‹ Le système métrique des poids et mesuresChapitre 5 sur 144 · Chapitre premier · texte numérisé non relu

Chapitre premier

disparaître bientôt l'uniformité, supposée rétablie, ramenant une diversité plus grande encore que celle qu'on voulait faire disparaître.

Il fallut donc attendre que la Science eût trouvé un étalon naturel, et le moyen de le rétablir au besoin avec facilité : c'est ce qui eut lieu dans la seconde moitié du xvii^ siècle.

En 1670, en effet, Gabriel Mouton, vicaire de l'église Saint- Paul à Lyon, proposa un système de mesures extrêmement remarquable, dont le prototype est emprunté à la grandeur même de la Terre.

Après avoir montré, par les trop nombreux exemples que présente le passé, combien il est difficile de conserver aux mesures une longueur invariable, il propose un ensemble de mesures linéaires, dites par lui géométriques^ qu'il assujettit à la division décimale, et qu'il appelle milliare^ centuria, decuria, virga, virgula, décima, centesima, millesima. Le milliare ou mille serait la longueur de l'arc de i' de grand cercle de la Terre, de sorte que la virga et la virgula (tôW ^^ ttoTô ^^ mille géométrique) auraient répondu à la toise et au pied (^).

Ensuite, partant des nombres acceptés alors pour la grandeur de la Terre, et qui donnaient au degré 32 1 8 1 5 pieds de Bologne (Riccioli), il trouve que sa virgula vaut 6,44 pouces de Bologne.

Enfin, épuisant complètement le sujet, il donne un moyen facile pour retrouver partout et facilement les mesures qu'il propose : pour cela il les relie à la longueur du pendule à seconde, et, par diverses expériences fort concordantes, il trouve que sa

(') Observationes diametroruin Solis et Lunsc.... Iluic acljecta est brevis dissertatio de... nova menswarum geometricarum idea. Lugduni, in-4'>, 1670 . p. 427.

Les précurseurs de la réforme des Poids et Mesures.

virgiila est de la même longueur que le pendule simple qui, à Lyon, exécute 3959,2 oscillations en une demi-heure (^).

On voit que le projet de Mouton est, sans aucune différence de principe, celui qui a été réalisé par notre Système métrique.

Peu après on proposait, de divers côtés ("-), de prendre pour unité la longueur même du pendule à seconde : c'est ce que firent Picard en 1671 et Huygens en 1673.

Picard, qui avait vu l'énorme altération de plus de 5 lignes subie par la toise du Châtelet, et qui avait travaillé à la restaurer en 1668, proposa, en 1671 [Mesm^e de la Terre, réimpr. dans Anciens Mémoires^ t. VII, p. i33) de rattacher la nouvelle toise à un original invariable, « tiré de la Nature même », à la longueur du pendule qui bat la seconde de temps moyen, de sorte que, dit-il, p. 141, a si l'on avoit une fois ainsi trouvé la longueur du pendule à secondes exprimée suivant la mesure usuelle de chaque pays, on auroit par ce moyen la proportion des mesures différentes aussi justes que si les originaux avoient été confrontez ensemble, et l'on auroit cet avantage, que l'on pourroit sçavoir à l'avenir le changement qui lui seroit arrivé.

» Mais outre les mesures particulières, on pourroit convenir de celles qui suivent, lesquelles n'ont besoin d'aucun autre original que le Ciel.

(' ) Un projet analogue, mais moins complet, fut repris en 1720 par J. Cassini {De la grandeur et de la figure de la Terre, p. i58 et i5g) qui propose comme unité un pied géométrique égal à yi— de l'arc de i" du méridien terrestre; il aurait formé une toise (6 pieds) contenue 1000 fois dans l'arc de i', de sorte que le degré aurait été exactement de 60 000 toises.

(^) L!n examen récent des archives de la Société royale de Londres, a montré, dit-on, que Christophe Wren, l'architecte de Saint-Paul, aurait pensé le premier à prendre dans la nature un prototype invariable, pour lequel il proposait la longueur du pendule qui bat la demi-seconde.

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