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CHAPITRE XXIV

PROPAGATION DU SYSTÈME MÉTRIQUE A L'ÉTRANGER, DE L'AN VI A i86q.

De très bonne heure, même avant Tadoption du mètre définitif, le Gouvernement français fit quelques tentatives pour répandre à l'étranger l'usage des nouvelles mesures; mais les circonstances étaient peu favorables, puisque la France était en guerre avec une partie de l'Europe; et les savants qui reconnaissaient la supériorité du système métrique devaient, par prudence, éviter de la proclamer trop haut. C'est ainsi qu'un membre de la réunion astronomique qui eut lieu à Gotha en 1798, à l'occasion de la visite de Lalande, crut devoir défendre ce congrès d'avoir adopté les mesures métriques : « On a seulement, dit-il (^), convenu qu'il serait bien que les nouvelles mesures françaises fussent adoptées par les savants. »

Et en parlant de Bode (qu'il appelle toujours Baudet)^ de Zach disait à Lalande le 29 avril 1799 : « ... il m'écrit qu'il ne pourroit rien imprimer dans ses Éphémérides pour la défense du

(') Gazette universelle allemande de Tubingue. du 14 septembre 1798. Citée d'après une lettre écrite par de Zach à Lalande le 20 septembre 1798. Cette lettre fait partie de la correspondance adressée par de Zach à Lalande, du 12 mars 1792 au 24 janvier 1804. Nous ferons d'autres emprunts à cette correspondance, qui renferme environ lo5 lettres, et qui a été donnée récemment à l'Observatoire de Paris par M"'« Laugier.

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nouveau système des poids et mesures, puisqu'il avoit l'honneur et l'avantage d'écrire sous un gouvernement monarchique; il traite cette réforme toujours d'absurde. »

D'ailleurs, d'autres circonstances jetèrent quelque temps le discrédit même sur la nouvelle mesure de la méridienne; et la différence de o',i4 = o""", 32 trouvée entre le mètre définitif et-le mètre provisoire fut, à cette époque, regardée comme un véritable scandale. C'est que déjà on avait oublié que la première mesure de la méridienne de France indiquait un allongement vers les pôles; et Ton continuait d'attribuer à la Terre une régularité géométrique, de sorte que, pensait-on, la nouvelle mesure devait donner l'aplatissement avec une grande précision; or elle conduisait à la valeur tout à fait inadmissible de --o • Aujourd'hui, ce résultat, déduit d'un arc unique et relativement petit, ne nous surprend plus; il montre même que la nouvelle mesure inaugurait véritablement la période précise delà Géodésie; mais pour les contemporains ce fut une véritable surprise. Dans la Commission même du mètre la discussion fut longue (^) ; et c'est à cette occasion que de Zach écrivait à Lalande (-) :

fl Je vous félicite sur votre brillante rentre'e au Collège (de France}; mais le scandale de la nouvelle mesure m'a donné bien du malaise; je me garderai bien d'en publier quelque chose : ce sont les parties honteuses de l'Astronomie qu'il faut bien cacher; tout cela me fait de la peine, et j'espère encore qu'on trouvera des fautes de calcul, car les résultats dont vous me parlez sont aussi extraordinaires qu'extravagants

» Enfin, faut-il s'arrêter à l'aplatissement jj^ et (fixer) le mètre à jjiisnes^296? Oserai-je publier ce résultat? J'ai gardé jusqu'à présent le

['') Lalande, Hist. de l'Astronomie pour 1799, p. 806. (-) Le 3 décembre 1798 et le 28 mai 1799.

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silence sur cet article épineux, qui ne manquera pas de faire scandale en Astronomie. Bugge, Trallcs, ont fort mal parlé de la mesure de la méridienne; ils ont publié que tout ce travail ne valait rien, qu'il est mal fait, qu'il ne donne rien de concluant et qu'il ne mérite aucune confiance; cela me fait delà peine. »

On sait, en effet, que Bugge critiqua la détermination du kilogramme ('), bien à tort d'ailleurs, ainsi que nous le verrons dans la suite. Quant à Trallès, il s'employa de son mieux à répandre l'usage du système métrique en Suisse; ce zèle semble même lui avoir causé quelques persécutions :

Il fit, sur sa mission à Paris, deux Rapports qui furent imprimés en 1801: l'un est, dit-il (-), un compte rendu à son Gouvernement sur les travaux de la Commission des poids et mesures à Paris, et l'autre expose succinctement les raisons qui doivent faire préférer le « système métrique adopté par la République française si on va changer ceux de ce païs ». Il fait, ajoute-t-il, tous ses efforts pour faire adopter les nouvelles mesures avant que le Gouvernement suisse soit « rejeté dans le fédéralisme ».

Un peu plus tard, le 20 septembre 1801, il annonce le vote de la loi sur l'adoption des mesures françaises; mais c'est contrairement à son avis qu'on a donné « des noms particuliers aux mesures de capacité.... Pour la traduction française de la loi... j'aurais désiré qu'on se fût tenu à la nomenclature française simplement.... »

Le 22 décembre de la même année, quelque temps après la

(') Comm. int. rf«( wèfî'c ; procès-verbaux des séances de la session de 1870, p. 46, in-S^' : Paris, 1871 .

[") Lettre à Delambre, datée de Berne, 26 juin 1801.

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mise en vigueur de la nouvelle Constitution suisse, il se plaint des persécutions dirigées contre les sentiments libéraux, et il ajoute : « On regardera l'uniformité des mesures comme une chose qui pourrait trop faciliter quelques connaissances au vulgaire, et la loi rendue ne servira de rien. •»

Enfin, le 3o mars 1804, î^ " regrette le tems inutilement dépensé pour introduire le système des mesures uniformes en Suisse », et ne trouvant plus dans son pays « ni justice, ni sûreté », il a donné sa démission et accepté à Berlin une place de professeur et d'académicien.

Un autre commissaire étranger, Van Swinden, s'employa activement aussi pour faire adopter les nouvelles mesures par son pays, la Hollande, et voici ce qu'il écrivait d'Amsterdam à Delambre le 28 juin 1802 :

« Le Corps Législatif a adopté (') le nouveau système, mais non, au moins jusqu'à présent, dans son entier. Il a décrété, suivant la proposition du Gouvernement actuel :

)) 1° Que Vunité primitive de longueur sera la dix-millionième partie du méridien, déterminée par les citoyens Méchain et Delambre, c'est-à-dire le. mètre.

» 2° Qu'on prendra pour principe ou base des mesures de surface le quarré de l'unité de longueur, ou le quarré du mètre.

» 3° Qu'on prendra pour principe ou base des mesures de capacité le cube du dixième de ladite unité (ou le cube du décimètre).

» 4° Qu'on prendra pour base ou principe des poids, le poids d'une quantité d'eau distillée contenue dans ledit cube (du décimètre) et réduit à la plus grande densité. (On a oublié d'ajouter: et pesé dans le vide.)

» Je ne sais ce qui a engagé le Gouvernement à ne proposer que la détermination de Vioiité de longueur, et à se réserver, comme il le dit expressé-

C) Le 8 juin 1802 (19 prairial an X).

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ment dans sa lettre au Corps Législatif, la détermination des autres unités jusqu'à ce qu'il propose une loi définitive sur ce sujet.

» Gomme le Gouvernement n'avoit pas énoncé dans le projet de la loi qu'on vient de sanctionner, et dont je vous ai articulé les principaux chefs, que la division décimale auroit lieu pour les nouveaux poids et mesures, le Corps Législatif a décrété en même tems, d'écrire au Gouvernement qu'il sous-entendoit cette division décimale comme une condition sine qud non, et que, regardant la proposition que le Gouvernement venoit de faire comme simplement préparatoire, il s'attend que cette omission sera réparée dans la proposition de loi définitive, et qu'on y trouvera aussi la détermination des autres unités non encore proposées, de manière qu'il puisse résulter du tout un ensemble complet, suivant l'esprit de la Commission des poids et mesures, assemblée à Paris.

» J'ignore, comme je vous l'ai dit plus haut, ce qui peut avoir engagé le Gouvernement à ne pas proposer les unités de surface, de contenance et de poids, conformément au nouveau Système métrique, et telles que le Directoire les avoit proposées il y a un an dans une lettre très motivée, à laquelle le Gouvernement se réfère d'ailleurs. Je n'ai pas été consulté sur ce sujet : je vois simplement, par le rapport de la Commission du Corps Législatif, laquelle a discuté la proposition du Gouvernement, que cette Commission penche pour l'adoption, non de l'are, mais de l'hectare comme mesure agraire, par la raison que l'hectare s'approche davantage de la mesure agraire la plus communément employée dans la province et le département Hollande; et qu'elle est d'opinion qu'on pourroit faire, sauf la division décimale, des changemens utiles aux unités de contenance et de poids du nouveau système : j'avoue que je n'entends pas bien cet article; car, puisqu'on a décrété d'une part que les bases ou les principes de ces mesures seront le litre et le kilogramme, et de l'autre que la division décimale aura lieu, je ne vois pas qu'on puisse adopter des unités de contenance et de poids différentes du litre et du kilogramme, à moins que de prendre quelque multiple ou sous-multiple décimal de l'un et de l'autre : ce qui donneroit des unités évidemment trop grandes ou trop petites; et qui, d'ailleurs, ne rapprocheroient pas ces nouvelles mesures de celles dont on se sert actuellement; car, parmi celles-ci, soit pour les liquides, soit pour les matières sèches, il en est, même des plus usitées, qui diffèrent peu du litre, ou qui sont le litre même; et l'on renonceroit, à mon sens, à un des plus précieux avantages du système métrique, si on admettoit pour

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les poids une unité différente de celle pour les mesures de contenance, et ne faisoit pas marcher à l'unisson ces deux mesures, qui servent l'une et l'autre à mesurer la quantité, mais l'une par le volume, l'autre par la quantité de matière. Je doute, à en juger par le contenu du rapport, que ses auteurs ayent saisi le nouveau système métrique dans tout son ensemble, et il seroit fâcheux qu'on allât le gâter en y faisant des changemens.

» Au reste, je suis curieux de savoir quels noms on donnera chez nous aux nouvelles mesures et, en général, ce qu'on fera définitivement sur cette matière. Je désirerois que les Nations qui adopteront le nouveau système voulussent se concerter sur les noms, et qu'elles donnassent aux mêmes mesures, les mêmes noms, traduits si l'on veut pour chacune dans sa langue; je crains que si différentes nations donnent aux mêmes mesures des noms ditïerens, il n'en résulte une confusion qui nuira beaucoup à l'utilité qu'on retira d'ailleurs de l'adoption d'un système métrique unique. En Suisse, par exemple, en vertu de la loi du 4 mars 1801, on nomme aune, le mèWQ; pouce, le centimètre que vous nommez actuellement doi^t; scrupule, le décigramme que vous nommez actuellement grain, et grain, le centigramme; de sorte que, quoiqu'on se serve au fond du même système, le grain est en France décuple du grain en Suisse. »

Cette loi, mentionnée par Van Swinden, fut-elle abrogée bientôt après, ou ne reçut-elle pas d'exécution? Toujours est-il qu'un décret de Napoléon, daté du 11 janvier 181 1, arrête les rapports de certains poids et mesures hollandais avec ceux du système métrique.

En Espagne on s'occupa, de bonne heure aussi, d'introduire les nouvelles mesures, car d'après une lettre d'Arago à Delambre, datée de Mongo, i5 février 1807, on avait déjà fait construire à Madrid « un très grand nombre dérègles de différents métaux, à l'occasion d'un travail qu'on prépare pour introduire l'uniformité des poids et mesures dans tout le royaume ».

Mais dans la suite la propagation du nouveau système à

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l'étranger ne progressa d'abord que fort lentement; et ce n'est guère qu'après le vote de la loi de iSSy que le Gouvernement français fit de véritables efforts pour en généraliser la connaissance au dehors, en provoquant des échanges de mesures.

Pour cela, en 1840, il commanda à Gambey d'abord trente séries (^) de mesures en laiton destinées à ces échanges, puis (3o septembre 1840) un comparateur à mouvement longitudinal, avec microscope et tracelet, destiné tant à la comparaison des mètres qu'au tracé des mètres à traits.

D'un autre côté, à Toccasion de la comparaison des mesures ottomanes avec celles du système métrique, Cunin-Gridaine, ministre de l'Agriculture et du Commerce, écrivait à son collègue k 9 novembre 1841 (-) :

« Mon intention étant d'étendre cette comparaison aux mesures de longueur, ainsi qu'aux poids et mesures de capacité des différentes puissances avec lesquelles nous entretenons des relations commerciales, je viens vous prier de m'aider à réaliser cette mesure.

» Je me propose de procéder à cet égard par voie d'échange et d'offrir la collection des étalons français, c'est-à-dire le mètre, le kilogramme et le litre, pour la collection des types des poids et mesures de chaque État. La comparaison des types étrangers et des types français sera faite ensuite avec toutes les garanties et l'authenticité convenables, et je vous ferai remettre un procès-verbal de l'opération....

» Je pense d'ailleurs que la proposition peut être, dès ce moment, éten-

(^) Chaque série comprenait un mètre, un kilogramme et un litre. Les lenteurs ordinaires, puis la maladie et la mort de Gambey (janvier 1847) firerit traîner jusqu'à la fin de 1847 '^ livraison de ces mesures et du comparateur. Le degré de précision obtenu par Gambey était de j^oT *^^ millimètre pour les mètres, de -^ milligramme pour les kilogrammes. La quasi-impossibilité d'utiliser dans les bureaux d'un ministère ces instruments de précision contribua sans doute à faire passer alors au Conservatoire les instruments et les attributions du Bureau des prototypes. Voir p. 232 et suiv.

(') MoRiN, Notice historique sur le Système métrique, p. 40.

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due à l'Angleterre, à la Russie, à la Hollande et aux différents Etats de l'Allemagne et de l'Italie, et je me persuade que, justement appréciée, elle sera partout accueillie avec faveur. »

Le 8 décembre de la même année, Guizot, ministre des Affaires étrangères, répondait à son collègue :

« J'apprécie comme vous l'utilité de cette opération. Je viens en conséquence de charger les ambassadeurs et ministres du Roi, dans les pays que vous m'avez indiqués, de proposer aux Gouvernements près desquels ils sont accrédités, de procéder à l'échange de types de poids et mesures nécessaires pour établir la comparaison avec toute l'exactitude désirable. »

Aussi dès que le Ministère du Commerce fut en possession des séries d'étalons commandées à Gambey, dix-huit de ces séries, accompagnées du Recueil officiel des ordonnances... [voir p. 23i, note) furent distribuées non seulement aux États qui avaient accédé à la proposition d'échange, mais encore à ceux qui avaient ajourné leur réponse.

Ces collections furent ainsi adressées aux Etats suivants : Bade^ Bavière, Brème, Brunsv\rick, Hambourg, Hanovre, Hesse-Cassel, Hesse-Darmstadt, Lubeck, Lucques, Norwège, Prusse, Rome, Russie, Sardaigne, Suède, Toscane, Wurtemberg.

Puis le Conservatoire vérifia et distribua de même neuf collections aux Etats suivants : Angleterre, Autriche, États-Unis d'Amérique, Japon, Mexique, Nouvelle-Grenade, Portugal, Toscane, Venezuela.

Le 9 mai 1848, quelques jours après avoir transféré les étalons et instruments du Bureau des prototypes, le ministre indiquait ainsi la nouvelle mission qui incombait au Conservatoire :

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« Par la loi du 18 germinal an III, la Convention avait décidé la comparaison des nouvelles mesures avec les anciennes, tant françaises qu'étrangères.

» L'Agence temporaire des poids et mesures, à laquelle a succédé le Dépôt central des prototypes, fut chargée de l'exécution de ce décret- Mais l'ouvrage commencé par l'Agence ne fut pas poursuivi, La difficulté du travail, l'état des relations de la France avec les autres peuples, et particulièrement le décret du 12 février 181 2, qui vint altérer d'une manière si fâcheuse le système décimal, ne permirent pas d'accomplir l'œuvre de la Convention Nationale.

» La loi du 4 juillet iSSy, en rétablissant, dans sa pureté primitive, le système métrique décimal, a fait surgir de nouveau la grande pensée de la Convention, complément nécessaire de l'admirable institution des Poids et Mesures. Un local fut préparé à cet effet en 1841; des appareils comparateurs d'une grande précision ont été exécutés par l'illustre Gambey, dont la France déplore encore la perte, et des négociations furent entamées avec toutes les puissances étrangères qui s'empressèrent pour la plupart d'adhérer à ce projet de travail et transmirent au département du Commerce, en échange des types français, une collection de leurs propres étalons.

» Tout est donc prêt pour commencer le travai-l de comparaison.

» Ce travail consistera :

w 1° A constater l'authenticité et l'exactitude des étalons étrangers;

» 2" A comparer leur valeur avec celle des types français;

» 3° A établir la table des nombres représentant les rapports existant entre ces types; et

)) 4° A dresser pour chaque puissance le tableau général des rapports existant entre les multiples et sous-multiples des poids et mesures français et étrangers. »

Mais il ne semble pas que ce grand travail ait été fait, au moins d'une manière systématique.

C'est surtout à l'occasion des expositions universelles que les avantages du système métrique décimal des poids et mesures

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commencèrent d'être appréciés à l'étranger; voici comment s'exprime à cet égard le professeur Leone Levi, membre de la Société royale de Londres :

« La première manifestation du besoin d'un système décimal universel de poids et mesures se produisit à l'Exposition internationale de i85i, lorsqu'on se trouva en présence de l'immense variété de produits envoyés de toutes les parties du monde, et dont la valeur, ainsi que les quantités, étaient rapportées à toutes sortes d'étalons de mesures.

» A la fin de cette Exposition, la Société des Arts, dans un Mémoire adressé aux Lords commissaires de S, M, à la Trésorerie, soumit à leur examen la question d'une grande importance de savoir si, pour l'introduction d'un système décimal de monnaies, de poids et mesures, on ne pourrait pas prendre avec les nations voisines quelques arrangements, qui conduiraient à l'adoption d'un système uniforme dans le monde entier.

» Ce ne fut cependant qu'à la clôture de la session du Congrès international de Statistique tenu à Paris en i855, qu'en vue du développement des relations internationales sociales, industrielles ou scientifiques, et sur la proposition de M. James Yates, membre de la Société royale, eut lieu une réunion spéciale dans laquelle fut décidée la formation d'une Association internationale pour poursuivre l'adoption d'un système décimal de poids, de mesures et de monnaies.

» L'Association, après avoir examiné les avantages des différents systèmes en usage dans le monde, se décida en faveur du système métrique à cause de son caractère scientifique et international, et, en conséquence, elle se chargea de le faire valoir de préférence à tout autre d'un usage plus restreint et plus local,

» C'est ainsi que la question de l'uniformité des poids et mesures, qui a, depuis si longtemps, fixé l'attention du Gouvernement français et de ses voisins du continent, fut forcément soumise à l'examen des membres du jury et des commissaires de cette Exposition de i855, et qu'ils furent amenés à faire connaître leur opinion, qui se traduisit par la déclaration suivante extraite d'un Mémoire adressé le ig mars iSSg à M. Disraeli, chancelier de l'Echiquier, par une députation de l'Association :

« A l'Exposition universelle de l'Industrie de Paris en i855, environ » 200 commissaires ou membres du jury, dont une partie étaient sujets de

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0 la Grande-Bretagne, ont exposé leur opinion formelle en faveur de l'adop- » tien d'un système uniforme de poids et mesures. Après avoir établi les » motifs de leur conviction, ils ont conclu dans les termes suivants :

» En conséquence, nous, Commissaires et Membres du jury, nous consi- » dérons comme un devoir de recommander énergiquement à l'attention de » nos Gouvernements respectifs et des hommes éclairés amis de la civilisa- » tion, et partisans de la paix tt de l'harmonie dans le monde, l'adoption » d'un système uniforme de poids et mesures, basé sur la numération déci- » maie pour les multiples et les sous-multiples, ainsi que pour les éléments » des différentes unités. »

A l'Exposition de Londres, en i85i,le Conservatoire avait envoyé une collection complète de poids et de mesures métriques décimales, les unes de précision, les autres usuelles.

A l'Exposition de Paris, en i855, le professeur Steinheil présenta un mètre-type en verre, à bouts sphériques, et un kilogramme en cristal de roche avec ses subdivisions; et d'habiles artistes français exposèrent des collections d'instruments et des appareils pour l'exécution et pour la comparaison des mesures métriques.

En 1862, des ingénieurs italiens exposèrent, de même, à Londres, des mesures métriques.

Puis, par un bill en date du 29 juillet 1 864, l'usage des mesures et des poids métriques fut autorisé en Angleterre.

Peu après (i5 juin 1868) le Reichstag adoptait l'introduction du système métrique décimal en Allemagne.

Mais c'est surtout à l'époque de l'Exposition de Paris de 1867 que le mouvement d'opinion du monde savant et des industriels se manifesta avec le plus d'intensité : un Comité, formé de délégués de la plupart des pays représentés à cette Exposition, se constitua sous le nom de Comité des poids et mesures et des

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monnaies (^) pour s'occuper de la question de leur uniformité. Il fut présidé par L. Mathieu.

Un Rapport rédigé par Jacobi, président de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg, et approuvé le i5 juin 1867 par le Comité, établissait les quatre propositions suivantes :

« i" Le système décimal ou décadique, conforme au système de numération universellement employé, est le plus propre à exprimer les multiples et les sous-multiples des poids, des mesures et des monnaies.

» 2» Le système métrique est parfaitement propre à être universellement adopté, en raison des principes scientifiques sur lesquels il est établi, de l'homogénéité qui règne dans toutes ses parties, de sa simplicité et de la facilité de ses applications dans les Sciences, dans les Arts, dans l'Industrie et le Commerce.

» 3° Les instruments de précision et les méthodes employés pour obtenir des copies des poids et mesures prototypes ont atteint une perfection telle que l'exactitude de ces copies répond aux besoins de l'Industrie et du Commerce et même aux exigences de la Science dans son état actuel.

» 4° Comme toute économie de travail, tant matériel qu'intellectuel, équivaut à une véritable augmentation de richesse, l'adoption du système métrique, qui se range dans le même ordre d'idées que les machines et les outils, les voies ferrées, les télégraphes, les tables logarithmiques, se recommande particulièrement, sous le point de vue économique, »

Sans prétendre rien imposer aux divers Gouvernements, le Comité exprimait en outre le vœu de voir :

1° Prescrire l'étude du système métrique dans toutes les écoles, et exiger sa connaissance dans tous les concours publics;

2° Introduire son usage exclusif dans les publications scientifiques, dans les statistiques publiques, dans les postes, dans les

( ' ) Rapports et procès-verbaux du Comité des poids et mesures de TExposition Universelle de 1867. E. Dentu, libraire.

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douanes, dans les travaux publics et dans telles autres branches de l'Administration que les Gouvernements jugeront convenable.

A la même époque, VAssociation géodésiqiie constitue'e à Berlin, et qui comprenait déjà la plupart des États européens, se préoccupa de la même question, mais en se plaçant plus particulièrement au point de vue des besoins géodésiques : Les règles à bouts, si longtemps employées d'iine manière à peu près exclusive, offrent beaucoup moins de sécurité que les règles à traits, tant au point de vue de la conservation qu'à celui de l'exactitude des comparaisons. On comprend, en effet, qu'un étalon à bouts^ dont les extrémités doivent être touchées par les appareils de contact des anciens comparateurs, est bien plus exposé à s'altérer (^) qu'un mètre à traits, c'est-à-dire dont la longueur est définie par deux traits transversaux, visés par des microscopes, et qu'il n'est jamais nécessaire de toucher. D'un autre côté, on sent que la comparaison de deux règles à traits, au moyen de procédés optiques assez puissants, peut se faire avec plus de précision que les comparaisons de règles à bouts avec les comparateurs à levier (-).

D'un autre côté, les . grandes triangulations européennes.

C) Aussi la grande Commission de 1798 disait, en parlant du mètre des Archives, que « par sa nature même, cet étalon de platine ne doit servir que dans les cas, extrêmement rares, où il s'agirait de faire des vérifications très importantes ». [Base du Système métrique^ t. III, p. 643.) Dans la suite on n'eut peut-être pas assez égard à cette importante recommandation; et la facilité avec laquelle on accorda aux Gouvernements étrangers l'autorisation de comparer leurs étalons à ce prototype donna lieu, plus tard, à mettre en doute la bonne conservation du mètre des Archives.

(*) On sait aujourd'hui que la comparaison des règles à bouts comporte, dans les conditions les plus favorables, une précision cinq fois moindre que celle qu'on obtient avec les étalons à traits.

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basées sur des règles à bouts comparées par d'anciennes méthodes, présentaient, aux côtés de jonction, des différences systématiques empêchant de les combiner ensemble, et faisant sentir le besoin de comparer les règles entre elles à Taide des moyens les plus perfectionnés.

C'est sous l'empire de ces idées que l'on avait senti le besoin de substituer des étalons à traits aux anciens étalons à bouts, et que l'Association géodésique, dans sa séance du 5 octobre 1867, adopta les résolutions suivantes (^) :

« 5° Il est dans l'intérêt des Sciences en générai, et de la Géodésie en particulier, qu'un système unique de poids et mesures avec subdivision décimale soit adopté en Europe.

» 6° Puisque, parmi toutes les mesures qui peuvent entrer en question, le mètre a pour lui la plus grande probabilité d'être accepté généralement, la Conférence se prononce pour le choix du système métrique.

» 7° On recommande d'accepter le système métrique là où il est introduit sans changements et en maintenant partout la subdivision décimale. En particulier on se prononce contre l'introduction du pied métrique {-).

» 8" Afin de fixer l'unité commune de mesure pour tous les pays de l'Europe, et pour tous les temps, aussi exactement et aussi invariablement que possible, la Conférence recommande la construction d'un nouveau mètre prototype européen. La longueur de ce mètre devrait différer aussi peu que possible de celle du mètre des Archives de Paris, et doit, en tous cas, lui être comparée avec la plus grande exactitude. Dans la construction du nouvel étalon prototype, il faut surtout avoir en vue la facilité et l'exactitude des comparaisons nécessaires.

(') Bericht ûber die Verhandlungen der von 3o September bis 7 Octobre 1867, zu Berlin abgehaltenen allgemeinen Conferenz der Eiiropaischcn Gradmessimg, Berlin, 1868, p. 126.

(^) A l'occasion du pied métrique, Hulse, directeur de l'Institut polytechnique de Dresde, s'était opposé à son introduction; et M. Hirsch, directeur de l'Observatoire de Neuchâtel, avait fait connaître que la Suisse, après l'avoir admis en i85o, a été obligée d'y renoncer au bout de seize années d'expériences, et d'introduire le mètre lui-même.

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)) 9° La construction du nouveau mètre prototype, ainsi que la confection et la comparaison de ses copies destinées aux différents pays, devraient être confiées à une Commission internationale dans laquelle les Etats intéressés seraient représentés.

» 10" La Conférence se prononce pour la création d'un Bureau international des poids et mesures.

» I 1° La Conférence recommande à MM. les Délégués de porter ces résolutions à la connaissance de leurs Gouvernements, et la Commission permanente est chargée de contribuer autant que possible à leur réalisation. »

Le Bureau des Longitudes appela aussitôt sur ces importantes résolutions l'attention du Gouvernement français, en lui adressant un Rapport qui s'exprimait ainsi (^) :

« On distinguera deux parts dans cet important document : d'abord, un plan d'unification européenne des poids et mesures par l'adoption pure et simple du système métrique, puis un ensemble de voies et moyens qui semble dicté par une connaissance plus ou moins exacte de ce qui manquerait à Paris. Nous n'insisterons pas sur les vues scientifiques de l'Association Géodésique internationale: il nous suffira de dire qu'elle recommande l'adoption des étalons à traits à l'exclusion des étalons à bouts; qu'elle demande une étude approfondie des coefficients de dilatation, qu'elle désire enfin que la comparaison exacte des règles géodésiques employées en Europe accompagne celle des étalons de mesure. Mais il nous serait difficile de ne pas voir dans cette espèce de manifeste, l'expression très accentuée d'un besoin scientifique auquel la France, à ce qu'on paraît croire, n'offrirait pas actuellement pleine satisfaction. Et comme il entre dans les attributions du Bureau, non plus, malheureusement comme autrefois, de coopérer matériellement par ses artistes, ses géomètres et ses astronomes à cette grande œuvre d'unification, mais du moins d'appeler l'attention du Gouvernement sur des intérêts de cet ordre, votre Commission est d'avis qu'il y aurait lieu de mettre sous les yeux de l'autorité compétente le manifeste de Berlin, de la prier d'examiner si des mesures

(^) Syslème métrique. — • Rapport de la Commission composée de MM. L. Mathieu, Laugiek et Faye. rapporteur; 3 pages lithographiées, sans date. Ce Rapport fut approuvé par le Bureau des Longitudes dans la séance du 24 décembre 1867.

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suffisantes ont été prises pour donner satisfaction aux besoins qui commencent à se faire jour, et s'il ne conviendrait pas de compléter ces mesures par la création, à Paris, d'un établissement spécial et permanent pour l'étude rigoureuse des étalons métriques et des règles géodésiques. On installerait dans cette espèce de laboratoire les appareils de comparaison les plus précis que la science actuelle réclame, tel que le grand comparateur à microscopes pour les règles géodésiques de feu notre collègue M. Brunner. Les travaux de tous genres relatifs à la propagation du système métrique au dehors (') pourraient être confiés à ce laboratoire sous la direction du Bureau des Longitudes et avec la coopération de Commissaires spéciaux délégués par le Gouvernement français et par les Gouvernements intéressés. ))

Une autre Commission, formée de représentants de l'Académie des Sciences et du Bureau des Longitudes, fut chargée, sous la présidence du maréchal Vaillant, d'étudier les mêmes questions. Mais le Gouvernement n'avait pas encore approuvé son Rapport lorsque l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg fit donner son avis sur la confection des étalons prototypes par le Rapport suivant (^) :

« Système méfrique. — Confection des étalons prototypes des poids et mesures. — Rapport de la Commission nommée par la Classe physicomathématique de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg.

(Commissaires : MM. Struve, Wild; Jacobi, rapporteur.)

» La Commission nommée dans la séance du 8 avril 1869 pour examiner la proposition de M. Jacobi, concernant la nécessité de soumettre à une

(^ ) « L'établissement dont il s'agit ne ferait en aucune façon double emploi avec le système de vérification des poids et mesures destinés à l'intérieur de la France, pour la vente et le commerce, système qui existe aujourd'hui, aussi complètement que possible, au Conservatoire des Arts et Métiers. »

(^) Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. LXIX, p. 4.2b (séance du 16 août 1869).

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Commission internationale plusieurs questions qui se rapportent à la confection des étalons prototypes des poids et mesures, adhère, quant au fond, à la proposition mentionnée et a l'honneur de soumettre à la Classe les considérations suivantes :

» En vue des progrès faits dans les dernières années par rapport à l'introduction plus générale du système métrique et en prévision de ce que l'adoption de ce système par les savants de tous les pays ne peut manquer de se réaliser dans un avenir prochain, il est urgent de soumettre à un examen la base sur laquelle l'unité unique et universelle des poids et mesures devra être établie définitivement. En effet, un établissement solide de cette unité est d'autant plus important qu'il n'y s'agit pas seulement du consentement de toutes les nations dans le présent, mais de la garantie qu'un avenir même éloigné ne soit réduit à renier l'héritage que nous avons voulu lui léguer. Une pareille pensée avait présidé aux travaux à jamais mémorables, entrepris en France dans le but de procurer au monde une mesure universelle, invariable et susceptible d'être reproduite, « quand » même, comme Ta dit Arago, des tremblements de terre, des cataclysmes » épouvantables viendraient à bouleverser notre planète et à détruire les » étalons prototypes gardés aux Archives »,

» Aujourd'hui nos appréhensions à cet égard ne sont pas assez fortes pour nous faire plaider la cause des mesures soi-disant absolues et naturelles. L'insuffisance et l'inexactitude relative de ces mesures ont été généralement reconnues et démontrées jusqu'à l'évidence par l'argumentation puissante et péremptoire du célèbre Bessel, de manière qu'il est impossible que dorénavant le monde savant revienne à la recherche de pareilles mesures. Aussi est-il démontré que l'étalon du mètre gardé aux Archives de France n'est pas la dix-millionième partie du quart du méridien; que sa longueur en est non seulement une partie quelconque, dont le rapport n'est défini et valable que pour une certaine époque; et auquel il faut appliquer des corrections à chaque nouveau progrès réalisé dans notre connaissance de la figure de la Terre, L'étalon en question a donc dû renoncer au caractère d'une mesure naturelle qu'on lui supposait posséder à son origine, et il n'est aujourd'hui qu'une mesure arbitraire et de convention. Cependant il est impossible de méconnaître que la fiction qui lui a servi de base a puissamment contribué à étendre son usage, en facilitant son adoption par d'autres nations. En effet, le mètre doit une grande partie de son prestige à l'idée flatteuse pour l'orgueil humain, de pouvoir rapporter les mesures

2 56 Chapitre XXIV.

dont l'homme fait journellement usage aux dimensions du globe qu'i] habite. II est certain que l'amour-propre national aurait toujours été un obstacle à l'adoption générale, soit du pied royal de France, soit du standard yard d'Angleterre, ou du pied du Rhin, ou d'une aune quelconque. On se serait tout au plus contenté d'appliquer les principes du système métrique, ses divisions décimales et la parfaite logiq\ie de son organisation aux poids et mesures ; mais leur diversité n'aurait pas disparu.

» Ainsi, par des raisons scientifiques et d'opportunité trop souvent discutées pour qu'il puisse être nécessaire d'y revenir ici, toutes les nations civilisées sont tacitement d'accord pour reconnaître au système métrique français les avantages d'un système universel des poids et mesures de l'avenir, et pour considérer les étalons déposés aux Archives de France comme des étalons prototypes de ces mesures. Les Gouvernements obligés, pnr des nécessités scientifiques ou pratiques, à se procurer des copies exactes des étalons prototypes métriques, pour pouvoir y rapporter leurs propres mesures, ne peuvent obtenir ces copies à moins de demander le consentement des autorités de France et d'envoyer à cet effet des délégués à Paris. Il est vrai que ce consentement n'a jamais été refusé, et a été même accordé avec toute la prévenance possible, sous condition toujours de se servir des comparateurs disponibles au Conservatoire des Arts et Métiers et de ne pas prendre ces copies directement des étalons des Archives, rnais des étalons du Conservatoire, confectionnés en même temps, avec les mêmes matières et par les mêmes artistes que ceux des Archives. De cette manière un assez grand nombre de ces copies, faites pour la plupart avec beaucoup de soins, sont répandues aujourd'hui dans plusieurs parties du monde; elles peuvent satisfaire parfaitement, il faut l'avouer, aux besoins du commerce et de l'industrie.

» Cependant, on ne saurait méconnaître que cette manière de procéder isolément et d'abandonner une aussi importante affaire presque au hasard, n'est pas à la hauteur de la tâche qu'il s'agit d'accomplir. En effet, toutes les copies dont nous venons de parler, et qui sont destinées à servir de prototypes pour les différents pays, ont été faites indépendamment l'une de l'autre, sans avoir rien de commun entre elles, ni par la matière dont elles ont été confectionnées, ni par les méthodes et les instruments à l'aide desquels elles ont été comparées, ni par la température à laquelle cette comparaison a été faite, ni par le coefficient de leur dilatation, non plus que par leur construction et leurs dimensions que par les règlements

Propagation du Système métrique à l'étranger. 2bj

concernant leurs erreurs tolérables et par la manière dont les étalons sont conservés. On conçoit que ce manque d'uniformité entre les différents prototypes ne peut manquer de faire naître des incertitudes et des diversités regrettables, aussi bien au point de vue des exigences de la science et de la technique que des nécessités du commerce et de l'industrie. Ces diversités, qui se font sentir même à l'époque actuelle, et qui seront encore plus sensibles à l'avenir, ne manqueront pas de compromettre l'uniformité tant désirée et l'œuvre dont notre époque pourrait se faire une gloire.

» Il est à prévoir que dès qu'on ne procède pas dans cette affaire avec toute la solidité convenable, qu'on n'emploie pas dans la confection des étalons prototypes une rigueur extrême et tous les moyens dont la science dispose aujourd'hui pour rendre ces étalons aussi uniformes que possible, qu'on se contente au contraire de demi-mesures et de l'admission d'erreurs tolérables sur lesquelles chaque Gouvernement aurait ses différentes appréciations au point de vue du commerce international, il est à prévoir qu'il y aura à l'avenir aussi bien des mètres des Etats-Unis, de l'Angleterre, de la Confédération de l'Allemagne du Nord, de l'Autriche, de la Suisse, du Danemark, etc., aussi bien qu'il y a aujourd'hui des pieJs différents et des différentes aunes dans ces pays.

» Les inconvénients que votre Commission vient de signaler n'ont pu échapper ni aux individus, ni aux associations ou corporations savantes qui se sont occupés de la question de l'uniformité des poids et mesures. C'est ainsi que, parmi les cinq résolutions formulées en faveur du Système métrique adoptées unanimement dans la sixième séance du Congres international de Statistique, la seconde résolution porte :

« Le soin de rédiger et de mettre à exécution les prescriptions à suivre » dans la construction des étalons et du système même est confié à une » Commission internationale qui se chargera également de la correction » des petits défauts scientifiques de ce système. »

» Dans la deuxième séance de la Conférence géodésique internationale, réunie à Berlin en 1867, cette Assemblée s'est prononcée plus positivement encore à cet égard. Parmi les dix propositions formulées en faveur du Système métrique, et dans le but de parvenir à une uniformité des poids et mesures aussi complète que possible, les septième et huitième propositions portent :

( Voir ces propositions 7 et 8, p. 252.)

it^

258 Chapitre XXIV.

« Votre Commission, en s'appuyant sur ces manifestations éclatantes de l'opinion des personnes les plus compétentes dans cette matière, est unanimement d'avis que la question de l'uniformité des étalons est de la plus haute importance; qu'elle est la base uniquement propre pour y établir un système universel des poids et mesures aussi stable que possible; qu'un tel résultat ne peut pas être obtenu par des travaux isolés, quelque méritoires qu'ils soient, qu'on ne pourra atteindre ce but que par des travaux communs, organisés convenablement; qu'enfin il est indispensable d'attirer sur cette affaire toute l'attention des Gouvernements, qui nécessairement y devraient prêter leur concours par la nomination d'une Commission internationale, composée de délégués de tous les pays, et à laquelle serait confiée la confection des étalons prototypes des mesures de longueur et de capacité, et des poids.

» Il est évident qu'une pareille Commission pourra d'autant mieux accomplir sa tâche que le nombre d'étalons prototypes à confectionner, de manière à s'approcher le plus possible de l'identité, sera plus grand.

» En effet, une telle condition est indispensable. Ce n'est qu'une fabrication faite sur une large échelle qui permettra d'employer tout ce que la science, de concert avec la technique et la mécanique des instruments de précision, pourra produire de plus accompli.

» Il convient de relever en même temps, ce qui est important au point de vue pratique et économique, que les étalons fabriqués dans ces conditions pourront être fournis à des prix beaucoup plus modérés que si on les confectionnait séparément.

« Votre Commission a l'honneur de proposer :

« 1° Que l'Académie emploie son autorité pour solliciter S. Exe. M. le Ministre de l'Instruction publique d'intervenir auprès du Gouvernement impérial pour que tous les États étrangers soient invités à envoyer des délégués pour former une Commission internationale qui devra se réunir dans une des capitales encore à désigner, dans le but de régler la confection des étalons prototypes métriques et de créer une unité de mesure véritablement universelle et effectivement internationale;

» 2° Que M. Jacobi soit chargé de faire valoir, à l'occasion de la réunion de l'Association Britannique pour l'avancement des Sciences à Exeter, les principes qui viennent d'être établis par le présent Rapport, et l'urgence de l'adoption universelle du Système métrique par les savants de tous les pays. »

Propagation du Système métrique à l'étranger. 269

La discussion de ce document commença aussitôt, et l'Académie décida qu'une Commission prise dans son sein (^) lui rendrait compte de l'état de la question relative à l'extension qu'il s'agirait de donner au Système métrique parmi les divers peuples.

Le Rapport (-) de cette Commission, fait par Dumas et présenté dans la séance du 23 août suivant, fut, le même jour, adopté à l'unanimité par l'Académie.

Après avoir insisté sur ce point que dès le début la France avait donné au nouveau Système de poids et mesures un caractère international, ce Rapport continue ainsi :

« La tradition fait remonter à Laplace une grande part dans la conception du système; elle attribue à Borda le mérite du plan des opérations géodésiques, et à Lavoisier la responsabilité de la marche adoptée pour la détermination du kilogramme.

» Les documents établissent la part qui revient dans l'exécution à Delambre, Méchain, Lenoir et Fortin.

» Alors même que les procès-verbaux et les Rapports définitifs ne le démontreraient pas, la répartition des premières copies authentiques du mètre et du kilogramme prototypes indiquerait, à elle seule, sur quel pied d'égalité les nations étrangères et la France furent placées pendantce travail et au moment de sa conclusion. En effet, douze exemplaires du mètre ayant été comparés au prototype, et leur exactitude ayant été reconnue, ils furent distribués sans distinction, pour leurs divers États, entre les Commissaires, au moment de clore leur travail, et les étrangers en reçurent dix.

» Cependant la Conférence géodésique internationale, réunie à Berlin en 1867, proposait, ainsi que le rappelle M. Jacobi, la construction d'un nouveau mètre prototype européen, dont la longueur devait différer aussi peu que possible de celle du mètre des Archives de Paris, et dans la construc-

(') Cette Cominission, nommée par le président Claude Bernard, fut ainsi composée : Elie de Beaumoxt, Dumas, Regnault, Mathieu, Le Verrier, Mokin, Paye.

(*) Rapport sur les prototypes du système métrique : le mètre et le kilogramme Comptes 7-endus,.t. LXIX, p. 5i4-5i8.

258 Chapitre XXIV.

« Votre Commission, en s'appuyant sur ces manifestations éclatantes de l'opinion des personnes les plus compétentes dans cette matière, est unanimement d'avis que la question de l'uniformité des étalons est de la plus haute importance; qu'elle est la base uniquement propre pour y établir un système universel des poids et mesures aussi stable que possible; qu'un tel résultat ne peut pas être obtenu par des travaux isolés, quelque méritoires qu'ils soient, qu'on ne pourra atteindre ce but que par des travaux communs, organisés convenablement; qu'enfin il est indispensable d'attirer sur cette affaire toute l'attention des Gouvernements, qui nécessairement y devraient prêter leur concours par la nomination d'une Coynmission internationale, composée de délégués de tous les pays, et à laquelle serait confiée la confection des étalons prototypes des mesures de longueur et de capacité, et des poids.

» Il est évident qu'une pareille Commission pourra d'autant mieux accomplir sa tâche que le nombre d'étalons prototypes à confectionner, de manière à s'approcher le plus possible de l'identité, sera plus grand.

» En effet, une telle condition est indispensable. Ce n'est qu'une fabrication faite sur une large échelle qui permettra d'employer tout ce que la science, de concert avec la technique et la mécanique des instruments de précision, pourra produire de plus accompli.

» Il convient de relever en même temps, ce qui est important au point de vue pratique et économique, que les étalons fabriqués dans ces conditions pourront être fournis à des prix beaucoup plus modérés que si on les confectionnait séparément.

« Votre Commission a l'honneur de proposer :

« 1° Que l'Académie emploie son autorité pour solliciter S. Exe. M. le Ministre de l'Instruction publique d'intervenir auprès du Gouvernement impérial pour que tous les États étrangers soient invités à envoyer des délégués pour former une Commission internationale qui devra se réunir dans une des capitales encore à désigner, dans le but de régler la confection des étalons prototypes métriques et de créer une unité de mesure véritablement universelle et effectivement internationale;

» 2° Que M. Jacobi soit chargé de faire valoir^ à l'occasion de la réunion, de l'Association Britannique pour l'avancement des Sciences à Exeter, les principes qui viennent d'être établis par le présent Rapport, et l'urgence de l'adoption universelle du Système métrique par les savants de tous les pays. ))

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La discussion de ce document commença aussitôt, et l'Académie décida qu'une Commission prise dans son sein (') lui rendrait compte de l'état de la question relative à l'extension qu'il s'agirait de donner au Système métrique parmi les divers peuples.

Le Rapport (^) de cette Commission, fait par Dumas et présenté dans la séance du 23 août suivant, fut, le même jour, adopté à l'unanimité par l'Académie.

Après avoir insisté sur ce point que dès le début la France avait donné au nouveau Système de poids et mesures un caractère international, ce Rapport continue ainsi :

« La tradition fait remonter à Laplace une grande part dans la conception du système; elle attribue à Borda le mérite du plan des ope'rations géodésiques, et à Lavoisier la responsabilité de la marche adoptée pour la détermination du kilogramme.

» Les documents établissent la part qui revient dans l'exécution à Delambre, Méchain, Lenoir et Fortin.

B Alors même que les procès-verbaux et les Rapports définitifs ne le démontreraient pas, la répartition des premJères copies authentiques du mètre et du kilogramme prototypes indiquerait, à elle seule, sur quel pied d'égalité les nations étrangères et la France furent placées pendant ce travail et au moment de sa conclusion. En effet, douze exemplaires du mètre ayant été comparés au prototype, et leur exactitude ayant été reconnue, ils furent distribués sans distinction, pour leurs divers États, entre les Commissaires, au moment de clore leur travail, et les étrangers en reçurent dix.

» Cependant la Conférence géodésique internationale, réunie à Berlin en 1867, proposait, ainsi que le rappelle M. Jacobi, la construction d'un nouveau mètre prototype européen, dont la longueur devait différer aussi peu que possible de celle du mètre des Archives de Paris, et dans la construc-

(') Cette Commission, nommée par le président Claude Bernard, fut ainsi composée : Elie de Beadmont, Dumas, Regnault, Mathieu, Le Verrier, Morin, Faye.

(•) Rapport sur les prototypes du système métrique : le mètre et le kilogramme Comptes rendusyi. LXIX, p. 5i4-5i8.

2 00 Chapitre XXIV.

tion duquel on aurait surtout en vue la facilité et l'exactitude des comparaisons nécessaires.

» Laconstruction du nouveau mètre prototype et la comparaison des copies destinées aux divers États seraientconfiéesàune Commissioninternationale.

» A ces prescriptions, M. Jacobi ajoute celle qui était formulée par le Congrès international de Statistique, qui voulait que cette Commission fût chargée en outre de la correction c/es jpe^/Ys défauts scientifiques du Sy^stème.

» De son côté, le Gouvernement français n'était pas demeuré indifférent à ces manifestations....

» En attendant, puisque la question semble destinée à faire ailleurs l'objet de discussions publiques, l'Académie pensera sans doute, avec la Commission qu'elle a chargée de l'examiner, qu'une déclaration de sa part est devenue nécessaire. Ses Commissaires n'avaient pas besoin d'une longue délibération pour la préparer. Ces matières n'ont jamais cessé de les occuper, et elles sont devenues depuis deux ans, pour chacun d'eux, l'objet d'une étude approfondie, ayant été consultés à divers titres par l'autorité sur les difficultés qu'on lui signalait.

» Trois questions sont posées : i° Le mètre prototype des Archives représente-t-il l'unité fondamentale du Système métrique? 2° Le kilogramme des Archives représente-t-il l'unité de poids? 3» Peut-on donner aux Gouvernements qui veulent adopter le Système métrique le moyen de se procurer avec certitude des étalons du mètre et du kilogramme absolument conformes à ces deux unités?

» Les Membres de votre Commission n'ont jamais hésité à ce sujet, et leurs nouvelles conférences n'ont fait que les fortifier dans leur sentiment.

» Le mètre et le kilogramme des Archives sont des prototypes représentant, l'un l'unité fondamentale du Système métrique, l'autre l'unité de poids.

» Ils doivent être conservés comme tels, sans modification.

» En effet, ce serait bien mal connaître la pensée des savants illustres qui ont préparé et exécuté le travail relatif à la détermination des bases du Système métrique, que de supposer qu'ils aient considéré la distance du pôle boréal à l'équateur comme invariable sur tous les méridiens, et la méridienne qui traverse la France comme représentée, elle-même, par des chiffres absolus.

» La valeur du mètre changerait donc avec les pays et les époques, si l'on n'acceptait pas comme unité fixe la valeur qui lui a été attribuée par leurs premières opérations. Les changements, il est vrai, resteraient absolument

Propagation du Système métrique à l'étranger. 261

insensibles dans la pratique; ils auraient, néanmoins, pour effet de jeter le trouble dans les travaux scientifiques et d'exiger, pour leur comparaison de nation à nation, ces calculs de conversion qu'on a voulu éviter par l'adoption d'un type commun.

» La France est d'autant moins libre de considérer la valeur du mètre, dont elle a. gardé le prototype, comme destinée à subir les variations qui seraient indiquées par les nouvelles mesures du méridien qu'on pourrait exécuter, qu'elle n'a pas adopté seule cette unité fondamentale; que, comme nous l'avons rappelé, diverses nations ont concouru par leurs délégués au travail de sa Commission primitive des poids et mesures, et que depuis le commencement du siècle beaucoup d'autres ont adopté le Système métrique et fait exécuter des étalons authentiques de son unité.

» A l'égard du kilogramme, on lui reproche de représenter le poids du litre d'eau au maximum de densité, et non le litre d'eau à zéro, par exemple, quantité mieux définie. Il est bien connu que les expériences relatives à la détermination du kilogramme ont été effectuées à zéro ou à quelques dixièmes de degré au-dessus : rien n'était donc plus facile que de s'en tenir à ces premiers résultats. Il est également certain que les savants français avaient admis, en formulant leur programme, que l'unité de poids serait le décimètre cube d'eau liquide à zéro. C'est un acte de déférence envers M. Trallès, délégué de la Suisse, qui a fait accepter, par les Commissaires français, le maximum de densité de l'eau comme terme fixe.

» Faut-il le regretter? Nous ne l'examinons pas. Le kilogramme des Archives est une unité tellement conforme à sa définition qu'il serait impossible de la modifier d'une manière appréciable pour les besoins ordinaires de la société.

» Y a-t-il lieu de faire pour les savants un kilogramme qui soit capable de satisfaire aux exigences des expériences ultérieures, par lesquelles le maximum de densité de l'eau serait fixé d'une manière définitive.^ Nous ne le pensons pas. Il paraîtrait bien plus naturel de garder, pour les besoins de la Science, le kilogramme tel qu'il est, et de modifier en un point secondaire sa définition, ce qui serait sans conséquence.

» La Commission ne saurait donc accepter, ni pour la détermination du mètre, ni pour celle du kilogramme, qu'il y ait lieu d'admettre l'utilité de nouvelles opérations ayant pour objet de fixer les deux types de ces mesures. Si, sous prétexte du progrès de la Science, on acceptait que ces types peuvent être modifiés aujourd'hui, leur instabilité se perpétuerait d'âge en

262 Chapitre XXIV.

âge; les savants de chaque siècle pourraient, en effet, avoir là prétention d'introduire à leur tour de nouvelles corrections dans les méthodes employées par leurs prédécesseurs.

» La Commission, après avoir décidé, à l'unanimité, qu'il y a lieu de considérer les prototypes du mètre et du kilogramme déposés aux Archives comme invariables et comme appartenant à toutes les nations, a examiné ce qui restait à faire pour permettre aux délégués de tous les pays d'intervenir dans l'étude des moyens à employer pour en reproduire des copies authentiques destinées à servir d'étalons.

» Il lui a paru que, pour conserver au Système métrique son large caractère d'universalité et pour dégager de plus en plus la France de toute prétention à une prépondérance qu'elle n'a jamais réclamée, il convenait de continuer ce qui s'était fait dès l'origine de ce travail, et d'appeler à un nouveau concert les nations étrangères.

» Elle a donc l'honneur de proposer à l'Académie de demander au Gouvernement de provoquer la formation d'une Commission internationalequi serait chargée d'étudier les moyens d'exécution des étalons destinés aux divers pays, et de choisir les méthodes de comparaison ou les instruments de vérification qu'il convient de mettre en usage pour les obtenir dans l'état actuel de la science. »

Sans doute, comme l'affirme ce Rapport, les savants illustres qui ont fondé le Système métrique n'attribuaient pas à tous les méridiens une égalité parfaite, et ils ne pensaient pas que la longueur de la méridienne mesurée entre Dunkerque et Barcelone fût connue d'une manière en quelque sorte rigoureuse; ils n'admettaient donc pas que le mètre eût le caractère d'une mesure absolument naturellCy pouvant être retrouvée en tout temps et en tous lieux si elle venait à se perdre ou à s'altérer.

Mais on a pu remarquer (voir, par exemple, le Rapport de Fourcroy, p. 42; celui de Prieur, p. 61, etc.) que beaucoup de documents officiels lui attribuent cet avantage; le Rapport de l'Académie de Saint-Pétersbourg (voir p. 25 5) rappelle que, longtemps après, Arago le lui attribuait encore; et cette idée

Propagation du Système métrique à Vétranger. 263

fausse s'est perpétuée jusqu'à aujourd'hui. Mais elle ne supporte pas l'examen depuis que l'on sait non seulement que les divers méridiens sont inégaux, mais encore que la longueur de chacun d'eux est susceptible de changer. Aussi est-on aujourd'hui d'accord pour regarder le Système métrique français comme un système de convention; mais par sa relation primitivement supposée avec la grandeur de la Terre et par la liaison parfaite de ses diverses parties, c'est celui qui présente le plus d'avantages et qui s'est imposé à tous.

C'est pour n'avoir pas tenu compte de ce fait que Pontécoulant (^) proposait de créer un nouveau mètre exactement égal à ^^ 00^00 0 d^ 1^ distance actuelle du pôle à l'équateur (^j; si une telle proposition avait été acceptée, le système des poids et mesures aurait été voué à des changements perpétuels.

On voit, par les deux Rapports précédents, que les Académies des Sciences de Saint-Pétersbourg et de Paris étaient d'accord sur ce point : provoquer la réunion d'une Commission internationale qui étudierait les meilleurs moyens d'exécuter les copies destinées aux divers pays.

Tout en faisant des réserves sur d'autres points, l'Association géodésique adhéra également au même projet, en votant les résolutions suivantes [Bi, 33 (^)] :

« 1° La Commission permanente de l'Association géodésique interna-

(') Observations relatives à la question des prototypes du Système métrique. Comptes rendus, t. LXIX, p. 728-730 (27 septembre 1869).

(*) La Note de Pontécoulant renferme plusieurs méprises que M. Faye et M. Mathieu réfutèrent aussitôt. (Voir, Comptes rendus, t. LXIX, p. 737-741 et 741-742.)

(') Pour la signification de cette abréviation et de celles du même genre que l'on rencontrera dans la suite, voir la Bibliographie qui se trouve à la fin de ce volume.

264 Chapitre XXIV. — Propagation du Système métrique à l'étranger.

tionale a pris connaissance, avec grande satisfaction, de la demande faite par l'Académie de Saint-Pétersbourg en faveur de la confection d'un nouveau prototype du mètre européen, puisque cette démarche se trouve en complet accord avec les décisions prises à cet égard, en 1867, par la Conférence, à Berlin. La Commission permanente renouvelle auprès des délégués la demande, formulée déjà par la Confe'rence générale, de recommander à leurs gouvernements la participation à la Commission internationale qui sera chargée de la confection du nouveau mètre prototype.

)) 2° Par rapport aux décisions prises par l'Académie des Sciences de Paris, dans sa séance du 23 août i86g, la Commission permanente regrette certains malentendus qu'on rencontre dans le Rapport de la Commission académique, au sujet du but et des motifs de la Conférence générale; et elle déclare que la nécessité de la confection internationale d'un nouveau prototype du mètre, dont la longueur cependant doit répondre autant que possible à celle du mètre légal français, ne lui semble point réfutée par !e Rapport de la Commission académique de Paris.

» Mais, en même temps, elle salue avec plaisir la décision prise par l'Académie, de recommander au Gouvernement français la convocation d'une Commission internationale, chargée d'étudier et de décider ces questions importantes.

» La Commission permanente attribue une grande importance à ce qu'on arrive à une entente dans les démarches qui sont ou seront faites dans cette question, par la Conférence générale géodésique, par l'Académie de Saint-Pétersbourg et par celle de Paris. Par conséquent, elle prie le Bureau central de chercher, par tous les moyens à sa disposition, à amener entre les diftérentes autorités scientifiques intéressées une entente et une action communes, à pousser, autant que possible, à la réunion d'une Commission internationale et à représenter éventuellement, au sein de cette Commission, les intérêts scientifiques de l'Association géodésique pour la mesure des degrés en Europe. »

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