Chapitre premier
réalité. D'après Paucton, les mesures de toute l'antiquité auraient eu pour prototype ce qu'il appelle métrétès linéaire ou pied géométrique, dont 800 feraient un stade égal à yôô ^^ degré terrestre; et l'Egypte aurait conservé ce prototype en donnant exactement un stade de côté au carré qui sert de base à la grande pyramide.
Mais ce système n'a pas résisté à la critique scientifique.
D'ailleurs on peut soutenir, avec divers auteurs anciens, tels que Héron, que les premières mesures ont été prises des dimen« sions du corps humain; et c'est ce que confirment les noms de pas, coudée, pied, palme, pouce, doigt employés si longtemps et même aujourd'hui encore.
Ce qui est certain, c'est que tous les peuples ont conservé avec un soin religieux les étalons de leurs mesures : chez les Hébreux, ils étaient déposés dans le temple; chez les Romains, on les gardait au Capitole, dans le temple de Jupiter. Justinien fit vérifier toutes les mesures, tous les poids, et ordonna de garder les originaux dans la principale église de Constantinople ; même il en envoya de semblables à Rome. De leur côté, les Athéniens avaient établi une compagnie de quinze officiers chargés de la
garde des mesures originales et de l'inspection de l'étalonnage.
En France, dès l'an 65o, sous Dagoberi, les étalons de mesures étaient conservés dans le palais du roi.
Sous Charlemagne, toutes les mesures employées dans son vaste royaume étaient uniformes, et reproduisaient les étalons gardés au palais royal. Mais déjà sur la fin de son règne cette égalité commençait à s'altérer. Selon toutes les apparences, la grande diversité des poids et des mesures fut due surtout à la
Les précurseurs de la réforme des Poids et Mesures. 3
Féodalité (^), chaque seigneur ayant introduit dans ses terres des usages conformes à ses intérêts. Dans la suite, la plupart des coutumes attribuèrent aux seigneurs hauts-justiciers le droit de garder les étalons et de vérifier les poids et mesures employés dans les justices de leurs ressorts.
A Paris, les étalons de poids et mesures furent confiés à divers corps ou corporations, et vers 1780, ils étaient conservés aux endroits suivants :
Mesures de longueur. Toise. — L'étalon légal, déposé au grand Châtelet, avait été renouvelé assez souvent, et en dernier lieu en 1766 : il fut alors pris égal à la toise du Pérou, déposée au cabinet de l'Académie des Sciences, au Louvre. Cet étalon légal était une règle de fer, à talons, scellée dans un mur accessible au public.
Aune. — L'étalon de l'aune était confié à la garde des marchands merciers, qui le conservaient dans leur bureau de la rue Quincampoix. Comme l'étalon de toise, c'était une règle de fer, avec talons (^); au dos, cette règle de fer portait, gravé en grosses capitales : Aune des Marchands Merciers et Grossiers, i554; et elle était divisée en demies, quarts,., tiers,
(*) Une cause d'altération des mesures de longueur tenait à la forme même donnée aux étalons. Ceux-ci étaient ordinairement des règles de hr portant à leurs extrémités des talons à angle droit, entre lesquels on présentait les règles destinées à servir de mesures : ces dernières devaient entrer exactement entre les talons. L'usage devait donc allonger constamment les étalons; aussi, lors de la réforme de la toise du Châtelet, en i658, elle fut trouvée trop longue.
(*) La HiRE, Hist. de l'Acad. pour 17 14, Méin., p. 398. — Paucton, Métrologie, p. 19,