‹ Le système métrique des poids et mesuresChapitre 6 sur 144 · Chapitre premier · texte numérisé non relu

Chapitre premier

)) La longueur d'un pendule à secondes de temps moyen pourroit être appelée du nom de Rayon Astronomique, dont le tiers seroit le pied universel; le double du rayon astronomique seroit la Toise universelle qui seroit à celle de Paris comme 88 1 est à 864... ». On soupçonne, il est vrai, que le pendule à seconde pourrait être plus court à mesure qu'on approche de Téquateur ; si cela se confirmait, « la supposition que nous avons faite touchant la mesure universelle tirée des Pendules, ne pourroit subsister, mais cela n'empécheroit pas que dans chaque lieu, il n'y eût une mesure perpétuelle et invariable ».

En 1747, La Condamine revient de son côté sur cette question (') : Après avoir répondu aux principales objections faites alors à tout projet de mesure universelle, et rejeté même la toise de l'Académie (^j, il se prononce énergiquement pour la longueur du pendule qui bat la seconde sous l'équateur, à l'exclusion, par exemple, du pendule répondant à la latitude de ^5"". Il émet (p. 5o6) l'idée, qu'on retrouvera plus tard, de consulter à ce, sujet les Académies étrangères.

(*) Nonvcau projet d'une mesure invariable^ propre à servir de mesure commune à toutes les nations. (Hist. de l'Acad. pour 1747. Ilist., p. 82; 3Iém.,p. 489-514.)

(') «Un travail aussi considérable que celui de la mesure de la Terre dans les trois zones, ayant rendu la toise de France la plus célèbre des mesures nationales, ce pourroit être une raison de préférence en sa faveur, si dans le choix d'une mesure commune, il n'étoit question que d'opter entre celles des différentes nations ; mais cette raison de préférence ne paroîtroit pas vraisemblablement décisive à l'Angleterre, à l'Allemagne, à l'Italie, et aux autres Etats de l'Europe ; et nous ne devons pas nous flatter qu'elle suffît pour les engager à renoncer aux mesures qu'ils ont adoptées depuis plusieurs siècles, pour leur substituer la toise de France.

» Il n'y a qu'une mesure puisée dans le sein même de la nature, une mesure constante, inaltérable, vérifiable dans tous les temps, qui puisse par ces avantages arracher, pour ainsi dire, le consentement de tous les peuples, et réunir toutes les voix en sa faveur : on comprend assez que je veux parler de la mesure tirée du Pendule à seconde. » (Hist. de l'Acad. pour 1747, Mém,,p. 5oo-5oi).

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Tout avait été dit à ce sujet par Mouton, Picard, etc.

Aussi, les autres projets publiés avant la Révolution ne produisent pas d'idée nouvelle. Parmi eux, nous mentionnerons cependant celui d'un officier au corps royal du génie. Prieur Du Vernois (* ) (plus tard Prieur de laCôte-d'Or), parce que son auteur jouera un rôle important dans la fondation du Système Métrique.

Prieur, qui avait été aidé des conseils de Guyton de Morveau (p. 9), rejette les mesures basées sur la grandeur du méridien, parce que, dit-il (p. ri), « indépendamment de la grandeur de l'opération primitive nécessaire à cet objet, de l'embarras de la vérifier, de l'impossibilité même de le faire journellement, il n'est pas aisé de prononcer sur le degré d'exactitude que cette méthode peut comporter ». Il préfère donc la longueur du pendule à seconde, et comme, dit-il, on n'est pas sûr que la gravité soit la même sur tous les points d'un parallèle, il faut adopter celle d'un point spécial; et il se prononce pour l'Observatoire royal de Paris. L'étalon serait une règle de platine déposée à l'Hôtel de Ville et qui, à la température de 10° par exemple, reproduirait la longueur du pendule à seconde. Le tiers de cette longueur serait le pied national ou français, subdivisé en 10 pouces, le pouce en 10 lignes, etc. Inversement, 10 pieds formeraient la perche nationale, etc. Puis un carré de 10 perches de côté aurait formé l'arpent national;., les volumes auraient été mesurés en lignes, pouces, pieds,., cubes; enfin, le poids de 10 pouces cubes d'eau distillée prise à une température déterminée, aurait été la livre nationale

( ' ) Mémoire sur la nécessité et les moyens de rendre uniformes dans le royaume toutes les mesures d'étendue et de pesanteur; de les établir sur des bases fixes et invariables; d'en régler tous les multiples et les subdivisions suivant l'ordre décuple,... par M. Prieur (ci-devant Du Vernois), officier au corps royal du génie; Paris, 1790.

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OU étalon de poids. Pour les monnaies, Prieur propose les'dénominations de décime et de centime pour désigner' le dixième et le centième de la livre monnaie.

Les projets de Picard, etc., avaient excité quelques ministres à tenter des réformes; parmi eux, on doit citer particulièrement Philibert Orry,qui fut contrôleur général des finances de lySo à 1745, et qui se fit remarquer par une sage administration. Dufay, chargé de ses ordres, compara divers étalons, et se disposait à donner un Mémoire sur le choix d'une mesure universelle, quand il fut enlevé par une mort prématurée, en lySg. D'après LaCondamine (Hist. Acad., 1772, Mém.^ 2^ partie, p. 5oi), le contrôleur Orry avait l'intention de faire adopter pour tout le royaume une toise égale au double de la longueur du pendule à seconde sous Téquateur.

Le 16 mai 1766, il y eut une Déclaration du Roi (^), rendue par les soins de Trudaine de Montigny, en exécution de laquelle Tillet fit faire environ 80 toises semblables à celle qui avait servi sous l'équateur, et qu'on envoya, de même que l'aune (-) de Paris et le poids de marc, aux procureurs généraux des différents parlements; diverses de ces toises furent encore envoyées en Corse, en Autriche, en Itahe, à la Guyane, etc.

Au commencement du règne de Louis XVI, Turgot, devenu contrôleur général des finances, voulut aussi établir l'uniformité

(*) Ilist. de l'Acad. pour 1772, Méin.^ 2" partie, p. 5oi.

(") Déjà certaines villes de province s'étaient procuré des étalons des mesures de Paris. C'est la demande, faite par la ville de Nantes, d'un étalon de l'aune de Paris, qui provoqua le rapport de Hellot et Camus sur l'étalon de l'aune de Paris. [Hist. de l'Acad. pour 1746, Hist.., p. 109, et Mém., p. Ô07),

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des mesures. Sans doute on avait l'intention de prendre comme unité line'aire la longueur du pendule à seconde pour la latitude de 45°, car, en 1775, Messier devait déterminer cette longueur, et Condorcet avait rédigé une instruction à cet effet (^). On devait aussi réunir les comparaisons des mesures de province aux mesures de Paris. Mais, soit en raison de difficultés imprévues, soit par suite du remplacement de Turgot, ce projet n'eut pas 'plus de suite que les précédents.

Necker étudia également (^), mais sans grande confiance, les moyens de rendre les poids et les mesures uniformes dans tout le royaume.

Vers la même époque (^) des savants de divers pays songeaient à convenir d'une même mesure, qu'ils auraient employée seulement dans leurs recherches particulières, en attendant que le temps en eût généralisé l'usage.

Si ces diverses tentatives échouèrent^ elles eurent du moins l'avantage de préparer l'opinion. Lorsque, vers 1780, la province de la Haute-Guyenne se proposa de refaire son cadastre (*) , on

(') Foir la Correspondance inédite de Condorcet et de Turgot^ I770"i779) publiée par M. Ch. Henry; Paris, 1882, p. xxv, 234, 235.

(') DaiTs le célèbre Compte rendu au Roi de 1778, il s'exprime ainsi : « Je me suis occupé de l'examen des moyens qu'il faudrait employer pour rendre les poids et les mesures uniformes dans tout le royaume; mais je doute encore si l'utilité qui en résulterait serait proportionnée aux difficultés de toute espèce que cette opération entraînerait, vu les changements d'évaluation qu'il faudrait faire dans une multitude de contrats de vente, de devoirs féodaux, et d'autres actes de toute espèce.

» Je n'ai pourtant point encore renoncé à ce projet, et j'ai vu avec satisfaction que l'assemblée de la Haute-Guyenne l'avait pris en considération. C'est en effet tin genre d'amélioration qu'on peut entreprendre partiellement ; et l'exemple d'un heureux succès dans une province pourrait influer essentiellement sur l'opinion. » ^

(') Prieur, Mém. sur la nécessité, etc., p. g.

(*) Hist. de l'Acad. pour 17S2, Mém.^ p. 62 i .

12 Chap. premier. — Les précurseurs de la réforme des Poids et Mesures.

devait exprimer toutes les contenances en mesures de Paris, sauf à les exprimer aussi en mesures du pays, seules connues de la plupart des propriétaires.

Enfin, en 1789, le vœu d'une mesure uniforme fut consigné dans les cahiers d'un grand nombre de bailliages, tant dans les cahiers du clergé et de la noblesse que dans ceux du tiers éta^. Par exemple, dans le bailliage d'Amiens, ce vœu se trouve dans les cahiers d.es trois ordres; et celui du tiers état porte : 0 Septième PARTIE. Du commerce, de l'agriculture, des manufactures et des arts.... 6° Que le poids, l'aune et les mesures de Paris soient communs et uniformes pour tout le royaume, comme un moyen efficace d'entretenir l'abondance, de maintenir, dans toutes les provinces, le juste équilibre dans les prix des mêmes denrées, et d'augmenter le commerce par la simplification des calculs à la portée de tous les individus. »

D'autres cahiers indiquent d'ailleurs comment on devra lever les difficultés dont parle Necker [Voir ci-dessus, p. r i, note 2). Ainsi celui du bailliage de Gray dit que ses députés « demanderont l'uniformité des poids et mesures, 3auf aux seigneurs censiers ou propriétaires de rentes foncières payables en denrées, à faire réduire contradictoirement les poids et mesures portés à leurs titres et terriers sur les poids et mesures adoptés par les Etats Généraux ».

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