M PROCLAMATION RELATIVE AUX POIDS ET MESURES
« Du 3l mars 1793, l'an second de la République Françoise.
» Vu par le Conseil exécutif provisoire la loi du 23 aoiàt 1790, qui a ordonné l'uniformité des poids et mesures dans toute l'étendue du territoire françois; la proclamation du 10 juin 1792, concernant les observations et expériences à faire par les commissaires de l'Académie des Sciences pour l'exécution de ladite loi, et le décret de l'Assemblée Nationale législative, du 7 septembre de l'année dernière, qui enjoint aux corps administratifs,
Mesure de la partie nord de la méridienne. 127
aux corps administratifs et aux municipalités. Mais il eut beau-
municipalitcs et gardes nationales de tous les lieux, de prote'ger et faciliter de tout lenr pouvoir les opérations desdits commissaires; considérant qu'il importe que ces opérations, nécessaires à l'effet de trouver un mode invariable pour tous les poids et mesures, exigent une continuité de travaux auxquels il est indispensable que ces commissaires puissent se livrer sans trouble et sans empêchement, et combien il est instant, pour que ce grand ouvrage soit promptement conduit à sa perfection, qu'ils trouvent en faveur de l'utilité qui doit en résulter pour la chose publique, ce concours de volontés et de zèle que les autorités constituées doivent apporter à l'accélération desdites opérations;
» Le Conseil croit devoir faire connoître de nouveau aux départemens ci-après désignés, ceux desdits commissaires qui, étant chargés de la mesure géométrique du méridien, auront à se transporter dans divers lieux de leurs arrondissemens pour y faire des observations, et qui auront besoin d'être secondés par les corps administratifs' et municipalités desdits arrondissemens, soit pour leur procurer des chevaux et voitures pour le transport de leurs instrumens, soit pour empêcher qu'on ne les trouble dans leurs observations, et qu'on ne renverse ou dérange les signaux dont ils seront dans le cas de faire usage. Les corps administratifs, pénétrés des grands avantages que l'uniformité des poids et mesures doit procurer, s'empresseront sans doute de coopérer autant qu'il sera possible à l'achèvement d'une opération depuis si long-temps désirée. En conséquence, le Conseil a confirmé et confirme l'approbation précédemment donnée au choix fait par l'Académie des Sciences, des citoyens Méchain et Delambre, pour s'occuper spécialement de la mesure géométrique des degrés du méridien depuis Dunkerque jusqu'à Perpignan et Barcelone. Recommande à tous les corps administratifs et aux municipalités dans le ressort desquels lesdits commissaires et leurs coopérateurs par eux désignés seront dans le cas de procéder à leurs opérations, et principalement à ceux des départemens du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme, de l'Oise, de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne, de Paris, du Loiret, du Cher, de Loir-et-Cher, de l'Allier, de la Creuse, du Puy-de-Dôme, de la Corrèze, du Cantal, du Lot, de l'Aveiron, du Tarn, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, de faciliter autant qu'il sera en eux lesdits commissaires et leurs coopérateurs, relativement aux observations et expériences qu'ils se proposent de faire dans lesdits lieux, et de leur procurer les moyens d'établir partout où ils le jugeront nécessaire, des signaux, des mâts, des réverbères et des échafauds, même sur le faîte et à l'extérieur des clochers, tours et châteaux, à la charge par eux, en cas de quelque dommage, de faire remettre à leurs frais les choses et lieux en leur premier état; comme aussi de leur procurer à un prix convenu entre les municipalités et lesdits commissaires les chevaux et voitures dont ils pourroient avoir besoin pour le transport de leurs instrumens, ainsi que les bois et matériaux nécessaires pour la construction des échafauds, et de pourvoir à ce que lesdits commissaires ne soient point troublés dans leurs observations, et à ce que les signaux, échafauds et autres ouvrages qu'ils auront fait construire ne soient ni endommagés, ni détruits. Ordonne que la présente proclamation sera publiée et affichée partout où besoin sera.
» Fait au Conseil exécutif provisoire, à Paris, le trente-unième jour du mois de mars mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an second de la République Françoise.
» Signé: Gohier, président; Lebrun, Clavière, Carat, Monge, et Grouvelle, secrétaire. »
128 Chapitre XIII.
coup de peine à obtenir de la Commune de Paris les passeports qui lui étaient indispensables. Delambre, qui avait pre'vu cette difficulté, dit-il^ n'était rentré dans Paris qu'avec la plus grande répugnance et forcé par une station qu'on ne pouvait différer. Garât, ministre de l'intérieur, ne consentit qu'avec beaucoup de peine à lui donner une lettre de recommandation pour la Commune : il prévoyait, sans doute, qu'elle serait inutile.
a En effet (*), ma demande portée, comme c'était alors l'usage, à l'assemblée générale de la Commune, fut refusée d'une voix unanime. Pendant six semaines je sollicitai assez inutilement : Chaumet, procureur delà Commune, consentit pourtant d'assez bonne grâce à reproduire ma pétition (-). Cousin, de l'Académie
(') Base du système métrique, t. I, p. 41 du Discours préliminaire.
(*) Voici cette pétition, d'après la minute autographe retrouvée dans les papiers de Delambre :
« Le citoyen Delambre, de l'Académie des Sciences, chargé de la mesure du méridien ea exécution de la loi du 3o mars 1791, sollicite pour lui et ses coopérateurs un passeport qui le mette en état de remplir la mission dont il est chargé. La demande a été renvoyée par le ministre de l'Intérieur à la Commune de Paris et il s'est présenté ce matin chez le citoyen Procureur de la Commune pour savoir ce qui a été statué sur sa demande: il prend la liberté d'offrir quelques réflexions au citoyen Procureur de la Commune.
I) Deux décrets de l'Assemblée Constituante, les leltres que le Comité d'Instruction publique de la seconde législature remit en juin 1792 aux Commissaires de l'Académie, le décret du 7 septembre 1792 rendu sur les réclamations du citoyen Delambre, l'intérêt avec lequel la Convention accueillit et fit imprimer le 25 novembre 1792 le rapport qui lui fut fait par l'Académie des Sciences, enfin une lettre que le Comité d'instruction publique de la Convention vient de remettre au citoyen Delambre, tout prouve l'importance que le Corps législatif a toujours mise à cette grande et difficile opération. Déjà les académiciens Méchain et Delambre ont mesuré une étendue de 60 lieues tant en France qu'en Espagne; les frais les plus considérables sont faits; et s'il est permis aux Commissaires de l'Académie de le dire, les succès qu'ils ont obtenus assurent la réussite complète d'un projet aussi beau qu'utile, et qui doit faire tant d'honneur à la nation qui l'a conçu et qui l'exécutera. Se pourrait-il qu'à Paris, au centre des lumières et des arts, les agens d'une loi qui a été reçue aux applaudissemens de toute l'Europe fussent tout à coup arrêtés dans hur marche? Ils aiment à se flatter qu'ils recevront les mêmes encouragemens qu'ils ont éprouvés dans divers départemens; mais ils prient la Commune de considérer que le tems le plus favorable aux observations s'écoule en pure perte. Ce n'est pas leur intérêt particulier q'ui excite leurs
Mesure de la partie nord de la méridienne. 129
des Sciences, qui tenoit à la Commune comme membre du Gomité des subsistances, se trouva par hasard à l'Assemblée ce
réclamations. Les Commissaires de l'Académie ne se sont pas informés si leur mission si pénible leur procurera personnellement d'autre avantage que celui d'avoir été utiles; mais il n'en est pas de même de leurs coopérateurs. Arrachés à leurs établissemens, ils ont droit à une indemnité, et le traitement qui leur a été assigné court, comme s'ils étoient employés utilement. Les retards sont préjudiciables au Trésor national, en même temps qu'ils éloignent l'instant où la France pourra jouir de l'uniformité des poids et mesures. Seroit-il possible que des observations géométriques et astronomiques dont le plan est arrêté depuis plus de deux ans, et qui s'exécutent paisiblement depuis neuf mois, ayent donné lieu à quelques soupçons? Partout ces opérations ont été faites sous les yeux des Corps administratifs et des Municipalités. Les Commissaires de l'Académie se soumettent à obtenir partout l'agrément des magistrats du peuple ; ils peuvent fixer d'avance à peu près les endroits où ils comptent se transporter pour leurs observations. Le citoyen Delambre en particulier indique les départemens du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme et de l'Oise, qu'il se propose de parcourir successivement. Il ne lui reste que peu de choses à faire dans ceux de Seine-et-Marne et Seine-et-Oise. De là il se rendra dans celui du Loiret, et ainsi successivement vers le Midi en suivant le méridien de Paris, dont il ne s'écartera guère que de cinq à six lieues, tantôt à droite et tantôt à gauche. Si l'on demande une désignation plus précise, il nommera les lieux suivans : Dunkerque, Hondscote, Broulezèle, Watten, Cassel, Helfaut, Béthune, Fieffé, Betausars et le Mont-Saint-Eloi, Bonnières, Sauty, Beauquêne, Mailly, Vignacourt, Amiens, ViUers-Bretonneux, Arvillers, Sourdon, Noyers, Coyvrel, Brie-Comte-Robert, Châtillon près Paris, Chapelle près Fontainebleau, Pithiviers, Boiscommun, la Courdieu, Orléans, Châteauneuf, Vouzon, Salbris, Ennordre, Méry, Michavant et Bourges.
» Tels sont les lieux qu'il aura à parcourir cette année ; tout ce qu'il demande est de n'être pas contraint à les parcourir bien rigoureusement dans l'ordre où il vient de les nommer, et la faculté d'y joindre quelques endroits voisins selon qu'il y sera forcé par des circonstances qu'il lui est impossible de prévoir. Si par exemple le séjour des armées aux environs de Dunkerque et dans le département du Pas-de-Calais ne lui permettoit d'y étendre ses opérations qui exigent une grande tranquillité, alors il se borneroit cette année à les faire dans les départemens de la Somme et de l'Oise, d'oii il s'avanceroit vers le Midi.
» Le décret du 7 septembre 1792 recommande aux Corps administratifs^ Municipalités et Gardes nationales de tous les lieux où les citoyens Méchain et Delambre croiront devoir étendre leurs opérations, de veiller à ce qu'il ne leur soit apporté aucun obstacle; et de maintenir le libre transport de tous les instrumens qu'ils croiront devoir employer , enfin de leur procurer toutes les facilités qui seront en leur pouvoir.
» Le citoyen Delambre prie instamment la Commune de vouloir bien le faire jouir de la protection qu'il est autorisé à attendre d'elle d'après ce décret, dont il a remis une expédition authentique au Ministre de l'Intérieur.
» Il joint à cette lettre un exemplaire de la loi du 3o mars 1791, une proclamation du Pouvoir exécutif du 10 juin 1792 qui renferme des détails sur les opérations, une di.s lettres du Comité d'Instruction publique de l'Assemblée Législative, et une copie de celle du
i3o Chapitre XIII.
jour-là, et dit quelques mots en ma faveur : les passeports furent accordés aussi unanimement qu'ils avaient été refusés d'abord. »
Ayant obtenu les pièces nécessaires, le 3 mai à midi, Delambre partait le jour même, à deux heures, pour Dunkerque.
Le choix des stations avança d'autant plus rapidement que, presque partout, il tut possible d'adopter les mêmes qu'en 1740; et, le 6 octobre, Delambre terminait la station de Jonquières, se soudant ainsi à la partie faite en 1792 : les triangles formaient alors une chaîne continue depuis Dunkerque jusqu'à Chapellela-Reine, au delà de Fontainebleau.
Si Delambre ne fut plus arrêté complètement, du moins il fut souvent gêné encore dans ses mouvements. « Cette obligation, dit-il (M, d'avoir des passeports, qu'il falloit montrer à chaque pas, étoit une des choses les plus contraires à la célérité de nos opérations : elle rendoit plus difficile la communication d'une station à l'autre; elle nous forçoit d'être plus réservés sur les courses, que nous n'osions plus hasarder, à moins qu'elles ne fussent de la plus indispensable nécessité^ elle attiroit sur nous la méfiance, en nous soumettant aux recherches de tous les postes armés, et nous mettoit dans la nécessité d'obtenir l'agrément non seulement des magistrats ou des citoyens au milieu desquels
Comité d'instruction publique de la Convention, et il se flatte que la réunion de toutes ces
pièces lui fera obtenir une prompte expédition des passeports qu'il demande.
)) Il prie le citoyen Procureur de la Commune de vouloir bien lui indiquer l'heure et
le lieu où il pourra aller chercher la réponse.
» Signé : Delambre.
» Paris, le 14 avril, l'an 2 de la Rép. franc., rue de Paradis, n» l, section du Marais. »
(') Base du Si/stème métrique, t. I, p. 42 du Discours préliminaire.
Mesure de la partie nord de la méridienne. i3i
nous devions opérer, mais aussi de tous ceux que nous rencontrions sur la route (^). »
La triangulation du nord de Paris étant terminée, Delambre alla reprendre à Chapelle-rÉgalité (ci-devant Chapelle-la- Reine), les opérations interrompues à la fin de la campagne précédente.
Le choix des stations fut très laborieux. Un grand signal de 64 pieds de haut, plus de 20 mètres, élevé à Ghâtillon (entre Pi-
(') La pièce suivante, qui se trouve encore dans les papiers de Delambre, à l'Observatoire, montre bien les innombrables formalités qu'il était 'obligé de remplir:
« Nous, Maire, Officiers municipaux et Notables de la Commune d'Amiens, certifions et attestons que le citoyen Jean-Baptiste-Joseph Delambre, de l'Académie des Sciences, natif de cette ville, domicilié à Paris, section du Marais, réside actuellement en cette ville, à rauber.ge du Lion-d'Or, rue des Trois-Cailloux ; qu'il y est maintenant occupé des observations relatives à la mission dont il est chargé par l'Académie des Sciences; que depuis qu'il a été nommé pour ce travail, il a parcouru successivement différentes parties de la République, et notamment les départements du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme, suivant qu'il est prouvé par les arrêtés, actes, passeports et visa ci-après énoncés, qu'il nous a représentés, sçavoir :
» 1° Un passeport qui lui a été délivré par la Municipalité de Paris le 25 mai 1792 ;
» 2» Une proclamation du Pouvoir exécutif, du 10 juin 1792, qui confirme le choix fait de lui par l'Académie des Sciences pour la mesure du méridien;
1) 3° Un décret du 7 septembre 1792, rendu sur ses réclamations, lorsqu'on avait aux environs de Saint-Denis troublé ses opérations et saisi ses instruments;
» 4° Un mémoire présenté à la Convention Nationale par l'Académie des Sciences le 25 novembre 1792, où cette compagnie rend compte des travaux déjà' faits par le citoyen Delambre, et du zèle avec lequel il les continue malgré la rigueur de la saison;
» 5» Un arrêté du Conseil général de la Commune de Paris, du i5 avril 1793, relatif au nouveau pa-sseport demandé par le citoyen Delambre;
» 6» Passeport délivré en conséquence le 24 avril 1793, lequel passeport a été visé à Arras les 7 mai, 28 juin et 6 de ce mois, et à Béthune le 16 juin dernier;
» 70 Arrêté du Département de la Somme, du 5 mai 1793, sur la demande faite par le citoyen Delambre;
» 8» Arrêté du Département du Pas-de-Calais, du 7 mai dudit an;
» 9» Arrêté pareil du Département du Nord, du 8 desdits mois et an, registre au district de Bergues le i5 ;
» lo» Arrêté du Directoire du district de Saint-Pol, le i juillet 1793;
» II* Arrêté du Conseil général de la commune d'Amiens, du 21 mai 1793, pour l'exécution de celui du Département de la Somme du 5 mai ;
» 12" Enfin arrêté du Conseil général de la commune d'Amiens de cejourd'hui, relatif à l'exécution de la mission dudit citoyen Delambre, et pour l'effet de quoi il est arrêté qu'il
i32 Chapitre XIII.
thiviers et Orléans) , attira à Delambre diverses dénonciations dans les sociétés populaires (^); et, pour comble de malheur, il était fort peu solide : c'est là que Delambre reçut la nouvelle de sa révocation comme membre de la Commission temporaire des Poids et Mesures (-), avec l'ordre de cesser immédiatement ses opérations et remettre les instruments et les registres.
Abandonner en ce moment la triangulation, avant d'avoir uti-
lui sera libre de faire placer ses instruments à la flèche de la cathédrale de cette ville; relatif aussi à la demande d'attestation de sa tésidence. » Toutes lesquel les pièces lui ont été rendues.
» En foi de quoi lui avons fait délivrer le présent, qui lui vaudra de certificat de résidence et qui sera registre sur le registre desdits certificats.
» Donné en la séance publique du Conseil général ordinaire de la Commune d'Amiens, tenue en la grande salle d'audience de la maison commune le vendredi neuf avril mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an 2 de la République Françoise, une et indivisible. »
(Suivent quatorze sigiiatui-cs.) » Vu au Directoire du district d'Amiens, le i6 aoust 1793, l'an 2° de la République.
» Signé : Prophette, etc.
» Vu par Nous, Administrateurs du Directoire du département de la Somme à Amiens, le seize août 1793, l'an 2» de la République Françoise, une et indivisible. » Signé: Bellegukule, présiJent, etc.
» Enregistré à Amiens le 16 aoust 1793. Reçu vingt sols à la charge de faire timbrer. ... »
(*) « ... Nos courses dans la forêt nous ont rendus suspects. Nous avons même été dénoncés au Comité révolutionnaire de Boiscommun; on étoit venu dire qu'on avoit vu à la Courdieu trois ou quatre cents brigands qui faisoient construire des échafauds et percer des (trous) dans le clocher; qu'ils payoient bien et ne travailloient pas encore; mais que sans doute ils venoient pour reconnoître le terrain, en faveur d'une nouvelle Vendée. En conséquence on avoit demandé cinq ou si.x cents hommes pour nous réduire. ...» [Extrait de la minute aut. d'une lettre à Lavoisier, écrite de Pithiviers par Delambre le i3 frimaire i3déc. 1793.) L'infortuné Lavoisier était déjà écroué depuis cinq jours à Port- Libre ( Port-Roval) transformé en prison, et ne devait pas recouvrer la liberté.]
(' ) « Le Président qui venait de succéder à Borda, Lagrange, me prévint de notre destitution par une lettre pleine d'amitié, dans laquelle il me^témoignait son étonnement de se voir excepté de la mesure; je reçus cette nouvelle à l'instant où je montais pour la première fois, le 4 janvier 1794, sur le signal de Châtillon. Je n'en dis rien à personne. Je fis cette rude station, malgré la neige et les vents qui fréquemment ébranlaient notre Frêle , sif'nal.... » (Delambre, Histoire de la mesure de la Terre.) La lettre de Lagrange était du 9 nivôse an II (29 décembre 1793).
Mesure de la partie nord de la méridienne. i33
lise complètement le signal de Châtillon, c'était s'exposer à perdre le fruit des peines et des dépenses des trois derniers mois. C'est ce que Delambre expose, dès le lendemain , dans une lettre à Lagrange, en demandant l'autorisation d'atteindre des clochers q u'on pût retrouver en tout temps. « Si, disait-il, l'on trouvoit quelque inconvénient à l'offre que je fais de continuer encore pendant quelques semaines à supporter les rigueurs de la saison pour le bien de la République et des Sciences, j'obéirois sans réplique, et ce seroit même avec quelque plaisir que je me verrois déchargé d'une commission très pénible que l'espoir d'être utile avait seul pu me faire accepter. » Mais, en attendant, il se hâta d'exécuter ce qu'il proposait.
La réponse lui fut apportée par Prony, membre de la Commission des Poids et Mesures et chargé alors de visiter les canaux du Loing, de Briare et d'Orléans. Prony suivit quelque temps les travaux de Delambre : « J'étois bien curieux, dit celui-ci, de connoître l'arrêté qu'il m'apportoit; mais il avoit toujours quelque prétexte honnête et obligeant pour éluder ma demande. » Grâce à ces atermoiements, Delambre put conduire ses triangles jusqu'aux clochers de Châteauroux et de Sainte-Croix à Orléans, et leur donner de la sorte des termes bien assurés. La campagne de 1793 se trouva ainsi terminée le 5 pluviôse an II (24 janvier 1794).
En arrivant à Paris, une semaine plus tard (3i janvier), je trouvais, dit Delambre (^) « que le Comité révolutionnaire de ma section avoit mis le scellé chez moi, par forme de précaution ; j'en obtins la levée en fournissant la preuve de la mission que
(*) Base du Système métrique, t. I, p. 5i de l'Introducùon.
i34 Chapitre XIII. — Mesure de la partie Jiord de la méridienne.
j'avois remplie, et en produisant les certificats des municipalités de tous les lieux où j'avois successivement séjourné depuis ma dernière sortie de Paris.- On peut juger seulement que je ne montrai pas Tarrété qu'on vient de lire (celui qui le révoquait); je laissai croire, sans le dire formellement, que ma mission conti- \ nuoit. Mes commissaires examinèrent tous mes papiers avec le plus grand scrupule. Je n'eus qu'à me louer d'eux, ils consentirent même à me laisser plusieurs diplômes académiques, qui pourtant paroissoient les inquiéter, et surtout celui de la Société royale de Londres, qui étoit en latin, et où ils reconnoissoient le nom et les armes du roi Georges. C'étoit de leur part une grande condescendance pour un homme qu'ils croyoient en correspondance avec plusieurs rois, »
Delambre passa probablement la majeure partie de l'année 1 794 et le commencement de lygS, près de Montlhéry, à Bruyères, où M. d'Assy lui avait fait bâtir un petit observatoire; car le 17 prairial an III la municipalité de Bruyères-Libre, ci-devant le Châtel, lui délivra un certificat constatant qu'il n'est ni émigré, ni « détenu pour cause de suspicion ou de contre-révolution ». Delambre avait alors quarante-six ans et la pièce lui donne ce signalement :
« Taille de cinq pieds quatre pouces, cheveux et sourcils bruns, yeux bleus, nez gros, bouche moyenne, menton rond, front découvert, visage plein et ovale. »
BiGOURDAN. — Le Système met ri que des Poids et Mefure?
\^U,.jÇ...... ^
■ \ i«tea.c
V,ff..,A!wI..,n>.))^'
rili'ji\Kr.> j