‹ Le Système Monétaire Français: Son Évolution Depuis 1936Chapitre 17 sur 102 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Origines, buts et échec de la dévaluation du franc français du 1” octobre 1936.

SECTION I. — Origines de la dévaluation du franc français du 17 octobre 1936 (1).

Les exportations de capitaux français, intermittentes depuis. - 1933, avaient recommencé sur une grande échelle à partir du printemps de 1935. En conséquence, l’encaisse-or (2) de la Banque de France, qui s'élevait à 82,6 milliards de francs le 29 mars 1935, tomba à 65,5 milliards de francs le 27 mars 1936, et les sorties de métal jaune de France s’étant accélérées en avril mai et juin 1936, à 54 milliards de francs le 26 de ee dernier mois. Après un arrêt pendant l'été, les exportations d’or hors de France reprirent et ramenèrent cette encaisse, entre le 4 et le 25 septembre 1936, de 54,1 à 50,1 milliards de francs.

S’ajoutant aux diminutions d’encaisse antérieures, cet. exode massif de l’or provoqua d’actives controverses sur la question d’une dévaluation éventuelle du franc et la fit apparaître de plus en plus probable, ainsi qu’en témoigne l’évolution à Paris des cours au comptant des devises étrangères, et surtout celle des

(4) Lhomme J. : Le taux de l’intérêt et l’évolution économique, 22 partie. (2) Evaluée sur la base de 65,5 mgr. d’or à 900/1.000€ pour un franc.

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déports sur le marché à terme des changes. En mars 1936, le cours moyen de la livre sterling s’établissait à Paris, à 74,92 francs, et celui du dollar des Etats-Unis à 15,074 francs. Ces cours s’élevèrent progressivement, sauf un léger recul en juillet-août, à 77 francs et 15,19 francs le 23 septembre 1936. Mais la hausse de la livre et du dollar était limitée par lé point d’or de sortie. Les variations des déports à 3 mois reflètent mieux la tendance du marché des changes à l’époque. Le déport # 3 moïs sur la livre sterling passa de mars à juin 1936, de 2,29 à 5,23 fr. et, sur le dollar, de 0,48 à 0,92 fr. Après avoir fléchi respectivement à 2,60 et 0,54 en juillet, il s’était relevé à 8,34 et 1,30 le 25 septembre (1).

Outre la méfiance qu'il suscitait dans l’avenir du franc français, l’affaiblissement du stock d’or de la France présentait d’autres dangers. Il était considéré à l’étranger comme une diminution de la puissance financière et, indirectément, de Ia puissance militaire de ce pays. Il donnait l'impression que Fexode de métal avait des causes si profondes qu'il était destiné à se poursuivre jusqu’à l’épuisement de l’encaisse de la Banque de France.

La cause essentielle de l’exode de métal jaune a résidé, en 1935 et 1936, dans les exportations massives de capitaux. Elles ont été évaluées (2) à plus de 16 milliards de francs pour 1935. Pour la même année, le déficit de la balance des revenus de la France a été estimé (2), en effet, à 400 millions de francs seulement, le solde débiteur de 5 milliards de francs environ présenté par la balance du commerce extérieur étant compensé presque intégralement par les revenus provenant des frets, des assurances, du transit, du tourisme et des intérêts et arrérages. Bien que, d’après les mêmes sources (2), le déficit de la balance des revenus de la France pour les neuf premiers mois de 1936 ait atteint 2.360 millions de francs — la balance du commerce extérieur étant déficitaire de 5.280 millions — les sorties d’or de France de janvier à octobre 1936 ont été également dues, pour la plus grosse partie, aux exportations invisibles de capitaux, chiffrées (2) à 14 milliards environ de francs de 1928.

Cette fuite de capitaux français avait plusieurs causes. Le déficit budgétaire — en 1935, plus de 10 milliards, en 1936, près

(1) Soit, par an, à plus de 43% pour la livre sterling et à plus de 34%, pour le dollar.

(2) Dans le numéro annuel dé la Répue d'économie politique intitulé La Francé économique. |

‘de 8 milliards auxquels s’ajoutait l'excédent des dépenses de plus -de 9 milliards du « Fonds d'armement, d'outillage et d’avances sur travaux (1) » — avait déterminé une dangereuse augmentation de la dette publique : 18,5 milliards en 1935 (2), 17,4 mil- Jiards en 1936, qui avait fait naître des doutes sur la possibilité pour la France de maintenir la parité-or de sa monnaie.

D'autant plus que cette dernière était menacée également par Pinflation qui résultait des prêts consentis à l'Etat par la Banque de France. Ceux-ci furent effectués d’abord sous forme d’es- <ompte de Bons du Trésor qui se traduisirent par une augmentation du portefeuille d'effets de l’Institut d'émission de 11,5 milliards entre le 24 décembre 1935 et le 26 juin 1936.

En vue de régulariser ces opérations, la Banque de France signa avec le Trésor une Convention en date du 18 juin 1936, approuvée par la loi du 23 du même mois, et en vertu de laquelle lle ouvrit un nouveau compte d’avances provisoires à l'Etat, auquel devaient être portés les Bons au fur et à mesure de leur arrivée à l'échéance. Le 25 septembre, ces avances provisoires figuraient au bilan pour un montant de 13.833,4 millions. Par la convention précitée, la Banque de France avait également accordé à l'Etat une autre avance provisoire pour un montant maximum de 10 milliards de francs, sur laquelle il avait prélevé ‘2.070 millions au 25 septembre 1936.

Enfin, la fuité des capitaux français à été déterminée, pour une bonne part, par les désordres politiques et sociaux én France, et par les événements extérieurs qui avaient jeté le trouble dans d'esprit des capitalistes. |

SECTION II. — Buts de la dévaluation du franc français du 1° octobre 1936 (3).

Le 98 septembre 1936, un décret prohibaïit, à titre provisoire, la sortie ainsi que la réexportation de l'or de France, sauf dérogation accordée sur avis conforme de la Banque de France. Le méme jour, le gouvernement français demandait au Parlement d'adopter un projet de loi qui comportait une dévaluation du

(4) Véritable budget éxtraordinaire créé par la loi de financés du 31 dé- ‘cembre 1935 et alimenté par l'emprunt.

(2) À l'exclusion de la détté politique extériéure: (3) G. Pirou: La monnaie française de 1936 à 1938.

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