SUITE DES TRAVAUX DE LA SECTION FRANÇAISE
Le Comité international, prévu par l'article 3 de la Convention (p. 329), a sa composition réglée par l'article 8 du Règlement (p. 333). Autorisé, en outre (art. 6 des Dispositions transitoires, p. 337) à se constituer immédiatement, il élut pour son président le général Ibaiiez, pour secrétaire le D*" Hirsch, et il tint'immédiatement plusieurs séances (19-24 avril 1875). Dans la suite il se réunit encore à Paris en avril-mai 1876 et en septembre 1877.
Durant cette période de trois ans, le Comité international s'occupa surtout de la fondation du Bureau international (^) et de la création des instruments nécessaires à cet établissement.
En outre, d'après l'article 4 des Dispositions transitoires, il devait concourir avec la Section française à la construction des nouveaux prototypes : c'est ce qui eut lieu en effet, mais l'entente fut parfois troublée.
On se souvient que la Section française avait fondu un grand lingot de platine iridié, de 250^^^, puis en avait tiré un certain nombre de règles en X pouvant former des étalons du mètre.
(M f'oir Chap. XXX, p. 353.
Travaux de la Section française, 1 875-1880. 33g
Plus tard, quand cette matière eut été forgée et étirée, de manière à n'avoir plus de bulles, sa densité fut trouvée, en moyenne, égale à 21,1 i5j tandis qu'on avait obtenu 21,455 pour le platine iridié très pur, puis 21, 385 pour un autre échantillon, regardé comme le type à réaliser.
Comme le platine et l'iridium sont les corps les plus pesants, cette densité trop faible devait tenir à la présence de quelque métal étranger. Aussi, dès que H. Deville eut connaissance de cette différence tout à fait inattendue, il reprit l'analyse complète de l'alliage du Conservatoire et y trouva 0,006 de fer et 0,014 de ruthénium. Il attribua ce fer à l'action des outils employés pour le travail mécanique des règles; une partie pouvait venir, pensait-il, de l'armature du creuset qui s'était fendu pendant la fonte; quant au ruthénium, il ne pouvait provenir que de l'iridium, préparé par Deville. Mais, ajoutait-il, ce métal aurait été éliminé par oxydation, pendant la fusion, si celle-ci avait été suffisamment prolongée, et si la flamme employée avait été assez oxydante.
L'analyse lui donna, pour le métal du Conservatoire, la composition suivante :
Platine 88,94
Iridium 8,73
Ruthénium i ,44
Fer 0,61
Rhodiumi o, 20
Cuivre o, 08
Ce métal pouvait-il être considéré comme ayant la composition demandée (résolution VI, p. 3oi)?
340 Chapitre XXIX.
C'était bien douteux; aussi Deville insista avec raison pour refondre les règles et pour affiner le métal par un nombre suffisant de fontes. Mais il fut seul de cet avis; et la Section décida au contraire de continuer le travail des règles.
Ce fut là une décision bien grave, car elle allait peser lourdement sur l'avenir ; mais du moins elle pouvait paraître justifiable.
En premier lieu, l'analyse même de Deville était vivement discutée : Peligot ne put d'abord constater la présence du ruthénium dans le métal des règles; et un chimiste hollandais, A. Oudemans, n'y trouvait que 0,27 pour 100 de ce métal et o,5o pour 100 de fer ('). Fizeau, appuyé sur de nombreuses déterminations du coefficient de dilatation, concluait qu'il ne pouvait renfermer plus de 0,40 pour 100 de ruthénium; et les expériences magnétiques de E. Becquerel n'accusaient pas plus de 0,35 pour 100 de fer; plus tard elles abaissèrent même cette limite à o,25 pour 100.
D'un autre côté, le métal était inaltérable puisque, dans une exposition de treize heures au rouge blanc, aucune partie ne s'était ni volatilisée, ni oxydée; une nouvelle fusion (2) n'avait changé en rien son coefficient de dilatation, que l'on croyait d'ailleurs se rapprocher d'une façon inespérée de celui du platine de Borda; Deville lui-même reconnaissait que la matière des règles est tout à fait satisfaisante, et que les chiffres relatifs à la dilatation plaidaient beaucoup en faveur de l'excellence de cette matière.
l') Ces discordances avec les résultats obtenus par Deville s'expliquent par le fait que celui-ci n avait pas publié en détail les procédés d'analyse qu'il avait créés et qu'il était pour ainsi dire seul à connaître. Ajoutons que l'analyse de Deville a été reconnue exacte.
(*) On montra plus tard que de nouvelles fusions augmentent graduellement la densité, et par suite épurent le métal.
Travaux de la Section française, 1875.-1880. ^41'
Enfin, ajoutait-on encore, ce qu'on appelait en 1872 un alliage de platine et d'iridium purs, avec une densité de 21,1 5, c'était précisément une matière identique à celle des règles, et l'on ne saurait exiger que la matière fût changée en raison des progrès graduels delà science; d'ailleurs la tolérance admise de 2 pour 100 ne pouvait-elle pas s'entendre de métaux qui ne seraient ni du platine, ni de l'iridium, mais qui seraient de leur famille? En outre, le Comité permanent a unanimement approuvé en octobre 1874 [voir p. 320) la matière (^) et les procédés de fabrication des mètres.
Telles étaient les raisons pour s'opposer à une refonte qui aurait annulé à peu près complètement les difficiles et laborieuses opérations faites depuis le mois de mai 1874.
Et comme la Conférence diplomatique du mètre était sur le point de se réunir, la Section française porta les résultats obtenus à la connaissance du Ministre par la déclaration suivante (B vir, p. 54) :