‹ Le système lymphatique considéré sous les rapports anatomique, physiologique et pathologiqueChapitre 2 sur 15 · ANATOMIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

ANATOMIE GÉNÉRALE

On appelle système lymphatique un système de vaisseaux naissant de presque toutes les parties du corps par des radicules libres , et se terminant dans les veines sanguines.

§ I. Historique du système lymphatique.

Le système lymphatique demeura inconnu aux

anciens : car si Aristote soupçonna l’existence des

vaisseaux chylifères , si Érasistrate et Hérophile surtout parvinrent à les apercevoir en disséquant de grands animaux, personne n’eut le moindresoupçon des fonctions qu’ils remplissent dans l’économie. Galien ne les crut pas même dignes d’arrêter l’attention,et, pour expliquer lemécanisme de la nutrition,

il admit que les substances alimentaires sont absorbées, dans l’intérieur du tube intestinal, par les veines mésaraïques, qui les transportent, et sont chargées, suivant lui, de les convertir en sang. Cette théorie, comme la plupart des opinions de Galien, régna despotiquement dans les écoles jusque vers le milieu du seizième siècle. La découverte J du canal thoracique, faite en 1 565 par Eustachio, ne put y porter atteinte, et ce canal, superficiellement examiné par l’illustre anatomiste italien , ne fut considéré par lui que comme une simple veine. En un mot, cette théorie avait jeté de si profondes racines, qu’elle résista au premier choc de l’événement qui devait amener sa ruine, et qu’elle sembla meme pendant quelque temps y puiser un nouveau surcroît de vigueur.

Cet événement important est celui de la découverte des vaisseaux chylifères. Le 28 juillet 1622, Gaspard Aselli, professeur à Pavie , disséquait un chien vivant en présence de quelques amis qui lui avaient témoigné le désir de voir les nerfs récurrents. Après avoir ouvert la cavité abdominale, il aperçut, dans le mésentère, plusieurs cordons grêles et blancs, qu’au premier abord il prit pour des nerfs. Mais il ne tarda pas à revenir de son erreur en découvrant les nerfs eux-mêmes. Ayant alors coupé un desplusgros cordons, sa joie fut extrême d’en voir découler un liquide. Impatient de vérifier et d’étendre cette découverte , il ouvrit dès le*

lendemain un autre chien vivant; mais, à sa grande surprise, aucune trace du spectacle qui l’avait tant frappé la veille ne s’offrit à lui. Il commençait à se croire le jouet de quelque illusion , quand il fut frappé de la maigreur de l’animal sur lequel il opérait, et qui de plus était à jeun, circonstance qu’il soupçonna pouvoir bien n’être pas étrangère à la différence du résultat. En effet, le jour suivant, il anatomisa un troisième chien vivant qui venait de manger, et les cordons blancs frappèrent de nouveau ses regards. Depuis lors, il étendit ses recherches sur un grand nombre de mammifères, meme sur un cheval, dont il fit l’acquisition exprès; et quoiqu’il n’eût point vu les vaisseaux lactés chez l’homme, il ne conserva aucun doute qu’ils n’y existassent également. Du reste, il avait aperçu aussi les lymphatiques de la face inférieure du foie, les valvules dont tous ces vaisseaux sont garnis, et les glandes disséminées dans le mésentère. Mais l’insuffisance de ses observations, et surtout l’habitude de suivre sans examen les opinions consacrées par le temps, l’empêchèrent de tirer aucun parti de sa belle découverte, dans laquelle il ne vit qu’un argument de plus en faveur de la théorie galénique de l’hématose. Il croyait donc que les vaisseaux lactés se réunissent aumilieu du pancréas, d’où ils portent leur contenu au foie, attribuant ainsi aux lymphatiques de cette glande une direction inverse de celle qu’ils sui-

vent réellement. Aselli mourut en 1626, avant d’avoir terminé ses recherches; ni même publié l’ouvrage qui en contient les détails, et qui ne parut que l’année suivante.

En 1628, les lymphatiques du mésentère furent aperçus pour la première fois chez l’homme. Peiresc , sénateur d’Aix , informé par Gassendi de la découverte qu’avait faite Aselli, distribua plusieurs exemplaires de l’ouvrage de ce professeur aux médecins de sa connaissance , et leur abandonna un criminel condamné à mort, pour vérifier le fait sur son cadavre. On fit bien manger cet homme avant de le conduire au supplice , et une heure et demie après sa mort , l’ouverture du bas-ventre montra le mésentère tout couvert de vaisseaux lactés pleins de chyle.

Il s’en fallut de beaucoup cependant que ces faits si positifs triomphassent de l’incrédulité. Gassendi ne put penser que les nouveaux vaisseaux appartinssent à un système distinct, et il continua à les considérer comme de simples vaisseaux sanguins, qui seulement n’admettaient plus de sang rouge. Harvey lui-même refusa d’y croire. De même queRiolan, Plemp et Primerose, il demeura fidèle à l’ancienne doctrine qui attribuait l’absorption des matières alimentaires aux veines du mésentère. Les travaux de Folius, Rolfink , Tulpius, Walæus et Vesiing mirent néanmoins hors de doute

l’existence des vaisseaux lactés tant chez l’homme que chez les mammifères.

Vers 1649, ^ean Pecquet , médecin de Dieppe, imprima une autre direction aux recherches, en découvrant de nouveau le canal thoracique , oublié depuis Eustachio, et qu’il démontra être le tronc commun de ces vaisseaux. La théorie d’Aselii se trouva dès lors renversée, et il demeura acquis désormais à la science que les vaisseaux blancs du mésentère versent leur contenu dans les veines sous-clavières et jugulaires. C'était aussi le hasard qui avait procuré cette découverte à Pecquet , en disséquant un chien vivant ; il la vérifia et la constata par de nombreuses expériences, mais sans l’étendre néanmoins à l’homme, ce qui explique l’erreur dans laquelle il est tombé en généralisant trop la disposition particulière que la partie inférieure du canal thoracique présente chez beaucoup d’animaux, et qui l’a fait désigner sous le nom de citerne ou réservoir de Pecquet. L’ouvrage de cet anatomiste parut en 1 65 1.

C’était là un grand pas sans doute; l’ancienne doctrine de l’hématose ne pouvait plus être admise. Aussi la découverte de Pecquet trouva-t-elle beaucoup d’opposition ; mais elle en triompha plus rapidement que la vérité n’a coutume de le faire.

Il restait cependant encore à déterminer l’usage des vaisseaux qui s’étendent du foie au mésentère, et qu’avant Pecquet on regardait comme les

aboutissants de tout le système mésentérique. Ce furent Glisson et Vesîing qui élucidèrent ce point important, en faisant voir, d’après la disposition des valvules, que les lymphatiques dont il s’agit vont du foie au pancréas / et non du pancréas au foie, comme le pensait Aselli, que par conséquent ils aboutissaient comme les autres au canal thoracique.

Jusqu’alors il n’avait été question que des agens de l’hématose, et l’on ne soupçonnait meme point encore l’existence des lymphatiques généraux, de ceux qui charrient non le chyle, mais la lymphe proprement dite. Trois hommes se disputent l'honneur de les avoir découverts ; le Suédois Olaüs Rudbeck, le Danois Thomas Bartholin, et l’Anglais Georges Jolyff. Tout porte à croire qu’il appartient réellement à Rudbeck, qui avait déjà vu ces vaisseaux le 27 janvier i65i, et qui, en avril 1652, les démontra publiquement devant la reine Christine, Quanta Bartholin, secondé puissamment par son prosecteur Michel Lyser, ce fut surtout contre la théorie galénique de l’hématose dans le foie qu’il dirigea ses efforts et ses dissections. Rien ne prouve qu’il ait entrevu les lymphatiques généraux avant Rudbeck, ni meme simultanément avec le jeune anatomiste suédois. Les titres de l’Anglais sont plus équivoques encore puisqu’ils reposent uniquement sur un passage, dans lequel Glisson nous apprend qu’en juin i652 Jolyff lui ht connaître

pour la première fois les vaisseaux lymphatiques du foie, que dès lors il savait déjà être répandus dans tout le corps, servir à l’absorption d’un suc aqueux, et se réunir tous en un tronc commun abdominal.

A dater de cette époque, la connaissance du système lymphatique fit de grands et rapides progrès, par les travaux successifs de Nuck, Ridiey, Ruysch, Àlbinus , Meckel , Lieberkuhn , les deux Hunter, Hewson , Monro, Cruikshank, Sbeldon , Soemmering,Schreger,Werner,Feller, Haase,Mascagni,etc.; mais la science ne fit plus que des acquisitions de détails, surtout dans le champ de l’anatomie comparée, où MM. Fohmann, Lauth, Lippi, Rossi et Panizza sont encore parvenus à tirer de nouvelles richesses d’une source qu’on aurait pu croire presque épuisée par les infatigables recherches de leurs prédécesseurs.

§ II. Origines du système lymphatique.

On a dit avec raison que la dernière distribution des vaisseaux lymphatiques dans les divers tissus doit être considérée comme un des points les plus obscurs de l’anatomie , et que la démonstration de l’origine de ces vaisseaux dans les systèmes organiques n’a pas encore été faite. Les difficultés tiennent ici à ce qu’il faut combiner ensemble les injections et l’usage du microscope. Ne possédant rien de positif sur ce point d’anatomie de structure,

on a essayé de suppléer à l’observation et à Pexpériment par des hypothèses, d’où est résultée une grande variété d’opinions. Pour dégager cette partie de la science de l’organisme de l’obscurité dans laquelle elle est plongée, il faut examiner s’il est possible de représenter, à l’aide d’opérations anatomiques, les vaisseaux lymphatiques aussi nettement qu on démontre dans la profondeur des tissus les dernières distributions des vaisseaux sanguins. M. Fohmann a, par d’importants travaux (1), puissamment contribué à porter la lumière sur plusieurs points fort obscurs de cette branche de I anatomie, et nous avons aussi cherché à payer notre tribut par nos études sur le tissu cutané (a).

La présence des vaisseaux lymphatiques dans presque tous les tissus du corps humain a fait penser que ces canaux sont généralement répandus. C’était l’opinion deMascagni. Cependant nous verrons qu’il n’en est pas tout-à -fait ainsi.

Les premières observations exactes et suivies sur les vaisseaux lymphatiques ont été faites sur le canal intestinal par Aselli , qui supposait à leur origine des pores absorbants ou des suçoirs. Cette opinion fut celle qui réunit le plus de suffrages, même après la découverte des lymphatiques, qu’on fit naître ainsi de toutes les surfaces muqueuses,

Cl) Mémoire sur les vaisseaux lymphatiques de la peau , les membranes muqueuses , séreuses du tissu nerveux et musculaire . etc. ; Liège, i833.

(a) Nouvelles recherches sur la structure de la peau , par G. Breschét et

Roussel de Vanzème Paris, i855.

de toutes les cavités contenant une liqueur, de tous les vaisseaux artériels ou veineux, et des canaux excréteurs.

Quelques anatomistes ayant observé , dans les injections un peu délicates des cadavres, que la substance injectée passait des artères dans les vaisseaux lymphatiques, se sont cru en droit d’admettre que ces vaisseaux tirent leur origine des artères, et communiquent avec elles (1).

Du mercure, de la colle animale colorée , ou de l’eau diversement teinte, ayant été injectés dans les artères du canal alimentaire de l’homme, du cheval, des oiseaux, de la tortue, de la salamandre, delà couleuvre, etc., M.Panizza n’a jamais vu l’injection paraître dans les vaisseaux lymphatiques. Chez le chien, cependant, en opérant sur les artères des diverses portions du canal intestinal, et particulièrement sur celles du rectum, où les lymphatiques sont très nombreux , à mesure que le liquide se manifeste dans les capillaires sanguins, on le voit assez fréquemment apparaître aussi dans divers lymphatiques, sans la moindre trace d’extravasation. La même chose a lieu , et avec plus de facilité encore, dans l’injection du système artériel de quelques portions d’intestin grêle du porc, et les vaisseaux lymphatiques qui se montrent alors sont tellement grêles, qu’ils semblent presque être la

(i) Ccmper, — Senac , — Heisler, — Cbeselden , — Ferrein » — Tarin , etc

continuation des capillaires sanguins. En introduisantdu mercure dans l’artère hépatique de l’homme, il apparaît presque toujours quelques lymphatiques dans le sillon transverse du foie; si l’on continue alors l’injection, on voit se remplir entièrement le réseau lymphatique de cette région , quoique parfois le mercure ne passe point dans la veine cave, dans les conduits biliaires , ni dans le tronc de la veine porte. Le même résultat a été obtenu sur le foie du cheval et du chien; mais, chez les reptiles, même en poussant le mercure avec force dans le système artériel, on ne voit point paraître le merveilleux système lymphatique de cet organe. L’injection par l’artère splénique de l’homme, du chien et du porc , revient par le système veineux, et non par le lymphatique, excepté dans le cheval, où, lorsque les vaisseaux sanguins de la rate ont été remplis, il se manifeste quelquefois plusieurs lymphatiques à la face convexe. Chez l’homme, les mammifères et les oiseaux, l’injection faite par l’artère rénale ne pénètre dans aucun lymphatique, quoiqu’elle revienne parles systèmes veineux et excréteur. Chez le chien et le taureau , l’injection de l’artère spermatique, après avoir rempli toutes les artérioles, s’insinue dans deux ou trois lymphatiques de la partie supérieure et interne du testicule. Les plus belles injections du système artériel du pénis de l’homme et du chien n’ont ja~ mais mis de lymphatiques en évidence, quoique la

chose ait lieu facilement et sans trace d’extravasation dans le cheval. Dans plusieurs injections de l’artère pulmonaire, faites de manière que le liquide revienne par les veines et pénètre dans les bronches , on n’a vu qu’une seule fois ce meme liquide passer dans les lymphatiques de la surface convexe du foie. Tel est le précis des observations deM. Panizza.

Il est plus commun de voir les vaisseaux lymphatiques admettre la matière de l’injection lorsqu’on la pousse par plusieurs veines simultanément. C’est ce qui nous est arrivé souvent lors de nos recherches sur le système veineux ; parfois le canal thoracique se trouvait injecté.

M. Panizza assure que l’union directe ou la continuité entre les systèmes capillaire veineux et lymphatique n’a jamais été vue ni par d’autres, ni par lui, soit chez l’homme, soit chez les animaux. En examinant avec soin des parties où les lymphatiques sont pleins d’une injection poussée par les veines, on ne découvre, ni sur la surface du foie, du poumon, du testicule, ni dans les glandes lymphatiques, aucune continuité, meme sur les glandes lymphatiques du porc, qui, de tous les animaux , est celui qui se prête le mieux à ce genre de recherches. On y voit la plus admirable décomposition et recomposition des lymphatiques; et quoique, dans quelques unes, on aperçoive avec le microscope les capillaires veineux pleins

de mercure, M. Panizza n’a jamais découvert de communication directe. Il soutient que jusqu’à ce jour 1 anatomie n’est point parvenue à déterminer, avec une certitude physique, de quelle manière les systèmes sanguin et lymphatique se comportent dans leurs parties capillaires (1 ).

Ce qui porte M. Panizza à croire que le passage n est pas le résultat d’un abouchement ou d’une terminaison des lymphatiques dans des veines, comme le suppose M. Fohmann , c’est qu’on n a jamais rien observé de semblable, pas plus qu on n’a vu les veines ou les lymphatiques offrir des orifices béants. Toutes les fois qu’il a vu l’injection paraître dans les lymphatiques, après lavoir poussée par le système sanguin, on apercevait un réseau de vaisseaux capillaires sanguins, d une ténuité microscopique, entourant les petits vaisseaux lymphatiques ; d’où il conclut encore que ce passage de l’injection est un phénomène de porosité. Cette explication paraît d’autant plus admissible, suivant lui, que, sur beaucoup de cadavres, où, ayant poussé l’injection dans la veine cave ascendante, il emplissait les veinules qui. des veines lombaires et intercostales, vont se perdre dans le tissu cellulaire entourant la citerne de Pecquet et le canal thoracique, la matière de cette injection se retrouvait dans la partie pectorale de ce canal, sur toute la surface duquel pa-

(1) Osservazioni anlropo-zootomico-fisiologiche, elc. ; Pavie, i85o.

raissaient une infinité de veinules capillaires injectées , sans qu’on pût distinguer aucun vaisseau efférent qui s’y abouchât.

Mascagni savait avec quelle facilité on peut prendre , surtout dans le bas-ventre, les veines des ganglions pour des troncs lymphatiques s’abouchant dans les veines voisines.

M. Panizza donne les caractères suivants, comme pouvant servir à faire reconnaître, en pareil cas, que des vaisseaux sur la nature desquels on est dans le doute, sont réellement des veines;

i 0 Leur direction est tout-à-fait différente de celle des lymphatiques efférents;

2° Ils sont rectilignes et non tortueux, comme des lymphatiques ;

3° Ils sont cylindroïdes et non garnis de renflements;

4° Leurs parois ont plus d’épaisseur;

5° Ils manquent de valvules, comme l’annoncent leur parfaite cylindricité, la facilité avec laquelle le liquide injecté reflue vers la glande, et l’inspection de leur intérieur;

* 6° On trouve du sang dans leur intérieur;

7e Leur abouchement avec les veines ne ressemble point à celui des vaisseaux lymphatiques.

M. Panizza signale ici deux causes d’erreur :

i° Quelquefois la veinule d’un ganglion est entourée dans son trajet de plusieurs vaisseaux lymphatiques efférents, qui l’accompagnent jusqu’à la

grosse veine : en voyant paraître le mercure dans cette dernière, on conclut que les lymphatiques efférents s’abouchent avec elle; cependant, ils poursuivent leur route , et le mercure a été apporté par la veinule née au milieu d’eux.

2° Quelquefois aussi , dans les injections , il sort delà glande une veinule qui, après un court trajet, s’abouche dans une plus grande, et le mercure, trouvant une libre issue, ne passe point dans le conduit efférent , pour lequel alors on peut prendre la veinule, ce qui porte à admettre un vaisseau lymphatique s’abouchant dans les veines; mais, si on lie cette veinule, et qu’on continue à pousser du mercure, on le voit presque toujours paraître dans le conduit efférent, qu’il suffit alors de comparer avec elle, pour reconnaître la nature de l’un et de l’autre.

Naguère encore on disait qu’à l’exception de la substance du cerveau et de la moelle épinière, de l’œil et du placenta, etc., on trouvait des vaisseaux lymphatiques dans tous les organes ( 1). On sait aujourd’hui que M. Fohmann(2) a observé et injecté de ces vaisseaux à la surface de l’encéphale, dans l’épaisseur de la méningine, dans le cordon ombilical et sur le placenta. M. Arnold

(1) Laulh, pag. n.

(a) Anatomische und phystologische Untersuchungcn iiber das Auge des Menschen ; Heidelberg, i83a.

Vaisseaux absorbants du placenta et du cordon ombilical ; Liège, i832.

dit en avoir observé sur plusieurs tissus du globe oculaire. E. Home (1) pense aussi que le petit canal qui traverse la rétine au milieu de la tache jaune est un vaisseau lymphatique. Ces deux dernières assertions sont purement hypothétiques.

L’existence temporaire du cordon ombilical et du placenta avait porté quelques anatomistes à penser que ces deux organes devaient être dépourvus de nerfs et de vaisseaux lymphatiques. Home assure avoir observé les uns et les autres sur le cordon ombilical d’un fœtus de tapir (2), et M. Fohmann (3) a décrit et représenté des vaisseaux lymphatiques sur le cordon ombilical et le placenta. Avant lui, Everhard, Pascoli, Needham, Roeslin, Wrisberg et Uttini avaient parlé des vaisseaux lymphatiques de ces organes; mais leur voix fut peu écoutée, parce que les recherches faites postérieurement par Hunter , Hewson, Cruikshank , Mascagni, etc., avaient été vaines. Les résultats négatifs de ces derniers anatomistes out été invoqués à l’appui de l’absorption des veines ; car le placenta et l’œil étant supposés dépourvus de vaisseaux lymphatiques, et une absorption active s’opérant dans ces organes, il devenait tout naturel de l’attribuer à d’autres vaisseaux qu’aux lymphatiques.

(1) Pliilcsophical Transactions , 1798, p. 532.

(9.) Philosoph. Trans.

(3) Sur les vaisseaux absorbants du placenta et du cordon ombilical.

Suivant M. Fohmarm (i), le cordon ombilical, outre ses vaisseaux sanguins, ne consiste qu’en un plexus de vaisseaux absorbants , tellement serré qu’on ne peut y enfoncer une aiguille sans en toucher un. Pour remplir le plexus ombilical, il suffit d’en percer la gaine avec une lancette bien effilée, puis d’y injecter du mercure au moyen d’un tube. L’injection s’opère plus facilement dans les endroits où la gélatine de Warthon est plus abondante (2). Suivant le même anatomiste, ce serait se donner des peines inutiles que de chercher à découvrir des valvules sur les vaisseaux du placenta et du cordon ombilical. C’est peut-être à cela quii faut attribuer l’apparence toute particulière de ces vaisseaux, laquelle diffère un peu de celle qu’ils ont sur d autres tissus, et cette apparence suffit pour faire élever des doutes sur leur nature. C’est au moins ce que nous a dit M. Panizza, et ses doutes ne nous paraissent pas dénués de fondement.

M. Fohmann n’a jamais vu se détacher du réseau du cordon ombilical aucun vaisseau allant se ramifier sur lamnios, et très rarement il a rencontré des branches de ce même réseau qui pénétrassent dans le parenchyme du placenta. Il présume pourtant que plusieurs parviennent jusqu a la face utérine de cet organe, et que là elles s’unissent à d’autres lymphatiques.

(1) Loco citato , p. 24.

Une circonstance qui tend cependant à prouver, suivant lui , que le mercure injecté sous la gaine du cordon ombilical est bien contenu dans des vaisseaux lymphatiques, c’est qu’à l’endroit où le plexus de ces vaisseaux passe du cordon ombilical dans la région abdominale du foetus, les ramifications superficielles deviennent, à quelques lignes de distance de l’anneau ombilical, si déliées, qu’alors meme qu’elles sont remplies de métal , il n'est plus possible de les distinguer qu’au moyen d’une forte loupe. Mais les vaisseaux regagnent en force ce qu’ils perdent en capacité, et l’on peut, sans craindre aucune rupture, se servir du manche du scalpel pour y pousser le vif-argent. Arrivés à l’anneau ombilical, ils se dilatent un peu, et s’unissent en partie au réseau serré de lymphatiques qui recouvre la peau sous l’épiderme , et dont la gaine ombilicale est la continuation , tandis que le reste se joint à des branches qui entrent sous la peau, et qui, éloignées de quelques lignes de l’anneau ombilical, produisent un tronc qui, en se prolongeant circulairement , représente également un anneau. De cet anneau partent des rameaux qui, en suivant les veines extérieures de la paroi abdominale, descendent entre la peau et les muscles, vers les régions inguinales, passent sous les arcs cruraux , vont se ramifier dans une glande iliaque, et gagnent finalement le canal thoracique (1). L’in-

(0 Loc. cil. , p. 27.

jection directe du cordon ombilical nous a fait reconnaître l’existence de vaisseaux lymphatiques dans cet organe ; mais nous sommes parvenu plusieurs fois à des résultats semblables en injectant les lymphatiques du foie : alors nous en avons vu qui se portaient, le long de la veine ombilicale, jusque dans le cordon et le placenta.

Puisque nous parlons de l’origine des lymphatiques au placenta et au cordon ombilical , nous devons faire mention des vaisseaux situés entre l’utérus et la membrane caduque, lesquels ont été considérés par notre savant ami, M. le professeur Lauth, comme de véritables vaisseaux lymphatiques ( 1 ) . Si l’on examine un utérus dans l’état de gestation , et si l’on cherche à séparer doucement le placenta d’avec la membrane caduque, on aperçoit des filaments multiples, espèces de tractus très déliés, allant d’une surface à l’autre , lesquels sont transparents et canaliculés. Ces conduits capillaires ne peuvent être injectés ni par les vaisseaux de la membrane caduque, ni par ceux du placenta. Cependant un tube très fin, introduit dans l’un d’entre eux, permet de distendre par l’injection, tantôt les vaisseaux de la membrane caduque , tantôt ceux du placenta. Suivant M. Lauth, ces vaisseaux sont de deux ordres : les uns appartenant à la membrane caduque et conséquemment

(1) Considérations sur la connexion du placenta avec l’ utérus. (Voy. notre Répert . d’anat., t. i, p, 77.)

à l’utérus , et les autres au placenta. Ces canaux ne sont pas des vaisseaux sanguins, quoiqu’ils communiquent, les uns avec les vaisseaux sanguins de la membrane caduque , par leurs extrémités , et les autres avec ceux du placenta, par des orifices garnis de valvules, qui empêchent l’injection de rétrograder. Les filaments ne sont pas rameux, et pourtant M. Lauth les regarde comme des vaisseaux lymphatiques. Ils ne paraissent pas être liés au système lymphatique général ; cet isolement exceptionnel leur donne un caractère particulier, et semble jeter du doute sur leur nature lymphatique, doute déjà élevé par M. le professeur Carus, dans une note critique sur ces vaisseaux. La science ne possède donc pas sur ce point tout ce que l’on doit désirer.

Les raisonnements de M. le professeur Lauth , tout spécieux qu’ils puissent paraître, n’avaient pas, aux yeux des anatomistes, la rigueur démonstrative exigible. M. Lauth dit qu’il n’existe pas de communication directe entre les vaisseaux utérins et ceux du placenta , que les cellules où le sang serait épanché n’existent pas non plus, et que la seule communication que l’on puisse admettre entre la mère et le fœtus, est celle par des vaisseaux lymphatiques , dont les uns se terminent dans les vaisseaux du placenta , et les autres dans ceux de la membrane caduque. Ces vaisseaux, par leur terminaison au système vasculaire sanguin de

l’un de ces organes, paraissent être greffés à leurs origines sur ceux de l’autre, de telle manière que ceux qui naissent sur les vaisseaux utérins et qui finissent aux vaisseaux du placenta , viennent extraire du sang de la mère des matériaux pour les porter dans le sang du fœtus ; d’un ' autre côté, les radicules lymphatiques greffées sur les vaisseaux du placenta , se terminent dans les vaisseaux utérins , pour servir à sécréter du sang du fœtus les matériaux qui ne peuvent plus lui être utiles, et les verser dans le système veineux de la mère. Nous nous empressons de reconnaître ce que cette théorie peut avoir d’ingénieux; mais cela ne suffit pas, parce qu’aujourd’hui 5 plus que jamais, la physiologie prend pour base des faits bien démontrés et incontestables , et nous trouvons les idées de M. Lauth trop hypothétiques (1).

Depuis la publication de ce mémoire, M. Lauth a fait de nouvelles recherches qui n’ont pas tardé à lui démontrer qu’il s’était trompé , et il s’est empressé de publier l’aveu de son erreur (2). Cette conduite n’est pas seulement celle d’un homme d’honneur , mais elle est celle d’un ami de la science , pour qui la vérité est le premier des intérêts. C’est un bel exemple qui honore le caractère du savant et habile professeur de Stras-

(1) Considér. anatom. et pliysiot. sur ta connexion du placenta avec l’utèruSf etc. ; Répert. d’anat., t. i,

(2) Nouveau manuel de l’ anatomiste , 2e édition, p. 599; Paris, i835.

bourg. Nous n’avons donc rapporté cette circonstance de la prétendue existence des canaux utéroplacentaires que comme devant servir à l’histoire de l’anatomie et pour qu’on n’ait plus à s’occuper de ces prétendus vaisseaux lymphatiques.

Le tissu cellulaire est à nos yeux le point principal d’où les vaisseaux lymphatiques surgissent; c’est le sol dans lequel leurs racines s’implantent et dans la profondeur duquel elles se ramifient, avec des caractères et des formes particulières. Si nous voyons des vaisseaux lymphatiques sortir de la substance de beaucoup d’organes, c’est que le tissu cellulaire en constitue la base , la trame première. En effet, les organes dans la composition desquels ce tissu n’entre point, ne donnent naissance à aucun lymphatique; tels sont les ongles, les cornes, l’épiderme, les cheveux, l’émail des dents , etc.

M. Cruveilbier dit qu’il est vraisemblable que le tissu cellulaire et les membranes séreuses, avec lesquelles ce tissu a tant d’analogie , sont formés par des vaisseaux lymphatiques ( i). Mascagni avait déjà dit que tous les tissus blancs sont constitués par des vaisseaux lymphatiques , mais il a par trop généralisé.

Voici ce que rapporte, dans un ouvrage nouveau, un des anatomistes les plus habiles de notre époque, M. Arnold, professeur à l’université

(») Anat. descript., t. 3, p. 35o; Paris, i834-

de Zurich (1). Les observations microscopiques sur la nature du tissu cellulaire ayant paru trop contradictoires à M. Arnold, il a entrepris défaire lui-même des recherches et des expériences. Ce fut à son grand étonnement qu’il vit le tissu cellulaire des environs du globe oculaire, soumis à l’observation sous un verre d’un faible grossissement (de 3o, 48, 75 fois), offrir des réseaux de vaisseaux lymphatiques superposés , se confondant entre eux, et unis à des globules graisseux en quantité plus ou moins considérable. Ces réseaux de vaisseaux lymphatiques étaient traversés par d’autres réseaux de vaisseaux sanguins , autour desquels les premiers étaient très serrés. L’étonnement de M. Arnold fut d’autant plus grand qu’il ne s’attendait pas à trouver une pareille disposition , et que son esprit était prévenu contre l’opinion de Mascagni.

M. Fohmann, d'un autre côté, est parvenu au même résultat par l’injection des vaisseaux lymphatiques du tissu cellulaire, ce qui certainement paraîtra d’une grande valeur, lors de recherches ultérieures. Suivant M. Arnold, la substance molle, gluante, transparente, semblable à de l’albumine, appelée tissu cellulaire ou tissu muqueux, lie les différentes parties entre elles, les enveloppe, et sert de base aux divers tissus du corps animal.

(1) Anatomische und physiologische (Jntersuchungen über (las Auge des Menschen; Heidelberg, i832.

Ce tissa forme en sens divers une quantité innom brable de canaux, qui s’entre-croisent et produisent des réseaux; il constitue en outre une quantité considérable de cellules, qui contiennent de la graisse, de la sérosité ou d’autres liquides (1). Malgré l’importance et l’intérêt de ces premières observations, faites par des hommes d’un talent aussi élevé que Mascagni, Fohmann, Arnold, etc., elles ne peuvent pas encore être enregistrées pour établir un principe dans la science de l’organisme. La réserve est d’autant plus fondée ici, qu’un homme d’une grande sagacité et d’un profond savoir, le professeur Muller de Berlin, élève des doutes sur l’exactitude des observations de M. Arnold. Toutes ces expériences sont autant de pierres d’attente, de points de départ pour de nouvelles investigations. C’est par de nouveaux travaux qu’elles pourront être bien appréciées et définitivement jugées.

Deux procédés sont mis en usage pour démontrer l’origine des vaisseaux lymphatiques sur les membranes séreuses. Le premier est de piquer ces feuillets avec l’extrémité d’un tube très fin, sans les traverser; alors on voit le mercure les distendre et former bientôt, par la multitude des filets vasculaires, d’abord un réseau à mailles très fines et de plus en plus serrées, puis une véritable lame d’argent, où l’œil ne distingue plus les compartiments vasculaires, s’il n’est armé de verres grossissants.

(1) Lehrbuch der Physiologie des Menschen. Zurich, i836, in-8®.

Le second procédé consiste, suivant Mascagni, a verser dans la cavité d une membrane séreuse de l’eau colorée; bientôt les lymphatiques s’en remplissent, et le liquide passe successivement des rameaux vers les branches et les troncs de ces vaisseaux. On dira peut-être que la preuve n’est pas suffisante , parce que le tissu séreux s’est imbibé comme une éponge, ou que c’est en dehors de la membrane que *Ie fluide est entré dans le vaisseau ; d’autres encore pourront attribuer la presence du fluide coloré dans les vaisseaux lymphatiques à un phénomène d’endosmose, sans qu il soit besoin de la présence du vaisseau dans l’épaisseur même de la membrane. On pourrait répondre que les membranes séreuses sont, au dire de beaucoup d’anatomistes célèbres, constituées par du tissu cellulaire, qu’ils regardent comme essentiellement formé par les vaisseaux lymphatiques. Nous tournerions ainsi dans un cercle vicieux, d’où les observations sur l’anatomie de structure pourraient seules nous faire sortir, mais la science n’offre pas ici le degré de précision et de certitude que nous devons désirer. Arrêtons-nous, et espérons qu’on parviendrai répandre quelque lumière sur toutes ces questions importantes d’histologie , véritable anatomie médicale, sans laquelle la physiologie n’existe pas, non plus que l’anatomie pathologique.

Morgagni a observé , sur le cadavre d’un enfant

de quatorze ans, que du lait épanché dans la cavité du péritoine avait passé dans les rameaux lymphatiques les plus déliés de cette membrane séreuse; et qu’il était parvenu jusque dans le canal thoracique. Diverses liqueurs colorées, injectées dans la plèvre, le péritoine, etc., d’animaux vivants, par MM. Chaussier, Dupuytren , Ribes , etc., ont pénétré rapidement les vaisseaux lymphatiques, et sont arrivées jusque dans le tronc principal de ce système vasculaire.

Nous avons plusieurs fois trouvé, dans les hôpitaux, à l’ouverture des cadavres, un liquide rouge dans les vaisseaux lymphatiques , lorsqu’un épanchement sanguin s’était fait pendant la vie dans la cavité d’une membrane séreuse, et principalement dans la plèvre. Nous en dirons autant pour le pus, et surtout pour le pus séreux, comme, par exemple, celui des péritonites puerpérales. Mais des expériences nouvelles en physiologie sont venues démontrer que ni le sang, ni le pus ne peuvent entrer de toutes pièces, et par la voie de l’absorption, dans les vaisseaux lymphatiques.

M. Fohmann dit que les vaisseaux lymphatiques sont d’une grande finesse dans les tissus séreux, et deviennent plus forts dans les couches sousqacentes, où ils présentent çà et là des dilatations, puis de petits troncs pourvus de valvules. Les membranes séreuses où l’on peut le plus facilement injecter et démontrer la présence et la disposition

des vaisseaux lymphatiques , sont celles qui adhèrent intimement aux organes sous-jacents par un tissu cellulaire très serré. Telles sont la membrane sereu.se qui recouvre i’albuginée, la dure-mère, le feuillet fibreux du péricarde, etc. (1).

L€îs vaisseaux lymphatiques des membranes synoviales peuvent être démontrés par les injections en «employant le même procédé que pour les membranes séreuses (2).

L’étude attentive du tissu cutané avait depuis long-temps fait reconnaître une multitude de vaisseaux lymphatiques dans les dernières couches du derme , et même à la superficie de cette partie pirincipaîe de la peau, au-dessous de l’épiderme. Les recherches de Haase (3), de M. Lauth (4j, et de M. Fohmann (5) , et plus récemment celles que nous avons entreprises avec M. le docteur Roussel de Vauzème(6), ne laissent aucun doute sur la présence de ces vaisseaux, dont la disposition a été mieux appréciée qu’on ne lavait fait jusqu’à nous.

Deux procédés différents ont été employés pour

(1) Mémoire sur les vaisseaux lymphatiques delà peau , des membranes muqueuses, séreuses , etc., p. 20; Liège, i833.

(2) Anat. descript. de M. Cruveilhier, t. 3, p. 34g; Paris, i834*

(3) De vasis cutis et intesiinorum absorbenlibus , plexibusque lymphat . pelvis humante annot Lipsiæ, 1786.

(4) Essai sur les vaisseaux lymph. ; Strasbourg, 1824.

(5) Mémoire sur les vaisseaux lymph. de la peau , des membranes muqueuses, etc., Liège, i833.

(6) Nouvelles recherches sur (a structure de la peau; Paris, i835.

faire parvenir le mercure dans les vaisseaux lymphatiques de la peau, et les distendre. Le premier est par voie rétrograde; il a été mis en usage par Haase et par M. Lauth, et consiste, après avoir introduit du mercure dans un vaisseau de la jambe, et l’avoir fait cheminer plus ou moins loin , à l’amener jusque sous l’épiderme, en comprimant successivement les vaisseaux avec le manche du scalpel. Haase parvint ainsi à distendre le réseau des vaisseaux cutanés, mais il fit sortir des globules métalliques par les orifices de la peau , ce qui porte à soupçonner l’existence d’une déchirure dans le tissu des lymphatiques.

M. Lauth, en injectant les vaisseaux lymphatiques d’un membre inférieur droit, sur un homme mort d’anasarque , parvint à remplir les ganglions de l’aine du même côté, De ces glandes partait un vaisseau lymphatique se divisant en plusieurs rameaux, dont les uns communiquaient avec les lymphatiques du pénis, préalablement injectés, et les autres formaient des anastomoses et des divisions très multipliées, immédiatement audessous de la peau, vers l’aine gauche, où, avant de se réunir aux lymphatiques de cette région, on voyait quatre ou cinq rameaux qui s’étaient remplis de mercure par voie rétrograde, jusque dans la peau de l’aine et de la partie supérieure et interne de la cuisse. La peau qui recouvrait tout le trajet des vaisseaux lymphatiques était si mince

qu’on voyait ces vaisseaux au travers, et qu’il fut impossible d’enlever les couches cutanées situées au-dessus des lymphatiques. Vers laine et à la partie interne de la cuisse, où les lymphatiques s’étaient ramifiés jusque dans le tissu même de la peau, on apercevait de prime abord des taches grises qui, examinées avec soin, n’étaient qu’un réseau de vaisseaux lymphatiques d’une extrême ténuité, L’épiderme ayant été enlevé par la macération, les lymphatiques se présentèrent à nu en tel nombre qu’on n’aurait pas pu placer entre eux la pointe d’une aiguille sans les intéresser (i).

Le second procédé a été mis en usage à Heidelberg, par notre illustre ami le professeur Tiedemann; à Strasbourg par M. Lauth; à Paris par M. le professeur Ouveilhier (2) et par nous. Il consiste à percer superficiellement le tissu cutané avec l’extrémité d'un tube capillaire en verre ou en acier, de façon à n’intéresser que l’épiderme, pour arriver au réseau vasculaire situé entre cet épiderme et le chorion. On obtient ainsi l’injection de réseaux admirables de vaisseaux lymphatiques.

La disposition des réseaux de ce système vasculaire du lissu cutané présente beaucoup d’analogie avec celle des lacis artériels ou veineux. Ces réseaux sont dépourvus de valvules complètes; mais on y aperçoit des dilatations, des espèces de

(1) Loc. cit.f p. i3.

(2) Anaionx. dcscript. , t. 5; Paris, 1 835 .

lacs, autour desquels sont des branches vasculaires, et c’est presque toujours dans les points de jonction des branches principales de ces réseaux qu’on découvre ces expansions du tube lymphatique. Nous avons reconnu aussi que c’est moins à la surface du derme, que dans son épaisseur, qu’on rencontre de semblables dilatations.

L’examen de ces réseaux nous a fait reconnaître qu’ils envoient dans l’épaisseur des couches de l’épiderme des prolongements ou de petites anses qui dépassent le niveau des autres points du réseau; mais jamais nous n’avons pu parvenir à voir des orifices comparables aux points lacrymaux, et jamais non plus il ne surgit de la surface de ces lacs lymphatiques aucun ramuscule à extrémités libres. Nous avions d’abord cru le contraire, mais nous avions pris les anses vasculaires dont nous venons de parler pour des racines détachées et solitaires.

Une circonstance digne de remarque, c’est que le réseau des vaisseaux lymphatiques est plus superficiel que le réseau vasculaire sanguin. Si, après avoir injecté les premiers, on pousse une liqueur très ténue jusque dans les capillaires sanguins, on ne voit jamais ces derniers venir recouvrir ou entrelacer les mailles formées par les vaisseaux lymphatiques. Les résultats sont les mêmes si l’on commence par injecter les vaisseaux sanguins; seulement alors on éprouve plus de difficulté pour faire parvenir le mercure dans les ramuscules lymphatiques, qui sont plus ou moins comprimés

par les vaisseaux sanguins que distend la matière de l’injection.

Nous ne pensons pas pourtant que les vaisseaux lymphatiques soient entièrement superposés aux réseaux vasculaires sanguins, car l’observation démontre qu’il y a entrelacement. Cette union est bien plus marquée dans l’épaisseur du derme qua sa superficie, où les radicules lymphatiques s’isolent de plus en plus , tout en conservant la disposition réticulaire. Nous pouvons invoquer comme preuve de notre assertion ce qui arrive lors de l’injection des vaisseaux lymphatiques avec le tube métallique capillaire à l’aide duquel on perce l’épiderme. Le mercure passe toujours ou presque toujours dans le réseau lymphatique; et si parfois on voit le métal distendre les veines, c’est qu’alors on a pénétré trop profondément dans le tissu cutané. M. Fohmann a obtenu de semblables résultats dans ses nombreuses injections.

Jamais nous n’avons pu faire sortir le mercure contenu dans les réseaux lymphatiques, par la face externe de l’épiderme; et si Haase a vu ce métal apparaître au dehors sous forme degoutteîettes, c’est, comme le pensent beaucoup d’anatomistes, qu’il avait produit une rupture par la pression avec le manche du scalpel. Nos résultats sur ce point étant semblables à ceux de M. Fohmann et de M.Lauth, ils sont une preuve de plus pour croire à l’absence de toute ouverture vers les extrémités

des vaisseaux lymphatiques. Si ces vaisseaux pompaient les substances liquides par des bouches absorbantes, ils ne pourraient, au dire de M. Fohmann, avoir d’orifices d’absorption que sur leurs parois latérales, et ces pertuis seraient infiniment petits, puisqu’ils refusent le passage au mercure (i).

Notre ami M. le docteur Panizza (2), dont les recherches sur le système lymphatique sont d’un si grand intérêt , professe sur le mode d’origine de ces vaisseaux des opinions qui sont en parfaite harmonie avec ce que nos propres investigations nous ont appris. Une injection très fine ayant été faite par lui dans le réseau lymphatique surperficiel du gland, puis l’épiderme ayant été enlevé , on vit que cette membrane ne présentait aucune trace de vaisseaux lymphatiques. 11 ne s’écoula aucune goutte de mercure lors de la séparation de cet épithélium, ce qui serait arrivé si les vaisseaux lymphatiques de la peau se fussent étendus bien avant dans l’épaisseur de l’épiderme.

Suivant M. Panizza, l’opinion d’après laquelle on admet des orifices béants à l’extrémité des vaisseaux lymphatiques de la peau ou des autres tissus, n’est fondée, ni sur l’injection des cadavres,

(1) Fohraann, loc. cit., p. 3.

(*)'T Osservaz\oni anlropo-zootomico-fisiologiche, di Bartolomeo Panizza; Pavia, i83o.

ni sur l’observation , faite avec le microscope , des parties transparentes des animauxvivants, telles que les poumons de la grenouille et du lézard, les membranes des ailes de la chauve-souris, les viscères de la salamandre, etc. Notre sentiment est encore ici en parfait accord avec celui du savant professeur de Pavie, et nous tenons de M. Lauth lui-même qu’il n’a jamais, non plus, découvert de bouches ou orifices aux vaisseaux lymphatiques.

Nous devons à l’amitié et à l’obligeance de M. le professeur Tiedemann de posséder des échantillons d’injections au mercure de presque tous les organes dont M. Fohmann a représenté sur ses planches la disposition des vaisseaux lymphatiques.

Les téguments intérieurs donnent , comme la peau, naissance à une multitude de radicules lymphatiques. Les membranes muqueuses étant dépourvues d’épithélium dansune assez grande partie de leur surface , les origines rudimentaires de ces vaisseaux sont presque à nu ou simplement enveloppées par de la mucosité et du tissu cellulaire lâche, qui les retient en rapport avec les extrémités des vaisseaux sanguins; circonstance éminemment favorable à l’accomplissement de l’absorption.

Quelques différences se font remarquer dans la disposition des radicules lymphatiques à la surface des membranes muqueuses, suivant que celles-ci sont ou ne sont pas pourvues d’épithélium. Dans le

premier cas, cette disposition se rapproche de celle des vaisseaux lymphatiques du tissu cutané, et dans le second cas on trouve des villosités qui ne sont que des anses vasculaires plus ou moins saillantes unies par du tissu lamineux et enveloppées par de la mucosité, c’est-à-dire par un corps muqueux ou véritable épiderme à l’état de fluidité.

Les couches distinctes et superposées des vaisseaux lymphatiques et des vaisseaux sanguins dans la peau, le deviennent beaucoup moins dans les membranes muqueuses, principalement lorsqu’elles n ont pas d’epit hélium et que leur surface est hérissée de viliosités. Chacune de ces villosités est en effet formée par des anses séparées de vaisseaux lymphatiques et de vaisseaux sanguins.

Bien que cette disposition stratifiée des vaisseaux sanguins et des vaisseaux lymphatiques soit moin marquée qu’à la peau, cependant on peut encor la reconnaître sur un grand nombre de points des surfaces muqueuses. M. Fohmann s’est assuré que les vaisseaux lymphatiques dépassent les vaisseaux sanguins comme à la peau , de manière à former à la fin une couche qui recouvre la surface interne des membranes muqueuses (1). Les vaisseaux lymphatiques des membranes muqueuses sont, comme ceux du derme, dépourvus de valvules; ils présentent des dilatations plus ou moins

(1) Fohmann, Des membranes muqueuses , p. 9.

multipliées, finissent sans radicules ou racines à extrémités libres, et ne sont pas garnis de bouches à l’instar des canaux lacrymaux (1).

M. Fohmann a signalé quelques différences dans le mode d’origine des vaisseaux lymphatiques sur les membranes muqueuses. Elles consistent: i°dans la prédominance plus ou moins marquée des vaisseaux, soit sanguins, soit lymphatiques; 2° dans le calibre plus ou moins gros de ces derniers ; 3° dans le dépôt plus ou moins abondant de matière animale au milieu du lacis de tous ces vaisseaux (2).

Ce qui caractérise , suivant M. Fohmann , ia membrane muqueuse des voies respiratoires , ce sont des vaisseaux lymphatiques d’une plus grande finesse cpie ceux de l’œsophage.

Les vaisseaux lymphatiques des voies urinaires ressemblent, pour leur nombre et leur disposition, à ce qu’on voit sur les membranes muqueuses des parties supérieures du tronc. Ils sont plus nombreux que les vaisseaux sanguins , surtout dans l'urètre et les uretères. Ceux de la membrane muqueuse vésicale sont plus fins que ceux de l’urètre, et moins déliés que ceux des uretères.

Les canaux excréteurs des glandes sont presque partout formés par des membranes très minces et blanchâtres, caractère que M. Fohmann attribue au petit nombre de vaisseaux sanguins et à la

(1) Fohmann, Loc. cit., p. 9.

(2) Loc. cit p. 10.

grande quantité de lymphatiques qui entrent dans leur composition. Cet anatomiste croit également que la membrane muqueuse utérine et la membrane conjonctive, tant oculaire que palpébrale , sont pourvues d’un très grand nombre de vaisseaux lymphatiques.

M. Fohmann pense aussi que tous les vaisseaux lymphatiques naissent par des plexus, mais sans orifices. D’un autre côté, M. Cruveilhier admet des orifices béants sur les extrémités des villosités intestinales. M. Magendie croit également à de pareilles ouvertures; L’opinion de ces deux anatomistes est à nos yeux d’une grande valeur; Cependant nous devons avouer que, dans toutes nos recherches sur ies vaisseaux lymphatiques des tissus et des surfaces libres, nous n’avons jamais pu parvenir à reconnaître d’orifices quelconques ni à ces vaisseaux ni aux villosités intestinales.

Beaucoup d’anatomistes admettent , comme un des points d’origine des vaisseaux lymphatiques, les surfaces externe et interne des vaisseaux sanguins. Il faut bien distinguer ici des points d’origine d’avec une continuité de vaisseaux » car, rien ne démontre que les vaisseaux lymphatiques sont continus aux artères. S’il en était ainsi , on pourrait toujours les injecter par les troncs artériels , et l’on a vu précédemment que ces injections sont loin de réussir toujours. Beaucoup d’anatomistes, Monro, Meckel, Caldani ^

Mascagni et Béclard, pensaient que, quand le passage a lieu , la matière de l'injection avait préalablement été épanchée dans le tissu cellulaire. M. Panizza l’a observé sans extravasation, et d’ailleurs celle-ci ne le ferait pas concevoir. Nous devons donc admettre le fait, tout en avouant que nous ne savons comment l’expliquer. Ce qu’il y a de certain , c’est qu’on n’a jamais démontré de communication directe entre les lymphatiques et les veines ; mais on voit sur la surface interne des artères des réseaux de vaisseaux lymphatiques, que M. Fohmann est parvenu à injecter, et qu’il a fait représenter sur ses planches.

J’ai déjà dit que beaucoup d’anatomistes ont soutenu que les vaisseaux lymphatiques naissaient des artères, comme les veines ou à peu près. Nuck, qui le premier crut dire quelque chose de certain sur l’origine de ces vaisseaux , ne doutait pas qu'ils ne naquissent des artères, parce qu’il avait vu l’air et le mercure s’y introduire après avoir été poussés dans ces dernières. Cowper partageait cette opinion , et par les mêmes motifs. Morgagni , en répétant les expériences de Nuck, trouva qu’effectivement l’air soufflé dans l’artère splénique distend les vaisseaux superficiels de la rate. Lister, Diemerbroek . de (Jraaf , Ruysch , Tyson , Manget, Tarin , Gunz, Vieussens etM. Lippi, ont également admis cette hypothèse, en se fondant tous sur des observations et des expériences. M. Lippi a même figuré

Finosculation de l’artère hépatique avec le système lymphatique. D’autres se sont appuyés seulement sur des vues spéculatives, comme Boerhaave, qui ne concevait pas qu’un vaisseau rapportant un liquide au cœur le tirât d’ailleurs que d’un autre vaisseau provenant de cet organe. Hamberger croyait la connexion entre les deux systèmes nécessaire pour dépouiller le sang de sa partie la plus fluide et le rendre plus apte aux sécrétions. Werner et Feller enfin jugeaient l’impulsion des capillaires artériels indispensable pour déterminer le cours de la lymphe. Nous avons fait connaître plus haut les résultats des intéressantes recherches de M. Panizza à ce sujet.

Dans l’intérieur du crâne et sur les anfractuosités du cerveau, on aperçoit des troncules lymphatiques s’appliquant aux rameaux veineux, comme on le voit aussi quand ces vaisseaux vont s’ouvrir dans les veines (1).

M. Fohmann a reconnu que, dans les plexus choroïdes de l’homme, les vaisseaux lymphatiques sont moins gros que ceux qui sont situés sous l’arachnoïde encéphalique.

La surface interne des veines présente, comme celle des artères, des réseaux très déliés de vaisseaux lymphatiques; mais ils sont difficiles à injecter.

(i) Fohmann, Mémoire sur les vaisseaux lymphatiques , p. aâ.

La membrane interne du cœur, dans les cavités à sang rouge et à sang noir, et celle de l’extérieur de cet organe, sont pourvues de vaisseaux lymphatiques. M. Lauth (1) est parvenu à les injecter toutes deux, et le même résultat a été obtenu par M. le professeur Cruveilhier et par M. Bonamy.

La démonstration des vaisseaux lymphatiques par l’injection est plus difficile dans les muscles que dans les autres organes. M. Fohmann n’a pu Injecter que ceux du diaphragme de l’homme et de quelques animaux. Une des difficultés de cette injection tient à la minceur des parois, qui ne permet pas aux vaisseaux de supporter le poids de la colonne de mercure.

Les lymphatiques occupent les intervalles que laissent entre eux les faisceaux musculaires , el suivent les fibres charnues dans leur trajet ; ils forment des mailles autour des faisceaux, puis des réseaux plus serrés.

Dans le tissu musculaire les lymphatiques n’ont pas de valvules, qui cependant semblent être indiquées par de très légers rétrécissements (2).

Les vaisseaux lymphatiques du système nerveux périphérique sont assez généralement admis, sans, avoir été bien démontrés. Cependant M. Fohmann

(1) Mémoires de la société d’histoire naturelle de Strasbourg, t. 1.

Voyez la figure que nous donnons à ce sujet , et dont bous devons le

dessin à l’obligeance de M. !e professeur Lauth.

(2) Fohmann, libr. cit., p. 2S,

fc

en a fait le sujet particulier de ses recherches, et il est parvenu à les injecter. Il nous apprend que l’injection des vaisseaux sanguins du névrilèrne est rarement heureuse, mais que, quand elle réussit, si l’on parvient ensuite à distendre les lymphatiques avec du mercure, on reconnaît que la masse blanchâtre dans laquelle la matière colorée de l’injection des artères n’est pas parvenue, est entièrement formée par des vaisseaux lymphatiques, d’une ténuité telle qu’on ne peut les distinguer les uns des autres qu’à l’aide d’une loupe (1).

Les masses centrales du système nerveux sont généralement regardées comme très peu pourvues de vaisseaux lymphatiques. Gela ne peut être vrai à la rigueur que pour la substance nerveuse ellemême, médullaire ou corticale, mais ne s’applique pas aux enveloppes de l’organe cérébro-rachidien; car, suivant M. Fohmann (2), lorsqu’on enfonce une lancette entre la pie-mère et l’arachnoïde, et qu’on insuffle le canal que l’on vient de pratiquer, on voit paraître, entre ces deux tuniques, un réseau lymphatique composé de branches plus considérables que dans les autres tissus du corps (3), mais dont les parois sont si faibles, qu’elles se déchirent dès qu’on veut y introduire

(1) Fohmann, Mémoire sur les vaisseaux lymphatiques du tissu nerveux, etc. , p. a5.

(a) Mémoire sur les vaisseaux lymph. du système nerveux , etc.

du mercure. Les ramifications de ces vaisseaux suivent les artères et les veines dans leur distribution. Ruysch, qui le premier a parlé des vaisseaux lymphatiques du cerveau, les avait mieux vus et mieux représentés que Mascagni ne l’a fait depuis ; il avait aussi reconnu leur différence d’avec ceux des autres organes. Mascagni, en conservant à ces vaisseaux la même forme et les mêmes caractères qu’à ceux des autres parties, s’est éloigné de la vérité et de son exactitude ordinaire.

Il n’est pas permis de douter de l’origine des vaisseaux lymphatiques dans les os, lorsque Cruikshank (i)et Sœmmerring (2) l’affirment d’après leurs propres observations, et surtout d’après les injections pratiquées par eux. On a observé plusieurs fois, et tout récemment encore, des vaisseaux lymphatiques appartenant au système osseux (3). Brugmans en avait déjà vu dans la cavité des os longs, chez les oiseaux,

M. le professeur Cruveilhier pense que l’ori-

(1) Libr. eit ch. io, p. 48.

(a) Libr. cit.

(3) Dans une noie qve je dois à M. Bonamy, un de nos plus habiles prépara* leurs ,et qui selivre dep isiong-temps avecsuccès à l'injection des vaisseaux lymphatiques, il est dit : « Les os sont pourvus dans leur intérieur de vaisseaux lymphatiques; c’est ce que j*ai vu en faisant des injections sur les membres inférieurs. Le mercure força quelques valvules et remplit les lymphatiques qui s’introduisent dans le tissu osseux par les trous qu’on voit sur les côtés du condyle interne du fémur. Je fendis cet os, et, malgré le dégât occasionne par la préparation, je pus suivre pendant quelque temps, dans l'intérieur du tissu osseux , ces mêmes vaisseaux lymphatiques. »

gine des vaisseaux lymphatiques ne peut être démontrée anatomiquement que sur les surfaces libres, comme celles de la peau, des membranes muqueuses, séreuses et synoviales, et de la membrane interne des veines et des artères. Il croit que, dans l’état présent de la science, on peut soutenir qu’à l’exception des vaisseaux lactés qui s'ouvrent au sommet des villosités, tous les lymphatiques des surfaces libres naissent par des réseaux extrêmement déliés (i). Ceci me conduit à examiner les villosités intestinales.

Lieberkulm (2) pensait que , dans chaque villosité, il entre un vaisseau lacté garni de valvules, plusieurs artérioles, une ou plusieurs veinules, et probablement un nerf, vu la sensibilité exquise de ces parties; que le vaisseau lacté se renfle pour former une petite ampoule ovalaire (3) , au sommet de laquelle on aperçoit, au microscope, une ouverture et quelquefois plusieurs pertuis (4) ; que les artères et les veines se ramifient en serpentant autour de cette ampoule, et que quelques uns de leurs rameaux paraissent la perforer. Il injectait

(1) Ibid y p. 35 1.

(^) Dissert. anal, physiolog., de fabricâ et actione villorum intestinorum tenuium hominis . Amstelodami, 1760.

(3) Ramusculus vasis laclei (§ 2, n. 1) extenditur in ampullulam vel vesiculam ovalo haud absimilem, in cujus aspice foraminulum quoddam exiguum mieroscopio delegitur. § 3, p. 4*

(4) Quod autem unum sallem adsit foraminulum in cujusvis ampullulte apice , certo examine milii constat : inlerdurn tamen , licet rarissimè, plura, ut in papillis mammarum, vidisse memini, p. 5.

les vaisseaux sanguins avec soin pour ses recherches , mais ne faisait parvenir artificiellement aucune matière dans les vaisseaux lactés, se contentant de nourrir les animaux avec du lait , ou d’en faire boire à des personnes mourantes (1).

Haller ne considérait pas les paroles de Lieberkuhn comme démonstratives, et doutait de l’existence des orifices (2).

Hedwig (3) a représenté les villosités d’une manière analogue à l’idée qu’en avait Lieberknhn. Mais Rudolphi (4), qui les a examinées sur un grand nombre d’animaux, affirme n’y avoir jamais découvert de vaisseaux sanguins, ni de canal , ni d'orifices à l' extrémité , et rejette ces derniers comme inutiles. Il ne paraît pas les avoir observées pleines de chyle, car il n’en parle pas.

f Rudolphi a suivi le même procédé que Hedwig, pour examiner les villosités , et il a obtenu des résultats tout contraires. Hedwig a représenté les villosités de neuf animaux différents , savoir : celles de l’homme, du cheval , du chien , de la poule , de

(j) Mori Lundis aliquoties , ubi baec conditione aderant, lac copiose potandum dedi, et ferè semper sucoessit experimentum , p. 5. — Vidi sep a rala tunica vascubsa , in sede villosæ hanc respiciente, ktcteum ambire in ampullulam easeo plenam, p. 5.

('i) Elementa physiologies , t. 7.

(5) Disquisitio ampullarum Lieberkuhnii phynco-microscopica ; Lipsiæ, 179“*

(4) Anatomisch-pliysioiogische Abhandlungen; Berlin, 1802.

« Je n’ai jamais trouvé d'orifice sur les villosités intestinales de l'homme, quoique je les aie examinées sur un grand nombre de sujets différents. » —

1 oie, de Ja carpe, du chat, de la souris et du veau. De ces neuf figures , trois seulement présentent les prétendus orifices^, et c’est sur les flocons intestinaux de l’homme, du cheval et de l’oie. Sur quarante-quatre villosités de l’homme dont il donne la figure, il n’y en a que cinq à six où l’on aperçoive les orifices. Pourquoi les autres villosités, représentées dans la même direction, n’offrentelles pas aussi ces pertuis? Nous pouvons en dire autant pour les figures des villosités du cheval et de l’oie, et celles des grandes villosités de l’intestin de la poule et du chien n’en indiquent aucune! Ges singularités, signalées par Rudblphi, lui font élever des doutes sur l’exactitude des observations d’Hedwig. Lieberkuhn aussi, tout en admettant des orifices aux villosités intestinales, a fait figurer ces franges sans indiquer d’ouverture.

Dans un autre endroit, Rndoîphï dit qu’en voyant les villosités manquer chez beaucoup d’animaux, où elles sont remplacées par des éminences légères, par de petits plis, on est forcé d’avouer que leurs prétendus orifices ne sont pas nécessaires; car, ajoute-t-il, chez tous les animaux qui n’ont pas ces villosités , l’absorption se fait pourtant aussi bien sans orifices sensibles; pourquoi donc cela n’aurait-il pas lieu pour les villosités? Si la tunique interne de l’intestin forme ici d’autres prolongements, cela n’exige pas non plus des changements aussi considérables, et nous

avons toujours pour nous Fanalogie de J’absorption qui s’opère sur toute la surface du corps sans orifices manifestes (i).

Les observations de notre célèbre ami , le professeur Rudolphi, nous paraissent rigoureusement exactes sous le rapport de Fabsence de tout orifice à lextrémité des villosités , et sur ce point nos observations, déjà très nombreuses et très variées, sont d’accord avec les siennes; mais, quant à ce qu’il dit de Fabsence de vaisseaux sanguins artériels et veineux sur les villosités, nos injections nous ont démontré qu’il s’est trompé. Nous sommes sur ce point en parfaite harmonie avec MM. Doellinger et Lauth.

Une opinion qui se rapproche beaucoup de celle que nous avons sur l’origine des canaux inhalants, est celle de Blumenhach(2),qui pense que la communication entre les villosités intestinales et les vaisseaux lactés se fait par l’intermédiaire du tissu lamineux. Or, on verra que, suivant nous, c’est par l’intermédiaire de ce tissu cellulaire , épiderme ramolli, diffluent, que l’absorption s’exécute, et que le chyle arrive au contact avec les canaux lymphatiques.

Hewson (3) n’admit pas les ampoules des villo-

(1) Quelques observations sur les villosités intestinales , par Gh. Asmon'd Rudolphi.

(2) Instit. physioL, § 526.

(3) Experimental inquiries, p. 2, containing a description of hmph. ,

sités comme l’avait entendu Lieberkuhn, mais il n’a rien dit de bien clair et de bien satisfaisant sur les orifices des lymphatiques. Une fois il a cru reconnaître sur un iléon , les artères et les veines étant injectées, que les villosités étaient cylindriques, spongieuses et garnies à leur extrémité de porosités, qu’il regarde comme les orifices des lymphatiques. Une autre fois il vit ces orifices très distincts et vides. Hewson , dans ces diverses recherches, n’injectait que les veines et les artères, tandis que les vaisseaux lactés étaient vides, ce qui fait dire avec raison à Cruikshank et à M. Lauth, que ce n’est que par conjecture qu’il pouvait considérer les pores comme les orifices des vaisseaux chylifères. Cependant il raconte ailleurs que, sur des poissons, il parvint à faire passer du mercure dans les petits vaisseaux lactés des villosités intestinales, et que même il fît arriver le métal jusque dans la cavité des intestins. Dans cette circonstance , il ne put pas reconnaître si les prétendus orifices étaient garnis de valvules ou non. Pour faire cheminer ainsi le mercure, il fallut le pousser dans un sens contraire au cours du chyle. Or , M. Fohmann ne croit pas qu’on puisse regarder les expériences de Hewson comme des preuves à l’appui de l’opinion que les

syst. in lhehum. subj. and in olher animais. (Vov. aussi Gulielmi Hewsoni, Opéra omnia , latine verlit ci notas addidit , S. T. van Wynpersse. ; Lngduni Batav., 1795.

Vaisseaux lymphatiques sont pourvus d’orifices béants à leur origine, puisque le mercure avait été chassé violemment par la pression des parois vasculaires.

Une femme, après ses couches, mourut subitement à la suite de convulsions, vers cinq heures du matin, bien quelle fût en parfaite santé le soir précédent, car elle avait mangé de bon appétit à son souper. Les vaisseaux lactés furent trouvés gonflés d’un chyle formant un caillot solide ; plusieurs des villosités en étaient également remplies, et ressemblaient à autant de vésicules blanchâtres. Gruikshank, qui rapporte ce fait* dit qu’il fit, dans cette occasion, les observations suivantes : i° Les villosités étaient si pleines de chyle , qu’on ne put rien voir des ramifications artérielles et veineuses ; le tout parut comme une vésicule blanche , sans aucune ligne rouge , aucun pore ou orifice quelconque. 2° D’autres villosités contenaient aussi du chyle , mais en petite quantité ; les ramifications des veines étaient nombreuses, et prévalaient par leur rougeur sur la blancheur des villosités; 5° Dans quelques centaines de villosités, on vit un tronc lymphatique formant des branches radiées ou commençant par elles. Les orifices de ces vaisseaux étaient très distincts sur la surface de la villosité, aussi bien que les vaisseaux eux-mêmes. Les vaïsseaux lactés étaient pleins d’un fluide blanc, et il n’y avait qu’un seul tronc pour chaque villo-

site. 4° La cavité spongieusedont parle Lieberkuhn paraît n’être que la membrane celluleuse commune qui lie les artères , les nerfs et les vaisseaux lactés ensemble. 5° Les orifices sur les villosités du jéjunum étaient au nombre de quinze ou vingt pour chaque villosité, ainsi que le constata Guillaume Hunter. Les lactés paraissaient naître par de petits orifices qui appartenaient aux branches radiées, lesquelles s’unissent pour former un vaisseau (î).

Il faut, suivant M. Lauth, que Cruikshank ait fait ses observations sur des intestins affectés de quelque maladie , parce qu’elles sont contraires à tout ce qu’ont vu les anatomistes qui depuis se sont occupés du même genre, d’étude, et que le caractère bien connu de Cruikshank ne permet pas d’élever le moindre soupçon sur sa véracité.

Scheîdon a cru voir les villosités sous des formes très variées, mais le plus souvent bulbeuses; il lui a semblé quelquefois distinguer des orifices au sommet des ampoules, mais il ne lésa plus aperçus lorsqu’il a examiné chaque villosité séparément, de sorte qu’il élève des doutes sur l’existence de ces orifices (2).

A. Meckel représente les villosités intestinales par une languette étroite, dépourvue d’artères ; l’injec-

(1) Anatomie des vaisseaux absorbants du corps humain , elc., trad. de l’anglais par Petit-Radel . p. 12a ; Paris, 1787.

fa) The history of the absorbent System; London, 17S.4.

lion les colore par simple transsudai ion ou imbibilion; les orifices n’existent pas, et ils sont incompatibles avec la disposition foliacéedes villosités (1). Cet auteur a représenté les villosités pourvues de vaisseaux à leur base , et , suivant lui , si les injections paraissent imparfaites ou irrégulières, il faut attribuer cette apparence , ou à l’imperfection de l’injection , ou à ce que les vaisseaux se sont vidés en partie après l’opération faite et lors du déplacement de la pièce et des mouvements imprimés à la préparation.

Les deux anatomistes de notre époque qui sont universellement considérés comme les plus habiles dans l’art d’injecter les vaisseaux capillaires, Prochaska etM. Dœllinger, s’expriment d’une manière claire et positive sur l’existence et le mode de terminaison des vaisseaux des villosités intestinales, mais ils ne font aucune mention d’orifices béants sur ces éminences qui ont mérité à la membrane muqueuse le titre de membrane veloutée. G. Prochaska dit que les plus petits vaisseaux se terminent les uns dans les autres, sans que le microscope puisse permettre d’apercevoir aucune interruption (i).

(1) Deulsches Archiv für die Physiologie , p. i63, 1819.

(2) Fines arleriarum aperti in internâ tunicâ ventriculi et intestinorum nulli quoque confirmantur, quia vasa minima eontinuo tractu et sine interruptione ibidem procedentia per microscopium observare licet, neque injectiones per arlerias factæ, in cavum venlriculi et intestinorum, sine vasorum læsione pénétrant, nisi nimis tenues fuerint, et per vasa transsudaverint; quare humorum in ventriculum et inteslina secrelionem transsuda-

M. Dœllinger a porté des injections dans les vaisseaux intestinaux de plusieurs animaux, et examiné au microscope les villosités; il a toujours parfaitement distingué les veines et les artères qui se distribuaient sur les flocons intestinaux, et, dans tous les points, il a vu ces deux ordres de vaisseaux s’anastomoser entre eux un grand nombre de fois par leurs rameaux les plus déliés, en formant, sur la villosité, un réseau admirable; aucune radicule ne se terminait isolément , sans s’anastomoser avec une autre, et sans constituer une arcade ou une maille. Nulle part M. Dœllinger ne fait mention d’orifices sur les villosités, et ses excellentes figures n’indiquent aucune espèce d’ouverture (1).

Si nous en croyons Mascagni, les tissus ne seraient que des plexus de vaisseaux lymphatiques, et la trame elle-même du corps animal consisterait en un réseau de vaisseaux absorbants; mais nulle part il ne s’explique clairement sur le mode d’origine et sur les orifices de ces vaisseaux. Mascagni est trop exclusifpour que son opinion soituneautorité aussi puissante qu’elle le serait sans cette circonstance,

lione per vasorum poros peragi , multum probabile est, quod ob parietom vasorum tenuitatem et nuditatem facile et abunde Seri potes! . Eadem via, quâ humores ex vasis in intestinorum et ventriculi cavum pénétrant, ctiam quidquam ex eavo ventriculi et intestinorum vi affinitatum ad sanguinem pervenire posse expérimenta suadent. — Disquisilio anal, physiot. organis corporis humani ejusque processus vitalis, p. 106 et 107; Viennæ, 1812.

(1) De vinsis sanguiferis quoe villis intestinorum tenuium hominis brulo ■* rurvque insnnt. Monachii , 182S.

surtout s’il faisait reposer sa manière de voir sur des observations matérielles (1).

Comme Cruikshank, M. Lauth a eu l’occasion d’examiner le corps d’une femme qu’une rupture d’un sac anévrysmal de la crosse de l’aorte fit périr peu d’heures après avoir fait un repas. Il trouva les villosités intestinales distendues par le chyle, et ayant la forme d’un ovoïde pointu, un peu recourbé à son sommet. Ces villosités, soumises aux plus forts grossissements des lentilles du microscope, offrirent leur extrémité libre rugueuse, mais jamais on ne put parvenir à y distinguer d’orifice (2).

Depuis la publication de son Essai sur les vaisseaux lymphatiques , en 1824, M. Lauth a continué ses recherches sur les villosités intestinales , pour y apercevoir les orifices décrits par Lieberkuhn, Cruikshank, Bleuland et autres, mais sans succès. Il n’a jamais pu voir que des rugosités ou des granulations à leurs extrémités, sans orifices libres. Cependant, il a examiné des villosités dans différents états, sur l’homme et le chien, les unes vides, les autres à moitié remplies de chyle, d’autres gorgées de ce fluide, et comparativement il en

(1) Prodromo délia grande anatomia , ch. 1. — Voyez aussi Foderâ, Recherches expérimentales sur l'absorption et l'exhalation , etc.; Paris, 1824, p. i5.

(2) Essai sur les vaisseaux lymphatiques , etc., p. 18; Strasbourg,

a vu d’injectées , tant sur l’homme que sur divers animaux (i).

Nous emprunterons à MM. Muller, Valentin, Fohmann, et Treviranus, ainsi qu’au Traité de Physiologie que notre ami , M. le professeur Arnold, vient de publier, ce que la science possède de plus récent sur l’histoire des villosités intestinales; nous mettrons ainsi les personnes qui voudront bien lire cet opuscule éphémère, fait à la hâte dans l’espace de quelques jours, et sous l’émotion d’un concours, au fait des plus récents travaux ; le temps et les circonstances ne nous permettant pas de nous livrer à des recherches anatomiques.

Les origines des vaisseaux lymphatiques apparaissent sous deux formes différentes dans les injections mercurielles.

La première est celle de réseaux à mailles, tantôt allongées, tantôt plus uniformes. Ces mailles sont fréquemment plus petites que les lymphatiques les plus déliés eux-mêmes, de sorte que ceuxci paraissent comme un réseau très serré et de construction irrégulière. Les parties inégales du réseau peuvent être considérées par un observateur inattentif comme des agrégations de cellules , tandis qu elles ne sont que des inégalités et de petites dilatations du lacis. Dans d’autres parties # où ce

(i) Nouvelles recherches sur ta structure de ta peau , par G. Breschet et Roussel deVciïzème; Paris, i835.

dernier a des mailles beaucoup plus larges, la formation réticulée saute de suite aux yeux. Le diamètre des lymphatiques varie beaucoup dans les réseaux, mais jamais ils ne sont aussi déliés que les vaisseaux capillaires. M. Muller assure ne pas connaître un seul vaisseau lymphatique qui ne soit visible à l’œil nu. Les plus fins doivent être ceux des branchies des poissons, découverts et si bien figurés par M. Fohmann. Il est fort invraisemblable qu’il y en ait de plus déliés encore, précisément parce que les réseaux lymphatiques, tels que nous les connaissons aujourd’hui ne laissent entre eux que de très petits intervalles.

Ailleurs, les origines des lymphatiques se présentent, non plus sous la forme de réseaux, mais sous celle de petites cellules plus ou moins régulières qui tiennent toutes ensemble ; c’est ce qu’on voit au cordon ombilical. Telle était encore la disposition des douteux lymphatiques de la cornée , que MM. Muller et Arnold ont observés.

Cette opinion nous paraît, ainsi que nous l’avons déjà exprimé, encore très problématique, en ce qui concerne surtout le placenta. Au reste il est incertain que les cellules soient des commencements de vaisseaux lymphatiques , parce qu’on les rencontre de préférence dans des parties où l’on ne trouve d’ailleurs point de vaisseaux lymphatiques réguliers et allongés, comme au cordon ombilical. En comparant diverses pièces injectées et fai-

sant lui-même quelques essais, M. Muller est arrivé à croire que beaucoup de prétendues origines celluliformes de lymphatiques ne sont pas de vrais lymphatiques, et que, même lorsqu’elles sont le plus serrées les unes contre les autres, les origines de ces vaisseaux forment des réseaux souvent réguliers. Ainsi , malgré l’admiration qu’on a pour les belles recherches de M. Fohmann, il faut douter encore que tout ce qu’on obtient par desinjections soit des vaisseaux lymphatiques. Dans nos conférences , en Italie, avec M. Panizza , il nous a dit partager nos doutes sur ce que les parties représentées par M. Fohmann comme des vaisseaux lymphatiques soient toujours réellement des organes de cette nature. M. Muller confesse être dans la même incertitude. Il a injecté le cordon d’après les préceptes donnés par M. Fohmann : l’injection ( avec une seringue d’acier) a réussi par places, même sur le cordon d’un fœtus de six mois; elle a produit des cellules pleines de mercure, d’un quart à un dixième de millimètre. Ces cellules ne sont à coup sûr pas artificiellement produites; la plupart ont à peu près la même grandeur, et le mercure passe de l’une dans l’autre, sans extravasation. La plus grande partie du tissu du cordon qui entoure les vaisseaux sanguins en est formée ; ce n’est qu’à l’insertion ombilicale qu’il s’est rempli plusieurs petits canaux courts et parallèles. Mais ces cellules sont-elles des cellules

lymphatiques? Nous doutons, avec M. Muller, qu’elles servent à l’absorption. Tons ces jours derniers nous avons fait des injections, et sur les placenta où nous avons eu le plus de succès , la forme des parties injectées différait de celle des véritables vaisseaux lymphatiques chez l’homme adulte; les vaisseaux du cordon paraissent tous sous forme celluleuse

A l’intestin grêle, les lymphatiques naissent en partie des villosités, en partie aussi dans le tissu même de la membrane muqueuse. En injectant les réseaux lymphatiques de la membrane muqueuse intestinale, on ne voit point sortir de mercure.

Ce serait un fait important si le passage du lait, queM. Muller a vu s’effectuer facilement de l’intestin dans les lymphatiques, avait lieu sans déchirure de la membrane interne de l’intestin. Lorsqu’on coupe une portion d’intestin de brebis vivante , qu’on la lie a l’une de ses extrémités, et qu’avec une seringue on la remplit de lait poussé avec force, on voit de suite les lymphatiques se gorger de lait, qui y marche rapidement. Quand on repousse ce lait dans les vaisseaux, suivant la direction des valvules, on remarque aussitôt que la portion de ceux-ci qui vient de l’intestin se remplit de nouveau, surtout lorsqu’on comprime l’intestin. Le procédé le plus expéditif pour remplir les vaisseaux lymphatiques de lait, consiste à comprimer l’anse intestinale dans le sens de sa Ion-

gueur, de manière à essayer de la raccourcir; la compression latérale réussit moins bien. Si on remplace le lait par une injection colorée avec le cinabre , les lymphatiques se remplissent très difficilement. En opérant avec du mercure, il ne passe point dans ces vaisseaux. Cependant, avec une matière colorante parfaitement dissoute, par exemple, avec de l’indigo soluble, on parvient très facilement à injecter ainsi les lymphatiques du mésentère. Mais ce passage si facile à obtenir pourrait fort bien coïncider avec une déchirure de la membrane interne de l’intestin dans l’endroit même où il a lieu , car les vaisseaux lymphatiques se remplissent tout-à-coup, et en examinant ensuite la face interne de l’intestin, on la trouve souvent lésée çà et là. Par conséquent, il ne faut attacher qu’une faible importance à ces expériences.

Au moment d’achever cet article sur les origines des vaisseaux lymphatiques , nous recevons un livre dans lequel un chapitre tout entier est consacré à ce point d’anatomie et à la structure des villosités. Si le temps nous l’avait permis nous aurions voulu vérifier les assertions de M.Treviranus. Dans les circonstances présentes, nous sommes obligés de n’être que simples rapporteurs. Nous allons donner un sommaire des idées de cet illustre physiologiste , sans rien garantir, et sans vouloir rien prendre sous notre responsabilité , bien que nous ayons une haute estime pour un

savant si distingué ; mais ses idées sont parfois très spéculatives.

C’est M. Treviranus qui parie : J’ai trouvé entre les tuniques villeuse et musculeuse de l’intestin grêle de souris qui venaient d’être tuées, outre les gros vaisseaux qu’on ne pouvait méconnaître pour des lymphatiques, des espèces destries formées de deuxoutrois cylindresparallèiesayanto,oo3millim. de diamètre. Ces cylindres semblaient être autant de cylindres élémentaires dilatés du tissu cellulaire. Je ne pus apercevoir aucune connexion entre eux et les lymphatiques ; mais je fus plus heureux clans le tissu cellulaire dont le thymus est couvert. Là , j’aperçus de longs cylindres , contournés , dont plusieurs étaient beaucoup plus amples que les cylindres élémentaires ordinaires, qui se plaçaient en long les uns à côté des autres, et qui, après s’être unis ensemble constituaient de véritables vaisseaux lymphatiques. J’acquis la pleine certitude que ceux-ci tirent leur origine du tissu cellulaire , par des recherches sur une espèce de tortue. Chez cet animal on trouve partout, dans le tissu cellulaire extérieur des gros vaisseaux de la poitrine et du bas-ventre, surtout de l’aorte, de la veine-cave, du tronc de l’artère mésentérique et des gros vaisseaux de l’articulation de la cuisse , des amas de cylindres élémentaires, étroitement entrelacés en semble , dont beaucoup ont la forme ordinaire et un diamètre de 0,0016 à 0,002 millim.; plusieurs

sont très longs et pliés en zigzag , avec le même diamètre > et d’autres , plus gros , ayant un diamètre qui va jusqu’à 0,0066 millim. , ont l’apparence de véritables lymphatiques.

Les plus gros cylindres sortent isolément des amas dans lesquels ils sont entrelacés ensemble , s’unissent dans le sens de leur longueur à d’autres, tantôt plus gros, tantôt plus petits , et forment avec eux des cordons larges de 0,001 à 0,0023 miilim.qui ressemblent aux lymphatiques de l’animal. Dans le mésentère de la grenouille, j’ai vu des lymphatiques, dont le diamètre n’était que de o,oo3 à 0,004 millim., s’unir en réseaux les uns avec les autres , quelques uns s’ouvrir dans les parties latérales de quelques autres d’un calibre double, et ceux-ci s’aboucher avec des lymphatiques plusjgros encore. Les plus gros marchaient toujours à côté de veines assez volumineuses pour admettre au moins deux séries de globules du sang. La plupart des petits, au contraire, marchaient à distance des vaisseaux sanguins, et sans suivre la même direction qu’eux.

Une autre origine des lymphatiques est celle qu’ils tirent des villosités Leurs racines, dans ces parties, ne sont plus que des cylindres élémentaires de tissu cellulaire, qui, réunis ensemble, s’ouvrent à l’extrémité intestinale d’un gros lymphatique. Quand , sur un animal qui a mangé peu de temps avant sa mort, on examine les villosités fortement

grossies et éclairées par dessous, on aperçoit à leur surface des vésicules saillantes, des bords latéraux desquelles partent des lignes obscures qui desccndentse réunir en un point dans Y axe. Ces lignes ne sont pas les bords des vaisseauxsanguinsdes villosités,qui ne marchent pas dans ['intérieur de celles-ci, mais à leur surface , et qui suivent une direction courbe, au lieu de marcher en ligne droite. Elles ne peuvent être que les bords latéraux des racines des vaisseaux lactés. Je les ai vues, dans une villosité , se réunir ensemble là où commençait un vaisseau ayant 0,00 1 millim. de diamètre, et qui paraissait être un lymphatique.

Au milieu de la surface de chacune des vésicules saillantes sur les villosités , on découvre un point circulaire, qui est constant et fort distinct d’autres petits points plus petits qu’on aperçoit dans les vésicules. Cruikshank le regardait comme une ouverture , et je crois que ce peut en être une. La vésicule sur laquelle il se trouve ressemble avec lui à une papille percée au sommet. Ce point, comme aussi la formation des villosités par des cylindres élémentaires élargis, et la forme papillaire des dernières extrémités de ces cylindres, m’a paru plus manifeste encore que dans les villosités des animaux à sang rouge , dans les papilles dont est muni l’intestin grêle des reptiles. Dans les tortues, on voit saillir, à la face interne de cet intestin, des feuillets membraneux, qui sont parsemés de papilles hémisphériques. Chacune des

papilles porte à son sommet un point obscur qui, à un grossissement de cinq cents diamètres, ressemble tout-à-fait à une ouverture située dans un enfoncement. Au bord des feuillets, où les papilles peuvent être observées de côté, elles se présentent comme autant d’extrémités arrondies de cylindres, ayant le diamètre de o,oo4 millim. Je n’ai point observé, chez les reptiles, l’origine des vaisseaux lactés. Mais, chez tous les vertébrés que j’ai examinés, et même chez l’homme, j’ai trouvé sur les membranes villeuses un réseau vasculaire, et partout, sur ce réseau, une multitude de lymphatiques déliés, qui naissaient de ses mailles, et se réunissaient en branches de plus en plus grosses.

Les papilles des villosités, avec leurs ouvertures apparentes, pourraient être aussi regardées comme des bourses muqueuses microscopiques. Elles peuvent en être effectivement, et cependant être en même temps les commencements des racines des lactifères. Probablement l’absorption par ces vaisseaux s’opère à la faveur d’un mucus que sécrète la face interne de leurs racines, dont celles-ci sont remplies, et qui attire le chyle du canal intestinal par une ouverture extérieure. Au reste les ouvertures des papilles dont il s’agit n’ont rien de commun avec le pore de Lieberkuhn, qui était l’effet d’une illusion d’optique.

Ainsi, en dernière analyse, M. Treviranus suppose que partout, tant au canal intestinal que dans la

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profondeur des tissus et à toutes les surfaces ouvertes au dehors, les vaisseaux lymphatiques sont produits par les tubes élémentaires, qu’il suppose également constituer la base organique de tous les tissus. Suivant lui, ces tubes se termineraient, aux surfaces, par des papilles creuses et percées d’un trou. L’absorption serait le résultat, de la succion du chyle tout formé par un mucus sécrété à travers les parois de ces papilles.

Ici il faut remarquer que tous les faits relatifs aux tubes élémentaires ont été observés à des grossissements qui exposent aux plus grandes illusions, et queM. Treviranus lui-méme n’est pas bien persuadé de l’existence du trou dont il parle.

Enfin, il allie à tout cela des hypothèses au moins singulières sur le mécanisme de l’absorption , et dont la moins bizarre 11’est pas de supposer le chyle tout formé dans l’intestin , chose à l’égard de laquelle il est allé plus loin encore que des physiologistesmociernes, qui ne voient qu’un chyle brut , ou , en d’autres termes , des éléments du chyle, dans le tube intestinal. Et comme si ce n’était pas assez de ces deux hypothèses, M.Treviviranus en propose encore une troisième, suivant laquelle les papilles initiales du système lymphatique seraient les organes sécréteurs de la graisse , parce qu’on trouve souvent des globules de graisse

(1) G. -R. Treviranus, Beitracgc zur Aufhlacrung der Ersclieinungen nd Gesetze des organischen Leùens ; i83G, p. 98.

dans les gros lymphatiques du bas-ventre, chez les animaux qui ont de l’embonpoint.

§ III. Dispositions générales du système lymphatique.

A leur origine dans le tissu même des organes, les vaisseaux lymphatiques sont à un état de division tel qu’il est impossible d’en saisir la disposition. Cette difficulté est encore augmentée par la transparence du liquide qui les remplit, et qui ne peut pas , comme le sang pour les vaisseaux sanguins, tenir lieu d’injection artificielle. D’un autre côté, la cavité des iymphatiques étant hérissée de valvules, il est presque toujours impossible de surmonter un tel obstacle et de faire pénétrer le mercure dans ces vaisseaux par la voie rétrograde. De celte circonstance est résultée la diversité des opinions qui ont été émises sur l’origine des vaisseaux lymphatiques, et qui le plus souvent ont été appuyées bien moins sur l’inspection anatomique que sur des raisonnements spécieux. C’est ainsi que les premiers anatomistes qui suivirent Aselli , tels que Bartholin et Rudbeck, admirent une analogie parfaite entre 1 origine des lymphatiques et celle des lactés , et leur supposèrent par conséquent des villosités libres pompant les liquides à la manière des sangsues. Malpighi, au contraire, trouvait partout des

follicules glanduleux , et croyait que les lymphatiques provenaient de ces follicules. Schelhammer, considérant la différence de couleur qui existe entre le sang veineux et le sang artériel, établit que le liquide, parvenu aux extrémités des artères, se divise en deux parties ; lune, purement séreuse, est ramenée par les lymphatiques; l’autre, plus épaisse et plus noire, est ramenée par les veines. Un grand nombre d’anatomistes se rattachèrent à cette doctrine, à laquelle l’autorité de Nuck donnait plus de poids, et qui paraissait se concilier, au moins par les mots, avec la théorie de Boerhaave. Hamberger dit que les vaisseaux lymphatiques naissent de toutes les cavités qui contiennent une liqueur, et de tout vaisseau, soit artère, soit vaisseau sécréteur, excréteur ou autre. Hunter et Monro combattirent la doctrine de ceux qui prétendaient que les lymphatiques sont continus aux artères, et soutinrent qu’ils naissent des diverses surfaces, soit externes, soit inter* nés, de la substance des organes, et du tissu cellulaire; ce qui est prouvé soit par les injections, soit par les expériences physiologiques, où des substances déposées dans ces diverses parties ont été retrouvées dans l’intérieur des lymphatiques qui en naissent. Mais, quoiqu’on ne puisse pas, dans l’état actuel de la science, décider si les lymphatiques naissent par des orifices ouverts , comme le veulent Mascagni , Cruikshank et autres, ou s’ils ne

communiquent, comme le prétend A. Meckel, avec les diverses surfaces qu’au moyen d’un tissu gélatineux qui existe à leur extrémité et qui les enveloppe, quelques observations sembleraient devoir faire pencher vers la première opinion , car Mascagni est parvenu à faire sortir quelques gouttelettes de mercure des vaisseaux lymphatiques du péritoine injectés par voie rétrograde sur la surface du foie, Haase et M. Lauth ont pu remplir les lymphatiques jusqu’à la face externe du derme, et le premier dit meme avoir reconnu distinctement leurs orifices dans les pores cutanés, par lesquels il fit ressortir du mercure poussé avec le manche du scalpel.

Cependant les travaux les plus récents, et surtout ceux de M. Panizza et de M. Fohmann , ainsi que nos propres recherches sur les lymphatiques de la peau et sur les villosités intestinales, ne permettent pas de croire à l’existence de ces orifices extérieurs des vaisseaux lymphatiques.

Dès leur origine , les lymphatiques forment entre eux des réseaux serrés , dont la distribution est peu différente dans chaque partie, comme cela s’observe aussi pour les vaisseaux sanguins. C’est de ces premiers réseaux que quelques auteurs , et surtout Mascagni , ont fait la trame du corps humain. D’après Mascagni, les cheveux , l’épiderme , l’émail des dents , les tissus cornés, en sont uniquement composés. Mais on

sait que toutes ces parties ne sont que le produit de sécrétions, et non de véritables tissus organisés; conséquemment , on ne peut pas chercher de vaisseaux lymphatiques dans leur composition. Les membranes simples ne contiennent également que des réseaux lymphatiques. Peu à peu ces réseaux grossissent et forment, avec quelques vaisseaux sanguins qui viennentse mêlera eux, desmembranes plus composées. De ces plexus, enfin, en naissent d’autres, où se trouvent aussi des nerfs, et qui forment ainsi des membranes sensibles. Cette idée de Mascagni a été portée plus loin encore par un médecin de beaucoup de mérite, M. Allard (1), qui comprend sous le nom de lymphatiques tous les vaisseaux dont la fonction est d’absorber. Il regarde le système lymphatique comme la trame du corps humain 9 et lui donne pour fonctions non seulement d’absorber, mais encore de desservir la nutrition et les sécrétions. On regrette, lorsqu’on lit l’ouvrage de M. Allard, que ce médecin n’ait pas fait une étude spéciale de l’anatomie ; il nous aurait consolés de la perte de Bichat.

Plusieurs observations de Mascagni et de M.Fohmann semblent démontrer que quelques uns des lymphatiques composant les premiers plexus se terminent de suite dans les petites veinules sanguines qui entrent avec eux dans la composition

(i) Histoire d’une maladie propre au système lymph etc. — Du siège et de la nature des maladies. Paris, i8ai.

des parties. Peu à peu ces lymphatiques se réunissent en rameaux plus considérables, qui à leur tour s anastomosent entre eux, et se divisent de nouveau, de manière à constituer des réseaux à mailles toujours plus larges à mesure que les branches augmentent en grosseur. Leur direction est alors plus ou moins rectiligne, et ils convergent manifestement vers les deux troncs communs de tout le système. Us marchent sur deux plans : l’un, superficiel, accompagne les veines sous-cutanées, et rampe immédiatement sous les membranes séreuses dans les viscères; l’autre, profond, accompagne les artères et les nerfs. Leur nombre est très considérable; on en rencontre cependant davantage en certaines parties que dans d’autres, par exemple, à la partie interne des membres, dans quelques viscères, comme dans le canal alimentaire, le foie, la rate, le poumon, etc. Ils paraissent exister dans toutes les parties organisées du corps; car, si on ne les a pas trouvés dans la substance du cerveau et delà moelle épinière, dans l’œil, dans l’oreille interne, il est pourtant probable qu'il y en existe, mais leur ténuité les soustrait à nos moyens de recherche ; on les rencontre en effet dans les enveloppes de ces organes , où d’ailleurs les vaisseaux sanguins eux-mêmes ne se trouvent qu a un état de division extrême. Quoique les lymphatiques se réunissent entre eux, leur volume Teste de beaucoup inférieur à celui des veines.

Cependant on remarque quelques différences à cet égard; les vaisseaux profonds sont beaucoup plus gros que les superficiels, ceux des membres inférieurs plus que ceux des supérieurs, et ceux de la tête excessivement petits. Ce volume est iusceptible de changer avec letat des organes; il diminue dans les parties atrophiées; il augmente dans celles qui sont très développées , comme dans la matrice des femmes enceintes et dans les mamelles de celles qui allaitent; il augmente encore dans les organes en suppuration, ou qui sont passés à l’état squirrheux.

Des plexus déliés paraissent donc dès l’origine des vaisseaux lymphatiques, à l’exception de ceux de ces vaisseaux qui naissent des villosités intestinales. Ce type constant n’offre de différences que dans le volume des vaisseaux composant les réseaux, la grandeur des mailles, etc. C’est, suivant Mascagni (i), la trame du corps humain. Les vaisseaux lymphatiques concourant à la composition des réseaux capillaires et ne s’unissant pas de suite aux veines sanguines, se rapprochent et s’anastomosent entre eux pour constituer des rameaux plus considérables, lesquels forment encore des réseaux, mais à mailles plus larges, et de ces derniers surgissent des branches et des petits troncs.

(i) Prodromo délia grande anatomio, chap. 8.

La direction de ces premiers vaisseaux est le plus communément rectiligne. Sur les membres dans les cavités splanchniques et sur les parois des cavités du tronc, les lymphatiques sont disposés sur deux plans, l’un superficiel, en rapport avec les veines sous-cutanées, ou placé entre les membranes séreuses et la surface des viscères; l’autre profond, marchant de compagnie avec les artères, les veines, les nerfs, etc.

Les vaisseaux lymphatiques superficiels des membres sont plus nombreux que ceux des couches profondes. Ainsi on compte une trentaine de ces canaux dans le premier plan de la partie supérieure de la cuisse, et quinze ouseize au bras, tandis que le plan profond de ces deux parties offre des vaisseaux bien moins multipliés.

Presque toujours parallèles entre eux, les vaisseaux lymphatiques s’anastomosent dans leur trajet, par des branches de communication, car ils convergent rarement les uns vers les autres et ne se confondent pas, comme le font les veines; souvent ils parcourent un espace considérable sans augmenter sensiblement de calibre.

Nous ne pourrions pas établir pour les veines, et surtout pour les vaisseaux lymphatiques , ces distinctions bien tranchées, qui ont été faites par le génie de Bichatsur 1 union des artères entre elles. Il est impossible de rapporter à des types bien déterminés les anastomoses des vaisseaux lymphatiques entre'

eux; ces communications sont beaucoup moins multipliées dans le système lymphatique que dans le système artériel et surtout que dans le système veineux.

Cependant M. le professeur Cruveilhier indique le mode suivant comme le plus ordinaire de ceux qui établissent une communication entre les vaisseaux lymphatiques. Tout vaisseau lymphatique, après un trajet plus ou moins long, se ditise en deux branchesà peu près égales, sous un angle très aigu. Chaque tronc résultant de cette bifurcation s'anastomose avecle lymphatique voisin, de telle sorte que, si cette division dichotomique appartenait à toutes les branches du svstème vasculaire, il en résulterait un réseau à mailles larges et étendues. Ce mode de dichotomie et d’anastomose latérale sous un angle aigu est favorable à la circulation de la lymphe, et explique pourquoi, lorsque le mercure n’a été porté que dans un seul tronc lymphatique, on voit cependant un grand nombre de vaisseaux voisins être distendus par le métal liquide.

Non seulement ces anastomoses se font latéralement entre les vaisseaux lymphatiques du même plan, mais encore il existe des communications nombreuses entre les plans superposés, surtout si des cloisons fibreuses, épaisses, imperforées, ne séparent pas les couches vasculaires. Dans ce dernier cas ce ne serait que sur un petit nombre de points, et surtout vers ceux où existent des gan-

glions, que ces anastomoses s’opéreraient. Quelquefois enfin , après que le vaisseau s’est bifurqué , chacune des deux branches se subdivise et le vaisseau interne, résultant de cette seconde bifurcation, se réunit à son semblable, près duquel il est situé.

La capacité du système lymphatique est aussi variable que celle des veines, et parfois les vaisseaux de la lymphe ont un très grand degré de dilatabilité. Cette circonstance rend difficile l’appréciation comparative des troncs et des branches. J. Fr. Meckel croit que la capacité du système lymphatique peut égaler celle du système veineux ; et comme les branches des vaisseaux lymphatiques ne tendent pas à se réunir aux troncs, ainsi qu’on le voit dans le système veineux, leur nombre plus considérable donne plus de capacité au système lymphatique général.

Malgré la grande ténuité, la minceur, la transparence et l’extrême dilatabilité des parois des vaisseaux lymphatiques , ils ne se déchirent pas aussi facilement qu’on pourrait le présumer, sous la pression d’un liquide injecté dans leur cavité. Werner et Feller (1) assurent que les vaisseaux sanguins , artères ou veines , du même diamètre que des vaisseaux lymphatiques sur lesquels ils expérimentaient, étaient toujours déchirés par la pression d’une colonne de mercure haute de

(1) Vasor. lacleorum atque lymphat. anatomica et physiologica descriptif); fasc. 1, p. i5-i€.

douze pouces, tandis que les lymphatiques sup«* portaient le poids d’une colonne bien plus élevée» Los observations de Scheldon (i) et de Meckel (2) s’accordent avec les expériences de Werner et Feller. Cette grande facilité des vaisseaux lymphatiques à se laisser distendre, fait que leur diamètre est très variable , soit pendant la vie , soit après la mort, de telle sorte que des vaisseaux qui, dans l’état d’injection, paraissent très gros, étaient à peine visibles sur le vivant.

On admet généralement deux membranes dans lepaisseur des vaisseaux lymphatiques, l’une externe, celluleuse , plus ou moins dense, résistante, très élastique ; l’autre interne, plus fine, plus déliée, et plus extensible que celle des veines. Les ossifications sont beaucoup plus rares dans les parois des veines que dans celles des artères, et bien plus insolites encore pour les parois des vaisseaux lymphatiques. C’est la membrane interne qui forme à l’intérieur ces replis si multipliés qui font comparer les canaux lymphatiques à un chapelet; chaque valvule produit unesorte de resserrement qui simulel’inter-? valle des grains du chapelet. A l’intérieur, ces replis ont une disposition dont nous donnerons plus bas la description. La tunique interne est comparable, d’après son apparence, aux lames qui composent les membranes séreuses et à celles qui

(1) The history of the absorbent System^ etc. ; London , 1784.

(2) Opuscula anatomica de vasis (yniphaticis ; Lipsiæ, 1760.

constituent le tissu cellulaire lui-même , c’est-àdire le tissu cellulaire non fibreux. Peut-être y a-t-il plus que de l’analogie. C’est ce que disent plusieurs anatomistes* mais il ne nous appartient pas de nous arrêter aujourd’hui sur ce point de la science de l’organisation animale.

On ne reconnaît pas chez l’homme de membrane moyenne, ou membrane fibreuse, aux vaisseaux lymphatiques , bien qu’elle existe dans les artères et dans les veines. Mascagni n’admet pas non plus de fibres musculeuses dans les vaisseaux lymphatiques , tandis que Schreger croit qu’il y en a de circulaires dans le canal thoracique de l’homme et de quelques animaux (i). Sœmmering est du même sentiment, tandis que Rudoîphi déclare n’avoir pu en découvrir, ni chez l’homme, ni dans plusieurs grands quadrupèdes. Cette tunique extérieure, considérée comme fibreuse par les uns et comme musculeuse par les autres, est formée , suivant M. le professeur Cruveilhier, par du tissu jaune élastique , ou tissu dartoïde, à la présence duquel les lymphatiques doivent la faculté de se laisser distendre à un haut degré sans se rompre, puis de revenir sur eux-mêmes , pour reprendre leur calibre ordinaire. M. Cruveilhier fait remarquer que la membrane externe des vaisseaux lymphatiques est souvent couverte de tissu

(i) Fragw. anat. et phys., faso. 1; Leipzick, 1791-

adipeux (1). Sheldon (a) dit avoir reconnu do véritables fibres musculaires sur le canal thoracique”du cheval.

Les parois des vaisseaux lymphatiques présentent, ainsi que le démontrent les heureuses injections de Mascagni et de Cruikshank, des vaisseaux sanguins nourriciers. Cruikshank regarde même comme très vraisemblable que de petits vaisseaux lymphatiques rampent sur les parois de vaisseaux plus considérables, et forment ainsi les v.asa va sorum.

On n’a pas encore démontré de nerfs se ramifiant sur les vaisseaux lymphatiques. Cependant le canal thoracique étant entouré d’un plexus nerveux fourni par le système ganglionaire , et les. vaisseaux lymphatiques étant de tous les vaisseaux les plus irritables , il est très probable qu’ils reçoivent des nerfs, comme tous les autres organes.

Si l’existence des fibres musculaires dans les vaisseaux lymphatiques peut être révoquée en doute, il n’en est pas ainsi de la contractilité des parois de ces vaisseaux, qui est démontrée par plusieurs expériences, et qui persiste même pendant plusieurs heures après la mort. Si l’on tue un chien vers la fin de sa digestion, et qu’on lui ouvre de suite le bas-ventre, on y trouve les intestins marbrés, et les vaisseaux lactés remplis de chyle ; mais ces vaisseaux, irrités

(1) Anal, descript., t. 3 , p. 358.

(a) The history oflhe absorbent System , etc. ; London, 1784.

par le contact de l’air atmosphérique, se contractent de suite, et au bout d’une ou deux minutes on n’en n’aperçoit plus de traces. Le résultat est le même pendant plus de vingt-quatre heures après la mort; mais, passé ce temps , leur contractilité est éteinte complètement, et ils restent alors distendus par le chyle, malgré le contact de Pair. Si on lie le canal thoracique ou un autre vaisseau lymphatique sur un animal vivant, et qu’on fasse une piqûre au-dessous de l’endroit où il est lié , le liquide sort par jets, tandis que cette opération étant répétée quelque temps après la mort, le liquide découle lentement. Le racornissement des vaisseaux lymphatiques par les caustiques, donné par les anciens physiologistes comme preuve de leur irritabilité, n’est plus regardé aujourd’hui que comme une actioi urement chimique.

On a voulu s’assurer l’existence de la sensibilité dans les vaisseaux lymphatiques, en les piquant, tiraillant ou cautérisant ; mais les résultats de ces expériences doivent être regardés comme nuis, puisque la douleur, inséparable de toutes les opérations nécessaires pour mettre un vaisseau lymphatique à découvert, est aumoinsaussi intense que celle qui serait produite par les manœuvres exercées sur lui. D’ailleurs l’on n’est jamais sûr de ne pas intéresser en même temps un des filets nerveux qui accompagnent les vaisseaux lymphatiques. Mais, si nous ne pouvons rien dire de positif

sur la sensibilité des vaisseaux lymphatiquesdans Tétât de santé, nous leur trouvons une sensibilité exquise lorsqu’ils viennent à s’enflammer à la suite d’une piqûre, de l’absorption de matières putrides ou dun virus quelconque, à moins que la douleur qu’on ressent ne provienne, comme l’ont prétendu quelques auteurs, uniquement de l’inflammation des tissus ambians.

Les vaisseaux lymphatiques ont une force de résistance bien supérieure à celle des vaisseaux sanguins d’un calibre égal. Danslesmembres inférieurs, cette force de résistance esta celle des artères à peu près dans le rapport de 10 à 3. Elle est plus petite dans ceux des membres supérieurs, et moindre encore dans ceux des viscères. La tunique interne des vaisseaux lymphatiques , quoique très extensible, Test moins que l’externe, car c’est toujours elle qui se rompt la preimère. Ces vaisseaux sont très élastiques ; un lymphatique presque imperceptible quand il est vide, acquiert souvent une demiligne de diamètre, s’il est distendu par l’injection; videz ce vaisseau, et il reprendra ses premières dimensions. Mascagni vit cette élasticité subsister pendant deux ans sur des vaisseaux lymphatiques injectés et conservés dans l’alcool; il pense même que ce n’est qu’en vertu de cette propriété que se fait la progression des fluides qui y sont contenus, et il leur refuse positivement toute contractilité vitale. 11 explique cette élasticité par l’arrangement

des fibres , qui! compare au tissu d’une natte de paille, fibres qui, selon lui, consistent dans un amas de vaisseaux plus fins. Les vaisseaux lymphatiques, comme les vaisseaux sanguins, sont susceptibles de s’e'tendre dans les parties voisines accidentellement adhérentes, et de se régénérer dans les parties divisées , comme le prouvent les injections de Çruikshank.

§ IV. Valvules.

La surface interne des vaisseaux lymphatiques présente, de distance en distance, des replis semi-lunaires ou semi-circulaires, formés par la membrane interne , qui sont disposés comme les valvules de l’origine de l’aorte ou de l’artère pulmonaire, ou, mieux encore, comme celles des veines.

Les réseaux lymphatiques du tissu cutané ne sont pas pourvus de valvules semblables à celles qu’on connaît dans les branches de ce système vasculaire, en dehors des organes. On ne découvre que des rudiments de valvules , ou des rétrécissements de forme irrégulière. Ces dispositions ne constituent que de faibles barrières, insuffi-r santés pour empêcher le mercure de se répandre en tous sens lorsqu’on le fait arriver dans un rameau (1). Des replis réguliers ne paraissent qu’aux branches et aux petits troncs qui sortent du tissu cutané (2).

(1) Fohmann, Mèm. sur les vaiss. lympl i, de la peau.

(2) Ibid.

Les valvules des vaisseaux lymphatiques, découvertes par Rudbeck (i) et par Bartholin (2), décrites et représentées avec plus de soin par Ruysch (3), ont été examinées par un si grand nombre d’hommes célèbres, tels que Nuck (4), Cruikshank (5), Hewson (6), Mascagni (7), Fohmann, Lauth, Panizza, etc., que ce point d’anatomie semble ne laisser ni lacune ni incertitude dans la science. Bien que Thomas Bartholin (8) eût observé et décrit les valvules des vaisseaux lactés, c’est cependant à Ruysch (9) que l’on en doit la première bonne description. Avant lui , Pecquet(io) les avait entrevues dans le canal thoracique ; mais la découverte de celles des vaisseaux lymphatiques appartient à celui-ci. Rudbeck les fit représenter, avec les vaisseaux eux-mêmes, sur

(1) Insid. slruct., p. 91-128.

(2) Vasa lymphat. brutor p. 46, etc.

(3) Dilucidatio valvul . in vasis lymph etc.; La Haye, i665, in-4®» cüm figuris.

(4) Adenographia , etc., cap. 6 , p. 61.

(5) Anat. des vaiss. absorb. du corps humain , trad. de Petit-Radel, p. i36.

(6) Experimental inquiries , containing a description of the lymph. syst. in the huinan subj., etc.

(7) Vasor. lymphaticor. corp. hum. historia et iconographia, Senis,

(8) De vasis lymphaticis, cap. V, methodica vasor. lymphaticor. descrip îio; Lugd. Balav., 1669.

(9) üilucid. valvular. in vas. lymph. ; La Haye , i€65. (Voyez la collection de Mauget.)

(10) Expérimenta nova anatomica, Paris, i65i, in-4*-

deux planches qui parurent en 1 653 ; trois ans auparavant il les avait vues pour la première fois en Hollande. Vues et revues par tous les anatomistes qui ont cherché à perfectionner l’histoire des vaisseaux lymphatiques, surtout par Mascagni9 elles ont été représentées constamment de la même manière, et comme dépendantes du repli de la membrane interne. Il était bien étonnant que tous s’accordassent sur un fait matériel, et qu’un physiologiste moderne fût le seul qui eût vu différemment. Ayant introduit un tube chargé de mercure dans un vaisseau lymphatique, entre le premier et le second os du métatarse, nous avons obtenu non seulement l’injection des vaisseaux lymphatiques de la jambe et de la cuisse, mais encore celle des ganglions du pli de l’aine, de la région iliaque et des troncs nombreux, considérables, placés dans la même région, en connexion avec 1 artère et la veine iliaques externes. Enfin le mercure parvint jusque dans le canal thoracique. Pendant l’injection , nous voulûmes, à plusieurs reprises, nous assurer s’il était possible , soit avec le doigt , soit avec le manche du scalpel , de faire descendre le mercure dans une direction opposée à celle du sens des valvules , et nous reconnûmes qu’à la jambe et à la cuisse on pouvait le faire revenir de haut en bas , c’est-à-dire

(°') délia grande anatomia , seconda opéra postuma di Paolo

Mascagni; Firenze, 1819, p. 8.

dans une direction contraire à celle qu’il avait suivie, tenais dans une étendue fort bornée. On rencontrait bientôt un obstacle à ce mouvement rétrograde du métal liquide , et cette résistance ne pouvait pas être surmontée sans un effort tel que parfois le vaisseau s’en trouvât rompu. Les obstacles à tout mouvement rétrograde du mercure existaient à une distance d’environ un ponce les uns des autres. Nous avons ensuite détaché soit quelques troncs bien remplis de mercure, à la jambe, à la cuisse, ou dans la région iliaque, soit même des portions du canal thoracique , et nous les avons soigneusement dépouillés de tout tissu cellulaire ambiant. Ces lymphatiques , de calibre varié, offraient des bosselures et des rétrécissements, mais sans régularité, et ne pouvaient donner aucune idée que le vaisseau fût formé d’une suite de cônes empilés les uns sur les autres. Les bosselures et les rétrécissements étaient assez distincts, quand les vaisseaux étaient frais ; mais ils le devenaient bien plus encore , lorsque ceux - ci avaient été desséchés. Après avoir fait sécher plusieurs de ces troncs vasculaires pris à la jambe, à la cuisse, à la région iliaque, ainsique sur le canal thoracique, nous les avons fendus longitudinalement, puis ils ont été examinés avec soin à la loupe et sous le microscope. Tous nous ont offert distinctement des valvules comparables, sous le rapport de leurs formes et de leurs dispositions ,•

mais non sous celui de leur nombre, aux valvules sigmoïdes de f origine de l’aorte et de l’artère pulmonaire ; comme’elles, comparables à des paniers de pigeons, pour employer une expression vulgaire, et dépendantes d’un repli de la membrane intérieure du vaisseau. Sur les troncs lymphatiques bien desséchés, le mercure était renfermé dans une poche profonde , à orifice supérieur, et dont le fond arrondi était dirigé en bas. Nous n’avons constamment rencontré que deux valvules sur les points correspondants et occupant toute la circonférence interne du vaisseau. La distance entre chaque paire de valvules n’est pas la meme pour tous les vaisseaux et dans toutes les régions du corps. En général, on peut affirmer qu elles sont moins rapprochées dans les petits vaisseaux que dans ceux d’un plus gros calibre. Pour les premiers, la distance entre deux paires de valvules est d un pouce environ, ce qui correspond parfaitement à la résistance que nous avons éprouvée en voulant faire rétrograder le mercure. Nous pouvons aussi inférer de cette disposition des valvules , que chaque rétrécissement qu on voit à l’extérieur d’un lymphatique ne correspond pas à la présence de deux valvules, puisque le plus souvent les rétrécissements sont très rapprochés. Peut-être sont-ils dus à la forme globulaire du mercure, plutôt qu’à la disposition et à la structure des vaisseaux. En cherchant à:

séparer ces valvules du reste du vaisseau , on voit qu’elles se continuent avec la membrane interne, dont elles ne sont que des replis permanents , disposés comme une sorte de draperie soulevée et retenue dans deux points de la circonférence du vaisseau , et abandonnée à elle-même dans le reste du contour de ce canal.

Chaque valvule est formée par l’adossement de deux feuillets de la membrane interne, et ces replis ne sont pas circulaires ou en anneau, comme il le faudrait si l’opinion émise par un physiologiste moderne était déduite de l’observation. Il en est de même des fibres sous-jacentes à ces replis valvulaires : ni la loupe , ni le microscope , n’ont pu nous faire apercevoir les faisceaux de fibres si artistement représentés sur les planches de Mascagni. Il n’existe, en effet, aucun sphincter, aucun plan de fibres circulaires disposées de distance en distance , pour faire contracter les vaisseaux lymphatiques et pour les fermer comme une bourse. Si l’on tiraille par ses deux extrémités une portion de vaisseau lymphatique de plusieurs pouces d’étendue, on peut bien faire disparaître les bosselures ou les nodosités de la surface, mais jamais l’on ne peut détruire les valvules , parce que ce sont des choses tout-à-fait différentes les unes des autres. Nous n’avons pu parvenir à reconnaître rien de semblable à ce qu’on a dit récemment sur l’existence de fibres longitudinales, dont les deux

Si

bouts seraient attachés aux fibres transversales constituant des sphincters et produisant des rétrécissements d’espace en espace. Nous avons aussi exprimé comment la marche rétrograde du mercure pouvait s’opérer dans les vaisseaux lymphatiques d’un certain calibre. Jamais cette rétrogradation ne peut s’étendre plus loin que l’espace limité par* deux paires de valvules. Cependant, si dans cet intervalle il existe des branches latérales , alors le liquide passe dans les vaisseaux voisins ; mais, là encore, il s’arrête dès qu’il rencontre des valvules.

Toutefois, nous avons vu que sur les réseaux les plus fins les choses arrivaient un peu différemment: tantôt le mercure ne peut être chassé que dans des limites fort restreintes, et tantôt il peut parcourir, en divers sens, un espace assez considérable. Ici, sans doute, les valvules ont une disposition differente de celle que nous avons observée sur des vaisseaux d’un plus gros diamètre, ou bien les valvules sont plus rares, ou elles sont moins complètes. Les personnes qui ne croient pas à l’existence des valvules, et qui les remplacent par des fibres circulaires, sortes de sphincters qui par un mouvement péristaltique ou antipéristaltique font cheminer les fluides dans des sens opposés, ne disent pas sur quels animaux elles ont entrepris leurs recherches et quel calibre avaient les vaisseaux sur lesquels elles ont fait leurs observations et leurs expériences. Pres-

ses par les circonstances, nous nous sommes bornés à vérifier leurs assertions sur les lymphatiques du corps humain , et les résultats obtenus par nous sont contraires aux prétentions de ces personnes. Cependant nous avons déjà indiqué que dans les réseaux les plus déliés des vaisseaux lymphatiques cutanés, on peut parfois imprimer au mercure des directions variées. M. Fohmann explique ce fait par l'absence de toute valvule ou de valvules complètes dans les réseaux de la peau. Nous pensons seulement que les valvules étant placées à des distances inégales entre elles ou plus moins rapprochées suivant les parties, on peut dans certains cas imprimer en apparence au mercure une marche rétrograde dans une certaine étendue , laquelle est toujours fort limitée.

Les valvules sont très près les unes des autres dans les vaisseaux lymphatiques des tuniques intestinales. Elles le sont moins dans ceux du mésentère et moins encore si on les examine sur les vaisseaux des membres pelviens. On sait aussi que sur plusieurs animaux les vaisseaux lymphatiques sont dépourvus de valvules. C’est ce que M. Fohmann ( i) a reconnu sur les vaisseaux des intestins grêles du lion et de plusieurs carnivores. Dans les

(i) Anatomische Untersuchungen über die Verbindung der Saugadern fïîit den Venen; Heidelberg, p. 5i.

tortues (i) et les poissons (2), ces valvules manquent entièrement, ou sont très faibles. Haller (3) put injecter les vaisseaux lymphatiques du poumon par la partie supérieure du canal thoracique,

et Marchetti insuffla tous les vaisseaux lymphatiques d’un animal par le réceptacle du chyle (4). 11 n’est pas très rare de rencontrer dans les troncs lymphatiques des valvules comme annulaires, formées par la réunion de deux valvules qui, ayant moins de hauteur qu a l’ordinaire , ne ferment pas totalement la lumière du canal”(5). Cette disposition anormale paraît se rapprocher un peu de celle que nous avons attaquée, laquelle est relative à l’absence des valvules, et cependant elle en diffère essentiellement, car elle n’est qu’un développement incomplet, un état irrégulier. Enfin la seule inspection de la direction des valvules prouve qu’elles servent à empêcher la rétrogradation vers les branches des fluides contenus dans les vaisseaux lymphatiques , comme le veut Darwin.

(1) Panizza , Sopra il sistema linfatico dei rettili; Pavia, i833. —

(2) W Hewson, An accountof the lymph. syst. inamphibious animais; phloisoph. Trans. ; 1 769.

(3) Haller, Wille-Hunter, etc.

(4) Cruikshank , Anat. de s vais*, absorb. , trad. de l'anglais par Petit-

Radel; Paris, 1787. ‘ or

(5) Nouvelles recherches sur la structure de la peau , par G. Breschet et Roussel de Vauzème ; Paris , i835.

Ayant engagé notre ami M. le professeur Lauth à faire sur ce point de la structure du système lymphatique de nouvelles recherches pour confirmer ou infirmer les nôtres, il a répondu à notre appel, et nous avons depuis long-temps reçu de lui un travail que nous avons présenté à l’Académie des Sciences et dont nous allons rapporter les principales circonstances.

La lecture de notre travail sur la structure de la peau ayant appris à M. Lauth qu’on avait nié tout récemment l’existence des replis valvulaires dans l’intérieur des vaisseaux lymphatiques, il entreprit des recherches à ce sujet, dont depuis 182/1 il ne s’était plus occupé. Trouvant que nous avions complètement réfuté les assertions du médecin italien, il était disposé à considérer son travail comme inutile; mais il avait rencontré dans la structure des valvules une particularité qui paraît avoir échappé jusqu’ici aux investigations des anatomistes, et il nous adressa un court exposé de ses dernières investigations.

Nous avons, dit-il, commencé à rechercher les valvules dansl’intérieur du canal thoracique; onsait que ce vaisseau offre une foule de variétés quant au nombre des replis valvulaires qui en garnissent l’intérieur. Dans celui que nous avons examiné, les valvules étaient beaucoup plus nombreuses à la partie inférieure et dans le réservoir du chyle que dans la partie supérieure du vaisseau;

la partie moyenne en était presque entièrement dégarnie. Nous parlons ici du réservoir du chyle, parce que, contrairement à l’assertion de Portai, le canal thoracique est évidemment plus grosvers son extrémité inférieure, dans l’étendue d’un pouce à dix-huit lignes j quelquefois meme, et nous en avons conservé un exemple, ce canal forme dans ce point une dilatation arrondieetpîuscirconscrite, du volume d’une grosse aveline. L’existence du réservoir du chyle, chez l’homme, ne saurait donc être sérieusement controversée, bien que la dilatation y soit moins considérable que chez beaucoup d’animaux, et l’on ne supposera pas, je pense, que nous avons pris un paquet de vaisseaux lymphatiques réunis par du tissu cellulaire, pour une dilatation du canal thoracique lui-même, comme Portai semble vouloir le reprochera ceux qui admettent l’existence de ce réservoir.

En général nous avons remarqué que le canal thoracique non distendu de mercure est légèrement renflé aux endroits qui correspondent aux valvules *(pl. 1, fig. 2 b), tandis que le réservoir du chyle présente dans ces points de légers étranglements (pi. i , fig. 2 a ). Le canal thoracique ayant été fendu dans toute sa longueur, nous l’avons examiné sous l’eau, par un jour bien serein, et en le faisant flotter sous le liquide ; nous avons parfaitement vu les valvules telles que nous les avions autrefois observées. Les replis ne disparaissent en aucune

façon si l'on tire le canal suivant sa longueur, preuve que ce sont bien des replis permanents.

Les valvules, surtout vers leurs bords libres, sont extrêmement minces, en sorte que nous concevons fort bien que, vu leur transparence, elles auront pu échapper à un observateur qui , à ce qu’il assure, a été obligé de recourir au microscope, pour n’avoir pas pu apercevoir à l’œil nu des objets qui ont environ deux lignes de diamètre dans un sens et une ligne dans l’autre sens. Mais, dans ce cas spécial, le microscope pas plus que la loupe ne nous ont paru d’une grande utilité ; du moins avonsnous moins bien vu , sous la lentille composée , des valvules que nous apercevions distinctement à l’œil nu; cependant nous avons toujours eu soin de faire flotter le repli sous l’eau, mais, naturellement, toutes les parties de l’objet ne pouvaient pas être à la fois au foyer de l’instrument.

Passant à des lymphatiques d’un moindre volume, nous avons encore aperçu distinctement des valvules dans des vaisseaux de trois quarts de ligne environ , toujours en nous servant du procédé indiqué ci-dessus. Dans les cas où nous n’avons pu apercevoir les replis de prime abord , nous les rendions très distincts en glissant légèrement le bout arrondi d’une petite soie de porc le long de la face interne du vaisseau ouvert dans la direction opposée au cours de la lymphe. Le bout de la soie était arrêté par la petite poche que forme la valvule, et il était

alors facile de soulever cette dernière , de manière à la rendre visible; seulement la ténuité du repli avait augmenté en raison inverse du calibre du vaisseau. En promenant la soie dans une direction opposée , elle n’était jamais arrêtée par des replis, preuve que nous n’avions pas seulement déprimé le vaisseau avec le bout de la soie , de manière à simuler des plis qui n’existaient pas auparavant; d’ailleurs, les vaisseaux que nous examinions étaient fortement tendus en long au moyen d’épingles fixées sur une plaque de liège.

Nous avouons que nous n’avons pas pu réussira voir des valvules dans des vaisseaux lymphatiques d’un calibre inférieur à trois quarts de ligne, en employant le procédé direct indiqué en premier lieu ; cela se conçoit aisément, parce que la ténuité toujours croissante des valvules les empêche alors d’être vues quand elles sont placées dans ces conditions; car nous nous sommes assuré plus tard que ce n’est pas la petitesse, mais la transparence des replis qui ne permet pas de les voir quand on les fait flotter sous l’eau.

Il nous a donc fallu employer des procédés différents pour mettre les valvules en évidence dans des vaisseaux de petit calibre. Et d’abord on aperçoit distinctement les points d’insertion des valvules sur de petits vaisseaux entiers tendus sous l’eau suivant leur longueur. La fig. ir% pl. I, représente un vaisseau grossi , sur lequel on re-

marque l’implantation des valvules sous différents aspects.

a est une valvule vue de face, l’autre valvule ne pouvant pas par conséquent être aperçue.

b une valvule vue aux trois quarts , avec le quart de la deuxième valvule.

c la moitié de la surface d’implantation des deux valvules vues de profil.

Si donc nous apercevons les valvules ellesmêmes sur les vaisseaux d’un certain calibre que l’on fend suivant leur longueur, si le mercure ne peut pas rétrograder dans des vaisseaux d’un calibre moindre , et si l’on aperçoit sur ces vaisseaux d espace en espace des renflements sur lesquels se dessinent des lignes blanchâtres qui simulent le dôme d’implantation des valvules que l’on aperçoit dans des vaisseaux plus gros, il n’est pas déraisonnable d’admettre que ces replis existent également dans des vaisseaux d’un petit calibre, dans ceux du moins qui s’opposent au reflux du mercure.

Afin de constater toutefois ces valvules autrement que par voie d’induction , nous avons ouvert plusieurs vaisseaux lymphatiques injectés de mercure, fortement tendus sur une planchette, et desséchés dans cette position. Ces vaisseaux variaient en diamètre depuis un tiers de ligne jusqu’à une demi-ligne.

L’incision longitudinale ayant été pratiquée, nous

avons fait couler le mercure en frappant de petits coups sur la table avec l’extrémité de la planchette qui correspondait à la partie inférieure des vaisseauxlymphatiques. Le métal s’échappa facilement, à l’exception d’un globule qui resta niché dans chacune des petites poches que forment les valvules. Ces globules, disposés deux à deux, à des distances variées, indiquaient donc les endroits qu’occupaient les valvules, et celles-ci correspondaient exactement aux nœuds que l’on apercevait en dehors. En examinant enfin l’intérieur des vaisseaux ouverts, les valvules paraboliques étaient parfaitement visibles à l’œil nu.

Nous avons toujours rencontré les valvules des vaisseaux lymphatiques disposées par paires selon la partie du vaisseau sur laquelle l’instrument a porté. Quand on le fend suivant sa longueur , on trouve deux valvules entières (pl. I, fig. 2, b), ou une valvule entière et de chaque côté la moitié d’une valvule (pl. I, fig. 2, a), ce qui , par conséquent, est directement contraire à l’assertion du physiologiste dont nous combattons l’opinion.

Selon le calibre des vaisseaux, la forme des valvules nous a semblé être un peu différente. Nous les avons trouvées assez basses dans des lymphatiques de petit et de moyen calibre , comme le font voir les dessins de notre Mémoire sur la structure de la peau. Dans le canal thoracique, au contraire, les replis ont proportionnellement plus de hau-

leur, de manière à se rapprocher davantage de la forme des valvules que l’on observe dans la plupart des voies de la circulation sanguine.

Nous avons en outre remarqué que les valvules se composent de deux parties (fig. 3, a b) , d’une portion adhérente, épaisse, blanche, et dune portion libre, excessivement mince , transparente et presque entièrement incolore. Cette dernière portion forme la majeure partie de la valvule; toute mince qu’elle est , l’analogie doit nous faire admettre qu’elle est formée par un pli de la membrane interne , et que, par conséquent, elle se compose de deux lames appliquées l’une contre l’autre. Ce n’est pas que l’on doive en conclure que la membrane interne des lymphatiques n’a que la moitié de lepaisseur des replis valvulaires; bien au contraire, elle est en général plus épaisse que la portion libre du repli prise en entier.

La membrane interne des vaisseaux lymphatiques a donc subi une modification particulière, quand elle est venue former ses plicatures, tout comme les lames dont se compose le grand épiploon , prises quatre ensemble , sont dans plusieurs points plus mincesquenel’est la lame unique du péritoine, telle qu’on l’observe dans la plupart des autres points; quelquefois même les valvules des vaisseaux lymphatiques ne se composent plus que d’une toile , d’un réseau de filaments excessivement ténus, laissant par conséquent de petites ouvertures dans

leurs interstices , à peu près comme on l’observe souvent à la grande valvule d’Eustachio ou au grand épiploon. Souvent nous avons trouvé des brides tendues dans l’intérieur des vaisseaux lymphatiques , vers le point du vaisseau qui correspond au bord libre d’une valvule ; nous pensons que ces brides sont des portions détachées d’une valvule.

Il se pourrait bien que les vaisseaux lymphatiques dans lesquels on a jusqu’à présent admis des valvules qui ne seraient pas assez hautes pour s’opposer à la marche rétrograde du mercure, eussent des valvules de forme normale, mais dont la portion libre serait assez mince pour se déchirer lorsque L’impulsion rétrograde devient trop forte. Car on voit dans ces vaisseaux le métal s’arrêter d’abord à chaque valvule, puis la forcer subitement, s’arrêter à une seconde, et ainsi de .suite, jusqu’à ce que toute la ramification se soit remplie; et, une valvule étant une fois forcée , elle cesse à tout jamais de faire obstacle à la marche rétrograde du mercure. Au reste, la déchirure des valvules est une supposition que nous ne donnons que pour ce qu’elle vaut.

La base des valvules, que nous avons vu être plus épaisse, se continue assez brusquement avec la portion amincie. Nous nous sommes positivement assuré que cette partie plus épaisse est due à un prolongement que la tunique externe des lymphatiques envoie vers l’intérieur dans l’interstice

des feuillets formés par la plicature de la membrane interne. Il est facile de le savoir d’une manière certaine , le scalpel à la main, en séparant de l’extérieur vers l’intérieur les lames qui constituent les valvules, en un mot, en les déplissant parleur base. La figure (3 b pl. I) donne un aperçu de cette disposition, en représentant la coupe profilée d’un vaisseau , dans le point où se trouve une valvule. Contrairement à l’assertion de quelques anatomistes, nous avons trouvé des valvules à l’endroit où une branche s’unit à un tronc lymphatique. Nous ne saurions mieux comparer la forme de ces replis qu’à celle de la valvule iléo-cœcale, qui, certes, a toujours été considérée comme une valvule. Quelquefois cependant ils étaient trop courts pour défendre entièrement l’entrée du vaisseau ; mais ce cas est exceptionnel. Il est facile d’apercevoir ces replis valvulaires à l’endroit où les gros vaisseaux lymphatiques viennent s’aboucher dans le réservoir du chyle, ou bien encore dans les plexus lymphatiques de la région lombaire ou pelvienne. Il suffit d’inciser sous l’eau le tronc dans lequel la branche vient s’ouvrir, et, si l’on veut plus tard, la branche elle-même.

Les tuniques des vaisseaux lymphatiques sont un peu plus épaisses dans les points où les valvules sont implantées. Nous avons distingué sur ces points des fibres transversales dans la tunique externe y mais elles y étaient entremêlées d’autres fibres.

Dans l’intervalle des valvules, la tunique externe des vaisseaux lymphatiques est formée de fibres peu distinctes et dont la direction n’a absolument rien de constant. Du reste, ces fibres ne sont pas musculaires; cela suffit pour répondre à plusieurs des assertions de notre adversaire, et pour réduire à leur juste valeur les explications qu’il en a déduites sous le rapport de la physiologie.

Quant au mouvement rétrograde que Darwin admettait dans les vaisseaux lymphatiques, et que notre physiologiste invoque en faveur de son opinion, ce n’est pas la seule rêverie qui dépare l’ouvrage du physiologiste anglais, et , quoi qu’on en dise, nous ne saurions citer un seul anatomiste pourvu de connaissances solides qui ait adopté ce paradoxe. Au reste, comme il y a maintenant quinze ans que MM. Tiedemann et Gmelin ont fait justice de l’erreur de Darwin par une série d’expériences spéciales, on a lieu d’être étonné de voir de nouveau reproduire une opinion qui n’appartenait plus qu a l’histoire des erreurs de l’esprit humain.

§ Y. Ganglions du système lymphatique.

On rencontre, sur le trajet des vaisseaux lymphatiques des animaux vertébrés supérieurs, des corps ovoïdes ou globuleux, que Sylvius appelle glandes

conglobées ( 1 ) , Cha us si er (sa )ganglio ns lympha tiques, et qu’Hippocrate confondait avec les glandes (3).

Le volume de ces ganglions lymphatiques est très variable; on en trouve depuis la grosseur d’un grain de millet, d’une lentille ou d’un pois, jusqu a celle d’un petit œuf de pigeon. Les plus gros se voient dans la duplicature du mésentère, près de sa racine, sur les bronches, au pli de l’aine et sur les vaisseaux iliaques. Les plus petits se rencontrent dans le conduit carotidien, sur les vaisseaux lymphatiques profonds des membres, dans les épiploons. Ils sont plus mous et plus volumineux chez les enfants et les jeunes sujets que chez les adultes, et semblent diminuer en nombre et disparaître chez les vieillards (4). Suivant M. Lauth(5), la disparition des ganglions lymphatiques chez les vieillards n’a rien d’étonnant, parce qu’il croit, avec plusieurs anatomistes célèbres, que ces corps n’étant que des vaisseaux lymphatiques pelotonnés, il survient ce qu’on observe sur beaucoup de vaisseaux capillaires sanguins, chez les vieillards, c’est-à-dire une obli tér ation successive des vaisseaux, en sorte que la circulation sanguine devient de moins en moins active , et que l’atrophie se ma-

(1) Disput. de glandutis in genere, etc.

(2) Table synoptique des vaisseaux lymphatiques.

(5) De glandutis.

(4) Essai sur les vaisseaux lymphatiques; Strasbourg, 1824. — Bichat, Anat. gènér., t. 2, p. 4^7, éilit. de M. Blandin; Paris, 1 83 1 •

(5) LauUi, 1 Loc. cit.

nifeste. Parfois, une continuité directe se conserve entre les vaisseaux afférents et efférents; alors la forme ganglionaire ou le pelotonnement seul des vaisseaux disparaît (1).

Le plus grand nombre des ganglions lymphatiquessontsituésaucou, dans la cavité delà poitrine, le long des bronches, vers leurs bifurcations, dans 1 abdomen, le bassin, et sur les parties latérales de la colonne vertébrale, vers les replis des membranés séreuses contenant des organes. On n’en signale qu’un petit nombre au crâne; mais on en observe plusieurs sous la mâchoire inférieure , vers la région parotidienne, autour de la bouche. Aux membres, ils existent près des articulations, au coude, au genou, mais surtout à l’aine et â l’aisselle, où ils forment deux plans, l’un superficiel et l’autre profond.

Leur présence n’a été reconnue d’une manière constante nulle part dans l’intérieur des organes. Cependant, les altérations pathologiques des tissus semblent quelquefois en faire paraître et en développer où l’on n’en soupçonnait pas. Ainsi, dans le foie, la rate, le cerveau, on a décrit des ganglions lymphatiques frappés de maladie. Un examen attentif de ces prétendus ganglions compris dans des masses morbides a fait reconnaître à J. F. Meckel que l’on prenait souvent pour des ganglions

(0 Meckel , Manuel d' anatomie.

lymphatiques des altérations organiques entièrement étrangères au système lymphatique.

J. -F. Meckel établit comme principe que les ganglions deviennent de plus en plus nombreux, à mesure qu’on se rapproche davantage du tronc; qu’ils sont distincts et séparés du propre tissu des organes; que leur nombre est en raison directe de l’abondance du tissu cellulaire, et qu’on en remarque aussi beaucoup autour des viscères qui sont en rapport avec les corps venant du dehors. Ainsi, les appareils digestif et respiratoire présentent à la circonférence extérieure de leurs conduits des ganglions très multipliés.

Ils sont isolés à l’extrémité des membres, et deviennent plus ou moins nombreux à mesure qu’on se rapproche du tronc et qu’on pénètre dans ses cavités. Chez beaucoup de mammifères, ils sont, dans le mésentère, confluents, groupés , et constituent alors ce qu’on nomme le pancréas d’Aseili.

Leur couleur paraît offrir presque autant de variétés que leur volume. Ceux des membres sont rougeâtres; ceux que forment les vaisseaux lactés sont blancs pendant la digestion, puis d’une teinte rose-pâle. Aux poumons, entre les bronches et les plèvres pulmonaires, ils paraissent gris ou noirs, chez les adultes et les vieillards. Au foie , ils sont plus ou moins jaunes, et vers la rate bruns. Sœm-

mering assure avoir trouvé , sur un nègre , les ganglions lymphatiques d’une teinte noirâtre.

Le sexe ne semble pas avoir une influence bien marquée sur leur degré de développement, puisque Hewson dit qu’ils sont plus gros chez la femme , tandis qu’au contraire Bichat les croit plus volumineux chez l’homme.

Dépourvus de membrane propre, les ganglions lymphatiques nous ont toujours paru n’avoir d’autre enveloppe qu’un tissu cellulaire plus ou moins dense, et parfois d’aspect fibreux, qui les isole des parties environnantes, et leur permet de se mouvoir, de se déplacer, caractère auquel on distingue en eux l’état sain de l’état morbide. M. Lauth dit avec raison que l’injection fait cesser cette apparence (i), que nous attribuons bien plutôt aux lames albuginées du tissu cellulaire qu’aux vaisseaux lymphatiques eux-mêmes, dont plusieurs anatomistes modernes la font dépendre. Nous admettons bien moins encore sur les ganglions la présence de fibres musculaires, quoique Malpighi prétende que ces fibres existent, et nous appuyons notre refus de l’autorité de Haller et de l’examen anatomique des organes.

Les vaisseaux sanguins artériels et veineux sont en grand nombre dans les ganglions lymphatiques. Si, après avoir distendu ceux-ci avec du mercure,

(i) Loc. cil p. 26.

on injecte les artères avec de la gélatine colorée, de l’essence de térébenthine, ou du vernis à l’alcool, colorés par du vermillon , on distingue des réseaux multipliés, dont chaque vaisseau suit les plus petites mailles des lymphatiques.

Nous avons aussi plusieurs fois suivi des nerfs jusque dans les ganglions; mais s’y terminent-ils, ou ne font-ils que les traverser? Nous ne saurions décider la question, et plusieurs anatomistes modernes partagent 1^ meme incertitude. Nous pensons que les rameaux nerveux, lors meme qu’ils ne paraîtraient que passera travers ces organes, doivent y laisser des ramuscules; mais c’est de notre part une simple présomption.

Wrisberg , Hewson , Werner, Feller et Fischer, comptent les nerfs au nombre des éléments constitutifs des ganglions lymphatiques; Schreger les a trouvés dans les ganglions du chien ; Walter, Mascagni , Schmidt les rejettent; Sœmmering et Bichat n’ont pu en constater la présence. Enfin, suivant J.-Fr. Meckel , les ganglions reçoivent des nerfs , mais d’une ténuité extrême.

A quelques lignes de distance de la surface extérieure et inférieure de la glande, dans le point opposé au canal thoracique, on distingue un ou plusieurs vaisseaux lymphatiques, de volume divers. Ils se divisent en branches avant de pénétrer dans le ganglion avec les vaisseaux sanguins (i). Vers le

(i) Meckel , Manuel d’anatomie.

point opposé du même ganglion , des branches se réunissent en un petit nombre de troncs > qui se dirigent du côté du canal thoracique. Ces derniers vaisseaux sont considérés par J.-Fr, JVIeckel comme des espèces de canaux excréteurs (1).

Les ganglions lymphatiques possèdent-ils d’autres éléments constitutifs que ceux que nous venons d’indiquer? L’histoire de la science nous apprend que Malpighi , Mylius , Cruikshank, Werner, Feller, etc. , ont admis des follicules particuliers, formant des cellules arrondies, à parois molles , et desquelles surgissent des vaisseaux lymphatiques , tandis que les vaisseaux sanguins s y distribuent. Ces auteurs ne sont point d’accord entre eux relativement à la forme , au nombre et à la capacité des cellules. Feller et Werner (2) assurent qu’il n’y en a qu’une seule dans les plus gros ganglions du canal intestinal d’où sortent les vaisseaux lymphatiques efférents , tandis que, sur les ganglions des autres parties du corps, on en rencontre plusieurs. Dans les solipèdes, ces lacunes sont plus prononcées et plus distinctes que chez l’homme. Bichat compare la substance des glandes lymphatiques a la pulpe des ganglions nerveux ; mais nous n’apercevons aucune similitude entre ces deux genres d’organes.

D’après Aîbinus,Ruysch,Gmelin, Hewson, Haase,

(1) Lot. cit.

(a) Loc. cit.

Meckel, Mascagni, etc., les ganglions lymphatiques résulteraient du pelotonnementdes vaisseaux. Hewson admet cependant, outre l’entortillement des vaisseaux lymphatiques formant des plexus ou ganglions vasculaires , de petites cellules apercevables au microscope , d’où sortent de nouveaux canaux destinés à contenir la lymphe, et desquelles il découle, même à l’œil nu, un fluide particulier lorsqu’on comprime ces corps glanduliformes. J.-Fr. Meckel (1) demande si ces espaces sont de véritables cellules, ou s'ils ne résultent pas de vaisseaux lymphatiques divisés. Il croit, avec Mascagni, que les vésicules d’une certaine étendue sont elles-mêmes de simples dilatations locales des vaisseaux de la lymphe , se continuant sans interruption avec les conduits afférents et efférents.

Les anatomistes modernes regardent aussi les ganglions comme des plexus de vaisseaux lymphatiques. Voici comment s’exprime M.Lauth : Lorsque les vaisseaux lymphatiques des membres sont arrivés dans le pli des grandes articulations , et que ceux des cavités splanchniques ont quitté leurs viscères, ils se divisent subitement, à la manière des artères, en rameaux d’une petitesse extrême, qui communiquent les uns avec les autres , et se réunissent enfin de nouveau à des veines, en un

(1) Manuel d'anatomie .

ou plusieurs troncs. Tous ces vaisseaux sont unis entre eux, dans l’homme et les quadrupèdes , par du tissu cellulaire fin et serré, de manière à former un peloton représentant un corps assez résistant (1).

D’après l’examen des ganglions lymphatiques inguinaux fait sur des vaches pendant la lactation , Béclard croyait ces corps formés uniquement par des vaisseaux , mais avec une disposition érectile plus ou moins marquée (2).

La manière dont s’exprime Bichat porterait à penser qu’il admet une substance particulière et propre aux ganglions, dans laquelle les vaisseaux lymphatiques viennent se ramifier, pour en sortir ensuite par plusieurs branches auxquelles donnent naissance une infinité de petits rameaux (3). Ce physiologiste célèbre place dans les ganglions deux systèmes capillaires lymphatiques différents ; l’un appartient aux vaisseaux afférents et l’autre aux vaisseaux efférents, lesquels s’anastomosent entre eux. Bichat a encore écrit ici bien plus sous la dictée de son imagination que sous celle de l’expérience et de l’observation. Il n’y a point dans les ganglions deux ordres de vaisseaux, car les efférents sont la continuation des afférents .

(1) Loc. cit., p. 25.

(2) Anatomie générale , p. 4i5; Paris, 1823.

(3) Anatomie générale , t. 11, p. £72; Paris, i83i

Un ouvrage moderne sur la physiologie, celui de M. Burdach (i), présente les ganglions lymphatiques comme formés d’une enveloppe celluleuse assez ferme. Les vaisseaux lymphatiques, à leur entrée dans ces glandes, s y divisent, dit l’auteur, en une foule de rameaux, qui s’entortillent entre eux et s’entrecroisent avec des ramuscules sanguins. Ces vaisseaux se réunissent ensuite et sortent par le côté opposé de la glande. C’est leur entortillement qui fait que , quand on coupe un ganglion, l’on croit apercevoir des cellules.

M. le professeur Cruveilhier n’exprime pas , dans son ouvrage d’anatomie (2), d’opinion sur la structure des ganglions , dans lesquels il voit des espèces de confluents où se portent un certain nombre de vaisseaux, et où ils se perdent en quelque sorle pour se reconstituer ensuite. U ajoute que, dans ces corps glanduliformes , s’opèrent les anastomoses les plus multipliées des vaisseaux lymphatiques.

M. Magendie a appelé l’attention des physiologistes sur un fluide particulier contenu dans les glandes ly mphatiques , et qu’il désigne sous le nom de fluide propre aux glandes mésentériques . Déjà Malpighi, Warthon, Nuck, Morgagni et Haller avaient parlé de ce fluide. Suivant Bichat , il est

(1) Die Physiologie als Erfahrungswisscnscliaft , Fiinfter B and; Leipzig , 1 835.

(a) Anat descript., t. 3, p. 35a; Paris, 1 854 •

d’une nature toute particulière, et ne peut être comparé qu’à celui de la thyroïde ou du thymus, lequel, comme ici, est extravasé, c’est-à-dire contenu dans les intervalles des lobules de l’organe. Ses usages sont complètement ignorés (1). La structure des ganglions lymphatiques du mésentère est, suivant M. Magendie, fort peu connue; beaucoup de vaisseaux sanguins les pénètrent, leur sensibilité est assez vive, leur parenchyme d’une teinte rose pâle , leur consistance faible. On en extrait, en les comprimant entre les doigts, un fluide transparent, inodore, qui n’a jamais été examiné chimiquement, et qui est surtout abondant au centre de ces corps. M. Magendie en a vu une quantité remarquable dans les cadavres de suppliciés (2). »

Suivant ce physiologiste célèbre , les vaisseaux sanguins et chylifères s’anastomosent ensemble dans leurs glandes, et s’y réduisent en canaux d’une extrême ténuité, communiquant entre eux sans qu’on sache avec exactitude comment ils y sont disposés.

M. Lauth dit que le fluide des glandes mésentériques est contenu dans les vaisseaux de l’organe, et non dans le tissu cellulaire. Il en a trouvé un semblable dans tous les ganglions. Le fait est vrai , mais nous pouvons affirmer que le liquide est en plus

(1) Anatomie générale , t. 2, p. 47 1, édit. deM, Blandin; Paris, i85i.

(2) Précis élémentaire de physiologie , p. 176, 3* édit.; Paris, i833.

grande quantité dans les glandes mésentériques. Sur quelques ganglions , la disposition plexiforme des vaisseaux lymphatiques est plus distincte que sur d’autres, et l’on voit si clairement le pelotonnement de^ vaisseaux, qu’on croirait l’organe formé exclusivement par eux et par du tissu cellulaire. C’est ce que nous avons plusieurs fois remarqué, et c’est ce qu’avant nous Sœmmering et M. Lauth avaient observé. On conserve , dans le musée de Strasbourg , une préparation qui prouve bien que les glandes lymphatiques ne sont que des plexus réunis par du tissu cellulaire : c’est une glande parfaitement remplie de mercure et qui, avant l’injection, n’avait aucun aspect glanduleux; il n’y paraissait que quelques troncs lymphatiques longeant les vaisseaux iliaques. Le mercure les ayant pénétrés, on vit un réseau de vaisseaux lymphatiques de différentes grandeurs, repliés les uns sur les autres (i).

L’apparence celluleuse des ganglions ne doit pas, selon M. Lauth, faire croire à l’existence de cavités ; elle résulte de la dilatation des vaisseaux lymphatiques , en forme de chapelet , comme on le voit , sur les veines du pénis, ainsi que Béclard en a fait la remarque.

Nos propres recherches nous portent à ne point admettre, dans la structure des ganglions, des ca-

( . ) Libr , cit., p. 28.

vités distinctes de celles des vaisseaux eux-mêmes. L’existence de cellules supposerait la nécessité de leur communication avec les vaisseaux, et conséquemment le dépôt de la lymphe ou du chyle dans ces espèces de réservoirs. Dès lors, il faudrait aussi, pour que les liquides pussent être repris, que de nouveaux vaisseaux naquissent des ganglions, afin de les porter dans le canal thoracique. S’il en était ainsi, les injections au mercure devraient constamment produire l'épanchement du métal dans les cavités des glandes, dont la distension serait une grande difficulté au passage du mercure dans les vaisseaux efférents et le canal thoracique.

Si l’on pouvait rigoureusement démontrer que les cellules des ganglions sont situées en dehors des vaisseaux lymphatiques , elles donneraient l’explication du passage du mercure des vaisseaux afférents dans les veines parallèles aux vaisseaux efférents, et dès lors on ne pourrait plus croire à une rupture dans le tissu du ganglion, comme on l’avait dit à l’occasion des observations de Meckel l’ancien, lorsqu’il fit connaître ce passage du tissu des ganglions dans les veines situées audessus d eux et communiquant avec eux (i).

De nouvelles lumières étant nécessaires sur ce

(i) Joannis Frirîeriei Meckel , Nova expérimenta et observallones de finibus venaratmac vasur. lymphal. in ductus visccraque excrctoria corporis humani cjusdemque stn-cturce utilitate ; Berlin, 1772.

point d’anatomie de structure , nous devons nous abstenir de porter un jugement. Il est d'autant plus convenable de rester dans le doute, que MM. Magendie et Cruveilhier se sont abstenus de se prononcer positivement sur ce point encore obscur et litigieux.

§ VI. Terminaisons du système lymphatique.

Chez l’homme, les vaisseaux lymphatiques versent directement leur contenu dans le système veineux par plusieurs troncs principaux.

i° Le canal thoracique est le plus considérable et le plus constant de tous.

La partie inférieure de ce canal, que Pecquet découvrit, en i65i, sur un chien, et à laquelle il donna le nom d ' ampullascens alveus , est assez généralement connue sous celui de réservoir ou citerne de Pecquet , parce qu’elle offre quelquefois une sorte de dilatation, qui cependant est presque toujours fort peu sensible, et dont l’existence apparente tient, dans la plupart des cas, à la manière dont les vaisseaux lactés se comportent en arrivant au canal thoracique; ils se contournent effectivement sur lui, et sont enveloppés par une gaine celluleuse commune, qu’il suffit d’enlever pour voir en général disparaître la prétendue citerne.

Quoi qu’il en soit, cette partie inférieure, le plus ordinairement formée de trois troncs parallèles ,

et quelquefois de cinq ou six , suivant M. le professeur Cruveiihier (1), est située à la région postérieure et moyenne de l’abdomen, derrière l’artère rénale droite, entre l’aorte et le pilier droit du diaphragme : elle s’étend de la première, seconde ou troisième vertèbre lombaire à la dernière dorsale; les vaisseaux chylifères et les autres lymphatiques du bas-ventre y aboutissent.

Le canal thoracique proprement dit commence à la hauteur du diaphragme; il traverse l’ouverture aortique de ce muscle , au côté droit de l’aorte, pénètre dans la cavité pectorale, s’y loge derrière le feuillet droit du médiastin postérieur, et monte au-devant des vertèbres dorsales, un peu plus à droite qu’à gauche, entre l’aorte, qui est à gauche, et la veine azygos, qui est à droite, auxquelles il reste presque toujours parallèle. Parvenu à la sixième vertèbre dorsale, ou un peu plus haut, vers la quatrième ou la cinquième, il s’incline à gauche, en continuant son trajet ascendant, et se glisse derrière l’œsophage et l’aorte , con^ tinue à monter derrière la crosse, vient correspondre au côté gauche de l’œsophage , longe l’artère sous-clavière correspondante , jusqu’à la septième vertèbre cervicale , passe derrière la veine jugulaire gauche, décrit une petite courbure d’arrière en avant et de haut en bas, sort de la poi-

(•) Anal, descripl,, t. 5, j>. 363; Paris, » 834-

trine par l’orifice supérieur de cette cavité, et va s’ouvrir dans la veine sous-clavière, à l’angle de réunion de ce tronc vasculaire avec la jugulaire interne; parfois il aboutit à la veine jugulaire interne du même côté, et très rarement à la veine sous-clavière droite, ordinairement par un seul tronc, et quelquefois par plusieurs branches. Son entrée est constamment garnie de valvules, et son diamètre ne dépasse guère une ligne chez l’adulte (1). La direction de ce canal n’est pas rectiligne , mais plus ou moins flexueuse.

Dans son trajet, il reçoit les vaisseaux lymphatiques de la poitrine, et une partie de ceux du cou.

Il est assez peu commun de le trouver parfaitement simple, au moins dans toute son étendue. Chez certains sujets il se partage de distance en distance en deux ou même en trois branches , qui se réunissent de nouveau plus ou moins loin, et lui donnent une apparence réticulée. Plus d’une fois on l’a vu double dans toute son étendue, et

(1) Voy. Recherches anatomiques , physiologiques et pathologiques sur le système veineux , etc., par G. Breschet; Paris.

Nous avons représenté sur la ire et la 2e planches la disposition du canal thoracique et son mode de terminaison.

Meckel a donné de grandes et belles figures sur lesquelles on voit la marche et la terminaison du canal thoracique, et la disposition des valvules dans l’embouchure du canal aux troncs veineux.

Samueli Thomæ Sœmmeringio. etc. , Die septima aprilis decem lustra post gradum doctoris medi&inœ et chirurgiœ , rite captum felicissime et in summum scientiœ emolumentum peracti celebranii pia m>.nle gratulutury Joannes Frider. Meckelius; Halle, 1828.

alors tantôt les deux troncs aboutissent à la veine sous-clavière gauche, tantôt , comme dans un cas observé parM. Otto, l’un se porte au côté gauche, tandis que l’autre va gagner le côté droit. Il se partage quelquefois, à sa partie supérieure, en deux ou trois branches, dont on a vu l’une seulement s’aboucher avec la veine sous-clavière droite. Toutes ces anomalies, qui sontassez fréquentes, et dontnous parlerons plus longuement dans le cha pitre consacré à l’anatomie pathologique, méritent d’ètre signalées, parce qu’elles rappellent la disposition plexiforme du canal thoracique chez les animaux des classes inférieures, et sa duplicité chez quelques uns d’entre eux. MM.Wutzer et Muller en ont décrit une autrequi consiste dans la présence d’une branchede communication entre le canal thoracique et la veine azygos. Cette dernière anastomose, qu’avait déjà observée Bohl , est d’autant plus remarquable, que, suivant M. Panizza , elle a lieu dune manière constante et normale dans l’espèce du cochon. Albinus a vu le canal tout entier aboutir à l’azygos.

2° Le tronc sous-clavier droit. Produit par les vaisseaux lymphatiques du bras droit et du côté droit de la poitrine, et venant des ganglions de l’aisselle droite, il se jette dans l’angle de jonction de la veine sous-clavière avec la jugulaire interne, rarement dans l’un ou l’autre de ces deux vaisseaux. On ne le rencontre pas toujours, car il arrive quelquefois que les plus gros lymphatiques destinés

no

ordinairement à le produire, se jettent , chacun à part, dans la veine sous-clavière.

3° L e tronc jugulaire droit. Tronc commun des lymphatiques de la partie droite du corps , il aboutit à la veine jugulaire interne, le plus souvent dans l’angle de sa jonction avec la jugulaire externe.

Quelquefois ce tronc et le précédent se réunis* sent ensemble pour n’en former qu’un seul , très court, qui va s’ouvrir dans la veine sous-clavière droite.

4° Le tronc axillaire gauche . Ce tronc, fort peu constant, n’est le plus souvent qu’une branche du canal thoracique. Il vient des glandes de l’aisselle gauche, et aboutit à la veine sous-clavière du même côté, non loin de l’abouchement de ce canal.

Plus d’une fois on a soulevé la question de savoir si ces communications étaient les seules qui existassent entre le système lymphatique et le système veineux. Naguère encore elle est devenue l’objet de discussions assez animées.

Qu’il y ait, chez certains animaux, des connexions entre les vaisseaux lymphatiques et divers troncs veineux , c’est ce qu’on ne peut plus révoquer en doute depuis les recherches de MM. Fohmann, Lauth, Panizza et Muller. Effectivement, M Fohmann en a trouvé de nombreuses dans les parois des organes digestifs et du mésentère de divers poissons (»). M. Muller signale celles des lym-

(i) Das SaugadersysLem der TV\rbt thiere ; 1827, p. 46.

phatiques de la cuisse avec la veine sciatique dans les grenouilles(i); etM. Fohmann a découvert celles des lymphatiques du membre postérieur et du canal intestinal avec les veines sacrées ou rénales chez les oiseaux (2). Mais les choses ne se passent point de meme à l’égard des mammifères et surtout de l’homme.

Trois points se présentent ici à examiner, car le système lymphatique peut avoir des communications, soit avec des troncs veineux d’un certain calibre, soit seulement avec de très petites veines, soit enfin avec les radicules veineuses qui prennent naissance dans les glandes lymphatiques.

A l’égard du premier point , Haller a déjà parlé (3) de plusieurs anatomistes, tels que Stenon , Wepfer, Schmiedel et Kaaw Boerhaave, qui croyaient avoir vu des lymphatiques aboutir à la veine cave, à l’azygos, à la veine hypogastrique, aux veines lombaires. On trouve des faits du même genre dans Hulm (4) , Mertrud (5), Thomas, Bartholin (6), Hebenstreit (7), P.-F. Meckel l’ancien (8) et quelques autres au-

(1) Handbuch der Physiologie, t. 1, p. 258.

(2) Loc. cit., p. 3.

(3) Decorp. human, fo.br., t. 1, p. 334.

(4) BresL Samml , Vers, xvi, p. tfbi.

(5) Mèm. des sav. ètrang t. 6.

(6) Opéra nova anat. de lacteis thorac. et lymph. v en., cap. i5.

(7) Haller, Disp, anat., t. 5, p. 525.

(8) Dissert, epistolaris, p. 18.

leurs encore. En 1825, M. Lippi a soutenu que les lymphatiques des organes digestifs de l’homme, des mammifères et des oiseaux s’abouchaient par des rameaux et des troncs plus ou moins volumineux avec la veine porte, la veine honteuse interne, les veines rénales, la veine cave inférieure et l’azy- £Os, et il a représenté ces diverses communications par un assez grand nombre de figures (1). Mais déjà Haller doutait de l’exactitude des observations qui en avaient fait admettre de semblables à ses prédécesseurs.Quan t aux assertions de M. Lippi, elles ont été combattues par MM.Fohmann, Panizza et Rossi, qui ont démontré qu’elles reposaient sur une erreur, et que l’anatomistedeFlorence avait pris tantôtdes lymphatiques pour des veines, et tantôt des veines pour des lymphatiques. M.Fohmann déclare positivement n^ avoir jamais vu, chez l’homme, pendant cinq années de recherches assidues, un seul vaisseau lymphatique se jeter dans les veines, au dehors des glandes et à une distance notable de l’insertion cervicale du canal thoracique. MM. Panizza et Rossi ne sont pas moins explicites. M. Blandin assure avoir bien des fois cherché ces communications sur des cadavres, de concert avec M. le professeur Cruveilhier, sans avoir pu jamais les rencontrer (2). Lorsque M. Lippi était a Paris, nous

(1) Iltustrazioni fisiologiche , etc., del sistema-linfatico-chUifero ; Flo rence, 1825.

(2) Note s à VAnat. gènér. delîichat.

désirâmes connaître les communications des vaisseaux lymphatiques avec les veines qu’il avait représentées dans son ouvrage, et nous le priâmes de nous les montrer. Nous mîmes pour cette fin des appareils à injection mercurielle et tous les cadavres nécessaires à sa disposition ; mais ses recherches et ses dissections furent vaines, il ne put jamais nous montrer une seule des communications vasculaires qu’il avait décrites dans son livre. On sait que les injections des vaisseaux lymphatiques ne réussissent pas toujours.

Nous ne possédons donc jusqu’à présent aucun fait positif à cet égard, car l’insertion totale ou partielle du canal thoracique dans la veine azygos appartient à une tout autre catégorie. Deux circonstances ont pu contribuer à induire les anatomistes en erreur : la première est le défaut de notions suffisantes sur la structure des ganglions lymphatiques, et de soin dans leurs observations ; l’autre est la facilité avec laquelle le mercure qu’on injecte passe du canal thoracique dans la veine cave et ses branches, en traversant le coeur. Cette dernière cause n’est pas probablement celle qui a le moins imposé à la plupart des auteurs anciens.

Les faits nous manquent également pour admettre une communication des lymphatiques avec les veines de petit calibre. L’observation unique sur

laquelle M. Fohmann s’était d’abord fondé (i) pour admettre une connexion entre les vaisseaux chylifères qui viennent de naître du canal intestinal et de très petites branches veineuses de ce même canal, a été trop légèrement faite pour qu on puisse rien en conclure. Il s’agissait d’une portion de l’intestin d’un suicidé, dont les lymphatiques regorgeaient de chyle, qui, par l’injection des artères, disparut complètement des canaux qu’il occupait d’abord, tandis que les racines des veines laissèrent échapper, après avoir été coupées, un liquide blanc etcom parable à du chyle. M.Fohmann lui-même, qui dès lors doutait si le chyle avait été absorbé directement par les veines, ou s’il y était passe des lymphatiques, n’a plus attaché depuis aucune importance à ce fait, comme on peut en juger d apres sa déclaration citée plus haut. M. Panizza dit aussi n avoir jamais vu de veinules communiquer avec aucun vaisseau chylifère afférent ou efférent, en dehors des glandes.

Reste donc la dernière hypothèse, suivant laquelle une communication entre les deux systèmes de vaisseaux existerait dans l’intérieur même des glandes lymphatiques. J .-Frédéric Meckel 1 ancien , après avoir reconnu l’erreur dans laquelle il était tombé précédemment, adopta cette nouvelle opi-

(,) Anatomische UnUTsuchungcn ucbcr die Ferbmd.mg de r Saugadern mit den Venen.; Heidelberg, *821, [> 28.

nion (i), qui, malgré l’opposition d’Alexandre Monro fils et de Mascagni, fut plus ou moins expressément embrassée par Caldani (2), Werner et Feller [3), etBéclard (4). Mais ses principaux soutiens ont été dans ces derniers temps MM. Fohmann, Tiedemann, Lauth et Panizza.

Il y a fort long-temps déjà qu’on a remarqué que le mercure injecté dans les lymphatiques qui aboutissent à une glande, passait souvent avec autant, sinon avec plus de facilité, dans les veines que dans les vaisseaux efférents qui sortent de cette glande. Le phénomène est attesté par J.-F. Meckel l’ancien, Hewson , P.-F. Meckel, Mascagni, Schrœder van der Kolk, Gerber, A. Meckel, Muller, etc. Il n y a pas d anatomiste qui n’ait pu en être témoin et se convaincre que, dans bien des cas, le métal ai rive alors jusqu a la veine cave. M. Panizza dit que, dans plus de cent expériences faites par lui, i 1 y en eut un grand nombre où les conduits efférents se remplirent avant les veines, et il ajoute que le plus souventilsnefurentinjectés qu’après ces dernières, ou en même temps qu elles. L’effet a même quelquefois lieu d’une manière à la fois si facile et si complète, quau rapport de l’anatomiste italien et de M. Fohmann, on est obligé alors de lier les veines

(1) Nova expérimenta et obs. de finibus ven. ac. vas . lymph., p. 7.

(2) Inslit. physiol. , p. 3p.

(3) Fasor. lact. et lymph. anat. phys. descript., p. 3o,

(4) Anat. gènèr., p. 4i5.

pour obtenir une injection satisfaisante du système lymphatique (1). Ce fait est donc un des mieux avérés que la science possède; mais il peut être, et il a été en effet, expliqué de plusieurs manières, qui se réduisent à trois principales. Le passage du mercure des lymphatiques afférents dans les veines peut être le résultat d’une déchirure du tissu de la glande; il peut tenir à une communication naturellement ouverte entre les deux ordres de vaisseaux dans l’intérieur de cet organe, enfin il peut dépendre d’un simple phénomène de transsudation à travers les pores qu’on est forcé d’admettre dans toute matière quelconque et à plus forte raison dans une substance organique, mais qui n’ont rien de commun avec les ouvertures par lesquelles les liquides passent d’un vaisseau dans un autre, quelque étroites qu’elles puissent être.

On ne peut douter que, dans beaucoup de cas rapportés par les auteurs, il n’y ait eu déchirure du tissu des glandes, soit parce qu’on a employé une colonne de mercure trop pesante, soit parce qu’on a comprimé les vaisseaux afin de faire che-

(1) M. Panizza rapporte que, sur le cadavre d’une femme de47ans) niorte d’ascite, il trouva beaucoup de chylifères sur le canal digestif, et un très grand nombre de glandes mésentériques qui admirent l’injection. Mais ce quile frappa surtout, fut que les glandes parfaitement injectées donnaient leurs veines avec plus de facilité et de promptitude que leurs efférents, à tel point que, plus d’une fois, pour obtenir ceux-ci, il fut obligé de lier les veines provenant des glandes. Il ajoute, d’ailleurs, que toutes ces veines allaientfgagner des branches de la grande mésaraïque , et qu’aucune ne se rendait ni au tronc de la veine porte ni à la veine splénique.

miner le métal dans leur intérieur, soit enfin parce qu’on a opéré sur des glandes malades. Mais l’ac cidentn est pas toujours arrivé, et les anatomistes modernes surtout se sont attachés à l’éviter. 11 faudrait d’ailleurs supposer la rupture simultanée des veines et des lymphatiques, circonstance qui meme ne rendrait guère plus facile à comprendre le passage du mercure des uns dans les autres. L objection n’a donc pas autant de portée que le supposaient Mascagni, Antomarchi et Bianchini.

Si c était à cette cause qu’on dût attribuer l’introduction du fluide dans le système veineux, comment expliquer que si souvent on n’aperçoit aucune teace d’extravasation ni à la surface, ni dans 1 intérieur de la glande injectée, quoique l’injection se trouve dans ses veines? Comment concevoir que quelquefois, avant que l’injection des lymphatiques de la glande soit complète, le mercure apparaît dans son système veineux, sans nul vestige d extravasation ! Comment voit-on tant de cas où celle-ci a lieu, sans que le mercure passe dans les veines? En admettant une rupture préalae, elle doit avoir porté également sur des artères, des veines et des lymphatiques. Mais alors pourquoi le mercure pénètre-t-il si rarement dans le système artériel de la glande? Pourquoi, en plongeant le tube à injection dans une glande, ce qui lacère certainement le système veineux, voiton le métal s’insinuer dans ses lymphatiques, et

presque jamais dans ses veines? Pourquoi, lorsque l’injection faite par les afférents apparaît dans la veine et non dans les efférents, rend-on ceux-ci visibles sur-le-champ, en empêchant le cours du mercure dans la veine , et de même la veine apparente , en empêchant le métal de passer dans les efférents, le tout sans extravasation? Comment expliquer par une extravasation que le métal passe ou par la veine ou par le vaisseau efférent suivant qu’on bouche l’un ou l’autre? Pourquoi enfin le phénomène a-t-il lieu plus fréquemment dans certaines glandes que dans d’autres, et s’observe-t-il surtout, par exemple, dans celles qui avoisinent la veine cave ?

Quant à la seconde hypothèse, qui appartient à M.Fohmann, celle de l’aboutissement des lymphatiques dans les veines intra-glandulaires, elle n’est admise que pour expliquer le fait, et l’observation directe ne l’a jamais démontrée. Elle aurait, suivant quelques anatomistes modernes, conduit M. Fohmann à des erreurs qu’ils ont cherché à rectifier; car ayant vu l’injection des lymphatiques afférents du pancréas d’Aselli, dans ïe phoque et le chien, passer tout entière dans des veines, sans mettre en évidence aucun lymphatique efférent, il conclut de là que ces derniers manquent tout-à-fait au pancréas d’Aselli, et qu’il y a des glandes lymphatiques dépourvues de vaisseaux efférents, n’ayant que des veines pour ramener tous les liquides qui affluent

dans leur intérieur. Gr Rosenthal (1), dont les observations ont été confirmées par M. Rudolphi (2) et par M. Knox (3) , a reconnu que , de la masse commune des ganglions du phoque, part un gros vaisseau lymphatique efférent, auquel on a depuis donné le nom de ductus Rosenthalianus . La meme remarque a été faite sur le chien par M. Panizza. D’ailleurs , si l’hypothèse de M. Fohmann était réellement fondée, non seulement le phénomène devrait toujours avoir lieu , du moins pour les glandes identiques , mais encore il devrait se représenter quand on opère en sens inverse , c’est-à-dire quand on cherche à faire passer l’injection des veines dans les vaisseaux lymphatiques. Or M. Panizza, qui a singulièrement multiplié les recherches sur ce point, comme sur tous ceux qui se rattachent àla question, n’a jamais vu, ni chez l’homme, ni chez les reptiles, les injections poussées par les veines s’introduire dans les vaisseaux lymphatiques. Il a vu seulement sur deux anses de l’intestin grêle du porc, que le mercure, à l’aide de la pression du doigt, s’introduisait dans quelques lymphatiques ; que , poussé dans la veine porte, il pénétrait avec facilité dans les lymphatiques du foie, excepté chez les reptiles; qu’enfin , de la rate, des reins, des testicules et des parti) Nov. act . nat. cur., t. 1 5 , p. 2.

(2) Physiol.j t. 2 , p. 241 .

(3) Edinb. med. surg. journ. ; juillet, 1821.

ties génitales, il n’allait jamais dans le système lymphatique, si ce n’est quelquefois dans celui des testicules des chiens et du pénis des chevaux. Ayant injecté une des deux veines iliaques externes, après avoir lié les deux rénales , la veine cave ascendante, la veine cave descendante et la grande veine azygos, il a vu plusieurs fois le métal remplir en tout ou en partie le canal thoracique ; la dissection lui a ensuite appris que, après avoir pénétré dans les veines des nombreuses glandes lombaires et les avoir finement injectées , le mercure s’était frayé une route dans leurs lymphatiques, et par ceux-ci était parvenu jusque dans le canal thoracique. Plus d’une fois ses injections du système veineux ventral lui ont fait découvrir un réseau vraiment merveilleux, et indubitablement veineux, qui occupait les parois du canal thoracique et de la citerne de Pecquet; une fois même , que la masse injectée dans la veine cave n’avait rempli qu’une petite portion du tronc commun des lymphatiques, il a pu se convaincre que le réseau était plus apparent sur le contour de cette même portion , où nul lymphatique provenant de glandes n’avait apporté la matière de l’injection. De toutes ces expériences, il a conclu que le passage des veines dans les lymphatiques s’opère assez difficilement, qu’il ne s’effectue pas avec une égale facilité dans tous les organes où on le tente, qu’on ignore comment il s’effectue, et

que, sous ce rapport, on en est réduit à des conjectures (1 ). L opinion de M. Fohmann soulève donc de grandes objections, et Ion ne peut alléguer en sa faveur ce qui a lieu chez ceux des animaux vertébrés où les glandes lymphatiques sont remplacées par de simples plexus, puisqu’on n’entrevoit pas pourquoi il devrait y avoir ressemblance à cet égard entre deux dispositions organiques qui, sous tous les autres points de vue , présentent des différences si marquées.

La dernière hypothèse, présentée en passant par Mascagni, et en faveur de laquelle penchent à se déclarer MM. Panizza et Muller, celle que le passage du mercure des veines dans les lymphatiques au milieu du tissu des glandes s’effectue peut-être à la faveur de pores analogues à ceux , par exemple , qui permettent à l’air d’exercer son action sur le sang dans les cellules pulmonaires, semblerait, d après quelques physiologistes modernes, s’accorder mieux que la précédente avec le défaut de constance du phénomène, et n’en rendrait pas moins bien raison. Elle pourrait d’ailleurs se concilier aussi avec d autres conjectures qui ont été émises touchant le rôle que les glandes lymphatiques remplissent dans les fonctions du système dont elles font partie. Cependant ce passage à travers des porosités organiques, cette espèce de trans-

(0 Osservazioni antropo-zootomico-fsiologiche ; Pavie, i83o,p.39.

sudation n’a pas reçu parmi nous un accueil très favorable, et nous voyons l’opinion de M. Fohmann, appuyée des observations de Meckel l’ancien, de tout ce que démontre l’anatomie comparée des poissons, des oiseaux et des reptiles, faire incliner plusieurs anatomistes en sa faveur. Cette opinion paraît donc être beaucoup plus en harmonie avec les idées actuelles répandues parmi nous en physiologie. Examinons-!a plus en détail et voyons ce qui milite pour elle. Mais, avant d’aborder cet examen, revenons un peu sur les circonstances qui ont précédé l’observation des faits dont M. Fohmann se sert pour appuyer son sentiment.

C’est surtout depuis J.-F. Meckel (i)l’ancien qu’on a porté une attention toute particulière à ces communications entre les vaisseaux lymphatiques et les veines. Ce grand anatomiste, en injectant un ganglion lombaire, vit le mercure sortir par un vaisseau efférent, et se porter dans la veine-cave inférieure; il reconnut bien que le prétendu vaisseau efférent était une veine, mais il ne découvrit aucune lésion, aucune solution de continuité dans le ganglion , ce qui le fit penser à l’existence d’une communication, dans les organes, entre les petits rameaux veineux et les vaisseaux lymphatiques.

Le fait de Meckel fut expliqué par la pro-

(i) Nova expérimenta et observationes de finibus venàrum ac vasor. lympliat. induel us vitceraq ne excretoria eorporis humant, etc. ; Ber., 177a? sect. i, p. 7.

duction d’une rupture dans le tissu du ganglion , bien que l’observateur n’en eût pas remarqué; mais l’autorité de Hewson (1), Cruikshank (2), Mascagni (3), fit prévaloir cette opinion, qui déjà avait été émise par Haller. L’observation de Meckel fut oubliée jusqu’en 1787, que Lindner (4) en fit une semblable, ce qui lui fournit l’occasion de réfuter par d’excellentes raisons tout ce qu’on avait allégué contre son maître. Les anatomistes restèrent indifférents. Il en fut de même pour ce que publia M. Vrolik, en 1801 , sur les communications des vaisseaux lactés avec la veine porte, observées dans un phoque.

Enfin, en 1820 et 1821, M. Fohrnann donna deux mémoires ; nous insérâmes la traduction du second dans les bulletins de la Société médicale d’émulation (5). Il fit connaître dans ces opuscules de nouvelles observations sur les communications entre les vaisseaux lymphatiques et les veines , d’après une série d’expériences entreprises sur l’homme et les animaux. Le principal résultat obtenu chez l’homme, est que le mercure injecté dans les vaisseaux lymphatiques afférents de divers

(1) Experimental inquiries , part. 2, p. i5o.

(2) Libr. cit.

(3) Libr. cit.

(4) Specimen inaugurale. De tymphaticor. systemate ; Halæ, 1 787.

(5) Untersuch. ueber die Verbindung der Saugadern mit den Venen; Heidelberg, 1821, in*i2.

ganglions , en sort par des vaisseaux qui peuvent être ou seulement des lymphatiques ou des veines, ou les uns et les autres simultanément. Les ganglions ou le mercure parvenait dans les veines étaient toujours plus gros et en plus grand nombre que ceux où le métal ne sortait que par des lymphatiques. M. Fohmann établit ses recherches sur le chien, le chat sauvage et domestique, la loutre, la marte, les phoques, les chevaux, les vaches, etc.

De pareilles investigations, entreprises sur des oiseaux , donnèrent aussi de précieux résultats. M. Fohmann vit les vaisseaux lymphatiques communiquer largement avec les veines sacrées et rénales, par lesquelles tout le système veineux pouvait être distendu avec le mercure, si Ton ne pratiquait pas de ligatures. Depuis cette époque, notre excellent ami le professeur Lauth a fait l’histoire des vaisseaux lymphatiques chez les oiseaux , et il a décrit, dans un mémoire particulier, toutes les communications qui existent chez ces animaux entre les lymphatiques et le système veineux , où les voies sont larges et multipliées.

M. Lauth a continué ses recherches à Paris; nous y avons pris part, pour en constater Inexactitude, et plusieurs oiseaux palmipèdes, sur lesquels les vaisseaux lymphatiques avaient été préparés , ont été déposés par nous deux dans le Muséum de la Faculté de médecine.

M. Ehrmann, professeur d’anatomie à la Faculté de médecine de Strasbourg , a plusieurs fois observéla communication des vaisseaux lymphatiques avec les veines. C’est d’abord en injectant les lymphatiques du bras qu’il trouva le mercure dans les veines qui sortent des ganglions de l’aisselle. Plusieurs fois M. Lauth a eu des résultats semblables par des injections de vaisseaux lymphatiques du corps humain. Nous pouvons en dire autant d’après nos propres observations sur l’homme et sur les animaux.

M. Lippi ( i) a publié^ il ya une douzaine d’années, un ouvrage sur les vaisseaux lymphatiques, qui contient des assertions fort étranges, et l’indication de certaines dispositions anatomiques auxquelles il est impossible d’ajouter foi. Il admet un nouvel ordre de vaisseaux lymphatiques tirant ses origines des artères, et qu’il nomme système des vaisseaux lymphatico-artériels. Suivant l’anatomiste Florentin , le nombre des ganglions avec lesquels communiquent les vaisseaux chylifères est fort circonscrit. Jamais les injections faites dans les vaisseaux lactés ne vont au-delà des ganglions situés au-dessous de la troisième vertèbre lombaire. D’après lui, tous les chylifères n’aboutissent pas au canal thoracique; plusieurs se courbent pour se

(1) Illustrazioni fîsiologiche et pathologiche del sistema linfatico-chilifero, etc. — Recherches sur le système lymphatico-chylifère et ses communications avec les systèmes artériel et veineux, traduites de l’italien par Julia de Fontenelle; Paris, i83o.

porter en baset aller finir à quelques ganglions lombaires. La première publication de ces nouveautés anatomiques fut faite, en 1824, dans Y Anthologie de Florence. L’auteur y annonce qu’il a découvert une communication directe entre les vaisseaux chylifères et la veine porte ; que les vaisseaux lactés peuvent être divisés en deux parties : les uns descendent, en se divisant , et se rendent aux glandes lombaires, passent sur les veines émulgentes, et quelques uns se terminent aux ganglions situés sur ces vaisseaux; les autres s’ouvrent dans les veines rénales. Il assure avoir suivi une multitude de vaisseaux lymphatiques se dirigeant vers les reins, les ganglions rénaux, et finissant aux reins eux-mêmes ou au bassinet. Trois fois M. Lippi serait parvenu à injecter les vaisseaux lymphatiques du bassinet et du rein gauche , et il aurait vu le mercure se diriger vers les petits ganglions, indiquant des communications avec les vaisseaux chylifères ascendants.

Les vaisseaux lymphatiques ascendants vont, suivant cet anatomiste, des ganglions inguinaux aux ganglions lombaires, communiquent avec ces derniers et avec les ganglions rénaux, et cheminent ainsi , en traversant plusieurs ganglions, jusqu’au canal thoracique; sur leur chemin ils donnent des branches de communication au système veineux. On peut, suivant lui , reconnaître dans la cavité abdominale quatre ordres de vaisseaux lymphati-

ques ; deux ordres de vaisseaux chylifères, un allant directement du mésentèreau canal thoracique, l’autre descendant pour se porter aux ganglions inférieurs de l’abdomen et communiquer avec les veines rénales, la veine porte ou la veine cave; enfin deux ordres de vaisseaux lymphatiques, l’un afférent et l’autre efférent; le premier procède des ganglions inguinaux dans la cavité abdominale, le second ou l’efférent sort des ganglions où s’est terminé le premier, et, en le continuant, va communiquer avec les chylifères supérieurs ou s’ouvrir soit dans le système veineux, soit dans le canal thoracique. Les vaisseaux chylifères descendants procèdent de la même manière et s’anastomosent avec les vaisseaux lymphatiques efférents ou des divisions des veines émulgentes et de la veine porte, enfin avec les veines spermatiques. M. Lippi assure que les vaisseaux lymphatiques inférieurs qui se portent dans la cavité abdominale et qui se dirigent à droite, communiquent principalement avec la veine cave. Il a vu souvent des vaisseaux lymphatiques se terminer dans le tissu des reins ou s’arrêter au bassinet , et d’autres s’ouvrir dans la veine rénale. Il nomme ces vaisseaux système lymphatique chylopoiètico-urinifère.

Il résulterait des recherches de M. Lippi , si elles étaient exactes, que le canal thoracique n’est pas le seul aboutissant des vaisseaux de la lymphe et du chyle, et que le système veineux abdomi-

nal, soit celui dont la veine cave est le principal tronc, soit celui de la veine porte, partage avec lui la fonction de recevoir les fluides charriés par les vaisseaux lactés et les lymphatiques proprement dits. Les reins seraient aussi appelés à ces fonctions , ainsi qu’il prétend l’avoir démontré par ses expériences. Il assure avoir observé tous ces faits sur l’homme, sur les mammifères et sur les oiseaux domestiques. Il dit avoir vu sur des vaches des branches du système chylifère finir dans la veine splénique et dans la veine porte. Il a aussi fait des injections sur des lapins et sur des chiens, et il a rencontré des chylifères se terminant dans les ganglions rénaux. Après avoir injecté les lymphatiques de l’estomac, il a découvert, et non sans étonnement, que plusieurs branches de ces vaisseaux communiquaient avec les vaisseaux veineux courts du ventricule*

Pour bien apprécier la valeur des travaux de M. Lippi, écoutons les observations et les critiques qui en ont été faites par MM. Rossi (i), Fohmann (2) , Panizza (3) et Lauth (4). L’importance

(1) Cenrà sulla communicazione dei vasi linfatici colle vene , di Giovanni Rossi; Parma, 1825.

(2) Dos Saugadersystem der TVirbelthiere ; Heidelberg, 182;.— Un tersuchungen ueber die Verbindung der Saugadern mit iden V enen ; Heidelberg, 1821.

(3) Osservazioni antropo-zootomico-fisiologiche, di Bartolomeo Panizza; Pavia, 1800.

(4) Essai sur les vaiss. lymph.; Strasbourg, 1824.

sous le rapport anatomique de la question que M. Lippi a soulevée, a engagé M. Rossi à examiner les troncs lymphatiques dont avait parlé l’anatomiste de Florence. Sur le corps d’un jeune homme de vingt-deux ans, mort de phthisie pulmonaire, il injecta les vaisseaux lymphatiques efférents des ganglions inguinaux du côté gauche, après avoir eu la précaution de lier le canal thoracique à quatre pouces au-dessous du diaphragme. Une certaine quantité de mercure s’étant introduite dans les vaisseaux lymphatiques, M. Rossi s’assura que le canal thoracique, au-dessous de la ligature, était distendu parle métal liquide. Alors il examina avec soin les vaisseaux lymphatiques du mésentère qui n’avaient pas été injectés; il ne put découvrir aucune communication entre ces vaisseaux et les branches principales de la veine porte. Il enleva les intestins et le feuillet péritonéal recouvrant le rachis, et mit à découvert l’aorte j la veine cave et les plexus lymphatiques lombaires, admirablement injectés. Les vaisseaux efférents d« ganglions inguinaux dans lesquels le tube avait été placé, après avoir traversé les ganglions iliaques externes et iliaques primitifs, allaient aux ganglions lombaires inférieurs, en formant un plexus; puis aux ganglions supérieurs , desquels sortaient les vaisseaux lymphatiques destinés à former le réservoir de Pecquet. De ces mêmes ganglions, on voyait surgir trois vaisseaux, peu distendus par le

mercure , mais pourtant assez gros, et qui, au lieu de se rendre dans le canal thoracique, allaient finir manifestement, l’un à la veine cave, au-dessous de l’échancrure postérieure du foie, le second dans la veine émulgente gauche, et le troisième à la veine cave, près de l’origine de la veine spermatique droite. Après avoir lié ces trois vaisseaux , près de leur terminaison dans les troncs veineux indiqués, M. Rossi introduisit letube à injection dans les vaisseaux efférents des ganglions lombaires , et vit les trois vaisseaux se remplir successivement. Il crut d’abord que ces trois branches vasculaires étaient des lymphatiques, quoiqu’il y eut entre eux et les vaisseaux lymphatiques qui forment le réservoir de Pecquet, une différence remarquable; il voulut s’assurer de la nature de ces vaisseaux, qui n’avaient été indiqués ni par Mascagni, ni parScarpa, Panizza, etc.; c’est par l’examen de leur structure, comparée à celle des vaisseaux lymphatiques, qu’il pouvait reconnaître à quel système vasculaire ils appartiennent. Ces trois troncs, qui paraissaient être les mêmes que ceux qui avaient été observés par M. Lippi et qu’il donne pour des vaisseaux lymphatiques, furent détachés du cadavre, ouverts sur leur longueur, puis examinés avec une bonne loupe. Leur surface interne était lisse, sans tracede valvules, tandis que des vaisseaux lymphatiques du même calibre, pris sur le même cadavre, offraient dans toute leur longueur des valvules,

disposées par paires, et à la distance de deux lignes les unes des autres. Or, nous savons que des valvules existent dans le système lymphatique de 1 homme, tandis que les troncs veineux des trois grandes cavités et toutes les veines qui ont moins d’une ligne de diamètre en sont dépourvus. Par conséquent la présence ou l’absence des valvules est le meilleur caractère pour distinguer un vaisseau lymphatique d’un petit vaisseau sanguin. De plus, ces trois troncs, quant à l’épaisseur de leurs parois et à leur aspect général , ressemblaient plutôt à des veines qu’à des vaisseaux lymphatiques puisque, au lieu de présenter à l’extérieur ces resserrements produits par les valvules et qu’on aperçoit si distinctement sur les vaisseaux lymphatiques pleins de mercure, ils étaient cylindriques; à Fini térieiir, entre les globules de mercure , on voyait un liquide rougeâtre, qui parut être évidemment du sang. Les ganglions lombaires et les iliaques primitifs furent ensuite détachés du cadavre , et l’on vit que de leurs parties latérales et postérieures sortaient de petits vaisseaux contenant un peu de mercure, et allant directement ou dans la veinecave . ou dans les veines iliaques primitives. L’un d eux se rendait dans l’avant-dernière veine lombaire gauche, laquelle passe sous l’aorte, au-devant delà colonne rachidienne. Ces petits vaisseaux offraient tous les caractères propres aux veines.

M. Rossi a répété ces mêmes recherches sur huit

sujets différents; les injections ont toujours été heureuses et les résultats constamment les mêmes, en tous points , que dans l’expérience dont nous venons de faire l’exposé. D’après des résultats aussi constants et identiques, l’anatomiste de Parme se croit suffisamment autorisé à conclure : i° que le mercure injecté dans les vaisseaux lymphatiques, après avoir traversé les ganglions, passe dans les veines au moyen de quelques branches vasculaires qui établissent une communication entre les grandes veines et les ganglions; 2° que ces vaisseaux doivent être considérés comme des veines dont la fonction principale est de rapporter le sang qui a servi à la nutrition des ganglions lymphatiques.

Meckel l’ancien et Mascagni s’étaient déjà aperçu que, dans plusieurs injections du système lymphatique , on remplit les petites veines des ganglions, et c’est ce qu’ont vu maintes et maintes fois tous les anatomistes; de sorte que dans ces circonstances les veines prennent les apparences des vaisseaux lymphatiques , ce qui du reste a trompé plus d’un anatomiste; mais ils n’ont pas proclamé leur erreur avec autant d'éclat que l’a fait M. Lippi, et ils ne l’ont pas donnée comme une découverte importante en anatomie.

M. Rossi cherche ensuite à donner une explication du passage du mercure de l’intérieur des ganglions dans les veines. Si les troncs vasculaires qu'il a examinésdans ses expériences sont bien réellement

des veines plutôt que des vaisseaux lymphatiques, il est évident, suivant lui, que la communication entre ces deux ordres de vaisseaux ne s opère pas par des troncs, mais présumable qu elle s effectue dans les dernières divisions du parenchyme des ganglions. Il dit que ce genre de communication est très probable, car les anastomoses dans l’intérieur des ganglions ne sont guèreapercevables, et on ne peut que les supposer d’après le passage du mercure dans les ramifications veineuses. A ce sujet M. Rossi croit devoir faire observei que les ganglions lymphatiques étant pourvus de beaucoup de vaisseaux sanguins, il peut se faire que le mercure porté dans les vaisseaux lymphatiques passe dans les veines. On peut d’autant mieux adopter cette explication suivant lui, qu’on sait que les vaisseaux lymphatiques efférents des ganglions doivent recevoir les fluides qui y ont été amenés par les vaisseaux afférents. Sur le cadavre d un jeune homme, M. Rossi trouva les membres pelviens oedémateux et d’un volume considérable. Aucune injection ne fut faite, maison examina avec soin les vaisseaux efférents des ganglions , ces ganglions eux-mèmes et les autres branches vasculaires qui en sortaient à la manière des vaisseaux efferents. On trouva les premiers de ces vaisseaux remplis de lymphe et les ganglions distendus par le meme liquide. De ces ganglions partaient d autres branches vasculaires dont l’au-

tre extrémité aboutissait à des troncs veineux. Ces vaisseaux offraient les caractères déjà indiqués , et ils contenaient un liquide coloré , à la manière des petites veines. Si une communication directe existait entre les vaisseaux afférents et les veines, ne semble-t-il pas que la lymphe, dans cette circonstance , aurait dû être reconnue dans les branches veineuses sortant des ganglions ; or , Texamen le plus attentif n’en fit pas reconnaître la présence.

Ce simple exposé des recherches de M. Rossi est la meilleure réfutation qu’on puisse faire des prétendues découvertes de M. Lippi, qui a pris des veines pour des vaisseaux lymphatiques. Cependant, si ces communications multipliées, décrites parM. Lippi , entre les vaisseaux lymphatiques et les veines , dans l’espèce humaine, doivent être considérées comme erronées, il en est tout autrement lorsque l’on examine les rapports des veines et des vaisseaux lymphatiques chez les oiseaux, les reptiles et les poissons.

Bien que l’injection poussée dans les artères pulmonaire et hépatique , parvienne jusque dans les vaisseaux lymphatiques, faut-il en conclure que les artères donnent naissance à ces vaisseaux lymphatiques , parce qu’on ignore par quelle voie se fait la transmission ? Si l’on pousse dans les canaux artériels une matière très ténue et très pénétrante, par exemple de l’ichthyocolle co-

lorée , on voit cette substance parvenir jusque, dans les rameaux les plus fins et passer même dans le système veineux. Si l’on considère les membranes ou certaines parties de quelques animaux vivants , au microscope solaire, etc., on voit les globules sanguins parcourir les artères et pénétrer dans les veines sans que sur aucun point il y ait cessation de la continuité la plus parfaite et la plus régulière. Il n y aurait donc pas, d’après ces expériences , d’extrémités libres à ces vaisseaux sanguins. Or, si les artères et les veines sont continues, comment se ferait-il que les premiers de ces vaisseaux pussent donner naissance aux vaisseaux lymphatiques? Le même raisonnement peut servir à prouver quil n’est pas possible qu’il y ait des radicules veineuses en continuité avec les capillaires lymphatiques. Gette continuité entre les deux ordres de capillaires serait tout-à-fait contraire à la circulation de la lymphe, qui se fait des rameaux aux branches et aux troncs, tandis que dans l hypothèse de M. Lippi elle aurait lieu des vaisseaux lymphatiques aux capillaires veineux. C’est ainsi que M. Panizza réfute la première proposition de M. Lippi.

Pour expliquer le passage de la matière de l’injection du système sanguin au système lymphatique , on a dit que ce dernier système commence par des extrémités libres, qui se trouvent en rapport avec les branches des divisions et subdivi-

sions du système sanguin. Suivant M. Panizza, et beaucoup d’autres anatomistes, le système lymphatique, dans ses ramifications les plus déliées, se présente toujours sous l’aspect dun réseau continu et dépourvu de branches libres à l’extrémité desquelles seraient des orifices béants. Or, les réseaux lymphatiques embrassent les capillaires sanguins , et les réseaux les plus fins pénètrent entre les tuniques des vaisseaux sanguins et parviennent jusqu’à leur surface interne. Dès lors, dit M. Panizza , l’absorption ne peut s’opérer que par les porosités des parois vasculaires , qui sont en contact, par leur périphérie, outre que l’un de ces systèmes pénètre dans l’épaisseur des parois de l’autre.

Il y aurait, suivant M. Lippi,des ganglions lombaires qui admettent non seulement des vaisseaux lymphatiques afférents, mais encore des chylifères refluant du mésentère vers ces mêmes ganglions, en s’éloignant du canal thoracique pour se porter vers les glandes rénales et le bassinet ou l’uretère, puiss’ouvrir sur un point de ces canaux excréteurs. M. Panizza a reconnu cette dérivation de quelques chylifères du mésentère vers les glandes lombaires, mais il n’a jamais pu constater qu’il n’y eût pas union entre les chylifères et les vaisseaux lymphatiques afférents, puisqu’on injecte complètement les glandes lombaires en poussant le mercure par l’un ou par l’autre point du système

lymphatique. Ainsi, d’après le célèbre professeur de Pavie , les ganglions formés de deux ordres de vaisseaux lymphatiques n’existent point.

Le seul raisonnement suffit pour faire sentir l’impossibilité de l’existence des vaisseaux chylo poiético-urinifères du docteur Lippi, lesquels iraient du mésentère aux ganglions lombaires, puis au bassinet ou à l’uretère. Suivant cet anatomiste, ces vaisseaux prendraient dans les ganglions lymphatiques les éléments constitutifs de l’urine, déjà élaborés , pour aller les verser dans les canaux excréteurs. Il y aurait donc ainsi deux séries d’organes sécréteurs de l’urine, les reins et les ganglions lymphatiques lombaires , dans lesquels s’opérerait l’élaboration des principes formateurs de cette humeur excrémentielle. De pareils organes sécréteurs sont en opposition avec toutes les idées reçues en saine physiologie et avec tout ce que démontre l’expérience. Au reste, dans toutes les recherches faites par le professeur Panizza, il n’a pu découvrir ce réseau chylopoiético-urini - Jère , ni le vaisseau principal de ce prétendu système vasculaire , vaisseau qui, vraisemblablement , n’est qu’une veine parcourant le meme trajet , et qui va des ganglions lombaires à la veine rénale.

Des trois espèces de communications admises par M. Lippi entre les vaisseaux lymphatiques abdominaux et les veines, la première existerait entre les

vaisseaux lymphatiques et les veines dans l’épaisseur des ganglions ; la deuxième entre les vaisseaux efférents et les veines de la cavité abdominale; la troisième entre les vaisseaux afférents qui naissent d’un ganglion pour se porter à un autre et de là aux reins. M. Panizza dit : Le premier genre de communication est bien connu, car l’injection passe du système lymphatique ganglionnaire, non seulement dans les vaisseaux efférents , mais aussi dans les veines des ganglions. Il pense que cette communication s’opère réciproquement à travers les porosités des deuxsystèmes vasculaires. Mascagni croyait à une rupture. M. le docteur Lippi n’a pas eu à imaginer les vaisseaux de communication entre les ganglions et les veines abdominales, car ils existent réellement ; mais il s’est tronfpé en les considérant comme des vaisseaux lymphatiques efférents, tandis que, comme l’ont constaté MM. Rossi et Panizza , ces vaisseaux ne sont que des veines allant des ganglions aux troncs veineux eux-mêmes. Les caractères anatomiques démontrent que ces vaisseaux ne sont pas des lymphatiques. Des veines , en effet, ont un mode d’origine qui leur est propre, lors même qu’elles émergent des ganglions lymphatiques; leur trajet est rectiligne et non tortueux, comme celui des vaisseaux lymphatiques; leur forme est cylindrique et non bosselée ou disposée comme un chapelet ; leurs parois sont plus épaisses; un peu de sang y circule.

Enfin, le professeur Panizza assure n’avoir jamais pu trouver la communication des vaisseaux afférents avec les veines dont M. Lippi rapporte une série d’èxemples. De nombreuses recherches ont été Elites sur l’homme, le cheval, le lapin , le chien, les oiseaux, etc., et toujours on a obtenu des résultats opposés à ceux de M. Lippi.

Des recherches constantes, et faites avec beaucoup de soin et d’habileté pendant un grand nombre d'années par M. Fohmann, n’ont jamais pu lui faire voir, chez l’homme et les mammifères, un seul vaisseau lymphatique se jetant en dehors des ganglions dans les veines, à quelque distance de la terminaison du canal thoracique dans les sous-cîavieres. Le mercure trouvé dans les veines lors de l’injection des vaisseaux lymphatiques y avait été porté , suivant M. Fohmann , par les veines qui naissent des ganglions, à côté des vaisseaux efférents. Ces canaux de transmission furent promptement reconnus pour être veineux par M. Fohmann, non seulement d’après leur forme, mais encore parce que le plus souvent ils contenaient du sang, et qu’ils étaient, avec les vaisseaux efférents, les seuls vaisseaux qui sortissent des gam glions. Les injections les plus heureuses et les plus muhipiiées n’ont pas non plus fait découvrir à M. Fohmann la plus petite communication entre les capillaires lymphatiques et veineux, ni de connexions comparables à celles que M. Lippi a décri-

tes ou fait représenter. Il n’est pas même probable qu’elles existent, au dire de M. Fohmann.Cet anatomiste soutient avec assurance que les personnes qui prétendent avoir rencontré chez l’homme une communication entre les veines et les vaisseaux lymphatiques, ou n’ont pas une habileté suffisante, ou se sont laissé tromper par les apparences, en prenant pour des vaisseaux lymphatiques de véritables veines.

Nous pensons, avec M. Fohmann,que des troncs lymphatiques aussi gros et aussi nombreux que ceux que M. Lippi prétend avoir vus s’aboucher dans les veines, devraient être très faciles à trouver ; et s’ils existaient réellement , ils n’auraient point échappé aux regards de tant d’anatomistes distingués qui ont étudié avec soin et persévérance cette partie du système lymphatique (1).

Après avoir relevé les erreurs de M. Lippi, Fohmann examine si Monro (2) et Hewson(3) ont eu raison d’admettre des orifices béants à l’origine des vaisseaux lymphatiques. Il commence par élever des doutes sur l’exactitude des observations de Monro. Déjà Cuvier (4) et plusieurs autres anatomistes avaient reconnu que Monro avait pris les

(1) Sur l’état présent de nos connaissances , relativement au système lymphatique , par le docteur V. Fohmann, professeur à l’Université de Liège.

(2) Anatomy and physiology of the fishes , etc.

(3) Philos, trans 1769.

(4) Hist. natur. des poissons, t. i.

canaux muqueux de la tête des raies pour de véritables vaisseaux lymphatiques ouverts à l’extérieur; et quant aux expériences de Hewson, qu’on donne sans cesse comme démontrant les orifices des vaisseaux lymphatiques à leur origine, M. Fohmann fait judicieusement remarquer que le mercure qu’on faisait couler dans l’intestin était le résultat d’une violence exercée sur les parois des vaisseaux, en exerçant une compression pour chasser le métal de proche en proche. Si ces orifices béants existaient au commencement des vaisseaux lactés et des vaisseaux lymphatiques , le mercure devrait couler par son propre poids dans la cavité intestinale, ou sur tout autre point de la surface de nos tissus ^ lorsqu’on 1 introduit dans les vaisseaux lymphatiques , et c’est ce qui n’arrive point. Malgré les nombreuses injections faites par M. Fohmann sur beaucoup de poissons, et plus particulièrement sur X Anarrichas Lupus , il n’a jamais vu un seul globule mercuriel se montrer à la surface de l’intestin. M. Fohmann n’admet pas davantage les orifices béants des origines des vaisseaux lymphatiques dans les poissons que dans les autres animaux. Il dit qu à 1 egard des terminaisons ou des origines des vaisseaux lymphatiques sur l’iqtestin des poissons, il n existe jamais d orifices béants. Quelques différences que ces vaisseaux présentent d’ailleurs dans leur trajet, on voit toujours former des culs-de-sac. Notre auteur fait remarquer la disposi-

tion extérieure des vaisseaux lymphatiques, qui sont couverts par un tissu analogue au tissu cellulaire. Ce tissu offre de grandes différences sous le rapport de sa quantité, et M. Fohmann croit qu’il existe un rapport très intime entre lui et le plus ou moins de développement des lymphatiques. Suivant que la masse analogue au tissu cellulaire, par le moyen de laquelle les vaisseaux lymphatiques sont fixés aux parties qui les entourent, est plus ou moins consistante et considérable Je parenchyme de l’organe est différent, et les vaisseaux lymphatiques s’étendent plus ou moins loin vers la face interne des membranes muqueuses. Chez tous les poissons, la membrane muqueuse du canal intestinal est plus solide et plus épaisse, et le tissu cellulaire plus abondant, de sorte que le réseau lymphatique profond ne dépasse pas la face externe de la membrane muqueuse. Cette plus grande abondance du tissu muqueux à l’extérieur des vaisseaux lymphatiques des poissons ne remplacerait-elle pas les villosités qui , comme on sait, n’existent pas, à un petit nombre d’exceptions près , dans cette classe de vertébrés, et le tissu cellulaire extérieur est peut-être appelé à jouer là un rôle analogue à celui des villosités. Il existe en outre, sur les vaisseaux lymphatiques des poissons, une disposition fort remarquable; ce sont les dilatations ou renflements. On les observe dans la plupart des tissus , mais principalement dans le système musculaire, à la

substance duquel elles s’appliquent immédiatement, soit à leur surface extérieure, soit dans leurs interstices, où ces petites poches n’ont de communications qu’avec les vaisseaux qui leur donnent naissance. Leurs parois sont extrêmement minces, se déchirent au moindre contact, et ces renflements marsupiaux sont considérés par M. Fohmann comme les terminaisons ou les origines du système lymphatique des poissons. Dans les oviductes des raies, les vaisseaux lymphatiques se montrent aussi sous la forme de poches ou de larges cellules.

De toutes ces recherches importantes sur les lymphatiques des poissons, il résulterait que ces vaisseaux ne sont pas pourvus d’orifices béants à leur origine, qu’ils se terminent en cul-de-sac ou forment des renflements ou poches dans presque tous les tissus du corps de l’animal, et que leur surface interne est lisse, tandis que l’externe est ento u r ée d’u n e q u an ti t é p 1 u s o u m o ins abo n da n t e d’ u n tissu cellulaire mou , spongieux et particulier, des plus remarquables. Ce tissu forme en effet une sorte à' éponge couvrant l’extérieur des vaisseaux.

Nous aurions moins insisté sur la disposition des vaisseaux lymphatiques chez les poissons, si la disposition de ce système vasculaire ne paraissait pas conduire tout naturellement à une appréciation plus exacte et plus lumineuse de ses fonctions et même de l’absorption en général.

Comme les vaisseaux lymphatiques ne peuvent

pas absorber au moyen d’orifices particuliers , puisqu’il n’en ont point, quelques physiologistes pensent qu’ils attirent les substances du dehors à travers leurs parois , et la disposition du tissu cellulaire doit avoir une grande influence sur le travail préparatoire qui précède ce que l’on nomme l’absorption, en accumulant avec plus ou moins de facilité une plus ou moins grande quantité de matériaux destinés à être introduits dans les vaisseaux.Le tissu cellulaire, en ne faisant de ce système qu’une sorte d’organe d’imbibition , devient d’une grande importance, considéré en lui-même et sous les rapports de sa quantité et de sa disposition. Cette importance doit être bien plus grande encore si ce tissu , ainsi que le présument quelques anatomistes, est formé par des vaisseaux lymphatiques très déliés , ou seulement par la membrane interne de ces vaisseaux; car il ne faut pas oublier que la structure organique a la plus haute influence sur le mode d’accomplissement des fonctions. L’étude de l’absorption, considérée dans les divers organes vasculaires et dans son mode d’exécution , a occupé de nos jours les physiologistes les plus habiles et les plus judicieux , et la philosophie qu’ils ont apportée dans l’examen de cette fonction n’aurait - elle établi que des doutes, le service serait déjà immense, car ce qu’il y a de plus difficile dans la culture des sciences et dans les progrès de l’esprit humain ,

c’est de donner à celui-ci une autre direction que celle dans laquelle il est engagé (i).

Les vaisseaux lymphatiques des poissons, depuis leur origine jusqu’aux points où ils s’ouvrent dans les veines, sont constamment d’une délicatesse extrême, et formés par une seule membrane mince, lisse , indivisible et ressemblant par sa face interne aux membranes séreuses. Ces vaisseaux, avec les renflements ou culs-de-sac dont nous avons parlé , et d’une apparence celluleuse lorsqu’on les ouvre dans la longueur d’une cavité splanchnique, sont dépourvus de valvules , excepté aux endroits où les gros troncs s’abouchent dans les veines, et où çà et là il paraît quelques vestiges de valvules. L’absence de ces replis et la situation des vaisseaux lymphatiques dans beaucoup de points où la progression des liquides ne peut être favorisée par l’action des parties voisines, ont porté Monro à admettre comme une nécessité l’existence de fibres musculaires, que M. Fohmann a cherchées, sans jamais pouvoir parvenir à en reconnaître aucune trace. Monro et Hewson avaient depuis long-temps déclaré que les vaisseaux lymphatiques des poissons n’ont pas de

(1) Voy. le Mémoire de M. Magendie sur le mécanisme de lyabsorption dans les animaux à sang rouge et chaud; Bulletin de la Société philom.,

1. 1, p. i3o. — Mémoire sur les organes de l’absorption chez les mammifères, par le même auteur ; lu à l’Institut le 7 août 1809. — Fodera, Recherches expérimentales sur l’absorption et l'exhalation; Journal de physiologie de M. Magendie, t. 3, 1823. (Ce mémoire, reproduit avec plus de développements, a été couronné par l’Institut ; Paris , 1824.)

IO

ganglions sur leur trajet. Cependant, dans le brochet [Esox lucius , L.) , M. Fohmann a rencontré, vers le foie et l’estomac, des indices de ganglions enveloppés de vaisseaux sanguins et d’une substance analogue au tissu cellulaire. Il range parmi les ganglions lymphatiques, chez les poissons, ceux qui n’ont que les vaisseaux afférents, la rate, par exemple, et quelques petits corps aperçus chez les raies, dans les endroits où les arcs branchiaux s’appliquent sur le rachis. Ces corps grisâtres, du volume d’un pois, sont comparés parM. Fohmann aux ganglions du cou des oiseaux et des reptiles, au voisinage des troncs vasculaires, organes que M le professeur Magendie a décrits et représentés sur des planches.

Ce rapprochement, un peu forcé, de la rate et des ganglions lymphatiques, est fondé sur la grande quantité de vaisseaux absorbants offerts par cet organe , non seulement à sa superficie , mais encore dans sa propre substance , ainsi que Hewson l’avaitdéjà indiqué. Ces vaisseaux présentent dans les raies des culs-de-sac terminaux.

Le chyle des poissons, surtout celui des raies, est grisâtre, et la lymphe, considérée dans tout le système vasculaire, ainsi que dans les vaisseaux lymphatiques de la rate, est rougeâtre, exactement comme Hewson l’a dit , mais plus coagulable que celle des autres parties du corps.

Le point le plus important pour nous est relatif

au titre de ce chapitre ; nous ne pouvions pas le traiter sans entrer dans des considérations générales sur l’ensemble du système lymphatique chez les poissons; c’est la terminaison de ces organes vasculaires dans le système veineux.

Monro et Hewson n’ont parlé que de deux anastomoses chez les poissons, entre les vaisseaux lymphatiques généraux et les veines correspondantes aux veines sous-clavières, disposition conforme à celle des animaux supérieurs. M. Fohmann a découvert une multitude d’autres communications entre les deux systèmes vasculaires, tant au moyen de gros troncs, qu’entre les petits vaisseaux dans les organes digestifs et le mésentère de divers poissons, et comparables, sous ce rapport, à ce que M. Lippi croyait avoir constaté chez l’homme.

M. Fohmann déduit la faculté absorbante des vaisseaux lymphatiques, surtout chez les poissons : i» de ce qu’il n’y a que les parties non remplies de liquides qui puissent absorber les liquides ; a° de ce que les vaisseaux lymphatiques n ont pas à leur origine de connexions avec le système sanguin, et qu’ils ne se continuent pas avec lui; 3° de ce que le système lymphatique reçoit seulement les matériaux que les vaisseaux sanguins déposent dans les cavités splanchniques ou dans le parenchyme des organes; 4» de ce qu’à leur origine ils ont les parois les plus minces; 5° de leur rapport intime avec le tissu cellulaire; 6” enfin de

ce que toutes les conditions requises se présentent constamment pour attirer les matériaux, car en vertu de la faculté qu’ont les vaisseaux lymphatiques de rétrécir leur calibre par la contractilité de leurs parois, les liquides sont successivement poussés des culs de-sac d’origine vers le système veineux. Quant à la progression du chyle et de la lymphe, M.Fohmann assure, d’après ses propres observations, quelle se fait suivant trois modes différents : i° le chyle qui coule par de petits vaisseaux lymphatiques dans des vésicules, n est versé que peu à peu dans le sang veineux, et la réunion des vésicules aux troncs successivement de plus en plus gros, paraît contribuer à rendre son mélange avec le sang de plus en plus intime; 2 le chyle et la lymphe qui des gros troncs lymphatiques passent dans les veines caves ou dans les veines analogues aux sous-clavières des mammifères, se mêlent, chemin faisant, avec la lymphe rougeâtre et coagulable que la rate sécrète du sang artériel; 3° une partie de la lymphe et du chyle est immédiatement conduite par des ramuscules lymphatiques dans les branchies, où elle subit faction de la respiration. Il déclare avoir observé ces divers phénomènes sur des poissons vivants et particulièrement sur des raies; nous n’avons pas eu l’occasion de répéter ses expériences, et nous nous bornons ici au rôle de simple historien.

On a admis que le système lymphatique naissait des conduits excréteurs des glandes, et l’on s’est fondé, à cet égard, tant sur la couleur et la saveur qu’a parfois offerte la lymphe contenue dans les lymphatiques du foie, que sur des expériences directes. Nuck, Cowper et Mascagnî disent avoir vu ces injections passer des uretères dans les lymphatiques : Cowper, Ferrein , Werner, Feller, J.-F. Meckel l’ancien , attestent le même phénomène à l’égard des conduits biliaires; J -F. Meckel, pour les vaisseaux lactifères ; Mascagni , pour les conduits déférents. Aussi Alexandre Monro le jeune, Cruikshank, Sœmmering et divers autres auteurs, anciens et modernes, se sont-ils cru en droit de le généraliser. Un de nos plus habiles anatomistes modernes, M. le docteur Ribes, a souvent observé le passage de l’injection des vaisseaux à sang rouge dans les vaisseaux à sang noir, et réciproquement, comme aussi de ces vaisseaux dans les canaux excréteurs, et de ceux-ci dans les systèmes vasculaires. C’est un effet qui, plus d’une fois, nous a contrarié dans nos recherches anatomiques , et surtout dans celles que nous avons entreprises pour faire une histoire du système veineux. M. le professeur Çruveiihier, dans ses recherches sur la structure des glandes , a vu de semblables communications ; mais ce qui est moins fréquent quoique nous bayons plusieurs fois remarqué, c’est la distension des vaisseaux lymphatiques en introduisant une

Colonne de mercure dans les canaux excréteurs, et sous une pression médiocre. Voici, à ce sujet, le résultat des expériences de M Panizza (1).

En introduisant du mercure dans le conduit hépatique de l’homme, cet anatomiste l’a vu plusieurs fois, sans apparaître dans les artères ni les veines du foie, passer dans les vaisseaux lymphatiques occupant le siilon transverse du foie, et placés le long des ramifications de la veine porte : presque toujours aussi il a reconnu que des lymphatiques devenaient alors apparents à la surface convexe du foie , non loin du sillon de la veine ombilicale. Assez souvent il lui est arrivé de rencontrer, sur la concavité du foie, de très petits conduits biliaires, qui, au premier abord , ressemblaient à des veines. S’il venait à les injecter et à les comprimer ensuite légèrement, il ne tardait pas à voir un admirable réseau lymphatique se manifester sur tous les vaisseaux biliaires superficiels; en cessant l’injection, et ouvrant la veine porte , la veine cave et les veines hépatiques, le plus souvent il ne coulait pas de mercure, mais ce métal revenait dans l’artère hépatique. Pour s’assurer si ce passage était le résultat d’une rupture, M. Panizza vida une vésicule biliaire, fit plusieurs entailles superficielles à sa face interne, et y introduisit ensuite du mercure; mais , ni par l’agitation , ni par la compression , ce métal ne

(i) Loc. cit.f p. 3g-4o.

passa dans les lymphatiques. L’expérience, plusieurs fuis répétée sur l’homme et sur le chien, donna toujours, le même résultat.

Les injections, poussées dans le rein, après la ligature de l’artère et de la veine, ont toujours, chez l’homme, le cheval et le chien, passé facilement dans la veine , mais jamais ni dans l’artère ni dans les vaisseaux lymphatiques. Sur douze cas d’injection de mercure dans les vaisseauxlaçtifères, il n’y en eut que trois où le métal parvint dans les lymphatiques. Jamais l’injection n’a passé du canal déférent dans les vaisseaux lymphatiques , malgré une pression assez forte pour amener la rupture des conduits séminifères. M. Panizza dit qu’ayant plusieurs fois injecté par le canal déférent l’épididyme et quelquefois même la substance du testicule, le mercure ne passa pas dans les vaisseaux lymphatiques.

De ces faits, suivant M. Panizza, on peut conclure que les injections , faites dans les conduits excréteurs, pénètrent assez facilement dans les vaisseaux lymphatiques, surtout dans ceux du foie et des mamelles, sans qu’on puisse voir ou connaître de quelle manière la communication s’opère.

§ VII. Dü CHYLE ET DE LA LYMPHE.

Après avoir considéré d’une manière générale le système lymphatique dans son ensemble, je crois nécessaire d’ajouter quelques détails sur les vaisseaux chylifères en particulier, avant de faire l’histoire des liquides que cet appareil vasculaire renferme.

Bien que les savants continuateurs de l’anatomie de Bichat ne croient pas à la possibilité d’une séparation anatomique des vaisseaux lactés et des lymphatiques proprement dits , et qu’ils considèrent cette distinction comme purement physiologique, cependant, dans la description qu’ils ont donnée de ces vaisseaux intestinaux, ils reconnaissent l’existence de deux couches, l’une superficielle, l’autre profonde. La première est située au-dessous du péritoine ; les vaisseaux y parcourent un trajet assez long et parallèle à l’axe longitudinal de l'intestin r s’anastomosant , soit entre eux, soit avec les vaisseaux profonds. Ceuxci naissent de la surface muqueuse de l’intestin et de l’épaisseur de cette membrane, où ils concourent à former les villosités ; de là ils s’engagent entre les feuillets membraneux , contournent l’intestin , se portent dans des directions variées , et

vont gagner le mésentère , accompagnés par les vaisseaux sanguins.

On a donné aux premiers le nom de lymphatiques intestinaux généraux , et aux autres celui de vaisseaux chylifères ou lactés , de veines lactées , à cause du fluide blanc, lactescent, qu’ils charrient pendant la digestion. Cette subdivision n’est pas admise par tous les anatomistes. En effet, il est fort difficile de saisir les différences caractéristiques des deux couches vasculaires, et de les décrire séparément, car elles communiquent fréquemment entre elles (1).

Considérés dans leur énsemble et d’une manière générale, les vaisseaux lymphatiques du canal intestinal commencent par des réseaux très déliés , qui sont placés surtout vers la convexité du tube digestif. Leur direction est en générai parallèle à la longueur de ce canal. En parcourant ses parois, ils se recourbent peu à peu vers le mésentère, accompagnés par les veines. A mesure qu’ils s’approchent de ce repli, ils grossissent, et lorsqu’ils abandonnent l’intestin, ils s’élargissent du triple, du quadruple, ou plus, de manière à offrir une dilatation qu’on serait tenté de prendre pour une extravasation. Ensuite ils se rapetissent jusqu’à reprendre le calibre qu’ils avaient avant de

(i) Manuel d’anatomie générale , descriptive et pathologique , etc. * traduit de l’allemand par A,~J.-L. Jourdan et G. Brcschet; t. 2 , p. 571.. Paris, 1825.

former ces sortes d’ampoules. Tous, à quelques exceptions près, en gagnant la base du mésentère, se divisent et se subdivisent en deux, trois ou un plus grand nombre de rameaux, puis se réunissent et se redivisent encore avant de pénétrer dans les glandes , ce qui donne lieu à un très beau lacis. De ces ganglions sortent ensuite les

vaisseaux efférents, tantôt un seul, tantôt deux, trois,

ou même plus, mais toujours moins nombreux, quoique plus gros, que les afférents. De ces vaisseaux, quelques uns se portent directement vers la base du mésentère, pour former le plexus mésentérique ; les autres, en sortant d’un ganglion, entrent dans un autre, et ainsi de suite dans trois ou quatre, augmentant chaque fois de volume, en même temps qu’ils diminuent de nombre. Réduits enfin à dix ou quinze troncs, ils constituent un beau plexus à la base du mésentère. Ce plexus se porte en haut, et un peu à gauche, en suivant les vaisseaux de l’intestin : arrivé au pancréas , il le traverse à la hauteur de la troisième courbure du duodénum. Là, réduit à huit ou dix troncs, le plexus mésentérique entre dans les glandes de cette région, d’où sortent les vaisseaux efférents qui, avec le plexus dont il vient d’être parlé, forment, entre le pancréas et le duodénum, un réseau très compliqué , de telle sorte que, quand les injections réussissent bien , les deux viscères sont par lui parfaitement séparés l’un de l’autre. Ce réseau

monte jusqu’au bord supérieur du pancréas, où trois à quatre de ses vaisseaux passent sous l’aorte, entre elle et la veine cave ; ils aboutissent au canal thoracique.Une partie des autres vaisseaux, se courbant légèrement à gauche, au-dessous du duodénum, entre cet intestin et le rachis, se dirigent de haut en bas, en se divisant et se subdivisant, passent le plus souvent sous et sur les vaisseaux émulgents gauches, et pénètrent dans les glandes rénales, d’où partent des vaisseaux efférents, qui vont abouti r aux glandes lombaires, jusqu’à celles qui sont situées sur la dernière vertèbre et le promontoire du sacrum. Le restant de ce réseau lymphatique, composé de deux, trois ou quelquefois quatre rameaux, se porte à droite, passe sur l’aorte ventrale et sous la veine cave, à la hauteur de la première vertèbre lombaire et de la dernière dorsale, où il produit un plexus très compliqué ; celui-ci contourne les vaisseaux émulgents du même côté, et pénètre dans les ganglions de cette région; après quoi les vaisseaux efférents de ceux-ci descendent, en longeant le côté droit du rachis, jusqu’à la cin** quième vertèbre lombaire, et entrent dans les gan- - glions lombaires. De ces derniers ganglions sortent deux, trois ou un plus grand nombre de troncs, qui montent de glande en glande, forment de très beaux lacis sur et sous l’aorte ventrale, la veine cave, et autour des veines lombaires. Enfin, réduits à

trois, quatre, cinq ou six troncs, ils donnent naissance à la citerne de Pecquet.

On désigne sous le nom de chyle le liquide charrié parles vaisseaux lymphatiques dans le canal intestinal pendant la digestion. Frappés de sa teinte , ordinairement plus ou moins blanchâtre , les premiers anatomistes l’avaient comparé à du lait ; de là l’épithète de lactés donnée aux vaisseaux lymphatiques intestinaux dans lesquels on le rencontre.

Le chyle, limpide chez les oiseaux, et un peu trouble chez les mammifères herbivores, l’est toujours beaucoup chez les carnivores. Ce trouble parait dépendre de globules suspendus en très grand nombre.

M. Leuret et Lassaigne disent que ces globules sont ronds chez les oiseaux , tandis que ceux du sang sont elliptiques. Chez les mammifères aussi, au lieu d’être plats, comme ceux du sang, ils sont arrondis. C’est ce qui résulte des observations microscopiques de M. Muller sur le lapin , le chat, le chien, le veau et la chèvre. D’après Hewson, ils sont plus petits que les globules sanguins. Leur diamètre est de i 7,799 de pouce d’après MM. Prévost et Dumas. M. Muller les a trouvés tantôt égaux à ces derniers, comme dans le chat , tantôt et le plus souvent un peu plus petits, comme dans le veau, le chien et la chèvre : chez le chien, ils varient beaucoup de grosseur, mais la plupart sont fort

petits; dans le lapin, quelques uns dépassent le volume des globules du sang, mais le plus grand nombre n’en font que la moitié ou les deux tiers.

Les globules peu abondants de la lymphe doivent ou provenir de la décomposition normale des organes ou se former dans la lymphe. Mais pour ceux du chyle, il n’y a pas de preuve qu’ils se forment dans les vaisseaux lactés : car ils devraient naître dès l’origine de ces derniers , puisque le chyle des lymphatiques superficiels de 'l’intestin du veau en a déjà offert à M. Muller; cependant des ouvertures capables de leur livrer passage n’échapperaient pas à nos moyens d’observation. Il y a donc sur ce point une obscurité que nous ne pouvons encore dissiper.

Le chyle est d’un gris jaunâtre et plus souvent blanchâtre chez les mammifères qui vivent de matières animales. Ce n’est que par exception qu’on le trouve rougeâtre, comme dans le canal thoracique du cheval. Cette teinte , déjà remarquée par Elsner, et observée depuis par Emmert, Reuss, Hallé , Autenrieth, Werner , et une foule d’autres expérimentateurs, a été attribuée par MM. Tiede» mann et Gmelin à une certaine quantité de matière colorante du sang, parce que l’acide hydrosulfurique la fait tourner au vert. Quelques personnes ont comparé l’odeur du chyle à celle du sperme humain ; il a une saveur alcaline.

Quelque temps après sa sortie des vaisseaux, il se coagule de lui-même. ReussetEmmert, MM. Tiedemann et Gmelin ont reconnu que sa coagulabilité augmente à mesure qu’il avance dans le système lymphatique , de sorte qu’il ne se coagule point à sa sortie des vaisseaux lactés , et même quelquefois encore assez rarement après avoir traversé le plexus mésentérique. Cependant quelques faits observés par M. Fohmann sont contraires à cette opinion, que ne partagent pas non plus MM. Leuret et Lassaigne. Le caillot est produit par la fibrine qui passe à l’état solide, entraînant avec elle une partie des globules. Le sérum est une dissolution d’albumine, tenant encore une certaine quantité de ceux-ci en suspension. En même temps, il s’élève à la surface une couche formée par des particules de graisse. Le caillot du chyle tiré du canal thoracique devient fréquemment, lorsqu’on le laisse à l’air libre, plus rouge que ne l’était auparavant le chyle lui-même. Emmerî, en comparant le chyle du réservoir de Pecquet, de la partie moyenne et de la partie supérieure du canal thoracique du cheval, a trouvé que l’action de l’air changeait peu le chyle laiteux des lymphatiques intestinaux, tandis qu’elle faisait prendre une teinte rougeâtre à celui de la citerne, qui se coagulait aussi en partie; que celui de la partie supérieure du canal thoracique prenait à l’air une couleur assez voisine de celle du sang artériel, et donnait un caillot plus volumineux

et plus consistant; que le sérum du chyle de la citerne et des gros troncs lactés était épais, trouble et chargéde globulesblancs, tandis que celui du chyle du canal était limpide et sans globules visibles à l’œil. M. Magendie assure quele chyle provenant des matières alimentaires qui contiennent peu ou point de graisse, est moins blanc, mais plus opalin, et qu’il se rassemble moins de crème à sa surface ; qu’au contraire celui qui provient de substances animales ou grasses est blanc et bientôt couvert d’une épaisse couche de crème. MM. Tiedemann et Gmelin ont confirmé ces divers résultats par leurs expériences sur la digestion. Seulement ils n’attribuent le trouble du chyle qu’à la suspension de particules dégraissé très divisées, tandis que M. Muller le fait dépendre aussi des globules particuliers dont il a été parlé plus haut.

Nous n’insisterons pas davantage sur les caraetères du chyle, qui appartiennent plus à l’histoire de la digestion qu’à celle du système lymphatique. Ce qu’il nous importait d’établir, c’était l’analogie et la différence entre ce liquide etla lymphe. Tous deux ont cela de commun qu’ils contiennent des globules ; mais il y en a peu dans la lymphe et beaucoup dans le chyle , qu’ils rendent blanchâtre. L’un et l’autre contiennent aussi de la fibrine dissoute , mais il paraît y en avoir moins dans le chyle que dans la lymphe , d’après les observations de MM. Tiedemann et Gmelin, à l’égard des-

quelles, de même que par rapport à toutes celles qui roulent sur le sang, nous devons faire remarquer que les quantités évaluées en chiffres par les différents auteurs se trouvent frappées d’erreur, puisque personne encore n’a distingué le caillot des globules qu’il enveloppe, et que, loin delà, on a regardé ceux-ci , au moins pour le sang , comme la source unique de ses matériaux , tandis que les nouvelles recherches de i\l. Muller établissent qu’ils y sont entièrement étrangers. La plus importante différence entre le chyle et la lymphe consiste dans la graisse que le premier tient en suspension, et qui n’existe pas dans la seconde. Quant aux autres substances , notamment à la fibrine, à l’albumine et aux sels, elles sont les mêmes; seulement nous ne savons rien , même d’approximatif, sur ce qu’il importerait pourtant le plus de connaître, leurs proportions respectives dans les deux liquides puisés à des régions diverses du corps. Nous regrettons que le temps nous ait manqué pour faire des expériences non seulement à cet égard , mais encore à celui des formes et volumes respectifs des divers globules, et des métamorphoses par lesquelles ils passent , suivant toute apparence. Ce qu’il eût été intéressant surtout de déterminer, c’est si la matière colorante qui teint quelquefois le chyle, et même la lymphe, y est dissoute, ou si elle affecte, soit toujours, soit au

moins quelquefois, la même disposition que celle des globules du sang.

Quant aux différences qui existent entre ces deux liquides et le sang, les principales tiennent à la forme et au volume des globules, à l’alcalescence moindre des premiers, à la moindre quantité de la fibrine, et à la nature particulière de cette substance qui , dans le chyle, paraît se rapprocher davantage de l’albumine , attendu quelle n’est qu’en partie soluble dans l’acide acétique, enfin à la présence dégraissé libre dans le chyle, tandis que celle qui existe dans le sang y est à l’état de combinaison.

L’analyse du chyle qu’ont donnée MM. Tiedemann et Gmelin, porte sur celui du canal thoracique d’un cheval qui avait été tué pendant la digestion, après avoir mangé de l’avoine en abondance. Ces expérimentateurs n’ont pu parvenir à recueillir, des vaisseaux du mésentère , une assez grande quantité de chyle pour l’analyser.

Le caillot, traité par l’alcool bouillant, donne un peu d huile jaune-brunâtre. Le sérum trouble, traité par l’élher, s’éclaircit, en laissant déposer, par 1 évaporation de l’éther, un mélange delaïne et de stéarine.

Le sérum du sang, analysé, a donné sur 100 parties :

Graisse brune .

Graisse jaune.

Report. 21,8a

Extrait de viande, lactate sodique et chlorure so-

dique 16,02

Matière extractive, soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool , avec carbonate et très peu de phosphate

sodique 2>7^

Albumine 55,25

Carbonate et un peu de phosphate calcique. . . 2,76

Passons maintenant à la lymphe proprement dite, au liquide contenu dans les lymphatiques généraux.

On a tellement abusé du mot de lymphe en médecine, qu’il a presque perdu toute signification précise. On s’en est servi pour désigner une foule d’exsudations albumineuses ou fibrineuses , soit limpides, soit purulentes , tantôt coagulables, et tantôt non concrescibles , en un mot tous les liquides qui ne sont manifestement ni du sang, ni du pus, et dont on ne prenait pas la peine d’examiner ni la nature , ni l’origine. Dans ces derniers temps seulement , des esprits plus exacts ont exclu sivement appelé lymphe le liquide contenu dans le système lymphatique, et alors ce fluide n’est nommé chyle que lorsqu’il contient les produits de la digestion.

Nous adoptons cette dernière interprétation, et de cette manière : i° nous rejetons l’application qu’on avait faite du mot lymphe au sérum du sang, à la sérosité qui lubréfie les cavités séreuses , soit

splanchniques , soit cellulaires; 20 nous ne considérons comme véritable lymphe que celle quon recueille dans les vaisseaux lymphatiques proprement dits, attendu que celle qu’on prend dans le canal thoracique, meme après quelque temps d abstinence, se trouve encore altérée par une petite quantité de substancesdu dehors, que les chylifères

ontpuisées dansl’intestin. Mais commeilest difficile

de se procurer, dans les vaisseaux lymphatiques proprement dits, une suffisante quantité de lymphe , on a coutume de se servir du liquide contenu dans le canal thoracique d’un animal que Ion a tué après une abstinence de quatre à cinq jours.

La lymphe , ainsi obtenue , offre une couleur rosee , légèrement opaline; elle a une odeur manifestement spermatique, une saveur salée, et une viscosité légère ; sa pesanteur spécifique est à celle de l’eau distillée comme 1022, 28 à 1000,00 (1).

M. Magendie l’a vue offrir des variations asse^ remarquables de coloration; quelquefois d’une teinte jaunâtre décidée , d’autres fois d’un rouge garance. Plusieurs physiologistes ont prétendu quelle était incolore, peu odorante, peu sapîde.

Abandonnées elle -meme, elle se coagule, sa teinte rosée se fonce un peu, et on voit insensiblement se développer , dans la masse coagulée, un

(1) Magendie, Physiol TI, p. 178.

grand nombre de petites arborisations irrégulières, semblables pour la disposition aux vaisseaux capillaires des organes (i). Ce caillot est formé de deux parties : l’une solide, contenante , composée d’une infinité de cellules dans lesquelles est contenue la seconde partie sous forme d’un liquide, qui est susceptible également de se convertir en caillot, quand on l’isole de la partie solide spongieuse. Quand on traite par l’acide carbonique la partie solide du caillot, elle devient d’un rouge pourpre; on la voit, au contraire, prendre une teinte rouge rutilante quand on la plonge dans l’oxigène; elle a, sous ce rapport, beaucoup d’analogie avec le caillot du sang.

On ignore quelle est à peu près la quantité de la lymphe. Dans une expérience destinée à éclairer cette question, M. Magendie n’en a guère obtenu qu’une once et demie. Ses travaux et ceux de M. Collard de Martigny (2) ont jeté quelque lumière sur le rapport qui existe entre la quantité de la lymphe et celle des aliments, entre le degré deréplétiondu système chylifère et celui du système lymphatique général. Ainsi, pendant tout le temps de la digestion, le système lymphatique en général se désemplit en partie, tandis qu’aussitôt que le

(x) Physiologie de Magendie, t. II, p. 190.

(2) Loc. cit., p. 176. — Journal de physiologie de Magendie, ann. 1828,

travail de la chylose est terminé, la lymphe reparaît en abondance dans le système lymphatique. De cette manière, la lymphe alterne avec le chyle pour occuper le canal thoracique, qui ne reste jamais vide. Mais, quand on soumet l’animal à l’abstinence, ce n’est que pendant les dix premiers jours que la lymphe parcourt en plus grande abondance le système lymphatique, car, à partir de ce moment jusqu’au vingt-unième ou vingthuitieme jour pour les chiens, et jusqu’au neuvième pour les lapins, la quantité de la lvmphe va toujours en diminuant, à tel point qu’au moment delà mort par abstinence, on ne trouve que très pe.i de fluide lymphatique dans les vaisseaux de ce nom et dans le canal thoracique, et que , plus tard même, il cesse complètement d’y en avoir.

M. Collard de Martigny a examiné aussi l’effet de l’abstinence sur la composition de la lymphe. Il a vu que, pendant les douze premiers jours environ de l’abstinence, la lymphe augmentait de quantité, de consistance, de viscosité, et devenait plus opaline, d’une odeur plus spermatique, qui, chez les chiens, prenait un caractère propre à l’animal , et qu’enfin elle acquérait une couleur rouge plus foncée. Déjà M. Magendie avait obtenu ce résultat. Après les douze premiers jours d’abstinence, la lymphe change comme brusquement de caractère; son odeur de chien reste toujours, d est vrai, très prononcée, mais son odeur

spermatique domine ; sa couleur, après s’étre conservée opaline ou rouge foncée jusqu’au vingtdeuxième jour environ, pâlit et redevient rose , jaune-rose, enfin jaunâtre. M. Collard de Martigny rejette donc positivement l’opinion, émise par quelques auteurs, que la lymphe est d’autant plus rouge que l’abstinence dure plus long-temps. Si le vingtdeuxième jour de l’abstinence on extrait de la lymphe du canal thoracique, elle se prend encore en masse, mais le sérum est fort peu abondant, et la coagulation ne présente qu’une médiocre quantité de ces arborisations fibrillaires dont nous avons parlé plus haut. Enfin, quelques instants avant la mort, la faible quantité de liquide qui lubréfie encore le canal thoracique, est incolore et sans coagulabilité. Cependant, quand on l’expose à l’air, il devient trouble et se fige incomplètement. Ainsi la coloration de la lymphe , sa composition fibrineuse, et sa faculté de se prendre en caillot , semblent diminuer de plus en plus à mesure que l’animal approche davantage du terme de la mort.

MM. Leuret et Lassaigne ont extrait des vaisseaux lymphatiques du cou d’un cheval assez de lymphe pour pouvoir en faire l’analyse; cette analyse est dès-lors une des plus certaines qu’on possède. MM. Tiedemann et Gmelin ont bien , comparativement , soumis à des manipulations chimiques la lymphe du plexus lymphatique lombaire et du canal thoracique d’un che-

val (1), mais, pour ne pas être trop long, nous nous bornerons à l’analyse de MM. Leuret et Lassaigne, qui est la suivante (2) :

La lymphe du cheval est composée, sur mille parties, de

Eau . . 0

Albumine

Fibrine

Chlorure de sodium

Id . de potassium. . . .

Soude . . . . ,

Phosphate de chaux,

Une analyse faite par M. Chevreul, sur du liquide lymphatique recueilli par M. Magendie dans le canal thoracique d’un animal tué après cinq jours de diète, a donné le résultat suivant :

Eau ... ... 926,4

Fibrine oo4,a

Albumine 061,0

Muriate de soude 006, î

Carbonate de soude 001,8

Phosphate de chaux J

Phosphate de magnésie > 000, 5

Carbonate de chaux V

Les recherches les plus récentes que nous possédions sur la lymphe de l’homme , sont celles de M. Muller, à qui s’est offerte, en i83i, dans le ser-

(1) Tiedemann et Gmelin , Loc. cit., p. 73.

(a) Leuret et Lassaigne, Loc. cit., p. i65.

vice chirurgical du professeur Wutzer, à l’hôpital de Bonn, une occasion peu commune d’étudier les propriétés de ce liquide. Un jeune homme , après avoir été blessé au coude-pied, demeura porteur d’une petite plaie , que nul moyen ne put amener à cicatrisation, et de laquelle s’écoulait continuellement de la lymphe. Chaque fois qu’on passait le doigt sur le dos du gros orteil, en le dirigeant vers la plaie, il sortait, et quelquefois sous la forme de jet, une grande quantité d’un liquide fort clair, inodore, ayant une saveur salée, verdissant légèrement les couleurs bleues végétales, et qui, au bout d’environ dix minutes, se prenait en un caillot semblable à une toile d’araignée.

L un des points queM. Muller s’attacha surtout à éclaircir, est de savoir si cette lymphe contient des globules. Les observateurs modernes, Reuss, Emmert, Soemmering, MM. Tiedemann et Gmeiin , Brande et Lassaigne n’en ont point aperçu; Hewson est le seul qui signale d’innombrables corpuscules blancs, de la grosseur des noyaux de globules du sang, dans la lymphe fort équivoque du thymus de veau, et d’autres corpuscules rouges dans la lymphe rougeâtre de la rate. En examinant au microscope la lymphe du blessé dont nous venons de parler, M.Muller reconnut qu’elle contenait une multitude de globules paraissant beaucoup plus petits que ceux du sang, et d’ailleurs bien moins abondants que ces derniers ne le sont dans le sang. Pendan t la

coagulation, une partie de ces globules se réunissaient au caillot, mais la plupart restaient en suspension dans le sérum. Le caillot, après s’être resserré sur lui-même, consistait en un tissu filamenteux blanc. Ce qui frappa surtout M. Muller, c’est qu’on reconnaissait facilement qu’il devait naissance non à une agrégation de globules, mais à la solidification d’une substance préalablement dissoute, et qui, en passant de l’état liquide à l’état solide , avait enveloppé une certaine quantité des corpuscules auparavant libres dans le liquide. En examinant le caillot d’une très petite quantité de lymphe qu’il avait laissé se coaguler dans un verre de montre, il s’aperçut, avec le secours du microscope, que les globules y étaient tout aussi disséminés que dans le liquide. La substance qui les unissait se prêtait surtout à l’observation sur les bords minces du caillot. Elle était parfaitement homogène et faiblement translucide.

Déjà, auparavant, M. Muller avait fait sur la coagulation du sang des observations dont les résultats diffèrent singulièrement de ceux qu’on possédait jusqu alors, et qu’il est nécessaire de rappeler ici. Tous les physiologistes admettent, avec Home, Prévost et Dumas, queîe caillot du sang est produit par une agrégation des globules^ dont les noyaux sont formes de fibrine et l’enveloppe de matière colorante. M. Berzelius seul , qui trouvait de la fibrine dissoute dans la lymphe , avait émis , sous

forme de conjecture, l’opinion que le sang doit aussi en contenir, et qu’alors le caillot devrait naissance à la coagulation de cette fibrine, qui envelopperait les globules de toutes parts. Cette hypothèse a été convertie en certitude par les travaux de M. Muller. Après divers essais, qu’il serait hors de propos de rappeler ici, il parvint par la filtration à dépouiller le sang de grenouille de tous les globules, et à obtenir ainsi un liquide parfaitement incolore , dans lequel se forma, au bout de quelques minutes, un caillot transparent , qui est de la fibrine pure et parfaitement exempte de globules, d’où résulte la conclusion que ceux-ci ne prennent aucune part à la coagulation de la fibrine préalablement dissoute. D’autres expériences, dans lesquelles il est parvenu à retarder assez la coagulation du sang de l’homme pour que les globules eussent le temps de se déposer au-dessous du niveau de la liqueur , l’ont convaincu que la même chose avait lieu aussi chez l’homme, où la ténuité des globules empêche seule de les séparer par la filtration, et ce phénomène lui a servi pour expliquer, d’une manière aussi simple que naturelle, la formation de la couenne grisâtre qui se manifeste à la surface du sang dans les phlegmasies.

Ce sang blanc, ou dépouillé de globules, qui diffère totalement du sérum, puisqu’il contient toute la fibrine et qu’il est coagulable , ce liquide nouveau , que M. Muller désigne sous le nom de

liqueur du sang , ressemble à la lymphe que le blessé de Bonn lui avait fournie, et se comporte de la même manière qu’elle. Un tel rapprochement doit avoir une haute portée physiologique et amener de grandes modifications dans les idées reçues sur les fonctions du système lymphatique. Il le deviendra surtout lorsqu'on aura fait des expériences pour constater les quantités respectives de fibrine dans la lymphe et le sang, tant artériel que veineux, ce qui sera assez facile chez la grenouille , et pourra même, avec quelques précautions, être exécuté chez l’homme.

M. Muller a reconnu que , dans l’état frais, la lymphe de grenouille contient des globules, mais en très petite quantité. Ces globules sont à peu près quatre fois plus petits que ceux du sang du même animal ; ils ont aussi une forme ronde et non aplatie.

Toutes les données qui précèdent sont importantes, en ce qu’on n’avait jamais eu jusqu’ici que des notions imparfaites sur la véritable lymphe. Celle que Sœmmering a examinée, provenant de varices lymphatiques, ne se coagulait pas et n’était assurément pas de la lymphe.

La note suivante, que nous devons à notre excellent ami M. Dumas, nous a paru devoir être insérée ici, comme propre à donner une idée des conséquences auxquelles conduiront les belles observations de M. Muller. Nous n’avons pas cru

pouvoir mieux terminer l’histoire des deux liquides que renferme le système lymphatique.

On peut se former une idée très nette, et peutêtre juste physiologiquement, de la nature de la lymphe, en disant quelle consisterait en du sang délayé d’un peu d’eau salée et filtré.

La lymphe présente en effet une composition qui la rapproche du sérum, mais le sérum ne peut s’obtenir que de deux façons :

i° En laissant coaguler le sang, ce qui en sépare à la fois les globules et la matière de la fibrine.

2° En étendant le sang d’eau salée, par exemple, ce qui permet de le filtrer ; la liqueur claire et incolore retient alors la matière de la fibrine et ne laisse que les globules sur le filtre.

Ceci posé, si l’on remarque dans la composition de la lymphe :

i° La présence de la matière de la fibrine ;

2° Celle d’une quantité de sel marin presque double de celle qui existe dans le sérum du sang, on sera très disposé à admettre qu’il existe entre le sang et la lymphe une relation de cet ordre, et que la lymphe n’est en effet que du sang qui se filtre dans les capillaires des glandes, après s’être chargé d’eau salée par quelque effet d’endosmose.

Sans insister sur le mécanisme de la conversion , l’analyse chimique laisse peu de doute sur l’exi-

stence de la relation énoncée; les propriétés de la lymphe la confirment.

En effet, la lymphe n offre pas de globules, ou n’en offre que de très difficiles à reconnaître , à cause de leur petitesse, de leur rareté et de leur transparence. Elle se coagule peu à peu et prend l’aspect d’une gelée, puis un réseau fibrineux s’en sépare ; alors il reste une liqueur limpide, salée et albumineuse.

Telles sont toutes les propriétés du sang étendu d eau salée et filtré, ainsi que le prouvent les expériences de M. Muller,

En poursuivant cette comparaison, on arriverait à penser que s’il existe des organes capables d’agir comme un filtre qui* recevrait du sang et de l’eau salée, il peut s’en trouver aussi qui ne reçoivent que du sang et de l’eau , et qui laissent par cela même passer les débris des globules du sang décomposé , comme cela arrive dans l’écoulement menstruel.

Prenez un terme moyen , supposez l’eau qui s’ajoute au sang trop peu salée, et vous obtiendrez une liqueur rosée, capable de laisser rapidement déposer sa matière colorante au fond du vase. Cette liqueur, facile à produire artificiellement, représenterait donc très bien la lymphe des lymphatiques de la rate ou le liquide des capsules surrénales.

Ces explications feront comprendre comment il

se fait que le chyle varie de propriétés à mesure qu’il reçoit la lymphe qui vient s’y ajouter; comment il devient coagulable, propriété que lui donne la lymphe commune ; comment il devient rosé, ce qui dépend des lymphes spéciales dont on vient d’analyser la formation.

Ainsi, pour connaître le chyle, il faut le prendre à l’origine même des lymphatiques de l’intestin grêle; plus loin, ce n’est plus qu’un mélange.

Le chyle des premiers lymphatiques qu’on observe près du tube intestinal , pris sur un animal carnivore au moment de la digestion, est laiteux, un peu visqueux, ne se coagule pas et ne se colore pas à l’air ; vu au microscope, il offre en outre de larges gouttelettes graisseuses , faciles à distinguer des globules très réguliers et en grand nombre , d’environ i/3oo de millimètre, comme ceux du lait.

Pris dans le réservoir de Pecquet, le chyle offre les mêmes caractères, mais on y remarque des globules analogues à ceux du sang pour les dimensions ; c’est du moins ce que le liquide pris sur des lapins a présenté plusieurs fois.

§ VIII. Développement du système lymphatique

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