‹ Le système métrique des poids et mesures. Son établissement et sa propagation graduelle, avec l'histoire des opérations qui ont servi à déterminer le mètre et le kilogrammeChapitre 10 sur 138 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LA COMMISSION TEMPORAIRE, DEPUIS SON ÉPURATION. SUSPENSION DE LA MESURE DE LA MÉRIDIENNE.

Cependant, Delambre et Méchain continuaient la mesure des

triangles aussi activement que le permettaient les difficiles cir-

^ constances de cette époque. Mais on trouvait que les opérations

préliminaires traînaient trop en longueur, et Ton songeait peut-

être à les suspendre, au moins à changer le plan primitif, à le simplifier beaucoup, et à rendre définitif le mètre provisoire qui avait été adopté par la loi du i*'' août 1793. Du moins, dit Delambre, c'est la seule manière dont on puisse expliquer l'arrêté suivant, pris par le Comité de salut public, le 23 décembre 1793, pour épurer la Commission temporaire ( * ) :

(M Dans son Histoire de la Mesure de la Terre^ Delambre donne les détails suivants sur le véritable auteur de cet arrêté :

« Lavoisier était l'un des membres les plus distingués et les plus laborieux de la Commission des poids et mesures. En sa qualité de fermier général, il était prisonnier comme tous ses collègues pour travailler a la reddition du compte général des fermes. Pour n'être pas privée de son secours et de «es lumières, la Commission avait demandé au Comité de salut public que Lavoisier pût sortir tous les matins avec un gendarme pour continuer les travaux qu'il avait commencés. Cette faveur s'accordait assez communément à des hommes moins célèbres et sur des motifs plus ou moins spécieux. Le Comité de salut public répondit à notre pétition par un arrêté... {voir p. 5i). Les motifs de cet arrêté étaient que pour Vamélioration de l'esprit publie^ il était important de ne donner de mission qu'à des hommes dignes de confiance par les vertus républicaines et leur haine pour les rois. La raison secrète était que Prieur de la Côte-d'Or, membre du Comité de salut public et homme tout à fait digne de la confiance du gouvernement dont il faisait partie, avait pris quelque part aux premiers travaux de la Commission, qu'il avait même

La Commission temporaire, depuis son épuration, 5 1

a Extrait des registres du Comité de salut public de la Convention Nationale,

Du troMÎèmc jour de ntvdse, l'aa deuxième de la République française, une et indivisible.

D Le Comité de salut public considérant combien il importe à ramélioration de l'esprit public, que ceux qui sont chargés du gouvernement ne délèguent de fonction, ni ne donnent de mission qu*à des hommes dignes de confiance, par leurs vertus républicaines et leur haine pour les rois; après s'en être concerté avec les membres du Comité d'instruction publique, occupés spécialement de l'opération des poids et mesures, arrête que Borda, Lavoisier, Lapiace, Coulomb, Brisson et Delambre, cesseront, à compter de ce jour, d'être membres de la Cçmmission des poids et mesures, et remettront de suite, avec inventaire, aux membres restans, les instrumens, calculs, notes, mémoires et généralement tout ce qui est entre leurs mains, de relatif à l'opération des mesures; arrête en outre que les membres restans à la Commission des poids et mesures, feront connoftreau plus tôt au Comité de salut public, quels sont les hommes dont elle a un besoin indispensable pour la continuation de ses travaux, et qu'elle fera part en

pr^nté oae nomenclature pour le nouveau système décimal et qu'il assistait à toutes les rcooions qai avaient lieu chez Lavolsier; qu'à la suite de ces conférences, il arrivait souvent qu'on parlât de politique; qn'il 8*était élevé des débats assez animés entre ceux qui ne méritaient plus aucune confiance et le membre de la Convention qui s'était signalé par ta haine pour les rois; que dans ces discussions. Prieur se trouvait le plus souvent seul oootre tons et que la force des raisons qu'il avait à opposer à ses adversaires ne réparait pas laffisaffimenl le déaaTantage du nombre. En conséquence, il nourrissait un ressentiment profond contre Ltvoisier surtout, et ceux de ses confrères qui s'étaient montrés les plus ardents, les plus spirituels ou les plus piquants dans la dispute, comme Borda et Coulomb. Tels furent lea motifs qui dictèrent à Prieur l'arrêté qu'on vient de lire et que pour la forme il fit revêtir de la signature de ses collègues, Barrère, Robespierre, Billaud-Varenne, Coutbon, etc., dont les noms se Usaient après celui de Prieur de la Côte-<l'Or.

• Eo transcrivant cet arrêté textuellement, aux pages 49 et 5o de la Ba$e du syitème métrique, t. I, par égard j'ai supprimé les signatures de ceux qui vivaient alors, me Fésenrant de ne rien déguiaer, si quelque jour j'avais une autre occasion de faire l'histoire eatière de notre meaare. ... Il était visible qu'on voulait changer le plan ou du moins le simplifier beaucoup ; et déjà on avait l'idée d'un mètre provisoire qu'on songeait à rendre définitif; on n'avait plus besoin de la mesure du méridien, et c'est ce qui me valait rho&oeor de voir mon nom associé à ces noms fameux. On ne parla point de Méchain, parce qu'il était en Espagne et qu'on craignait qu'il ne prît le parti de s'y fixer avec ses insininMnta, ses registres et les fonds qu'il avait emportés de France.

* Le président qui venait de succéder i Borda, Lagrange, me prévint de notre destitu-

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