DELAMBRE
Mesure de la partie nord de la méridienne. ii5
de soigner et de re'parer les instruments. Du commencement à la fin des opérations, il ne cessa pas un instant d'aider Delambre ; souvent il remplaça l'adjoint et parfois il prit des mesures d'angles. En général, il réglait le niveau dans les observations de latitude; dans les observations d'angles terrestres ou d'azimuts, il tenait la lunette inférieure.
Michel, domestique.
Pour faciliter les transports , Delambre avait fait construire deux voitures, dont une pour les instruments : on les faisait traîner par des chevaux loués sur place.
Voici la liste des instruments et objets emportés par Delambre :
« ETAT DES INSTRUMENTS GEOMETRIQUES ET ASTRONOMIQUES QUE M. DELAMBRE EMMÈNE AVEC LUI POUR LA MESURE DU MÉRIDIEN.
» Deux cercles de deux lunettes chacun, avec leurs pieds de cuivre, renfermés dans leurs boëtes ;
» Trépied portant un fil à plomb;
» Lunette astronomique pour observer les éclipses de soleil et des étoiles;
» Pendule à secondes;
» Autre plus petite, avec sonnerie;
» Deux baromètres de voyage;
» Deux thermomètres montés en cuivre;
» Deux autres en verre ;
» Deux hygromètres à cheveu ;
» Deux niveaux;
» Demi-toise d'acier;
» Quatre lampes avec leurs réverbères, de douze à dix-huit pouces de diamètre;
» Deux boëtes délivres de Mathématique et d'Astronomie, dont un anglais;
ii6 Chapitre XIII.
» Tubes de rechange, mercure, entonnoirs et autres ustensiles pour raccomnaoder les baromètres; » Marteaux, limes et autres ustensiles pour raccommoder les instruments; » Deux lunettes de poche, dans leurs e'tuis de chagrin.
» Vu le pre'sent mémoire et reconnu comme indispensables, pour les opérations décrétées par l'Assemblée Nationale, tous les instruments qui y sont désignés.
» Paris, le lo septembre 1792, l'an 4* de la Liberté.
» Le Ministre de V Intérieur,
Roland.
» Vu et approuvé :
21 mars 1793.
» Garât, Ministre de l'Intérieur. »
Pour faciliter les travaux de Méchain et Delambre, la proclamation suivante avait été envoyée aux départements que ces astronomes pouvaient avoir à traverser :
a PROCLAMATION DU ROL
» Concernant les observations et expériences à faire par les Commissaires de l'Académie des Sciences, pour l'exécution de la loi du 22 août 1790, qui a ordonné Vuniformité des Poids et Mesures.
» Du 10 juin 1792, l'an 4* de la Liberté.
» Le Roi étant informé que les Commissaires nommés par l'Académie des Sciences, en conformité de la loi du 22 août 1790, pour procéder aux opérations nécessaires, à l'effet de trouver un modèle invariable pour tous les poids et mesures dont l'Assemblée Nationale a décrété l'uniformité, étoient sur le point de commencer leurs travaux, Sa Majesté voulant en favoriser la prompte exécution, Elle croit devoir faire connoîire aux départemens ci-après désignés, ceux desdits Commissaires qui étant chargés de la mesure du méridien, auront à se transporter dans divers lieux de leurs arrondissemens pour y faire des observations, et qui auront besoin
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d'être secondés par les Corps administratifs et Municipalités desdits arrondissemens, soit pour leur procurer des chevaux et voitures pour le transport de leurs instrumens; soit pour empêcher qu'on ne les trouble dans leurs observations, et qu'on ne renverse ou dérange les signaux dont ils seront dans le cas de faire usage. Les Corps administratifs, pénétrés des grands avantages que l'unifoi^mité des poids et mesures doit procurer, s'empresseront sans doute de concourir de tout leur pouvoir à l'accélération d'une opération désirée depuis si long-temps.
» En conséquence, le Roi a donné et donne son approbation au choix fait par l'Académie des Sciences, de MM. Méchain et Delambre, pour s'occuper spécialement de la mesure géométrique des degrés du méridien depuis Dunkerque jusqu'à Perpignan et Barcelone. Le Roi recommande à tous les Corps administratifs et aux Municipalités, dans le ressort desquels lesdits Commissaires et les coopérateurs par eux désignés seront dans le cas de procéder à leurs opérations, et principalement à ceux des départemens du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme, de l'Oise, de Seine-et- Oise, de Seine-et-Marne, de Paris, du Loiret, du Cher, du Loir-et-Cher, de l'Allier, de la Creuse, du Puy-de-Dôme, de la Corrèze, du Cantal, du Lot, de l'Aveyron, du Tarn, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, de faciliter, autant qu'il sera en eux, lesdits sieurs Commissaires et leurs coopérateurs, relativement aux observations et expériences qu'ils se proposent de faire dans lesdits lieux, et de leur procurer les moyens d'établir, en tels lieux qu'ils jugeront nécessaire des signaux, des mâts, des réverbères et des échafauds, même sur le faîte et à l'extérieur des clochers, tours et châteaux, à la charge par eux, en cas de quelque dommage, de faire remettre à leurs frais les choses et lieux en leur premier état j comme aussi de leur procurer à un prix convenu entre les Municipalités et lesdits Commissaires, les chevaux et voitures dont ils pourroicnt avoir besoin, pour le transport de leurs instrumens, ainsi que les bois et matériaux nécessaires pour la construction des échafauds, et de pourvoir à ce que lesdits Commissaires ne soient point troublés dans leurs observations, et à ce que les signaux, échafauds et autres ouvrages qu'ils auront fait construire ne soient ni endommagés ni détruits. Ordonne Sa Majesté que la présente Proclamation sera publiée et affichée par-tout où besoin sera.
» Fait au Conseil d'État, tenu à Paris le dix juin mil sept cent quatrevingt-douze, l'an quatrième de la Liberté. Signé : Louis. Et plus bas : Roland. »
ii8 Chapitre XIII.
Le 26 juin 1792, muni de son premier cercle et attendant que le second fût prêt, Delambre visita les stations voisines de Paris. Dès l'abord, il rencontra beaucoup plus de difficultés qu'il n'en avait prévu : la station de Paris devait être visible de Dammartin et de Saint-Martin-du-Tertre. Pour cette station de Paris, les astronomes de 1 740 avaient pu utiliser, au clocher de Montmartre, une flèche qui n'existait plus maintenant. Vainement Delambre essaya de remplacer ce point par le belvédère Flécheux, à Montmartre, et par la flèche des Invalides : il dut choisir le Panthéon, malgré les modifications qui allaient être faites à son dôme; et autant de fois il fallut recommencer diverses stations, notamment celle du clocher de Dammartin, pour laquelle on se pressait, parce que Téglise était vendue et allait être démolie.
Vers le sud et Test de Paris, les difficultés n'étaient pas moindres : un signal, établi à Montlhéry, fut détruit le jour même; le procureur de la commune le fit rétablir aux frais de l'auteur du délit : malgré cela il fut, peu après, renversé de nouveau et mis en pièces.
A Montjay, la résistance fut plus énergique encore (^) (i5-25 août Ï792). Vainement le curé lit au prône la loi et les lettres des autorités; vainement le maire fait publier, à l'issue des vêpres, les ordres qu'il a reçus : il devient suspect. Les habitants de Montjay se coalisent avec ceux des paroisses voisines, ceux de Lagny notamment, pour s'opposer par la force à la continuation des opérations. Menacés, le maçon 1^) et le charpentier chargés
(') Ces faits s'expliquent en partie parce que les administrateurs du département avaient négligé de publier la proclamation du roi du lo juin 1792; si les habitants avaient été prévenus, beaucoup de difficultés auraient été évitées.
(') « Tous les préparatifs étoient faits et il (le charpentier) se disposoit à monter le signal
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de construire le signal se retirent, et Delambre fut obligé de chercher une autre station.
Il la trouve au château peu éloigné de Belle-Assise, et peut terminer la mesure des angles sans être aperçu; mais ce bonheur ne dura pas longtemps : laissons la parole à Delambre lui-même, racontant son aventure à M'"M'Assy, le 5 septembre 1792 au soir :
« ... Nous avions demandé des chevaux de poste à Lagny, pour partir après le dîner. Tous les postillons étoient en course et Ton nous avoit promis de venir nous prendre aujourd'hui, à sept heures du matin. Vers le soir, un détachement de la garde nationale de Lagny vint à Belle-Assise pour la recherche des armes et des chevaux. On leur apprit que quelques étrangers étoient depuis quatre jours au château. Il étoit évident que ce ne pouvoit être que des gens mal intentionnés. On voulut nous voir, on nous demanda nos passeports. Leur date est du mois de mai. On n'en tint aucun compte, quoique nos frères de Meaux eussent eu l'attention d'y rayer un mot qui étoit de trop. La proclamation, que je lus au détachement, ne ht pas meilleur effet. Un brave sans-culotte étoit offensé de notre titre d'académicien : « Il n'y a plus de Cadémie, nous répétoit-il, plus de Cadémie ; » tout le monde est égal. Vous viendrez avec nous. » Ils étoient en armes, et nous n'avions que des raisons : la partie n'étoit pas égale.
» Après avoir visité assez superficiellement notre voiture d'in-
au haut de la tour. Plusieurs habitants se sont imaginé qu'il travailloit pour les insurgés. Ils se sont opposés avec menace à l'érection de la poutre, malgré l'ordre par écrit de la municipalité et quoique l'un de mes ouvriers, le maçon, fût lui-même membre de cette municipalité. » (Extrait d'une lettre aut. de Delambre à M"»* d'Assy. )
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strumens, ils nous prièrent de partir avec eux. Le commandant paraissoit honteux de la contrainte qu'on le forçoit d'exercer à notre égard. Nous voilà donc en chemin à huit heures du soir, à pied, à travers champs, par une pluie très forte. J'avois heureusement eu le temps de passer ma redingote par dessus mon habit. Le rendez-vous général étoit à Perrière, à une lieue et demie de là ; nous y devions trouver le commandant général. J'avois parlé d'une lettre du district à la municipalité voisine : on permit à Michel d'aller la redemander; il me l'apporta à Perrière.
» Delà, la troupe devoit se disperser dans les villages voisins pour faire les recherches ordonnées; les bonnes têtes vouloient nous y emmener avec eux, et nous ne serions arrivés qu'à deux ou trois heures du matin. Je représentai que notre présence étoit peu nécessaire dans ces visites; le commandant voulut bien adhérer à ma proposition de nous envoyer directement à Lagny, avec les chevaux capturés; il nous restoit une bonne lieue et demie. » Le commandant avoit gardé avec lui les plus ardents; le reste du voyage fut aussi agréable que les circonstances pouvoient le permettre : nous nous trouvâmes escortés seulement de quinze hommes, avec qui l'on pou voit causer et qui entendoient raison. Ils eurent pour nous toute sorte d'attentions, nous avertissoient des mauvais pas et nous donnoient la main pour nous en tirer. Aux portes de la ville, nous fûmes assaillis d'une pluie violente qui acheva de nous pénétrer. Nous fûmes aussitôt conduits à la municipalité. La vue de notre lettre de Meaux, qui étoit tout entière de l'écriture bien connue du procureur-syndic, paroissoit à l'un des municipaux une pièce décisive. M. le Maire nous fit plusieurs objections, et la conclusion fut que je remettrois le lendemain malin à la municipalité une lettre ouverte pour le dis-
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trict et qu'on l'enverroit par un exprés. En attendant la réponse, nous fûmes non pas incarcérés, mais seulement consignés à THôtellerie de l'Ours, avec deux sentinelles qui veillèrent à notre porte; effectivement ils passèrent toute la nuit dans notre corridor. J'écrivis à Meaux et à M. Delalande pour qu'il racontât notre histoire à l'Académie, afin qu'elle nous obtînt de nouveaux passeports. Deux exprès furent dépêchés.
» Celui de Meaux revint pendant que nous dînions. La Municipalité nous délivra un passeport en forme, et nous voilà libres de reprendre nos opérations, dont elle reconnoît l'importance. J'envoye aussitôt des chevaux pour chercher nos voitures à Belle- Assise : je les attends à chaque instant et nous partirons demain matin pour Saint-Martin-du-Tertre, où j'espère trouver de vos nouvelles et une lettre de M. Lavoisier. En arrivant hier nous n'avions rien pour changer, point de bonnet de nuit, etc.; quelques fagots et quelques bons verres de mauvais vin nous séchèrent, et nous passâmes la nuit mieux que nos sentinelles, à qui l'on donna une peine inutile en les obligeant à garder quatre hommes qui n'avoient nulle envie de fuir. Ainsi finit l'histoire véritable et tragi-comique de la grande arrestation du ci-devant Cadémicien. Cette petite aventure nous rendra plus circonspects à l'avenir. Je ne mettrai plus le même soin à éviter des dépenses qui ne sont pas aussi inutiles que je me le figurois. Je visiterai les départements et les districts avant de m'établir dans aucune municipalité. Je me mettrai simplement en règle, et s'il en coûte un peu plus, personne, je crois, ne pourra m'en faire un crime.
» Le premier usage que nous avons fait de notre liberté a été d'aller remercier le Corps municipal. Dès que M. le Maire nous aperçut, il quitta son bureau, vint au-devant de nous et tâcha^
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par ses politesses, de nous dédommager du petit désagrément de la veille. Je n'oserois répondre que cet accueil fut bien du goût de notre brave qui n'aime pas les Cadémies : il étoit présent et ne nous dit plus rien ; il avoit eu le tems de cuver le vin qu'il avoit pris hier dans le cours de son expédition. On nous a dit, au reste, qu'il n'avoit pas besoin de vin pour être une des mauvaises têtes du pays.
To Après notre visite, nous parcourûmes la ville et les promenades, ce qui ne demanda pas beaucoup de tems; nous vîmes en passant la fameuse fontaine où l'on baigne les mauvais plaisans qui demandent le prix de l'orge. L'usage de ce bain commence à se passer; on y a substitué depuis peu une amende de dix écus. Nous n'avons été nullement curieux de vérifier le fait.... Nos voitures sont arrivées et nous partons demain, à six heures du matm. »
Le lendemain, nouveaux incidents, que Delambre raconte encore lui-même, dans une lettre du 8 septembre, avec détails différents de ceux donnés dans la Base du sj^stème métrique, t. I, p. 3i du Discours préliminaire :
« Sorti de Lagny le 6 au matin, j'ai voyagé paisiblement jusqu'à Bondy.... A Saint-Denis, je me suis pourvu d'une lettre du district et j'ai fait viser mes passeports à la municipalité. Mon intention étoit d'aller attendre à Saint-Leu les nouveaux ordres que l'Académie soUiciloit pour moi, d'après l'histoire de Lagny, et que M. Le François étoit allé solliciter à Paris. Malgré toutes mes précautions je me suis vu arrêté à Épinai : on y fit la visite de tous mes instrumens, on écrivit au Directoire de Saint-Denis en lui renvoyant la lettre que je tenois de lui.
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» La réponse fut qu'il falloit me laisser passer. Les habitans d'Epinai en décidèrent autrement ; ils traitèrent le District d'aristocrate et nous ramenèrent à la municipalité de Saint-Denis qui, sentant son incompétence, nous renvoya au District. Nos arrestateurs y furent vigoureusement tancés; ils ne répondirent pas un seul mot, mais ils allèrent exciter les mauvaises têtes. A notre entrée, ils nous escortaient d'un air joyeux et insolent, criant vive la Nation; voici des aristocrates. De la salle d'assemblée du District nous entendions les cris des fous qui entouroient nos voitures. On y trouva quatorze lettres cachetées. L'officier de garde ne voulut pas qu'on enlevât les cachets qu'en ma présence et avec mon autorisation. Je descendis sur la place, escorté delà municipalité en écharpes et des membres du District, décorés de leurs marques distinctives. La lecture des lettres se fit avec assez de tranquillité, mais peu de fruit: c'étoientles recommandations du Comité d'instruction pour les divers départemens (^). On
C ) Voici, comme exemple, une des circulaires destinées à Méchain :
« Paris, le i6 juin 1792, l'an 4 de la Liberté.
« Messieurs les Administrateurs du Département du Puy-de-Dôme, « M. Méchain, commissaire de l'Académie des Sciences, est chargé, Messieurs, par le Gouvernement, de mesurer la grandeur de l'arc méridien terrestre, et cette honorable mission, qui le conduit dans une partie des départements de l'empire, s'étend au vôtre en particulier. Nous ne doutons pas que l'eèprit public que vous contribuez à y répandre n'y ait assez établi le règne de la loi pour que les passeports dont est pourvu M. Méchain ne lui procurent toute la siireté dont doivent jouir les citoyens voyageurs quand ils ont pris l'attache des autorités constituées ; mais ce n'est pas assez d'écarter de ce sçavant les méfiances auxquelles pourraient se livrer quelques citoyens plus zélés qu'instruits. Le Comité d'instruction publique, fidèle à se renfermer dans les bornes de son institution, ne croit pas entreprendre sur les fonctions administratives en recommandant particulièrement M. Méchain à votre ardeur connue pour la gloire nationale, pour le progrès des Sciences et pour celui de la liberté, dont vous connaissez le prix et la nature. La liberté doit tout aux lumières de la philosophie, comme le despotisme tire sa force des ténèbres de l'ignorance. Des hommes doivent donc prendre un vif intérêt à l'accroissement des connaissances, et l'astronomie, si grande par son objet, est encore la base de la géographie et de la navigation, c'est-à-dire des sciences les plus
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commença la visite de nos instrumens, la nuit survint et l'on remit au lendemain. En attendant, on mit le scellé sur les voitures et je remontai à la maison commune pour le procès-verbal. J'y passai la nuit et j'y dormis jusqu'au jour sur un fauteuil, ainsi que M. Bellet. J'avais envoyé Michel à Paris avec une lettre pour le président de l'Assemblée nationale. Le matin, tout étant calme, j'allai me loger aux Trois-Maillets pour attendre un peu plus commodément les nouvelles. A lo heures du soir, lorsque j'étois déjà couché, M. Le François venoit avec Michel m'apprendre que ma lettre avoit été lue et renvoyée au Comité de surveillance, qui avoit fait un projet de décret qui passeroit sûrement à la séance du soir; et je vis par le Journal des Feuillants qu'en effet il a passé avec un amendement qui l'étend à M. Méchain. Le journaliste a mis lie nom de M. Delalande au lieu du mien. J'attends l'expédition du décret, que l'on m'a promise pour aujourd'hui... »
Le 10 septembre 1792, étant à Paris, Delambre continue son récit : « ... Mon décret, rendu le 7 par l'Assemblée Nationale, n'a été expédié que le 8 au soir. M. Le François me l'a apporté le
nécessaires au commerce, l'une des principales sources de la prospérité publique. La protection qu'un gouvernement tyrannique avait donnée aux astronomes chargés de tracer la fameuse méridienne de l'Observatoire n'est pas le trait le moins saillant qu'ayent fait valoir les panégyristes d'un Roi qui, en favorisant les sciences et le§ lettres, s'acquit une gloire ternie par l'asservissement de la nation, par l'intolérance religieuse et par les conquêtes. Des administrateurs éclairés et choisis comme vous, Messieurs, par la confiance de vos concitoyens, ne manqueront pas d'accueillir avec distinction un sçavant dont les travaux doivent honorer la nation en la servant utilement, et nous attendons de vous qu'après avoir procuré directement à Monsieur Méchain tous les secours dont il aura besoin, vous voudrez bien encore les réclamer pour lui auprès de la commune de Herment, dans laquelle il doit se rendre.
« Les Président et Membres du Comité de l'Instruction pxtblique,
« Signé: Baudin, président; C .-A. Prieur, vice-président; L.Arbogast; L. Carnot Emm. Pastoret; Quatresolz-Maroles; Ribourd; G. Romme.
GiBERGUES, député du département du Puy-de-Dôme. »
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9 au matin. Je l'ai porté aussitôt au District et à la Municipalité, qui l'ont transcrit sur leurs registres, et ont levé les scellés de dessus mes voitures. J'ai laissé celle des instrumens à Saint- Denis et je suis venu avec mes compagnons dans l'autre à Paris, pour que le Ministre de l'intérieur nous donne à tous des passeports bien circonstanciés qui fassent mention de nos instrumens ; car c'est le défaut de cette mention qui nous a fait arrêter à Épinai.
» Si je peux obtenir aujourd'hui du Ministre ce que je lui demande, je repartirai demain pour Saint-Denis et Saint-Martindu-Tertre.
)) Si vous voyez le Moniteur, vous y lirez un article sur notre arrestation d'Epinai. Le journaliste Tremblay, qui en a rendu compte, a mis Lalande pour Delambre, et c'est à l'occasion de cette méprise et pour faire connoître notre mission de plus en plus que M. de Lalande a fait Tarticle du Moniteur. »
Voici le décret du 7 septembre 1792 dont parle Delambre :
« Extrait du Procès-verbal de l'Assemblée nationale imprimé par son ordre; » Séance du 4 septembre 1792 au soir.
» Le Comité de Surveillance présente un projet de Décret sur les réclamations de MM. Delambre et Méchain, chargés de la mesure des degrés du méridien. '
» Le projet du Comité est adopté ainsi qu'il suit :
« L'Assemblée Nationale, après avoir entendu le rapport de son Comité de Surveillance sur les réclamations de M. Delambre, membre de l'Académie des Sciences^ et chargé avec M. Méchain, en vertu de la loi du 22 août 1790, de la mesure des degrés du méridien; considérant combien il est instant que ces Citoyens puissent continuer sans trouble les travaux importans pour la chose publique, qu'ils ont entrepris conformément aux Décrets de l'Assemblée Nationale constituante, décrète qu'il y a urgence.
» L'Assemblée Nationale, après avoir décrété l'urgence, décrète que « les
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Corps administratifs, les Municipalités et les Gardes nationales de tous les lieux où MM. Delambre et Méchain croiront devoir étendre leurs opérations, veilleront à ce qu'il ne soit apporté aucun obstacle à leurs travaux, maintiendront le libre transport des instrumens qu'ils croiront devoir employer, et leur procureront toutes les facilités qui seront en leur pouvoir pour qu'ils puissent terminer promptement et avec sûreté la mission dont ils ont été chargés. »
Le bruit fait autour de cette arrestation fut extrêmement utile à Delambre, qui, grâce au décret du 7 septembre, ne fut plus inquie'té. C'est alors qu'il put choisir définitivement la station de Paris; retardé en octobre par des brouillards, dans cette première campagne (terminée le 6 janvier 1793), il ne fut possible de faire que les stations comprises entre Saint-Martin-da-Tertre et Ghapelle-la-Reine; encore celles du Panthéon, de Brie, de Montlhéry et de Malvoisine restèrent-elles incomplètes ; elles furent terminées en l'an VI, au commencement de 1798.
Campagne de 1793. — Delambre était rentré à Paris pour faire les observations que nécessitait la démolition très prochaine du clocher de Dammartin; mais il fut retardé par le remplacement de la lanterne du Panthéon, et ne put terminer les observations urgentes que le 28 février 1793.
Dèsîe mois de mars il voulait rentrer en campagne, et il obtint du Conseil exécutif une proclamation ('j qui le recommandait