II. — MÉFAITS ET ERREURS DE L’ÉTATISATION DE LA MONNAIE EN FRANCE
Le papier-monnaie n’est pas, par essence, un moyen d’achat malsain. Si certaines conditions sont remplies il peut même, ainsi qu’il a été indiqué précédemment, jouer le rôle d’accumulateur de valeur. Il semble enfin constituer la forme de monnaie la plus apte à répondre au désir d’une monnaie réglée par la raison, d’une monnaie dont la circulation serait adaptable aux besoins de l’économie (1). Mais la gacilité avec laquelle il est étatisé en fait une monnaie détestabie.
En effet les gouvernements qui ont commencé à recourir aux avances de l’Institut d'émission ne savent pas, — et parfois ne peuvent pas — s’arrêter avant que le montant excessif atteint par celles-ci, n’ait entraîné une dépréciation plus ou moins forte ‘ du billet inconvertible qui, de ce fait, ne peut servir de réservoir de valeur. Il n’est que de voir l’actuelle « fuite devant la monnaie » en France, pour s’en rendre pleinement compte. Cette fuite fait ressortir également que le papier-monnaie a même cessé d’être
(2) Ch. Rist : op. cit., p. 80 et Wicksell : Vorlesungen uber Nationalôkonomie, 2° partie.
un intermédiaire des échanges satisfaisant, car sa dépréciation s’est accélérée avec l'accroissement de l'inflation monétaire.
Par ailleurs, contrairement à l’opinion qui prévaut dans certains milieux français — et étrangers qui les ont précédés dans l'erreur —la masse des billets émis à la demande de l'Etat ne fait qu’accroître le volume des moyens d’achat mis à la disposition du public sans augmenter son pouvoir d'achat. Ce dernier est le produit de l'effort de travail et du sacrifice d’épargne (1). Et il est bien évident que ce n’est pas en multipliant les instruments d'échange qu’on augmente la masse des biens échangeables. Tout ce que l’on peut attendre d’une telle politique, c’est un «coup de fouet » pour l’économie se manifestant par une brusque augmentation de la consommation, qui stimule à son tour la production. Encore les exemples récents, notamment celui de la France en 1936-37 ne sont-ils pas probants. En fait quand l'Etat fait émettre des moyens d’achat, c’est généralement pour les distribuer aux consommateurs, alors que les crédits accordés par les banques sont surtout destinés à financer la production. Aussi bien souvent, et en France particulièrement ces dernières années, l'intervention de l’Etat en matière monétaire, se traduisant par une expansion du volume des moyens de paiement, aboutit-elle de même que la dévaluation, à une modification dans la répartition des revenus qui n’est pas toujours justifiée et qui, en tout cas, a le gros défaut de favoriser certains au détriment des autres.
L’étatisation de la monnÿe en France a eu pour conséquence de transformer la Banque de France, Institut d'émission et de crédit, en un «Office de la Monnaie ». Au 31 décembre 1941, ses engagements à vue (montant cumulé des billets en circulation et des comptes courants créditeurs) avaient pour contrepartie, à concurrence de 71 % des avances consenties à l'Etat. Cette situation est susceptible d’avoir une grosse influence sur les discussions prochaines relatives au renouvellement du privilège de la Banque de France, et notamment dans le sens d’une aggravation de son « étatisation » amorcée en 1936.
(1) L. Baudin : La monnaie et la formation des prix, p. 318.
À s opératio IS. de Ha Banque de France depuis | oque s se caractérise par un développement de sa fonction pays pour les paiements intérieurs
es paiements extérieurs (1).