‹ Le système lymphatique considéré sous les rapports anatomique, physiologique et pathologiqueChapitre 3 sur 15 · ET DE SES DIFFÉRENCES SUIVANT LES AGES · texte numérisé non relu

ET DE SES DIFFÉRENCES SUIVANT LES AGES

Si la connaissance du système lymphatique complètement développé, chez les animaux supérieurs, laisse encore beaucoup à désirer, puisque, somme

totale, le peu que nous savons à son égard renferme un nombre considérable d’erreurs et d’inexactitudes, nous sommes dans une ignorance profonde sur la manière dont se développent ses parties. Celui qui voudrait, comme on la fait si souvent, donner pour des vaisseaux lymphatiques les inégalités de surface, les illusions d’optique produites par de forts grossissements mal employés et des figures imaginaires, pourrait aisément, ainsi que l’a déjà fait en partie Rolando, trouver tout un système de vaisseaux de ce genre jusque dans le blastoderme lui-même; mais chacun sent quels seraient les inconvénients dune semblable manière d'agir, et il vaut mieux avouer sa complète ignorance, que de se bercer de chimères créées par notre fantaisie. Convenons donc franchement que cette partie importante de l’organisation animale n’a été, autant dire, point examinée dans le fœtus (1).

Les glandes lymphatiques de l’aisselle et de l’arcade crurale s’aperçoivent déjà au sixième mois. Il paraît que celles du canal intestinal ne deviennent visibles que plus tard.

M. Fohmann a décrit d’une man i ère très sommai re un réseau vasculaire particulier qui occupe toute la surface interne du chorion du cheval, se répand sur l allantoïde , et se termine dans la gaine du cordon ombilical. Il a découvert, dans le fœtus des ser-

(i) Handbuch der Entwicketungsgeschiclite des Menschen , G. "Valentin; Berlin, i835.

pents, une connexion entre cette gaine et le canal thoracique.

Plusieurs anatomistes se sont occupés de l’histoire des vaisseaux lymphatiques des enveloppes fœtales , mais leurs recherches n’ont donné que de faibles résultats. Schreger , Wrisberg et Uttini étaient les seuls à qui nous dussions quelques notions sur les vaisseaux lymphatiques du fœtus ; mais Hunter , Hewson et Cruikshank n’ayant eu sur le même sujet que des résultats négatifs , on fut assez généralement d’accord pour refuser des lymphatiques aux annexes du fœtus. Les veines seules étaient considérées comme servant ici à l’absorption.

Monro, après des recherches infructueuses, nia formellement l’existence de ces vaisseaux sur le placenta et le cordon ombilical, et donna comme une des preuves de l’absorption veineuse l’impossibilité de les y démontrer. Everhard, Needham, Schreger (i), Wrisberg (2), avaient plutôt admis que démontré leur présence. Mascagni ne s’étant occupé que de l’homme adulte, son opinion était une simple présomption, et son autorité ne pouvait être invoquée. Uttini, sous la direction de M. Mondini, (3) crut devoir entreprendre quelques investi-

(1) De functione placentce ulcrinœ, etc., 1799.

(2) Michaelis, Observât, circa placentie ac funicuti umbilicalis vasa absorbentia , etc. ; Gœttingæ, 1790.

(3) Memorie dell’ istituto nazionalc italiano , t. 1, p. 2; Bologne, 1806 ’ p. 209-216. (Voy. aussi les Archives de physiologie , de Meckel, t. 2 p. a58.)

gâtions pour éclaircir cette question litigieuse; il fit des injections avec de l’eau simple, colorée avec des substances végétales , préférablement au mercure et aux corps gras ou spiritueux; après chaque injection , il mettait sa pièce sous le microscope. I! observa que le liquide coloré ne sortait jamais ni par les veines ni par les artères , mais que les unes et les autres étaient injectées. En examinant attentivement l’amnios et le chorion d remarqua que ces deux membranes pouvaient etre facilement séparées jusqu’à l’insertion du cordon ombilical, et que là , en se réfléchissant sur la surface du placenta , elles étaient unies à un feuillet bien plus fin. Cette membrane parut, sous le microscope, garnie d’un grand nombre de filaments ou de villosités. Les filaments étaient surtout très distincts sur un placenta provenant d’une femme phthisique, et l’on y découvrit, outre les villosités, un réseau de vaisseaux capillaires semi-transparents. Bien que ces filets eussent l’air de canaux, Uttini ne se laissa pas entraîner à une telle supposit.on, et il songea à des expériences plus concluantes. Il fît d’abord différentes coupes transversales du cordon, pour voir si, outre les vaisseaux sanguins, on n apercevrait pas des vaisseaux lymphatiques, qu’i! présumait devoir être plus distincts sur de cordon que sur le placenta. Il vit une substance blanchâtre , un peu glutineuse, contenue dans une cavité arrondie et située entre les

artères et la veine funiculaires. Dans cette substance , on apercevait un nombre considérable de petits points transparents, semblables à des orifices vasculaires. Des coupes multipliées à diverses hauteurs montrèrent toujours la même disposition , ce qui prouvait que cette substance existait dans toute la longueur du cordon. Il devint dès lors important de savoir quelle en était la nature. Sur un placenta où les troncs des vaisseaux ombilicaux se bifurquaient avant d’arriver à leur insertion à cet organe, on aperçut un petit orifice par lequel on introduisit du mercure. Bientôt le métal se trouva arrêté; il s’infiltra entre les membranes; mais, en pressant un peu du bout du doigt , on le voyait pénétrer dans le cordon, conservant la même disposition que quand il est dans un vaisseau. On le perdit de vue , et l’on crut qu’il avait déchiré les parois des gros vaisseaux. L’incision de ceux-ci montra qu’ils ne contenaient pas de métal ; mais , en coupant le cordon en travers, on vit sort ir de la substance indiquée un grand nombre de globules, dont chacun correspondait à un petit orifice vasculaire. Uttini regarde comme probable que ces filaments, qu’on aperçoit sur lé cordon et qui revêtent la surface concave du placenta , sont l’origine des vaisseaux lymphatiques, parce que ceux-ci présentent la même apparence dans beaucoup de membranes du corps humain. Il dit aussi que les filaments si déliés et transparents du placenta des

femmes phthisiques ressemblent à des canaux très déliés.

La quantité considérable de vaisseaux lymphatiques qui se ramifient au pourtour de l’ombilic, sur le péritoine, semble indiquer, suivant Uttini, qu’à l’endroit où le cordon cesse et où les vaisseaux ombilicaux se rendent à leurs organes respectifs, les lymphatiques finissent au péritoine, sur lequel ils se réunissent. L’extrême petitesse de ces vaisseaux sur d’autres parties du corps répond à l’objection que l’on pourrait faire relativement à la ténuité de ceux du placenta et du coi don , et a la difficulté de les apercevoir. Uttini croit que sa supposition prend un caractère de probabilité, par 1 analogie des enveloppes du fœtus avec les membranes séreuses, desquelles naissent une si grande quantité de vaisseaux lymphatiques , et par la nécessité de transmettre constamment au sang de nouveaux matériaux nutritifs.

Nous avouerons qu’aucune des raisons alléguées par Uttini n’est pour nous suffisamment convaincante, et que nous ne trouvons pas, dans les résultats de ses recherches, ce caractère de démonstration et cette évidence que l’on doit exiger de toutes les investigations anatomiques. En voulant reconnaître dans les prétendus vaisseaux dont il parle une analogie de forme avec les lymphatiques des autres tissus, il se trouve en opposition avec les observations de M. Fohmann. Si réellement les fi-

laments qu’il signale sont de nature vasculaire, qui nous dit qu’ils sont lymphatiques, puisque l’injection n’a pas démontré de continuation entre eux et les lymphatiques des parois ou de la cavité de l’abdomen ? Ne pourrait-on pas attribuer ces filaments blanchâtres à des vestiges des vaisseaux omphalo-mésentériques ou à ces vaisseaux eux-mêmes? En un mot , les recherches d’Uttini ont laissé la question de l’existence des vaisseaux lymphatiques du cordon et du placenta presque au même point où elle était avant lui.

M. Fohmann trouva la science dans cet état , lorsqu’il entreprit les siennes (î). Suivant lui, le cordon ombilical est couvert d’un plexus de vaisseaux lymphatiques , à mailles très serrées , qu’il croit être dépourvus de valvules, quoique Wrisberg prétende en avoir observé. Ces vaisseaux, dans les organes caduques ou d’une vie très limitée, offrent une simplicité de structure comparable à celle des veines lymphatiques des reptiles et des poissons.

A plusieurs reprises et à des époques différentes, nous avons cherché à injecter ces vaisseaux pour en étudier la disposition , et rarement nos injections ont été heureuses. Puis, nous avons trouvé que le mercure passait plutôt dans un parenchyme

(i) Mcm. sur les communications des vaisseaux lymphatiques avec les veines , et sur les vaisseaux absorbants du placenta et du cordon ombilical . Li^ge, iS5a.

celluleux que dans des cordons cylindriques creux. Lorsqu’on est parvenu à distendre les réseaux lymphatiques du cordon jusqu a son insertion au placenta, on peut, par une douce pression avec le manche du scalpel ( i), faire arriver le mercure jusque sur la surface du placenta.

Vers 1 autre extrémité du cordon, à quelques lignes de distance de l’anneau ombilical, les réseaux des vaisseaux lymphatiques deviennent si déliés, qu on ne peut les apercevoir, bien qu’ils soient distendus par l’injection, qu’en les examinant à la loupe. Lorsqu’ils sont très fins, ils deviennent plus résistants; mais, après avoir franchi l’anneau, leur calibre augmente. Unepartiepassedansle tissu cutané du pourtour de l’ombilic, une autre se joint à des branches lymphatiques plus profondément situées; des parties voisines naissent de petits troncs dont quelques uns se distribuent circulairement au pourtour intérieur de l’anneau ombilical , et de ces plexus circulaires sortent des branches qui se rendent, en accompagnant les veines des parois abdominales, jusqu’à la région inguinale et à 1 anneau crural , toujours situées entre les muscles etl enveloppe cutanée. Chemin faisant, ils rencontrent des ganglions iliaques, les traversent, et vont enfin aboutir dans le canal thoracique. Une autre partie de ces vaisseaux que nous avons abandonnée

£0 Fohmann, Lgc. cii.

à l’anneau ombilical , gagne la face intérieure de cette ouverture, arrive sur les vaisseaux ombilicaux , mais s’accole plus particulièrement à la veine ombilicale, et l’accompagne jusqu’au foie.

Nous avons déjà dit que Ton parvenait, dans quelques cas, à distendre les vaisseaux lymphatiques du cordon , en injectant ceux du foie.

Le réseau du placenta demande plus de soin dans sa préparation. Lors même que l’injection est très heureuse , on ne voit jamais le mercure s’étendre jusqu’à l’anneau et pénétrer cette membrane, tandis qu’il n’est pas sans exemple(i) que le mercure ait distendu des vaisseaux lymphatiques dans l’épaisseur même du tissu placentaire.

M. Fohmann (2) considère les vaisseaux lymphatiques du placenta fœtal et du cordon ombilical comme ayant les mêmes fonctions que le système lymphatique général, celles d’absorber ce qui se présente à cet effet, et qui consiste principalement ici dans le fluide que le placenta utérin exsude pour l’alimentation du fœtus. Cette opinion de M. Fohmann a encore besoin d’être soumise à l’examen anatomique avant d’être adoptée , car la nature vasculaire des parties dans lesquelles le mercure a pénétré n’est pas jusqu’ici suffisamment reconnue.

Le même anatomiste regarde les vaisseaux

(1) Fohmann, libr. cit ,, p. 26.

(a) Libr. cit .

lymphatiques placentaires comme la voie que parcourent les fluides alimentaires , et pense que l’eau de l’amnios est ainsi absorbée soit par la peau ou la gaîne ombilicale, soit par le canal alimentaire ou les voies de la respiration. C’est, au dire de M. Fohmann, ce qu’on ne peut révoquer en doute, parce que le cordon ombilical ou le plexus de ses vaisseaux absorbants , est à cette époque la principale voie par laquelle il tire ses aliments. Bien que nous professions la plus haute estime pour les talents de M. Fohmann , nous ne pouvons partager toutes ses opinions sur ce point, ni surtout parler aussi affirmativement qu’il le fait.

Regarder l’absorption de l’eau de Famnios comme un moyen de nutrition du fœtus, lorsque les vaisseaux ombilicaux ne sont pas encore en contact avec l’utérus , et que les relations utéroplacentaires ne sont pas établies, c’est vouloir donner à une simple présomption la force et la valeur d’un fait observé et bien constaté.

Suivant M. Fohmann, cette liqueur amniotique se montre alors au dehors tout aussi bien qu’au dedans de la membrane amnios; et en suivant la face externe de sa membrane, elle peut, à travers la large ouverture du nombril , mouiller la cavité abdominale et les parties qui s’y trouvent, ainsi que la peau du fœtus, et l’absorption peut s’opérer par plusieurs points.

La peau, suivant le même anatomiste, joue ici

u u rôles trèrm portant; il assure s’ètre convaincu, par de nombreuses recherches, que les vaisseaux lymphatiques cutanés se développent et disparaissent de très bonne heure chez les fœtus, et qu’ils sont, à cette phase de la vie, plus grands qu à 1 âge adulte. C’est une circonstance que nos dissections ne nous ont pas fait reconnaître, et qui demande a etre constatée de nouveau. Lors même que le fait anatomique serait rigoureusement exact, cela ne prouve pas que l’eau de Famnios soit absorbée, et surtout qu’elle le soit par des vaisseaux lymphatiques. Limbibition et l’endosmose ne pourront-elles pas être invoquées aussi par quelques physiologistes? La théorie de la nutrition du fœtus présentée par M. Fohmann est donc une simple présomption, une véritable hypothèse, et non une démonstration anatomique; conséquemment elle ne saurait nous satisfaire.

Quelle que soit la région du corps où l’absorption du fluide de Famnios se fasse, jamais, d’après 1 assurance donnée par M. Fohmann, le sang ne le reçoit que par les voies connues du système des vaisseaux lymphatiques. Ni les absorbants des mamelles, ni ceux de la membrane muqueuse de là trachée-artère ou d’autres parties, ne se rendent dans le thymus, comme quelques personnes Font prétendu, mais dans les glandes des aisselles, des bronches, ou dans les gros troncs des vaisseaux lymphatiques. Toutes ces assertions du célèbre an a-

tomiste allemand peuvent être très vraies, mais elles sont dénuées de preuves, et il aurait surtout dû commencer par démontrer l’absorption de l’eau de l’amnios, et comment cette absorption est opérée par des vaisseaux lymphatiques.

Suivant lui, ce qu’on nomme tissu cellulaire du cordon est un réseau lymphatique si serré que toute piqûre qu’on y fait lèse des vaisseaux de ce genre. Ces vaisseaux se prolongent dans le placenta, principalement à sa surface tournée vers le chorion. On les injecte en introduisant le tube par une petite incision pratiquée au cordon.

Cette méthode de démonstration fait naître le soupçon que le mercure forme violemment des conduits à travers le tissu muqueux du cordon, qui est très mou (i).

M. Muller et Laurent Schedon n’ont pu apercevoir ces réseaux chez un fœtus de six mois : ils ne virent que quelques canaux longs, de quelques lignes, à l’insertion du cordon ombilical au fœtus.

Dans l’embryon et durant les premiers temps de la vie fœtale, les ganglions lymphatiques n’existent pas encore, et, lorsqu’ils paraissent , c’est sous la forme de simples plexus, où la continuité des vaisseaux lymphatiques ne peut pas être contestée. Cette circonstance du mode d’évolution organique vient corroborer notre sentiment sur la nature es-

(1) G. Valentin, Handbuch dcr Entwickelungsgeschichte des Menschen, Berlin, i8^5.

sentiellement plexiforme des ganglions lymphatiques.

Les changements de structure et de volume qui arrivent aux glandes lymphatiques parles progrès de l’âge , doivent, suivant M. Magendie(i), faire présumer que l’action du système lymphatique éprouve des modifications aux différentes époques de la vie ; mais rien de positif n’est connu sous ce rapport.

(1) Précis élément, de physique , 3e édit., t. a ; Paris, 1 833.

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