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V. Comparaison des mesures de province à celles de Paris

Tillet, Brisson, Vandermonde (*).

Ces commissaires furent reçus par Louis XVI le 19 juin 1791, la veille même de la fuite de Varennes. Avec une tranquillité et un sang-froid surprenants, à la veille d'un projet si hasardeux, le roi s'entretint avec les commissaires, rangés en cercle autour de lui, dans son cabinet, parlanfà chacun de la partie du travail dont il était chargé. « Comment [^), dit-il à Cassini, vous allez

(') Un décret du 8 août suivant, rendu sur la proposition du ministre Delessart, mit une somme de looooo livres à la disposition des commissaires de l'Académie. Ces commissaires, dit le ministre, à la séance de l'Assemblée Nationale du 7 aoiit, se sont déjà occupés de l'opération « avec tout le soin que l'on pouvait attendre de leur zèle et de leur patriotisme. Mais leurs opérations exigent de la dépense. On avait d'abord évalué cette dépense très haut; elle avait été portée à plusieurs millions. L'aperçu des commissaires ne la fait monter qu'à 3ooooo livres. On avait aussi beaucoup exagéré le temps qui serait nécessaire; les commissaires espèrent pouvoir présenter dans deux ans leur travail à la législature. Maintenant beaucoup d'ouvriers sont déjà occupés. Des voyages vont être entrepris. ...» (Moniteur Universel^ numéro du 8 aoîit 1791, ou Réimpression, t. IX, p. 335. ) (') Hist. de l'Acad. pour 1788, Hist., p. 17.

(') J.-F.-S. Devic, Histoire de la rie et des travaux de J.-D. Cassini ir, p. iSg, dit que la nomination de Cassini est du i3 avril 1791 : telle serait donc la date de la nomination de ces cinq commissions.

{*) Dans la suite, il fur nommé une Commission centrale, chargée de diriger toutes les opérations. Ses membres étaient Borda, Condorcet, Lagrange et Lavoisier. (LavoISIER, OEuvres, t. VI, p. 670.) (') Devic, loc. cit., p. i55.

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recommencer encore la mesure du méridien, que votre père et votre aïeul ont déjà faite avant vous; est-ce que vous croyez le faire mieux qu'eux? » — « Sire, répond Cassini, je ne me flatterais certainement pas de mieux faire, si je n'avais sur eux un grand avantage. Les instruments dont mon père et mon aïeul se sont servis ne donnaient la mesure des angles qu'à quinze secondes près; M. le chevalier de Borda, que voici, en a inventé un qui me donnera cette mesure des angles à la précision d'une seconde; ce sera là tout mon mérite. »

Mais le temps et les événements apportèrent à cette distribution du travail des changements nombreux :

I. — Les membres de la première Commission, Cassini, Méchain et Legendre, étaient ceux qui venaient de coopérer avec le plus grand succès à la jonction géodésique des Observatoires de Paris et de Greenwich. Legendre ne paraît avoir jamais eu l'intention de prendre part à la mesure des triangles de la méridienne. Cassini, en juin 1791, visita, avec Méchain, les termes de la base de Picard, à Villejuif et à Juvisy, mais il renonça bientôt à s'éloigner de l'Observatoire (^) et se joignit à Borda pour la détermination de rintensité de la pesanteur : Cassini et Legendre furent remplacés par Delambre.

IL — La seconde Commission, chargée de la mesure des bases, perdit bientôt le général Meusnier (1793, juin i3), d'ailleurs appelé antérieurement à l'armée du Rhin; et Monge, seul

(*) Voici ses motifs; ils sont indiqués par Cassini lui-même, dans une Notice autographe qui s; trouve à l'Observatoire de Paris :

« Père de cinq enfants en bas âge, devenu nouvellement veuf, et prévoyant la longueur, les diftîcultés et même les dangers d'une pareille opération, au milieu des troubles de la Révolution française, il a refusé la commission et s'est réduit à coopérer aux expériences du

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membre restant ( * ), ne paraît avoir pris aucune part au travail : la mesure des bases échut, comme les observations géodésiques et astronomiques, à Méchain et Delambre, qui ainsi remplacèrent à eux seuls les deux premières commissions (-).

III. — La troisième, chargée de déterminer la longueur du pendule à seconde, comprenait Borda et Coulomb : ce dernier fut remplacé parCassini qui, dit-il lui-même, fit « toutes les observations (^) », tandis que Borda avait créé les méthodes employées.

IV. — Lavoisier et Haiiy étaient chargés de déterminer le poids d'un volume connu d'eau, pour en conclure l'étalon de poids. Leurs travaux étaient presque terminés en lygS, car alors il leur restait seulement « à déterminer les variations de volume

chev. de Borda pour déterminer la longueur du pendule; c'est lui qui en a fait toutes les observations à l'Observatoire. » Pour plus de détails à ce sujet, loir DÉVIC, loc. cit., p. l5J et suiv.

Voici ce que Delambre dit de son côté dans son Histoire de la Mesure de la Terre :

« Les commîssaires nommés dans l'origine pour partager avec Méchain les travaux de la méridienne étaient Cassini et Legendre. A l'époque où les opérations allaient commencer, ils s'excusèrent l'un et l'autre; je venais d'entrer à l'Académie et ils consentaient à s'en reposer sur moi. Je n'avais rien à objecter à Legendre : je croyais être sur que jamais il n'avait eu l'idée de se charger de cette opération. Cassini n'avait aucune excuse réelle, sinon les opinions politiques, qui ne lui permettaient aucun rapport avec un gouvernement qu'il ne voulait pas reconnaître; mais ce motif, quelle que soit la force qu'on lui suppose, n'était pas de nature à être mis en avant. Je trouvais déjà que c'était une imprudence assez grande, dans les circonstances où nous nous trouvions alors, que de refuser une misçion qui, en lui faisant peut-être courir quelques risques, le préservait de périls plus imminents et auxquels il n'a pas longtemps échappé. Je ne craignais ni ne désirais cette mission qu'il refusait, je fis tous mes efforts pour lui faire changer sa résolution : il fut inébranlable et je fus aussitôt désigné pour remplacer Legendre et Cassini. »

( * ) L'Académie avait songé à adjoindre à cette commission Cassini, sans doute après qu'il eut renoncé à faire la mesure de la méridienne. [Voir Lavoisier, OEurres^ t. VI, p. 671.)

[') Toutefois, l'étude des règles pour la mesure des bases fut faite par Lavoisier et Borda, qui étudièrent aussi la règle bimétallique employée pour mesurer la longueur du pendule à secondes.

(') Notice manuscrite. T'oir ci-devant, p. 23, note. Ce remplacement se fit peut-être sans l'avis de l'Académie, car, plus tard, Lavoisier écrivait encore que la Commission du pendule se compose de Borda et Coulomb; et il ajoute que les opérations sont terminées à Paris. (Lavoisier, OEurres, t. VI, p. 671.)

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et de pesanteur qu'éprouve l'eau suivant les différents degrés de température (^) ». Mais, après la mort de Lavoisier^ on a, semble-t-il, perdu de vue les travaux qu'il avait déjà faits avec Haûy, et les déterminations définitives furent demandées à Lefèvre-Gineau, aidé quelque temps par Fabbroni.

V. — Le 20 décembre 1791, la cinquième Commission perdit Tillet, qui fut remplacé par BerthoUet. Il n'est rien resté des travaux de cette commission, à moins que Ton ne considère comme tel l'Ouvrage publié par Brisson en l'an VII, sous le titre d'Instruction sur les nouveaux poids et mesures.

D'ailleurs, la tâche de cette cinquième Commission, telle que la détinissait ledécret du 8 mai 1790, était irréalisable (2). Aussi, dès la fin de la même année, à la demande de TAcadémie et sur la proposition de Heurtault (ci-devant Lamerville), parlant au nom du Comité d'Agriculture et de Commerce, l'Assemblée Constituante Vendit un nouveau décret, limitant les mesures demandées à celles en usage dans les chefs-lieux de districts (^).

Malgré cela, les mesures envoyées par les départements furent

(') Fuir Lavoisier, OEuvres, t. VI, p. 671 et 67g.

(^) « Le Conseil du département de la Nièvre, dans une lettre adressée à l'Académie, annonce qu'il s'est occupé de l'exécution du décret de l'Assemblée Nationale du 8 mai dernier, concernant les poids et mesures, mais qu'en envisageant cette tâche de plus près, elle lui a paru effrayante, que chaque fief a des mesures particulières pour les grains, et que, s'il fallait faire l'envoi d'un modèle de tous, la dépense serait immense, et que les mesures seraient d'ailleurs exposées à se déformer en route; il propose, pour simplifier les opérations, d'envoyer pour les mesures de grains et de liquides le diamètre et la profondeur de chacune pris avec exactitude avec un pied de roi.... » ( Lavoisier, OEuvres, t. Vf, p. 663 ; décembre 1790. )

Foir aussi Condorcet, OEuvres complètes^ t. I, p. 5 12 et suiv., la lettre écrite à ce sujet à l'Assemblée Nationale, par Condorcet, au nom de l'Académie, avec une Instruction pour les directoires des quatre-vingt-trois'départements et un projet de décret reproduit, avec modifications, par le suivant, adopté par l'Assemblée le 8 décembre 1790.

(') DÉCRET DU 8 DÉCEMBRE 1790. — « L'Assomblée Nationale, après avoir entendu le rapport de son Comité d'Agriculture et de Commerce, et sur les observations de l'Académie

20 Chapitre IL — Création du nouveau système de Poids et Mesures.

nombreuses, puisque, en septembre 1793, celles qui avaient déjà été reçues formaient un encombrement considérable, quoique quatorze départements seulement se fussent conformés aux décrets de l'Assemblée Nationale (^). Ces mesures étaient alors réunies à Sainte-Geneviève.

Quant au rapport des anciennes mesures de Paris aux mesures métriques, il résulte, pour les longueurs, de la mesure de l'arc de méridien exprimé en toises^ et, pour les poids, de la détermination du poids, exprimé en grains, d'un volume connu d'eau (^j.

des Sciences, désirant faciliter l'exécution de son décret du 8 mai dernier, sanctionné par le roi le 22 août ; considérant qu'une partie des mesures existantes dans les municipalités, principalement pour les grains, sont irrégulières; que quelques-unes peuvent avoir été altérées par le temps, et n'être plus conformjs aux titres en vertu desquels elles ont été établies; que ce serait consacrer des erreurs ou des infidélités que de fixer les rapports de semblables mesures, et que le fait se trouverait eu beaucoup de lieux en opposition avec le droit, décrète ce qui suit :

>i Article premier. — Les directoires de départements se feront adresser par les directoires de districts un étalon des différentes mesures de poids, et mesures linéaires et de capacité, en usage dans le chef-lieu de district, avec le rapport constaté authentiquement et par titres ou procès-verbaux en bonne forme, de ces mesures principales, avec toutes les autres mesures en usage dans le district.

» Art. 2. — Aussitôt que ces mesures et les pièces qui doivent les accompagner auront été rassemblées dans le chef-lieu du département, l'envoi en sera fait au Secrétariat de l'Académie des Sciences, en évitant les doubles emplois, dans les cas d'égalité authentiquement reconnue entre les mesures de plusieurs districts.

» Art. 3. — Le présent décret sera adressé sans délai aux assemblées administratives des départements. »

{ ') Lavoisier, OEuvres, t. VL P- 687 et 690. En réalité les comparaisons des anciennes mesures aux nouvelles furent faites en province, et les résultats forment à peu près un volume par département.

(^) LiVoisiER, OEucres, t. VL p, 683-683. — Base du Système métrique, t. IH, p. 558. — Pour la pinte et le setier de Paris, voir Lavoisier, OEuvres, t. VI, p. 660.

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