DE L’ACCORD TRIPARTITE
Sans mésestimer la portée de la déclaration commune du 25 septembre 1936, on peut donc déclarer que les arrangements: techniques conclus par la suite, et notamment le 13 octobre suivant, ont constitué la partie essentielle de l’accord tripartite devenu peu après le «pacte monétaire à six ».
Toutefois, l'importance de ces arrangements a été exagérée dans certaines déclarations de personnalités anglo-saxonnes et françaises ; elles ont voulu y voir une stabilisation de fait et l'établissement d’un étalon-or international réformé et adapté aux circonstances de l’heure, alors que le régime instauré n’avait rien de commun avec celui de l’étalon-or.
D'une part, cinq (2) sur six des pays participants ont, ou avaient déjà, libéré leur monnaie de tout lien rigide et légal avec l'or, alors que l’une des caractéristiques principales de l’étalon-or est le rattachement de l’unité monétaire à un poids fixe de métal jaune. D'autre part, ces pays comptaient diriger la valeur aw change de leur monnaie et surveiller ses variations par rapport à l'or par l’intermédiaire des Fonds de stabilisation ou d’égalisation, alors que, sous l'empire de l’étalon-or, le maintien du change à la parité-or résulte du jeu automatique des points d’or.
En réalité, l’accord tripartite était un accord essentiellement élastique, par lequel les pays signataires originels et adhérents s’engageaient, avant tout, à ne pas déprécier leur monnaie dans le but de s'assurer, par ce procédé, des avantages sur les marchés commerciaux. Mais, malgré l’assurance de coopération contenue dans l'accord, ces pays — la Belgique exceptée — se sont réservé la faculté de modifier, après un simple préavis de 24 heures, leur prix de l’or et, par conséquent, le niveau du change, comme une arme défensive au cas où l’une des parties ne respecterait pas ses obligations. L'accord n’était, en somme, qu’ « une paix armée » mettant provisoirement un terme à la «guerre des monnaïes » née
(1) Cf. : Après la dévaluation, par D.Graham Hutton dans je n° de novembre 1936 de la Llyods Bank Review.
(2) La Belgique a maintenu la teneur-or de sa monnaie fixée par l’arrêté du 31 mars 1936.
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‘en 1931 (1). Mais il était incapable d’entraver la spéculation sur les changes du fait même que les devises pouvaient subir des “variations.
Quant aux arrangements techniques passés au cours du dernier trimestre 1936, ils ont été surtout conclus dans le dessein de permettre à chacun des participants de défendre sa monnaie sans courir de risques de change. Lorsqu'un Fonds d’égalisation ou de stabilisation intervenait pour soutenir une monnaie, il ne consentait aucun sacrifice puisque le gouvernement, pour le compte duquel il agissait en fait dans une certaine mesure, s'était engagé envers lui, à échanger ses devises contre de l’or.
Ces arrangements ont permis à l’or de jouer un rôle régulateur de premier ordre sur le marché international des changes, alors que la plupart des monnaies étaient devenues flottantes ; ils ont consacré la revanche du métal jaune au moment même où le bloc-or disparaissait par suite de l’abandon, par la France, de l’étalon de change-or lingots.
(1) Voir dans le compte rendu des Débats parlementaires, Chambre des -députés, J. O. du 29 septembre 1936 les critiques formulées sur la nature et la portée de l'Accord tripartite, notamment pp. 2767, 2768, 2772, 2783, 2786 ‘et au Sénat, J. O. du 127 ctobre 1936, pp. 1407, 1409 à 1411 et 1416.