243 · Jourdain, Op. laud., pp · texte numérisé non relu

Jourdain, Op. laud., pp

l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE

d’Avicenne, d’Algazel, d’Alfarabius, transmise de ces sources aux Latins par le diacre Dominique Gondisalvi et le Juif Jean Avendeath l’Espagnol... A cette époque, les écoles de France et d’Angleterre, divisées par les querelles des réaux et des nominaux, firent peu d’attention aux traductions de Gondisalvi et de son interprète ; sans doute, elles circulaient, mais elles n avaient pas encore la vogue, et il serait difficile de déterminer chaque degré de leur succès. Avant la première année du xme siècle, les philosophes arabes et Aristote ne paraissent point cités dans les écrits des scholastiques. »

L’opinion que Jourdain exprime en ces dernières lignes est, croyons-nous, généralement reçue; on admet que le développement de la Scolastique latine s’est poursuivi, jusqu’au xmc siècle, sans subir l’influence de la Physique et de la Métaphysique péripatéticiennes.

Prise en ses grandes lignes, cette opinion est assurément conforme à la vérité ; nous en avons pour garant cette phrase célèbre de Roger Bacon 1 : « La philosophie d’Aristote a pris un grand développement chez les Latins, lorsque Michel Scot apparut, vers l’an 1230, apportant certaines parties des traités mathématiques et physiques d’Aristote et de ses savants commentateurs. »

Avant le xui® siècle, donc, la Physique et la Métaphysique d’Aristote étaient peu connues des Latins ; il serait imprudent d’en conclure qu’elles leur fussent demeurées totalement inconnues. Les traductions de Jean Avendeath et de Dominique Gondisalvi n’avaient pas attiré l’attention générale des philosophes ; il n’en résulte pas qu’elles n’eussent pas été remarquées de quelque esprit plus particulièrement curieux. Un examen minutieux des œuvres que nous a laissées la Scolastique du xne siècle, nous révélerait sans doute les traces qu’a marquées ce premier passage de la Physique d’Aristote en la Science occidentale.

Ces traces, où convient-il particulièrement de les rechercher ?

Nous venons de trouver un groupe d’hommes extrêmement soucieux de connaître ce que les Arabes avaient pu sauver de la Science antique ; nous avons vu ces hommes entretenir un continuel commerce avec les traducteurs établis en Espagne, traduc-

i. Fratris Rogeri Bacon, Ordinis Minorum, Opus majus ad Clementem quartum, Pontijicem Romanum , ex M. S. Codice Dubliniensi cum aliis auibusdam collato nunc prirnum edidit S. Jebb, M. D., Londini, typis Gulielmi Bowyer, MDCCXXXIII ; pp 36-37. — Tfie « Opus maJus » of Roger Bacon. Edited by John Henry Bridges, London, Edimburgh and Oxford, 1900. Vol. I, p. 55.

teurs dont plusieurs étaient leurs propres disciples ; ces hommes, ce sont les écolàtres de Chartres. « L’École de Chartres, a dit fort justement i\l. l’abbé Clerval ', fut un des canaux par lesquels les ouvrages d Astronomie traduits de l’Arabe passèrent en Occident. » Les traités d’ Astronomie ne sont pas, d’ailleurs, les seuls qui aient pénétré dans la Chrétienté par la porte de Chartres ; les livres de Logique et de Métaphysique ont souvent pris le même chemin ; Thierry, Bernard Silvestre, Gilbert de la Porrée semblent avoir été les premiers à lire YOrganon d’Aristote en son entier, et le Liber de cansis de Proclus.

11 serait surprenant que les Scolastiques de Chartres, si heureux de recevoir les traductions faites par Hermann le Second et par ses auxiliaires Hobert de Rétines et Rodolphe de Bruges, eussent ignoré celles que menaient à bien les interprètes de Tolède.

Ce serait d’autant plus surprenant que les deux collèges de traducteurs ne semblent pas être demeurés sans relation l’un avec l’autre. On conservei. 2 à la Bibliothèque Nationale un écrit astronomique que Rodolphe de Bruges, disciple d’Hermann le Second, adresse « Dilectissimo domino sno Johanni » ; et M. Bubnov conjecture, avec vraisemblance, que ce Jean n’est autre que Jean de Luna.

Probablement donc, on recevait à Chartres, en même temps que les œuvres interprétées par le collège de traducteurs dont Hermann était le chef, les livres traduits par les interprètes de Raimond de Tolède.

En voici, d’ailleurs, une -preuve péremptoire que nous fournit M. l’Abbé A. Clerval3 :

A la Bibliothèques de Chartres, « le manuscrit 213, duxn* siècle, rempli de tableaux et de notes astrologiques, renferme le traité d’Alkabizi, traduit par Jean de Séville, et celui d’Aben-Eizor ; ce dernier est suivi d’observations pour les années 1139 et 1140; il dut donc venir d’Espagne avec ceux d’Hermann et de Rodolphe ».

Si nous voulons découvrir, en la Scolastique latine, la première trace de l’influence exercée par les livres physiques et métaphysiques d’Aristote, nous serons assurément bien inspirés en la recherchant dans les écrits de Thierry de Chartres et de ses disciples.

i. A. Clerval, Op. laud.s p. 289.

a. Ucbnov, Op. Inud., p CV1 et p. n5, en note.

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