IV. - LES HONORAIRES
Les honoraires des avocats n'étaient pas très élevés, au xvme siècle, et les plus éminents barristers arrivaient à peine à gagner cent mille francs par an. Ce qu'ils recevaient, même pour les causes importantes, ne dépassait généralement pas cinq cents francs 2. Les choses ont singulièrement changé , depuis lors.
On a souvent critiqué, et non sans quelque apparence de raison, la rapacité des avocats anglais. Cependant, avant de porter sur ce point un jugement trop sévère, il convient de se rendre compte des difficultés de leur situation.
En premier lieu, les études sont longues et coûteuses,
1. — Citée par M. Gregory à la Chambre des communes (séance du 10 mai 1876)
2. — North était arrivé à gagner plus de cent mille francs, ce qu'il regardait comme extraordinaire. « L'honoraire le plus élevé que j'aie jamais reçu, dit-il, a été de 525 francs, dans le procès de M. Frederik contre David. Dans les très grandes affaires, avec un énorme dossier, un honoraire de 205 francs est extraordinaire. Pour les meilleures causes, on reçoit 130 francs et, pour les ordinaires, de 53 à 79 francs. » (Autobiography of the hon. Roger ' North, edited by A. Jessopp, p. 168.)
L E BARREAU
elles imposent des sacrifices très lourds; ensuite les débuts de la carrière sont difficiles et ingrats: il faut non seulement vivre, mais vivre d'une certaine façon et en se conformant à des usages dispendieux. Pendant tout ce temps, le jeune avocat ne gagne rien ou presque rien, quel que soit son talent et si haut qu'il doive s'élever l.
Et pourtant, s'il veut se faire connaître, il faut absolument qu'il dépense. Il se rend aux sessions trimestrielles et aux assises du circuit, mais cela coule cher. Autrefois, 1 étiquette ne permettait pas aux avocats de se servir des diligences, ni des voitures publiques, non plus que de descendre dans un hôtel. Les leaders voyageaient dans leurs carrosses, les juniors dans de vieilles chaises de poste sonnant plus ou moins la fer; raille. Ils n'arrivaient dans une ville qu'après lesjuges et ils s'installaient dans des garnis, où le même salon servait à plusieurs d'entre eux -. Les chemins de fer ont changé tout cela. Les avocats voyagent aujourd'hui
1. — Lord Kenyon,qui devint chief justice du Banc du Roi, avait été appelé à la barre en 1757 : il ne gagna rien jusqu'en i7t>:î. En 1704, il reçoit 2.000 francs ; en 1765, un peu moins de 0.000; en 17t'»7, il arrive à gagner 12.500 francs, et, en 1770, il touche 28.000 francs. A partir de ce moment, l'augmentation est rapide : en 1775, il reçoit plus de 100.000 francs et, en 178:', il arrive à toucher 276 000 francs. Son ami Dunning commence par 330 francs en 1757; il arrive à 3.300 francs en 1759, à H0. 000 francs en 17G4, à 100.000 francs en 17GG et à 200.000 francs en 1770. (Life of Lloyd first lordKenyon, by the hon. T. G. Kenyon.) Un juge èminent, que je ne crois pas devoir nommer parce qu'il vil encore, me disait qu'il avait gagné, pendant sa première année, G0 francs; pendant la seconde, 12G francs ; au bout de cinq ans, il était arrivé à 2.500 francs et, pendant tout ce temps, il dépensait plus de 5.000 francs. Un avocat, qui a occupé au barreau une position considérable et qui surtout s'y est enriclii, racontait naguère qu'il avait gagné, pendant sa première année, moins de 120 francs; pendant la seconde, moins de 800 francs, et pendant la troisième, moins de 2.000 francs.