‹ Le système judiciaire de la Grande Bretagne (volume 2)Chapitre 221 sur 441 · KG AN J S AT ION A C T U E L L Ë · texte numérisé non relu

KG AN J S AT ION A C T U E L L Ë

posée de Jours collègues. Ils devaient toujours porter, sur leurs perruques, la coi f de soie. Les juges ne pouvaient être choisis que parmi les serjeants et, lorsque le Souverain voulait nommer un avocat non pourvu de ce titre, il devait préalablement lui conférer la coiffe. A l'occasion do leur nomination, les sergents donnaient un dîner pantagruélique, dans le genre de ceux qui avaient lieu à l'occasion du couronnement du Souverain, et ils organisaient des fêles, qui se prolongeaient pendant toute une semaine 1 .

Les privilèges spéciaux des serjeants ont successivement disparu. Le dernier qui leur restât consistait dans le droit exclusif de plaider devant la cour des Plaids communs ; il a été supprimé par un warrant royal du 27 avril 1834 2. Les lois de 1873 et 1875, qui ont réorganisé les cours de justice, ont porté le dernier coup à l'institution, en décidant que les juges pourraient être désormais choisis parmi les avocats non pourvus du titre de serjeant. En présence de cette situation nouvelle, les serjeants ont pris la grave résolution de supprimer la Société de serjeants s inn. A la suite d'une dernière réunion, tenue le 27 avril 1877, l'hôtel a été vendu, ce qui a permis à chacun des membres de percevoir plus de trente mille francs, et il n'a plus été fait de nouvelles

1. — Un vieux document de 1661, cité par M. Herbert (Inns of court), décrit toutes les cérémonies de la création des sergents : le détail en remplit neuf pages. La description des dîners est fabuleuse: on y mange vingt-quatre grands bœufs, cent mentons, cinquante-un grands veaux, trente-quatre cochons de lait, quatre-vingt-onze porcs, neuf douzaines et demie de chapons, trente-sept douzaines de pigeons. Au centre de la table, est un monument de cire, représentant la cour des Plaids communs et dont le prix excède cent francs.

2. — La validité de ce vjarrant ayant été contestée, ses dispositions ont été confirmées par le statut 9 et 10, Victoria, ch. 54.

LE BARREAU

nominations. Le titre de serjeant aura donc disparu, lorsque la dernière des rares personnes qui le portent encore aura cessé de vivre.

Je n'ai rien de particulier à dire au sujet des avocats ordinaires, qui constituent la majorité du barreau. Ils portent la robe de laine et la petite perruque poudrée *. Ils ne peuvent s'asseoir que sur le second banc, le premier étant exclusivement réservé aux conseils de la Reine.

J'avouerai volontiers que j'apprécie médiocrement cette hiérarchie dans la profession. Je sais bien que tout junior peut aspirer à devenir conseil de la Reine et qu'à ce moment il trouvera fort agréable l'inégalité dont il a pu se plaindre jadis, mais je sais aussi qu'il y a quelque chose de choquant dans la position matérielle des avocats devant la cour, lorsque l'une des parties est représentée par un conseil de la Reine, l'autre par un simple barrister. Celui-ci est sur le premier banc, celui-là est au second, et cette marque d'infériorité semble particulièrement choquante, dans une enceinte où. plus encore qu'autre part, l'égalité devrait être absolue. J'ajoute qu'il n'y a peut-être pas à cela un'mal réel; les jurés, comme les juges, aiment le fair play-, et peutêtre n'écoutent-ils pas avec moins de faveur celui des avocats qui occupe la place la plus humble 2.

1. — Il y a quarante ans encore, les avocats ne pouvaient porter ni barbe ni moustache ; l'interdiction a été levée, depuis le commencement du mouvement qui a amené la formation des corps de volontaires.

2. — J'en ai eu personnellement la preuve, dans une affaire dont j'ai récemment suivi les débats. Lors du procès intenté par M. O'Donnell au propriétaire du Tunes, ce dernier était représenté par l'attorney général, assisté d'un conseil de la Reine et de plusieurs juniors. Le plaignant n'avait qu'un seul avocat, et c'était un junior. L'aspect même

Page 1