‹ Le système nerveux central au point de vue normal et pathologique: leçons de physiologieChapitre 22 sur 29 · TRENTE-SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-SIXIÈME LEÇON

Messieurs,

Nous allons aborder aujourd'hui Thistoire de la partie la plus importante du système nerveux, de celle qui tient sous ses ordres, nonseulement toutes les autres portions de ce système, mais encore l'organisme dans son entier, de celle qui, en outre, fait Thomme moral et intellectuel. C'est vous nommer le cerveau.

DES HÉMISPHÈRES CÉBÉBBAUX.

Constitution anatomique.

Il est presque inutile de vous rappeler que le cerveau proprement dit est formé de deux masses ovoïdes qui sont appelées hémsphères cérébraux, et qui sont reliées entre elles par une commissure blanche considérable, qui a reçu le nom de corps calleux ; que chacun de ces deux hémisphères se trouve franchement divisé en deux parties inégales par un sillon profond nommé scissure de Sylviui, et motivé par la présence de l'apophyse d'Ingrassias, du sphénoïde qui s'insinue en ce point pour ainsi dire dans la substance cérébrale; que la portion située en avant de ce sillon, qui ne représente que le tiers de l'hémisphère, repose sur la voûte orbitaire et a reçu le nom de lobe frontal ; que la portion située en arrière se subdivise elle-même, d'une manière plus artificielle, en deux lobes, l'un qui repose sur la grande aile du sphénoïde et qui est appelé lobe sphénoïdal, Tautre qui correspond à la tente du cervelet et qui prend le nom de lobe occipital. Ces données sont tellement élémentaires que je ne fais que glisser sur elles. Vous savez aussi que la surface de ces lobes est comme plissée de façon à former des saillies curvilignes, séparées par des anfractuosités, et recevant la désignation générique de circonvolutions. Tout ce qu'on peut assurer pour le moment, c'est que, dans leur ensemble, elles ont pour but de donner plus d'étendue à la surface extérieure du cerveau. C'est un artifice de là nature pour obtenir, dans un espace limité, un plus grand

iveloppement de la couche périphérique des hémisphères. Mais s circonyolutions sont en général tellement constantes dans lemr rme et leur direction, qu'il est de la dernière évidence que chaîne d'elles a sa raison d'être particulière. Aussi on ne peut qu'ap- *ouver le pénible travail auquel s'est consacré Gratiolet, qui a irfailement décrit tous les détails de ces replis chez les primates, alheureusement, dans l'état actuel de la science, cette œuvre ne peut ttcore fournir que des promesses, et elle restera stérile peut-être endant bien des années encore. Pour le moment, elle en est réduite procurer seulement une base géographique plus rigoureuse aux îrénologues pour leurs localisations imaginaires. Il est cependant ie circonvolution qui, dans ces derniers temps, a acquis une cerne importance clinique. C'est celle appelée lobule de VInsula, Ht plusieurs médecins ont voulu faire le siège de la faculté langage, st une saillie pyriforme située sur le versant frontal du ravin ressente par la scissure de Sylvius. Elle existe aussi chez les animaux, is chez l'homme elle présente une particularité qui ne se retrouve le part ailleurs dans Téchelle zoologique. Chez lui, sa surface 'Sente cinq ou six plis rayonnants.

îomme tous les centres nerveux, le cerveau est formé à la fois ' de la substance grise et par de la substance blanche. La première 'lape la périphérie et sert, pour ainsi dire, de revêtement à la seide. Celle-ci occupe, non-seulement la partie centrale, mais s'enre encore dans chaque circonvolution. On dirait le feu central du be terrestre, qui soulève les couches périphériques et qui s'engage is l'axe de la montagne qu'il vient de créer. L'épaisseur de la iche corticale est à peu près la même dans toutes les régions du "veau. Chez l'adulte, elle a environ 2 à 3 millimètres. Elle est d'une isistance assez ferme et offre même une certaine élasticité. C'est joint qu'on peut facilement enlever avec des pinces la pie-mère, ts entraîner la moindre parcelle de substance nerveuse. Quand, :is une autopsie faite après les délais ordinaires, la substance céré- 1.1e est entraînée avec les lambeaux de cette méninge, on est déjà isque en droit de conclure à l'existence d'un état pathologique. Sa Loration est uniformément grisâtre. Dans l'aliénation mentale, cette nte tend à se modifier : tantôt il existe de petits îlots tranchant r leur couleur blanchâtre ; tantôt c'est tout l'ensemble qui tend à inchir, et alors il devient très-diflBcile de voir où finit la substance ise et où commence la véritable substance blanche.

poiNCARÉ. — 2® édit. u. — 15

Quand l'œil se trouve armé d'une loupe, la substance cortinle perd Boa unifonnité apparente, et on recoonaft qu'elle est forméede plnsieurs couches superposées. Baillarger en a même décrit m. alternant'eatre le blanc et le gris, la plus superficielle étant blanche, et la plus profonde grise. Vulpian, qui admet aussi l'e:

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trois plans de suhstarice grise parfaitement distincts, leur assigne des râles différents, en rapport avec les trois ordres de facuitS* intellectuelles, affectives et instinctives. Quant aux plans de filirt* blanches interposés , ils représenteraient les moyens d'assodali*" des cellules de chaque couche. Tout ce qu'on peut assurer, c'tsl qu'il y a bien certainement deux zones qni se distinguent fraaclie-

xent par leur coloration. La zone superficielle est grise et transpaente; la zone profonde est beaucoup plus foncée, elle estrougeâtre, e qu'eUe doit à sa plus grande vascularisation. 11 est certain aussi lu'ii existe, entre ces deux zones, un liseré blanchâtre, formé en effet )ar des fibres blanches se rendant d'une cellule à une autre plus )u moins éloignée.

Au microscope, on aperçoit, dans Tune et l'autre zone, un fond général de substance amorphe servant d'atmosphère à des cellules pi tranchent par leur teinte jaunâtre et l'intensité avec laquelle îlies réfractent la lumière. Elles sont prodigieusement nombreuses, î'est tout un monde d'étoiles. Celles des couches superficielles sont xcessivement petites; elles n'ont que 0"",01 à 0"",0i6. Leurs prô- Dgements sont d'une finesse extrême. Par contre, elles ont un noyau hâtivement volumineux. C'est même lui qui décèle la présence de cellule, qui passerait certainement inaperçue sans cette enseigne, ixs l'état naturel, elles ont une forme arrondie; mais elles appassent presque toujours triangulaires à l'observateur, par suite de tiression exercée par la lame de verre. Celles des couches pro- ^des ont des dimensions qui se rapprochent de celles des cellules ^ cornes antérieures de la moelle. Elles mesurent environ 0°"",035. ^8 sont, elles, naturellement triangulaires. Leur sommet est toujours *igé vers la périphérie ; leur base regarde toujours le centre de K^^céphale. Dans la stratification des couches corticales, il n'existe ^ une ligne de démarcation très-tranchée entre les deux ordres ' cellules. Entre les cellules les plus petites et les cellules les plus osses se trouvent des plans intermédiaires de cellules qui, par Xirs dimensions et leurs formes, font passer insensiblement des ï*€mières aux secondes. Grâce à ses nombreux prolongements, cha- L^ie cellule s'anastomose avec les cellules voisines de la môme îouche, avec quelques-unes de la couche sous-jacente, et enfin avec es fibres de la substance blanche; de telle sorte qu'avec les coupes verticales, comme avec les coupes horizontales, l'observateur se rouve toujours en jir ésence d'un réseau cellulaire excessivement iche. A coté des celltdes complètes, on aperçoit, çà et là, des noyaux bres. Représentent-ils des débris de cellules en voie de destruction u le premier pas de cellules en voie de formation? C'est ce qu'il st difficile de décider. Dans tous les cas, le fait semble indiquer u'il s'opère un renouvellement incessant des éléments histologiques e rinlelligence, et qu'il y a peut-être là un roulement favorable aux

défaillaaces de la mémoire et à TexteDsiou incessante des notions à enregistrer (1).

La substance blanche cérébrale est, de son côté, constituée par deux groupes bien distincts de fibres. Les unes sont rectilignes et disposées comme des rayons qui, partis d'un centre commun, le noyau de l'encéphale, iraient, en divergeant, aboutir à tous les points de la couche corticale de l'hémisphère. On est convenu de les appeler fibres convergentes. Les autres sont curvilignes et disposées par faisceaux qui se rendent d'une circonvolution à une autre plus ou moins éloignée. Anatomiquement, elles relient les cellules d'un département de la couche corticale à celles d'un autre département; physiologiquement, elles associent, dans un travail d'ensemble, des groupes d'agents éloignés les uns des autres. Elles prennent le nom de fibres commissurantes. 11 est à peu près impossible de décider, par l'inspection anatomique,* à quelles cellules se rendent spécialement les fibres convergentes émanées de la couche optique, et celles qui aboutissent, d'autre part, au corps strié. Se basant sur ce que la couche optique doit être regardée comme le centre général de la sensibilité, et le corps strié, comme un centre du mouvement volontaire ; se basant, en outre, sur ce que partout les cellules sensitives se montrent beaucoup plus petites que les cellules motrices, Luys pense que les fibres cortico-striées doivent partir des grosses celhiles de la couche profonde, et que les fibres cortico-optiques doivent aboutir aux petites cellules de la couche superficielle. Quant aux fibres commissurantes, le microscope montre d'une manière évidente qu'elles sont exclusivement réservées aux petites cellules.

Quelques faits de structure d'une application moins inunédiale méritent cependant encore d'être mentionnés ici. Ainsi le corps calleux a donné lieu à des hypothèses anatomiques qui correspondent* à des hypothèses physiologiques différentes. Luys, à l'instar d'Arnold, de Reil, d'Oweh, le regarde comme étant formé de fibres commissuraates exclusivement destinées à relier les deux hémisphères cérébraux, et à "établir, dans leur fonctionneçoient, un consensus indispensable. Foville, épousant une interpréfs^ibn émise avant lui par Willis et Tiedemann, voit dans le corps calleux un épanouissement central des pédoncules cérébraux. Gratiolet a modifié encore

(1) Betz dit que la scissare de Rolande partage la surface du cerveau en deux parties : une antérieure où dominent les grandes cellules pyramidales ; une postérieure où pré* dominent les couches de noyaux. {Centralblattj 1874. K»* 37 et 38^

celte dernière opinion en disant que cet épanouissement interlobaire des pédoncules cérébraux avait pour but de donner lieu à un entrecroisement des fibres de ces deux faisceaux, de sorte que le pédoncule gauche se trouverait être destiné au lobe droit, etréciproquement d*une manière inverse. La première hypothèse me paraît être de beaucoup la plus probable ; car la raison elle-même nous dit que les deux hémisphèi'es ont besoin d'être mis en relations continuelles, et, d'un autre côté, on se verrait forcé, ou d'effacer les entre-croisements qui semblent exister dans le bulbe et la protubérance, ou de nier un fait incontestable en clinique, celui des effets paralytiques croisés.

Physiologie normale.

Dans le corps médical on ne doute pas que les lobes cérébraux soient les agents des phénomènes psychiques. C'est là une vérité qui s'impose en effet au médecin, qui voit journellement les maladies du cerveau- entraîner des troubles intellectuels d'une façon constante ; qui s'impose aussi au physiologiste, qui voit l'intelligence s'évanouir après l'ablation des hémisphères cérébraux. Malheureusement les arguments qu'on a l'habitude d'emprunter à Tanatomie comparée ne sont pas aussi positifs qu'on le croit généralement. Sur ce terrain on vient se heurter contre un assez grand nombre d'exceptions apparentes, qui ont donné prise aux philosophes qui, dans leur spiritualisme exagéré, ont voulu faire du cerveau un organe inerte n'ayant aucune part à réclamer dans l'exercice des facultés intellectuelles. 11 est donc nécessaire de chercher à expliquer ces exceptions.

On a dit, et on répète sans cesse, que, dans l'échelle animale, le développement de l'intelligence est en raison du volume du cerveau comparativement k celui du corps de l'animal. Mais quand on examine les différentes tables qui ont été dressées à ce sujet, on est obligé de reconnaître que la loi n'est exacte qu'autant qu'on n'établit la comparaison qu'entre les quatre classes des vertébrés considérés d'une manière générale. Dans ce cas, il est bien vrai que l'encéphale est plus volumineux chez les reptiles que chezlespoissons, chez les oiseaux que chez les premiers, chez les mammifères que chez les oiseaux. Du moment où, envisageant les échelons intermédiaires, on veut appliquer la règle aux ordres, aux genres et aux espèces, on la trouve à chaque instant en désaccord avec les faits.

Dans un travail récent, M. Colin a été conduit à classer les animaux domestiques d'après le poids du cerveau comparé à celui du corps, dans Tordre suivant : chat, chien, lapin, mouton, âne, porc, cheval et bœuf. Or, il est évident que cet ordre ne correspond pas au développement relatif de Tintelligence chez ces animaux.

Il est une première cause d'erreur qui ôte à la plupart des pesées qui ont été faites jusqu'alors une partie de leur valeur. CTest qu'elles ont porté sur lac totalité de l'encéphale, de sorte que, conune le rapport entre les lobes cérébraux et les centres locomoteurs est loin d'être constant, le développement de la masse encéphalique pouvait aussi bien traduire une grande puissance locomotrice qu'une grande puissance intellectuelle. Il est vrai que môme les quelques •pesées qui ont porté exclusivement sur les lobes cérébraux n'ont pas toujours donné les résultats qu'on attendait, alors qu'on tenait compte en outre des proportions relatives du corps de l'animal. Les recherches particulières de Colin tendent môme à prouver que, contrairement à ce qu'on croyait, la masse cérébrale est, proportionnellement à la taille, beaucoup plus considérable dans les petits animaux que dans les grands. C'est ainsi que l'homme luimême se trouve, quant au volume du cerveau, inférieur à plusieurs singes, à divers carnassiers, tels que la belette, aux petits rongeurs, et même à un grand nombre d'oiseaux, comme la mésange, le chardonneret. Mais il est d'abord une réflexion qui semble n'être pas venue à l'esprit de M. Colin, et qui est de nature à atténuer les conséquences de ce résultat expérimental. Tous les mammifères, quelle que soit leur taille, ont, à peu de chose près, les mêmes organes, les mêmes muscles, les mêmes viscères. La machine animale comporte toujours à peu près le même nombre de pièces; seulement chacune d'elles peut être plus ou moins considérable. Chacune d'elles doit avoir son représentant nerveux, non-seulement dans les nerfs, non-seulement dans la moelle et les centres locomoteurs, mais encore dans les fibres rayonnantes de la substance blanche du cerveau, puisque toutes sont mises au service de la volonté, d'une manière isolée. Quoiqu'il faille un plus gros nerf, et peut-être un plus grand nombre de fibres rayonnantes à un gros muscle qu'à un petit muscle, il n'en n'est pas moins vrai qu'en raison de l'égalité du nombre des agents, le chiffre des fibres radiées indispensables peut former une masse qui peut paraître hors de proportion avec le volume du corps.

Du reste, ce qui doit avant tout servir de base dans les recherches de ce genre, ce n'est pas le poids ou le volume des lobes cérébraux considérés dans leur entier, mais la quantité de substance grise qu'ils renferment, puisqu'elle seule possède des cellules, c*e8t-àdire les éléments réellement créateurs de Torgane, et puisque la substance blanche ne représente que des moyens de transmission. C'est ce qu'avait compris Desmoulins dès 1825. Pensant, avec raison, que la quantité de substance grise doit dépendre, avant tout, de rétendue de la surface môme du cerveau, puisqu'elle en occupe la périphérie, et que l'étendue de cette-surface doit être en raison du nombre, de la profondeur des circonvolutions, il a cherché à établir une échelle intellectuelle basée sur ces dernières conditions. 11 a constaté ainsi que les circonvolutions, dans les chiens de chasse, sont aussi nombreuses et aussi profondes que chez le singe, et même que chez l'homme ; que les ouistitis ont à la fois la même intelligence et les mômes circonvolutions que les écureuils ; que les chats, qui sont certamement moins intelligents que les chiens, ont aussi moins de circonvolutions qu'eux ; que les animaux, tels que les édentés, les tatous, les sarigues, les paresseux, qui sont presque dépourvus d'intelligence, ont la surface du cerveau presque unie. Ce genre d'investigations semble donc avoir déjà donné des résultats plus favorables que celui des pesées ; mais il laisse cependant beaucoup à désirer encore. Desmoulins reconnaît lui-môme que c'est le dauphin qui a le plus de circonvolutions ; et il trouve cependant, sinon dans les mers, du moins sur terre, des animaux qui le dépassent sous le rapport des facultés intellectuelles. En outre, comme l'a fait observer Leuret, la surface cérébrale des ruminants, môme du mouton, est, proportion gardée, plus considérable que celle du chien, du chat et du renard, en sorte que tout ce qu'on est autorisé à dire, c'est que, réellement, l'absence des circonvolutions coïncide avee la nullité de rintelligence, et que celle-ci nécessite toujours leur existence. 11 faut convenir, du reste, que rien n'est plus difficile que d'apprécier le degré d'intelligence des animaux. On doit aussi tenir compte des instincts, qui sont souvent nombreux et très-complexes chez des animaux qui paraissent presque dépourvus d'initiative intellectuelle ; et quoiqu'ils soient le résultat d'une organisation innée, celle-ci n'en exige pas moins des agents matériels qui font la masse cérébrale.

Beaucoup d'anthropologistes ont avancé que, dans les races humaines, le développement du cerveau est en rapport avec celui de

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l'iateUigence. La chose a pu être iiiéedepuis, parce que les premièiîâ vériScatioDs ont porte sur touto [a masse encéphalique, et pEUtc que le volume de l'encéphale, pris dana son ensemble, ne diffère pas sensiblement dans les diverses variétés de l'espèce humaine. Mai! si on fait abstraction du cervelet et de l'isthme de l'encéphale, qui sont affectés au mouvement et qui paraissent être toujours en raison inverse du cerveau proprement dit, on peut déclarer sans hésiter qne le volume de celui-ci va t:n augmentant depuis la race éthiopienne jusqu'à la race caucasique. Les Boschimana en particulier, qui occupent réellement le dernier échelon de l'humanité, ont des lobes antérieurs excessivement petits. De plus, les circoûvolutlona sont tellement réduites à la plus simple expression, qu'on n'en retrouTC jamais de semblables chez aucun peuple, ai ce n'est chez quelques idiots. C'est au point que quelques-uns ont voutu voir là le réBiiitat d'une dégénérescence héréditaire; ce qui u'est pas admissible puisque les Boschimans se reproduisent depuis uo nombre indéterminé de siècles, et puisqu'il est bien établi que la transmission des vices de conformation s'éteint bien vite en entraînant la slérililé.

Ou a puisé encore dans les recherches sur les cerveaux humùns d'autres arguments, mais dout la valeur n'est peut-être pas encore bien établie d'une manière inattaquable, Ainsi, d'après Parchappe, le cerveau de la femme est à celui de l'homme comme 90 est à 100. Or, la femme a certainement les sentiments plus développés ; miiî elle possède à un moindre degré les facultés dites réfleetives, c'eslà-dire les plus nobles et les plus élevées. De son côté l'enfant, ipii' le cerveau petit et moins parfait, n'a presque pas de raisonnement, Le vieillard, dont l'intelligence périclite, perd 4 pour 100 duvolame primitif de son cerveau- De son cOté, Colin prétend que le voluiM des centres nerveux est, relativement à la masse du corps, en raison inverse de l'âge. L'assertion €sl peut-être aventurée et ne s'appUquB probablement pas à l'homme. Qnant à l'absence de raisonnemenl chez l'enfant, je crois que cela tient en partie à une autre raison que nous mettrons à profit dans l'étude du mécanisme de l'intelligence.

Mais c'est surtout lorsque la comparaison porte sur les individus du même sexe et du même âge, qu'il paraît difficile de proportionner le développement de l'inteUigence au volume du cerveau. Onabisa ignalé le poids énorme des cerveaux de Cuvier, de Gromv»ell, de Byron et de Dupuytren; mais, outre qu'on conteste aujourd'hui l'autheuticité de ces faits, ceux-là mêmes qui leur ont accordé tonle

créance sont obligés de reconnaître que ce n'est que chez les ,'éQies ou chez les individus d'une intelligence tout à fait extraoriinaire, qu'on trouve une augmentation si appréciable de la masse cérébrale ; qu'au-dessous de ces rares étoiles humaines, il est tout à fait impossible de retrouver la relation cherchée. On voit en effet de belles intelligences logées dans des têtes qui semblent mesquines à côté d'autres dont les propriétaires sont loin d'être transcendants. Mais il n'y a rien là qui puisse faire rejeter sans appel l'idée qui a motivé toutes les recherches précédentes ; car non-seulement dans ces observations que l'on fait journellement sur les formes extérieures, on ne peut tenir compte ni des rapports de volume qui existent entre les lobes cérébraux et le reste de Tencéphalc, ni du perfectionnement des circonvolutions comme forme et comme profondeur, ni de l'épaisseur de la couche corticale, qui n'est pas complètement invariable, ni du nombre de cellules qui peuvent être plus ou moins serrées et réaliser, sous de maigres apparences, une machine perfectionnée et puissante ; mais il faudrait aussi pouvoir apprécier le degré de vascularité de cette substance grise, car les éléments histologiques fonctionnent en raison delà quantité de matériaux qu'ils reçoivent. Il y auraiJt peut-être même lieu de tenir compte aussi de la qualité du sang, comme le veulent Ludwig et Vaguer. Ce dernier prétend même que les dispositions psychiques d'uu individu sont contenues in potentia dans le sperme et dans l'ovule ; que c'est par l'action réciproque du sang et de la substance nerveuse que ces dispositions se manifestent plus tard in actu ; que la chose est démontrée d'une manière irréfragable par l'hérédité des qualités psychiques. J'ajouterai encore que, selon moi, il est un élément d'un autre gerure qui exerce une influence énorme sur la manifestation de la machine intellectuelle : c'est l'éducation, sans laquelle la plus belle intelligence peut rester à l'état latent. L'instruinent le plus habilement construit reste muet si on le met entre les mains d'un individu qui n'a pas appris à s'en servir. Un instrument de qualités moyennes excite l'admiration et se perfectionne môme quand il est tenu par un grand artiste. Pour le cerveau, ce genre d'influence est plus considérable encore ; car, comme nous le terrons, le mécanisme de l'intelligence est tel qu'il se crée, pour linsi dire, sous l'action des impressions qu'il enregistre et de la Héthode avec laquelle se coordonnent ces notions acquises. Somme toute, on peut dire que si Tanatomie ne donne pas tou-

jours des faits favorables à l'idée d'une localisation de l'intelligence dans les lobes cérébraux, elle ne nous fournit cependant que des exceptions parfaitement conciliables avec cette idée. La physiologie expérimentale et la pathologie vont nous procurer des résultats beancoup plus nets et ne permettant même pas un moment d'hésitation

Quand on considère attentivement un animal quelconque, mammifère, oiseau ou grenouille, auquel on a enlevé les lobes cérébraux, on constate qu'il peut encore sentir et marcher, mais qu'il ne vole qae quand on le jette en Tair, qu'il ne marche que quand on le pousse; en un mot, qu'il a perdu toute espèce de spontanéité. Ilsemontre complètement dépourvu de volonté. Tant qu'on ne le force pas à s'agiter, il reste constamment assoupi et comme plongé dans la plus profonde léthargie. Gomme l'a dit Flourens, on n'a plus sous les yeux qu'un animai condamné à un sommeil perpétuel, et qui est même privé de la faculté de rêver pendant ce sommeil. Si par diverses irritations on le force à s'éveiller, il montre un air d'hébétude complète. Il est tout aussi dépourvu de mémoire que de volonté. Il est de la dernière évidence qu'il n'a plus rien d'inscrit à son actif de notions acquises, llaperdn de môme le jugement et la réflexion. Il ne sait plus fuir. S'il rencontre un obstacle, il vient s'y heurter et continue à s'y heurter sans cesse. Il ne sait plus éviter. Il n'est plus susceptible d'expérience. On pigeon sain, qui a même les yeux bandés, sait encore bien tourner les obstacles. Les instincts eux-mêmes ont disparu. L'animal ne cherche plus à s'abriter. Il ne cherche plus à manger ; on est obligé de lui introduire les aliments jusqu'à l'origine de la gorge. Il est indifférent aux caresses du mâle ou de la femelle. La poule ne becqueté plus, la taupe ne fouille plus, le chat ne griffe plus lorsqu'on l'irrite. Chose bien remarquable et pleine d'enseignements pour la pathologie ! Si on n'enlève qu'un seul lobe, toutes ces manifestations psychiques persistent. L'animal veut encore quand il n'a perdu qu'un seul lobe. Il conserve encore le souvenir et tous ses instincts naturels.

Mais c'est surtout la pathologie qui démontre de la manière lapine indiscutable que le cerveau est tout au moins l'instrument indispei sable de l'intelligence. Le médecin le plus spiritualiste est obUgé de rendre à l'évidence. Plus vous avancerez dans votre pratique, pi votre conviction deviendra profonde sous ce rapport. Sans voulor ^ entrer dans les détails des preuves qui ressortiront plus tard de ZI physiologie pathologique, nous pouvons déjà poser en principe, q «

sera amplement justifié par ce qui suivra, que toutes les fois que les fonctions intellectuelles sont troublées profondément et d'une manière permanente, il y a une lésion du cerveau. La folie elle-même perd de plus en plus, dans l'esprit des aliénistes, la nature de névrose qu'on lui avait prêtée jusqu'alors. Des recherches d'anatomie pathologique, faites en Angleterre, spécialisent presque les altérations capables d'engendrer Taliénation mentale. Mais ce sont surtout la démence et l'idiotie, qui viennent attester de Tindispensabilité de la couche corticale du cerveau pour toutes les manifestations intellectuelles, affectives et instinctives. Vous verrez qu'au fur et à mesure que la dégénérescence graisseuse envahit un plus grand nombre de cellules, le cercle des notions va sans cesse en se rétrécissant, jusqu'à ce que le néant succède à la richesse intellectuelle. Vous verrez que l'abus de l'alcool, qui au début congestionne le cerveau et exalte le fonctionnement de ses cellules, produit aussi dans le môme moment une surexcitation morbide des facultés; que plus tard il. frappe de mort ces mômes éléments, en môme temps qu'il conduit à l'abrutissement. A chaque pas vous verrez les preuves se presser en si grand nombre, que vous reconnaîtrez tous, sans exception, que vouloir nier le lien étroit qui unit le cerveau et l'intelligence, c'est : vouloir nier la raison elle-même. Tant que les philosophes voudront \ négliger cette vérité, ils ne feront que se débattre en vain dans le I vide. Ils auront beau s'élever dans les nuages de la psychologie i pure et lancer de là leurs bordées de moi et de non moi au pauvre \ monde ébahi, ils n'arriveront jamais ainsi à percer le voile qui leur :i masque les secrets de l'esprit humain.

f Une pareille assertion équivaut-elle à la négation de l'âme ! Non,

g certainement. Que vos copsciences se rassurent, si elles en ont

I besoin. L'existence de l'âme, son immortalité, ce sont là des questions

■ d'un ordre plus élevé qui doivent chercher leur démonstration

ailleurs que dans les sciences médicales, qu'un physiologiste n'a le

^oit ni le devoir d'agiter et de résoudre. Mais que l'âme existe ou

Sexiste pas, il est bien certain que l'homme porte en lui une machine

Parfaitement organisée, avec laquelle il produit des actes psychiques,

®^ Sfittis laquelle il serait incapable d'en produire ici-bas, machine

^^^» par son existence, ne préjuge en rien de la question religieuse.

^^ pourquoi le Créateur, qui a donné à l'âme des muscles pour

^^écuter dans ce monde les mouvements qu'elle désire exécuter, ne

^^ aurait-il pas donné aussi un organe pour penser, et dont elle

subirait les lois inhérentes à son organisation, comme elle soMt celles qui s'imposent aux agents du mouvement ? Il n'y a mèoie là rien qui puisse compromettre la sécurité de la société, car une pareille machine n'exclurait pas la responsabilité! L'artiste esl responsable de la manière dont il se sert de son instrument. Dam ce fait, celui-là même qui a les convictions religieuses les plus pro fondes ne peut qu'y trouver une source nouvelle d'admiration poa le Créateur de toutes choses qui nous a dotés d'une organisation g ingénieuse. Admirer cette œuvre d'origine divine, c'est admirer L Créateur au lieu de s'admirer soi-même, comme le font, sans s'ei apercevoir, beaucoup de philosophes. Nous, physiologistes etpalhologistes, nous n'avons donc pas à nous préoccuper de la question de savoir si cette machine obéit à un principe immatériel, ou si c'est elle qui, en vertu de son organisation, crée l'apparence de ce principe. Nous devons seulement chercher à en pénétrer le mécanisme el à nous rendxe compte de ses aberrations. C'est ce que nous allons faire. La question métaphysique subsistera tout entière (1).

Mécanisme des opérations psychiques.

Plaçons-nous d'abord au point de vue de l'observation psychologique ; ce sera une manière de poser tous les éléments du problèmefl complexe que nous voulons chercher à résoudre. Pour étudier Itf qualités de l'esprit humain, et pour arriver à surprendre l'enehaîDe^ ment de ses actes, les uns ont créé de toutes pièces un systèiae psychologique qu'ils pensaient être basé sur la raison et pour lequel ils faisaient seulement appel à leur conscience ; les autres, s'engageant dans une voie réellement expérimentale, ont observé avant de systématiser. Cette dernière voie pouvait seule conduire à des résultats positifs. Aussi est-ce à elle seule que nous demanderons 1» classification qui doit nous servir de canevas.

D'une manière générale, on peut dire que l'esprit humain se manifeste à nous par trois ordres d'actes essentiellement différents. D pense, il veut, il éprouve un sentiment. De là la justification

(1) Tout en regardant le système nerveux comme l'agent indispensable des pb^ mènes psychiques, beaucoup de physiologistes modernes étendent on restreignent k siège de l'intelligence. Hammond prétend que les facultés mentales siègent anni II'*' dans la moelle que dans le cerveau. {Journal of nervoua and mental cUseaieê, OUcM^ 1876.) — Joffroy les localise dans le lobe frontal. (Archives générale» de médecine, iXti- Janvier, page 57.)

Urandes divisions posées par Gondillac, et qui ont été du reste idoptées depuis par tout le monde. De là les trois grandes facultés iésipées par les philosophes sous les noms d'entendement, de wlorué, de sensibilité. Un quatrième mode de manifestation a été Qégligé par les auteurs de cette classification, c'est celui des instincts. Car à côté des idées qu'il conçoit, des volontés qu'il exprime par ses actes, des sentiments qu'il éprouve, l'homme subit des instincts tout comme les animaux. Ils se montrent beaucoup plus restreints chez lui, voilà tout. Mais comme, dans certains cas pathologiques, ils peuTent prendre une place plus considérable, nous devons aussi en chercher les conditions générales. C'est pourquoi il faut les faire entrer en ligne de compte dans notre analyse des opérations psychiques. D'autre part, comme les manifestations de la volonté sont presque toujours dictées par les opérations de la pensée , il y a heu de les rapprocher de celles-ci et de les réunir dans une môme étude. Modifiant donc un peu les divisions et les désignations établies par les philosophes, nous adopterons trois grandes classes d'opérations psychiques, que nous intitulerons : 1° Facultés intellectuelles comprenant tout ce qui concerne l'entendement et la volonté ; 2° facultés affectives; 3** facultés instinctives.

Mécanisme des facultés intellectuelles. — La formation des idées, qui est le but de l'entendement, comprend un certain nombre d'actes différents et nécessite la mise en jeu de plusieurs aptitudes que les nns attribuent à l'âme, les autres au cerveau. Ce sont ces aptitudes qoi sont regardées comme des facultés secondaires de la grande faculté entendement. Ce sont, dans l'ordre hiérarchique et chronologique : la perception, qui recueille le germe de l'idée puisé dans te monde extérieur ; Yattention, qui assure la pénétration de ce germe et qui la transforme en idée ; la mémoire, qui conserve le sillon Iracé par le germe et l'idée qui résulte de son développement -, le ^(iisonnem,ent, qui établit un conflit entre deux ou plusieurs idées ; le jugementy qui tire la résultante de ce conflit et en forme une îiouvelle idée à origine plus complexe; enfin Vimagination, qui îiée des idées nouvelles de toute pièce, ou plutôt qui embellit les dotions déjà acquises. Pour les philosophes, dits sensualistes, qui se "îiDgent sous le drapeau de Gondillac et de Locke, ce cercle d'apti- Udes et d'opérations suffit pour comprendre toutes les productions e Tentendement. Mais à côté d'eux il en est d'autres qui, suivant les 'aces de Descartes et de Leibnilz, prétendent que tout dans notre in-

telligeuce n'a pas pour point de dëparl une sensation, etqu'àcôUdes idées d'origine senBoriella, auxquelles ils donnent l'épilhèle de cmlingentes. nous poasiSdons un certain nombre d'idées qu'ils appelleal innées ou nccussaires et qui seraient non plus comme une timanalion du monde physique, mais comme un trésor déposé en noua par le Créateur. Telles sont, par exemple, les idées d'infiol, d'éternilè, d'absolu, elc. Ils considëreol ces idées innées comme le produit d'une faculté nouTelie et spéciale à laquelle ils donnent le nom dfl raison. Tel est le cadre dans lequel la saine psychologie t montre l'euseinhle des opérations de l'esprit humain. Cberchoas t lui adapter les données de Tanalomie et dc^la physiologie.

Nous pouvons déjà laisser de côté les idées innées, car il n pas besoin pour elles d'invoquer une origine différente de celle de| idées contingentes. Quand on les analyse, qu'on suit pas à pas tontffl les phases de leur généalogie, qu'on remonte jusqu'à leur véritabU source, ou constate que c'est toujours une sensation qui engendrt l'embryon de ces idées élevées, quelque abstraites qu'elles puissent paraître. La notion d'espace et d'infini prend naissance dans li pressions d'immensité que produit en nous la contemplation du ciel eH des mondes qui le peuplent. Le vague lui-même qui accompagne cei impressions est de nature à donner plus de profondeur an ceptioa de l'inconnu. L'idée de Dieu résulte de la c toules les productions de la nature. L'œuvre fait naître en nous l'idé» de l'ouvrier. Il y a donc lieu de reconnaître une seule et même oii^' gine pour toutes les idées et de les ramener toutes à un mécanisme commun.

C'est la perception qui constitue le premier acte central. Sur « point la physiologie et la psychologie se montrent d'accord. Mai* tandis que les psychologues placent ce premier acte sur le mto* terrain que les opérations subséquentes de l'esprit humain, le p siologiste est conduit à le séparer des actes psychiques propremenl dits, à lui donner une uxL'ilence indépendante et à le localiser d un centre particuUer, la couche optique. Il est vrai qu'un des physiologistes les plus autorisés, Flouruns, place le véritable siège de* seusations dans le centre intellectuel lui-même, dans le cervean. Mais cette idée est abandonnée aujourd'hui. Le cerveau ne M qu'apporter la consécration intelleclnelle à la sensation qui se troDW accomplie avant dans le centre sensitif et qui y est déjà per^ comme ébranlement spécial.

L'ébranlement qui s'est concentré dans les cellules de la couche optique, et qui, en vertu de leurs propriétés organiques particulières, y a pris le caractère soit d'une image, soit d'un son, soit d'un contact, est réfléchi par ces mômes cellules sur les petites cellules de la couche corticale par l'intermédiaire des fibres convergentes. Ces . petites cellules corticales ont des conditions organiques qui ne se rencontrent nulle part ailleurs. Leur genre de travail doit donc ôlre aussi différent de celui des autres, et il paraît consister dans la transformation de l'image née dans la couche optique en ce qu'on appelle uneidée. C'est commeune reproduction plus délicate, plus vaporeuse, pour ainsi dire, de la photographie qui s'est produite dans la couche optique. En vertu de quelle propriété, par quel mécanisme intime s'opère cette transformation ? C'est ce qu'il nous est impossible de savoir et ce que nous ne saurons peut-être jamais. Le fait est là et s'impose à l'observateur. Quand les cellules corticales ont été détruites comme chez les déments, ou quand elles n'existent pas comme chez les idiots, la formation des idées n*est plus possible. Il n'y a plus que des sensations sans idées. Le dément et l'idiot s'aperçoivent bien qu'ils voient quelque chose. Ils évitent ce quelque chose, mais cette vue n'éveille en eux aucune notion. Ils n'ont pas l'idée de cette chose. Ce n'est plus pour eux un objet ayant un nom et une destination particulière.

Eu général, lorsqu'un objet frappe la vue d'un enfant, il frappe aussi de suite, ou dans un temps très-court, ses autres sens. L'enfant le touche ; il l'entend s'il produit des sons par lui-même. Presque toujours aussi son oreille reçoit une impression auditive due au ïiom de l'objet que les parents ont soin de prononcer, dans l'intérêt ^6 l'éducation de son intelligence naissante. De là la production

simultanée de toutes les notions qui correspondent aux diverses

propriétés de cet objet, notions que l'enfant, par le fait même de

l'unité de temps et de lieu, fond les unes dans les autres. Il les

attribue tout naturellement à une cause commune qui, pour lui,

8'identifie avec le nom prononcé devant lui, et qui dès lors sera pour

lui le signe de cette cause. Une partie des fibres commissurantes a

peut-être pour but d'aider à cette union des notions afférentes à un

même objet, en réunissant les cellules intellectuelles où peuvent

aboutir pour les unes les impressions auditives, pour les autres les

impressions visuelles, etc. Ce qjii prouve cette influence de l'arrivée

simultanée des impressions, c'est que, quand deux notions ont pris

laissance ensemble dans le cerveau, elles continuent à s'associer

malgré nous et tout en hurlant de se trouver accouplées, n nous est difficile parfois de ne pas fusionner deux idées qui ne sont pas associables. Cette assimilation du monde extérieur par Tenfont « fait lentement. Elle porte d'abord sur ses parents, ses aliments, ees jouets, puis sur les objets les plus voyants qui rentourent. C'est ainsi qu'il agrandit peu à peu son horizon intellectuel et qu'il enrichit, pièce par pièce , son contingent d'idées primitives et élémentaires. 11 représente en tous points la statne imaginée par Gondillac, qui, d'abord inerte, s'anime successivement sous l'influeDce des émanations du monde extérieur. Gomme l'a dit Voisin : c Les « sens sont les portes de l'entendement. Sans les sens, le cerveau le « mieux organisé ne serait jamais qu'une masse inerte. Nos facultés « tant morales qu'intellectuelles ne s'éveillent qu'en présence et an « contact des choses du dehors. Chaque sens dévoile à lliomme « une partie de la créatioo. »

C'est surtout pendant que cet enregistrement des notions à acquérir est en train de s'effectuer, que se manifeste l'utilité de ce phénomène, insaisissable dans sa nature, que les philosophes appellent faculté attention. C'est comme un recueillement qui fait que les impressions et les notions sont mieux assimilées, mieux digérées. Il consiste sans doute dans l'effort intime que font les cellules intellectuelles pour entrer en fonctionnement régulier et harmonique avec 1< cellules de la couche optique. Quand on lit sans penser, c'est-àsans faire attention, les impressions visuelles mettent encore en acti- ^ vite les éléments de la rétine, le nerf optique, la couche optique e-^ les tubercules quadrijumeaux, comme l'attestent pour ceux-ci le; -s variations réflexes de la pupille. Mais les cellules cérébrales reslen i inébranlables et ne prennent pas part au consensus. Quand on es/ soumis à un bruit continuel et monotone et qu'on finit par ne plus l'entendre, le nerf acoustique et la couche optique continuent à être ébranlés ; mais les cellules cérébrales, absorbées par un autre genre de travail, restent sourdes aux sollicitations des cellules optiques et n'engendrent plus d'idées en rapport avec le genre d'impressions. On dirait que le défaut d'attention sectionne, ou plutôt paralyse momentanément les fibres convergentes. Le phénomène attention semble s'appliquer quelquefois aussi aux cellules de la couche optique qui peuvent céder plus ou moins complètement, ou ne point céder aux sollicitations émanées des organes des sens. Quand l'activité cérébrale accapare pour d'autres parties toutes les forces vives de

réconomie, les cellules optiques semblent pouvoir, comme les fibres convergentes, être frappées momentanément d'inertie, et alors les impressions sensorielles passent inaperçues. Pendant les batailles on ne sent pas les blessures. Un mathématicien, absorbé par un problème, a pu avoir les pieds brûlés sans s'en apercevoir. Dans des circonstances opposées, les cellules optiques, en se pénétrant trop de leurs fonctions, avivent elles-mêmes la perception. Celui qui prête une trop grande attention aux incisions chirurgicales qu'il subit sent beaucoup plus la douleur. L'hypochondriaque souffre de douleurs internes qui passeraient inaperçues pour d'autres. Le phénomène attention, quels que soient sa nature et son mécanisme, joue un rôle important dans les opérations psychiques, car quand ce genre d'aptitude fait défaut, il en résulte une grande faiblesse intellectuelle. Nous verrons même ce défaut devenir un des éléments principaux de la manie.

Qu'il y mette plus ou moins d'attention, l'enfant prend bientôt un lôle un peu plus actif dans le développement de son intelligence. Il ne se contente plus d'enregistrer des empreintes par le travail molécule de ses cellules intellectuelles. Par l'intermédiaire sans doute des Sbres commissurantes et des anastomoses des cellules entre elles, il ^t vibrer deux ou plusieurs de ces empreintes à la fois. Il compare ^tre elles les idées qui en ressortent. Il raisonne et il juge. Il s'éta- "^t dans son cerveau quelque chose d'analogue aux combinaisons ^lïiiques, où deux substances donnent naissance à un troisième Produit qui a ses caractères spéciaux, tout en conservant un certain ^^^het de chacun de ses générateurs; quelque chose d'analogue à la ^^îubinaison qui s'établit entre l'ovule et le sperme et dont le produit tient à la fois du père et de la mère. Les combinaisons de cette l^une intelligence sont d'abord des plus simples. A mesure que l'enfaat avance, il en réalise de plus compliquées. Le conflit porte i sur un plus grand nombre d'éléments et les composés deviennent plus complexes. Les idées qui en résultent constituent des notions acquises malgré l'éloignement de leur origine sensorielle, et c'est ainsi qu'en travaillant ce qu'il a déjà reçu, le cerveau augmente lui-môme son avoir.

Ce qui contribue à donner un grand développement à l'intelligence, ce qui tend à reculer sans cesse les bornes du théâtre des opérations psychiques, c'est l'aptitude des cellules cérébrales que les philosophes expriment par la faculté mémoire. Ils la définissent euxr^

jfomcARÈ. ^ 2« éditi u, — 16

mômes la faculté par laquelle l'esprit conserve l'impression des objets et faits perçus, ainsi que des connaissances acq[Qi8e8 parVétade. Remplacez le mot esprit par celui de cellules, et cette définition 8e trouvera avoir revêtu une forme physiologique suffisante. Une cellule a été entraînée par une impression sensorielle à fournir par son travail un produit déterminé, une idée quelconque. Ce genre de production est devenu dès lors son lot. Tant qu'une circonstance quelconque ne sera pas venue modiûer son genre de travail on la rendre tout à fait incapable, elle reproduira toujours ce qu'elle ann appris à faire, quand même elle serait entrée en activité spontanément et sans y avoir été provoquée par une nouvelle impression identique ou analogue à celle qui a autrefois décidé de son genre d'opération. C'est là ce qui fait le propre des cellules corticales et en même temps la supériorité et l'élévation de la fonction intellectuelle. Tandis que, dans l'état physiologique, les cellules des autres centres nerveux n'entrent en activité que lorsqu'elles y sont provoquées par un courant venu de la périphérie, celles du cerveau ont la pro- . priété de pouvoir, dans l'état normal conmie dans l'état pathologique, entrer spontanément et isolément en vibration ; et chaque fois qu'dies vibrent, elles reproduisent toujours le dernier genre de travail qoe leur a imposé l'éducation. C'est comme cela que les idées peuvent devenir une propriété, qu'elles peuvent avoir une existence persifr tante. Elles existent en puissance, et cette puissance, latente le pins souvent, se manifeste de temps en temps, lorsque la vibration de la cellule vient à remplacer son immobilité ordinaire, dest presque un phénomène de reviviscence. 11 y a tout au moins lieu de rapprocher le mécanisme de la mémoire des phénomènes de phosphorescence dont a parlé Helmholtz. 11 a reconnu sur l'œil humain, 18 heures après la mort, que la rétine possède encore une certaine fluorescence. EUe peut encore rendre de la lumière qu'elle a accaparée dans les derniers moments de la vie et qu'elle tient en réserve. Or, la rétine est, comme le cerveau, formée avant tout par des cellules nerveuses. Celles-ci semblent donc se conduire comme les plaques et les gravures de Niepce, de Saint-Victor. Ce dernier a démontré qu'une simple gravure exposée au soleil peut emmagasiner de la lumière d'une façon persistante, garder pendant un temps indéfini l'impression lumineuse à l'état latent, et mise en présence d'une plaque sensibilisée, déceler par l'apparition d'une image négative sa réserve de lumière.

Dans Fexercice de la mémoire, les cellules de la couche optique entrent aussi parfois en action pour donner du coloris, de la yigueur, presque de la réalité aux idées. Elles les accentuent en leur fournissant Fombre d'une image.

La propriété de reviviscence que possèdent les cellules intellectuelles peut se manifester de deux manières : tantôt sans et malgré notre volonté ; tantôt à la suite d'un appel volontaire de notre part. Dans le premier cas, l'idée qu'elle réveille s'impose pour ainsi dire à nous et est due, soit à ce qu'une cellule se met à vibrer spontanément, soit à ce que cette cellule est entraînée en activité par une cellule voisine qui elle-même a reçu une provocation d'une impression sensorielle quelconque. C'est ainsi qu'une impression visuelle ou auditive, môme insignifiante, peut réveiller toute une série de souvenirs s'enchaînant plus ou moins bien entre eux. Dans le second cas, ce n'est plus la cellule qui impose son produit, elle obéit, elle s'exécute. De quelle manière arrivons-nous à faire vibrer spécialement certaines cellules lorsque nous voulons invoquer des souvenirs déterminés ? Il y a là certainement une énignie devant laquelle il faut s'incliner. Mais c est surtout dans ces circonstances qu'on voit l'énorme avantage d'un emmagasinement méthodique des idées. Nous n'obtenons pas toujours d'emblée le fonctionnement de la cellule qui doit, nous fournir l'idée que nous cherchons. Le plus souvent nous arrivons à raviver avant une ou plusieurs idées ayant des corrélations avec celle que nous désirons, et ce n'est qu'en passant par leur int(îrmédiaire que nous atteignons le but. Fréquemment nous parvenons à nous rappeler le lieu, le moment où nous avons vu un objet avant de retrouver le souvenir de cet objet lui-même. Souvent c'est le souvenir des objets environnants qui nous conduit à celui que nous invoquons. C'est pour cette raison que, dans l'étude, les divisions et subdivisions rationnelles des matières aident considérablement à l'exercice de la mémoire. Comme le dit Luys, nous pouvons « repasser ainsi successivement, les uns après les autres, les « principaux points sur lesquels notre esprit a été tenu en arrêt. « Nous remontons dans un ordre régulier la série de nos impres- « sions primitives, méthodiquement juxtaposées dès le début, et - «* nous retrouvons, par cela môme que nous passons par les mômes « voies, une série d'idées et de souvenirs habitués à marcher de « compagnie. Chaque tête de chapitre mettant en activité isolément c une série de régions cérébrales, évoque ainsi des souvenirs prin-

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« cipaux qui entraînent à leur suite une nouvelle série de souvenin « secondaires, lesquels font appel à des souvenirs tertiaires, etc. i

Les cellules ne paraissent pas être toujours également aptes à se laisser entraîner dans un travail déterminé. Elles sont plus ou moins rebelles, ou plutôt plus ou moins incapables. Elles le deviennent toujours chez les vieillards. Gomme tous les organes de Thomme qui touche au dernier terme de sa vie, elles tendent à devenir inertes; près de mourir elles-mêmes, elles tombent dans la caducité, elles se momifient, elles se cristallisent. Ce dernier mot est plus qu'une image, car dans la vieillesse les cellules éprouvent une modifîcatioD moléculaire qui se traduit par une transformation en nne masse homogène, amorphe, soUde et semi-transparente. Avant d'en arriver là, leur fonctionnement s'affaiblit et elles deviennent incapables de recevoir de nouvelles empreintes durables, tandis que dans le môme moment on voit les souvenirs de l'enfance se raviver. C'est que dans la jeunesse les cellules sont à leur maximum d'impressionnabilifé. A cette époque les sensations ont laissé des traces profondes qui durent encore dans les derniers moments de la vie et qui, lo milieu de l'inertie de tout ce qui les entoure, semblent briller d'un plus vif éclat.

Le phénomène de la mémoire, loin d'être une pierre d'achoppé-ment pour l'idée d'une machine cérébrale mise ou non au serric^.^ d'une âme, en est une des preuves les plus considérables. Dans l maladies qui détruisent les cellules de la couche corticale, on les mots et les noms s'effacer successivement de la mémoire à mi sure que la destruction envahit de nouvelles régions. En général, ne voit pas cette faculté s'affaiblir simultanément pour toutes l espèces de notions, comme cela devrait avoir toujours lieu s'il s* gissait d'une aptitude exclusivement inhérente à un principe imm tériel. On constate, au contraire, que le défaut de mémoire porte un plus ou moins grand nombre de connaissances et non sur 1 ensemble ; que le malade perd de plus en plus, mais peu à peu, 4— son bagage de notions, à moins que la lésion ne soit tellement co sidérable et étendue qu'elle ne balaye tout d'un coup toutes 1 richesses accumulées dans le cerveau. Les philosophes admettei^^ eux-mêmes que pour la mémoire il se passe dans le cerveau qu que chose d'analogue à une empreinte que recevrait cet organe, dans leur langage ils se servent des mots : sillons tracés qui peuv&xJ persister ou s'effacer. Le renouvellement incessant qui s'impose àt J«

matière Yiyante n'a même pas paru être un obstacle à cette conception, et on a dit que les mutations se faisant par substitutions moléculaires, les sillons pouyaient être respectés. Avec ce que nous savons gor les lois de la vie cellulaire, tout s'explique encore mieux, puisque les cellules se renouvellent par génération et que presque toujoars les cellules filles héritent de leur mère.

Ce qui peut embellir ou parfois troublerrintelligence, c'estUaptitude cérébrale qu'on appelle imagination et qu'on définit : la faculté de créer quelque chose de nouveau. Ge mot nouveau va au delà de la mérité, car les productions les plus poétiques de l'imagination repogent encore sur des connaissances antérieurenlent acquises. L'imagination a toujours besoin d'une matière première qui est d'origine seûsorielle ; elle la transforme ensuite à son gré. Ses productions sont des broderies sur un cavenas où se trouve déjà tracée une esquisse, des sculptures ajoutées à un édifice. La feuille d'acantbe a été l'origine des ornements de l'ordre corinthien ; une coquille celle des oraements de l'ordre ionique. Parfois ses produits prennent les allures d'un raisouDement fantaisiste. De même qu'un corps sonore peut donner plus d'amplitude aux ondes qui lui ont été transmises et grossir ainsi le son qu'il répète à l'unisson, de même les cellules cérébrales semblent pouvoir augmenter l'amplitude des vibrations qui leur sont communiquées. Elles grandissent ainsi l'idée au delà delà réalité de l'objet qtii l'a provoquée, de môme que les cellules sensitives transforment en douleurs les simples impressions tactiles lorsqu'elles sont irritées. L'imagination, c'est de l'hyperesthésie intellectuelle. C'est ainsi que les œuvres de la poésie se trouvent être des vérités embellies et parfois exagérées. La couche optique photographie l'objet avec une exactitude mathématique. Mais cette image exacte en arrivant dans des cellules corticales exaltées, ou plutôt montées, s'y amphfie, à l'instar des images physiques qui, vues à trayers des verres grossissants, apparaissent avec des proportions plus grandes, avec plus de coloris, avec des détails plus accentués, pins perfectionnées enfin. On dirait que l'imagination contemple avec une loupe les images que les objets viennent imprimer dans Ja couche optique. Cette faculté opère aussi souvent en appliquant HDX idées des impressions relatives à un autre ordre d'idées. On dirait alors le résultat d'un conflit entre les idées abstraites et les idées sensorielles ; ou que les premières vont réveiller dans la couche optique des sensations qu'elles s'assimilent. C'est surtout dans les

impressions visuelles que Timagination trouve sa souree d'alimentation la plus riche. C'est en effet aux impressions lumineuses que le langage fleuri emprunte toutes ses images. On dit qu'un esprit a de Véclat, qu'il est lucide ; qu'un travail offre des aperçue luminem. D'autres fois c'est avec des sensations gustatives, olfactives ouaodh tives, que le rapprochement semble se faire. On dit d'un artiste qa'il a du gcyùt, d'un sentiment qu'il est amer, d'un caractère qu'il a de Vaigreur, d'une personne ii procédés délicats qu'elle a du tact. On loue un style en disant qu'il est mélodieux ou harmonieux.

Nous connaissons maintenant le mécanisme probable de l'origme des idées. Assistons maintenant à leur mode d'association. Notre cerveau, avec son réseau de cellules superficielles qui se relient les unes aux autres par des anastomoses multiples et deviennent ainsi solidaires les unes des autres, peut être comparé à une nappe d'eau où chaque chute de pierre vient donner lieu à un ébranlement vibratoire qui se traduit par une série de cercles concentriques dont le nombre et l'étendue sont en raison de l'intensité du choc. Â chaque pas pendant le jour, un ébranlement dû à la vue d'un objet quelconque, à un bruit insignifiant, à un mot prononcé, arrive dans un point variable du cerveau par l'intermédiaire de la couche optique. Si cet ébranlement est faible, il reste circonscrit, n'éveillant qu'nn très-petit cercle d'idées. S'il est plus fort, il se propage dans un rayon plus considérable, faisant ainsi revivre une longue série d'idées qui sont comme l'œuvre d'un mouvement communiqué. Parfois cette propagation se fait d'une manière irrégulière, et la succession des idées se montre très-incohérente. Souvent au contraire elle suit les voies déjà tracées par l'habitude, de môme que l'eau, qui se dissémine, soit les rigoles déjà creusées. L'ébranlement est entraîné comme dans une filière et passe par les diverses séries de cellules habituées à fonctionner ensemble. Alors l'association des idées prend des allures rationnelles et môme méthodiques. Dans sa course fantaisiste, l'ébranlement peut atteindre des points très-éloignés du cerveau qui vibrent encore alors que déjà depuis longtemps le mouvement moléculaire qui a servi de point de départ au courant est complètement éteint ; de sorte qu'il ne semble exister aucun rapport possible entre l'idée dernière et l'impression sensorielle du début. Une foule de causes interviennent en outre pour modifier à chaque instant le courant primitif. C'est une nouvelle impression qui survient et môle ses eaux au courant antérieur, ou qui, douée d'une impulsion plus vive,

cbange sa direction; tantôt c'est une impression excessivement vive qui éteint complètement l'effet de la première et qui accapare le sol pour y développer ses propres ondes. Ou bien encore c'est une cellule en état de congestion et d'exaltation qui fait surgir une idée dominante autour de laquelle le courant d'idées ne fait plus que graviter (1).

Avec un pareil mécanisme, qu'est-ce qui fait donc la valeur de l'intelligence ? Pourquoi se montre-t-elle avec des degrés si variés ? Gela tient au concours d'un grand nombre de circonstances : d'abord à l'organisation elle-même dont on a hérité et qui peut varier nonseulement comme masse, mais encore dans des détails de structure que nous ne pouvons pas encore apprécier. De la masse peut dépendre la puissance de la machine et son aptitude à une grande richesse du contingent d'idées. Des détails de l'organisation peuvent dépendre le perfectionnement et la souplesse de cette machine. Toutes ces conditions premières se transmettent suivant les lois de l'hérédité organique et tendraient à se perpétuer indéfiniment dans une même famille, si les croisements ne venaient à chaque instant apporter des modifications aux nouveaux produits. C'est ainsi que l'éducation du père peut profiter à celle du fils. Sur le même rang nous devons placer des conditions de sanguification qui, elles aussi, varient avec les individus et sont transmissibles. Mais il y a lieu de tenir un grand compte de l'éducation que reçoit directement un cerveau donné. L'homme peut faire son intelligence lui-même. Elle dépend beaucoup du milieu dans lequel il vit, parce qu'elle est en grande partie comme l'empreinte du monde ambiant. L'attention, c'est-à-dire un travail consciencieux et complet des cellules, voilà la première base de l'éducation de la machine cérébrale. De là résulte une imprégnation plus profonde, plus stable, plus vivace, et en même temps une photographie plus exacte qui sera toujours l'expression delà vérité. La méthode doit, en même temps que l'attention, présider à l'éducation de notre cerveau. Grâce à elle, les connaissances se trouvent enregistrées dans notre couche corticale suivant leur ordre et leur enchaînement naturels. Elles s'appellent Tune l'autre plus rapidement dans le travail automatique des cellules. Elles reparaissent

(1) Ohez le fœtus de huit mois les cellules cérébrales sont sans prolongements. Ceux-ci n'apparaissent que quand les cellules entrent en activité. Il existe donc un certain rapport entre Pactivité des cellules nerveuses et le nombre et la complexité de leurs anastomoses. (Herbert 0. Major. Thejoumalj of mental science. Janvier 1876.)

toujours en conservant leur rang, et grâce à leur coordination, elles sont toujours la véritable reproduction de ce qui existe réellement. Cette méthode est, on peut le dire, Tœuvre des siècles, rœuvre de la portion d'humanité qui nous a précédés. Elle est le résultat de l'expérience des autres et elle nous est communiquée par nos maîtres ou par nos livres.

Ces conditions fondamentales remplies, Tintelligence peut encore recevoir de nombreux perfectionnements par l'exercice, par une véritable gymnastique cérébrale. Quand un clavier est souvent manié, les touches en deviennent plus faciles et plus souples. Elles obéissent plus rapidement au doigt qui les frappe. Elles se prêtent mieux à toutes les finesses et à toutes les délicatesses des nuances. Elles répondent mieux aux intentions de Tartiste et rendent mieux sa pensée. Il en est de même pour les cellules intellectuelles. On pedl les habituer à sortir plus vile de leur inertie et à produire plus rapidement le travail qu'on attend d'elles. Elles deviennent pour ainsi dire plus sensibles, plus impressionnables, plus facilement ébraalables. Elles entrent plus instantanément en vibration lorsqu'elles y sont sollicitées par d'autres cellules ou par de nouvelles impressions. Elles deviennent plus maîtresses de leurs vibrations et arrivent à tonjours les mesurer et en nuancer l'amplitude suivant les besoins. De là plus de vivacité, plus de vitesse, plus de souplesse dans les opérations intellectuelles. Les moyens de communication, qui font parler les idées ensemble et les associent, sont aussi susceptibles de se perfectionner par l'exercice. Ils se brisent au raisonnement par l'habitude et une mise en jeu plus fréquente, absolument comme dans les instruments dont le mécanisme permet de combiner plusieurs sons et de produire des effets d'harmonie. C'est ainsi qu'on peut développer et perfectionner une intelligence qui n'a reçu en naissant qu'un substratum matériel ordinaire. Il est probable, du reste, que le cerveau peut se développer matériellement par Je travail môme qui donne lieu à un plus grand roulement de matériaux; absolument comme le fait le biceps d'un ouvrier. Les cellules peuvent môme se multiplier de cette façon et offrir des moyens d'enregistrement plus considérables. J'ai vu un exemple frappant de la grande puissance que peut acquérir la machine intellectuelle quand elle est conduite suivant les lois d'une saine physiologie cérébrale.

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