LE MÈTRE PROVISOIRE
Les académiciens chargés de l'établissement des nouvelles mesures se mirent à l'œuvre dès que leurs appareils, leurs instruments furent construits. Mais les événements se précipitaient, ralentissant les opérations les plus longues, celles qu'il était le plus nécessaire d'accélérer : dans ces conditions, on fut conduit à créer un mètre provisoire.
Le ministère girondin du 24 mars 1792 était au pouvoir depuis dix jours, quand l'Assemblée Législative entendit lecture de plusieurs lettres du ministre Roland. Dans l'une d'elles, dit le procès-verbal de la séance du 3 avril, «ce ministre prétend que la diversité des poids et mesures est ce qui s'oppose principalement à la libre circulation des grains dans le royaume. Il propose en conséquence à l'Assemblée de décréter un moyen provisoire pour faire cesser cette diversité, jusqu'à ce que l'Académie des Sciences de Paris ait fait son travail sur le mode définitif. Sa lettre est renvoyée aux Comités de commerce et d'instruction publique réunis, y)
Et le même procès-verbal ajoute : « Un membre demande que
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le pouvoir exécutif soit tenu de rendre compte incessamment de l'état où se trouve, à cet égard, le travail commencé depuis longtemps par l'Académie des Sciences. Sa proposition est adoptée. »
Nous ne connaissons pas le nom du député impatient qui oubliait sans doute que le plan adopté datait du décret du 26 mars 1791 : Delambre et Méchain n'avaient pas encore leurs instruments.
Quoi qu'il en soit, à la date du 2 mai 1792 l'Académie rendit compte de ce qu'elle avait fait ( ' ) :
1° Construction de quatre cercles astronomiques pour mesurer l'arc de méridien entre Dunkerque et Barcelone; 2° construction de trois règles de platine pour la mesure des bases; 3° construction de divers objets pour déterminer la longueur du pendule à seconde; 4" appareils pour la détermination du poids d'un volume connu d'eau, afin de fi'xer l'unité de poids. Les dépenses faites montent à 34157 livres, et l'Académie prévoit que la dépense totale montera à 3ooooo livres.
La lettre de Roland et le compte rendu de l'Académie furent renvoyés au Comité d'instruction publique, qui s'en occupa dans les séances de mai 14, juin i , 8 et i 3 : Prieur fut chargé d'examiner ces pièces, mais ne fit pas de rapport.
Paris avait vu les journées du 20 juin et du 10 août, puis les massacres de septembre : pendant ce temps, Delambre et Méchain commençaient la mesure des triangles; Borda et Cassini déterminaient la longueur du pendule à seconde.
(') Extrait des registres de l'Académie royale des Sciences, du 2 mai 1792. Imprimé par ordre de l'Assemblée, 8 p. in-8°. (Bibliothèque nationale, Lc''3U.)
Le Mètre provisoire. 29
La Convention ayant remplacé l'Assemblée Législative (21 septembre 1792), une députation de l'Académie des Sciences fut admise à sa barre, le 25 novembre, et en son nom Borda rendit compte de l'avancement des travaux relatifs aux nouvelles mesures. Puis Lalande, faisant fonctions de secrétaire, offrit la collection entière des Ouvrages publiés par l'Académie : Grégoire, président de la Convention, remercia la députation et l'invita à la séance.
En même temps, l'Académie élaborait le plan général du système, la nomenclature des nouvelles mesures et fixait le mètre provisoire à 36 pouces 11,44 lignes. Dans son rapport (^), qui est du 29 mai 1793, elle se prononce à nouveau pour l'échelle décimale (qu'elle propose ici d'étendre à la division du temps et des angles) , et pour le choix d'une unité de longueur en rapport simple avec les dimensions de la Terre. Puis, partant de la valeur du quart de méridien, conclue des observations de Lacaille, elle indique quelles sont les subdivisions décimales qui pourront servir pour les unités de mesures géographiques, itinéraires,
(*) « Lorsque l'Académie piésenta à l'Assemblée Nationale Constituante, en 1791, son projet sur les poids et mesures, elle se borna à proposer ce qui concernoit l'unité principale à laquelle toutes les mesures doivent se rapporter, et elle annonça qu'elle donneroit dans un second mémoire le plan du système général qui doit être établi d'après cette nouvelle unité. Pour remplir cet engagement, l'Académie vient de discuter, dans ses séances, les différentes parties de ce système; elle a établi la liaison qu'il dcvoit y avoir entre les mesl^res linéaires et celles de capacité, entre les mesures de capacité et les poids, entre les poids et les monnoies, et elle a donné des noms à ces différentes mesures et à leurs divisions; enfin, elle s'est occupée d'étendre aux mesures de toute espèce l'échelle de division décimale qu'elle avoit proposée en 1790, et qui constitue uiie partie principale du nouveau système métrique. Nous allons présenter ici le résultat de ce travail de l'Académie; nous parlerons d'abord de la division décimale, et successivement des mesures linéaires, des mesures de capacité, des poids et des monnoies.... » [Rapport fait à l'Académie des Sciences, sur le système général des poids et mesures, parles citoyens Borda, Lagrange et Monge, [Hist. de l'Acad. pour 1789, Hist., p. 1-18).]
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agraires ou usuelles : « La septième division ou la dix-millionième partie du quart du méridien sera l'unité principale de nos mesures linéaires usuelles;., cette mesure sera de 3 pieds, 1 1 lignes 44 centièmes; » c'est celle qu'on s'accorde à appeler le mètre. Le même rapport établit ensuite les liaisons qui doivent exister entre les mesures linéaires et celles de capacité, entre les mesures de capacité et les poids, entre les poids et les monnaies, et aborde enfin la question de nomenclature sur laquelle l'entente fut plus difficile, car on hésita entre la novcvtncXAtuïe, méthodique et celle dite des noms simples ( Voir Chap.VII). En dernier lieu l'Académie se prononça pour la nomenclature des noms simples. Le projet de l'Académie, envoyé à la Convention, fut dis.cuté par le Comité d'instruction publique, où Arbogast était spécialement chargé de la question des nouvelles mesures. Sur Is rapport de ce députéfut votée la loi du i"aoùt lygS, qui adopte le plan général de l'Académie, mais décrète l'emploi de la nomenclature méthodique.