II. POINCABÉ
mouvemenl d'ensemble, le commander; mais qu'il n'est pour rien ) dans le mécanisme de la locomotion, dont les agents nerveux exis- . . tent en dehors de lui et se trouvent agencés anatomiqueraent entre eux, de fafon à s'enlratner muluellement dans un travail commun, suivant im ordre préétabli. Le cerveau se réserve seulement le droit ( d'ordonner à cette machine de commencer, d'arrêter ou d'accélérer ( son Jeu. Il est le joueur d'orgue dont l'instrument porte en lui-même le mécanisme des airs qu'il est susceptible de produire, mais qui peut choisir le morceau, rdlenlir ou précipiter le mouvement musi cal. On pense qu'il en est ainsi chez tous les animaux et même chez l'homme. Si ce dernier, si le chien, si le lapio ne marchent pas ou marchent mal dans les premiers temps de leur vie, cela lient, non pas à un besoin d'éducation iutelleciuelle, mais à ce que leurs n des et les centres locomoteurs de l'axe cérébro-spinal sont encore ' en voie de formation et ne sont pas encore arrivés à un degré de développement suffisant. Si ces moyens matériels de locomotion se trouvaient, dès la naissance, aussi perfectionnés chez eux que chez le cochon d'Inde, nul doute qu'eux aussi pourraient marcher immédiatement.
En un mot, d'après l'opinion ancienne, les mouvements de détâl de la locomotion seraient tous essentiel le ment volontaires. D'après la nouvelle, ils seraient purement automatiques. Où se trouve la vérité? Y a-t-il, oui ou non, dans l'axe cérébro-spinal, une machine nerveuse de la locomotion, donnée tout organisée par la nature et mise seulement à la disposition des caprices de la volonté et à cerveau? Nous avons déjà louché à cette question à propos de la | moelle. Le momeot est venu de la traiter dans tout son développument, car presque tous les physiologistes accordent â la protubérance un rdle considérable dans la locomotion. Nous allons d'abord constater ce que les animaux des diverses classes peuvent faire sans . lobes cérébraux, comme station et comme progression. Pour cela, le mieux sera de chercher à reproduire ici. en partie, les expériences pratiquées par M. Onimus. Puis, ces résultats constatés, comme l'animal, après la mutilation indiquée, se trouve avoir conservé nonseulement sa protubérance, son bulbe et sa moelle, mais encore son cervelet, nous chercherons à faire la part réelle de la partie qui non» occupe.
Comparez ces deux grenouilles, dont l'une est intacte et l'autre a subi l'ablation des deux lobes cérébraux, elles ont exactement la
même attitude. 11 vous serait impossible de trouver la moindre différence dans leur mode de station. Si, il y en a une, mais en faveur de l'animal mutilé. Chez ce dernier, Fattitude est plus ferme et plus mathématiquement régulière. En outre, elle est toujours la même à tous les moments. Elle n'est pas à chaque instant plus ou moins modifiée par une volonté capricieuse. Elle s'impose à lui. Si on place la grenouille intacte sur le dos, parfois elle y reste. La grenouille sans cerveau ne peut pas y rester. Sitôt que la main cesse de l'y maintenir, elle se retourne brusquement, comme si elle était mue par un ressort, et elle reprend immanquablement son altitude réglementaire. Quand la première se redresse, elle prend, au contraire, des maintiens variés. Un fait signalé par Onimus et que je n'arrive pas à reproduire en ce moment, mérite l'attention des pathologistes. Si on déplace très-lentement un des membres, et si on l'amène peu à peu dans une situation même difficile à tenir, ce membre reste comme figé dans la position communiquée. L'animal De le retire pas sous lui, comme quand il possède son cerveau. Le phénomène est tout à fait identique avec le symptôme caractéristique de la catalepsie, maladie que nous rapporterons, en effet, à la protubérance.
Je pince la grenouille intacte. Un heureux hasard fait qu'en ce moment elle a la volonté de ne pas fuir. Elle se contente d'agiter le membre pincé, et elle montre qu'il est en son pouvoir de ne point céder à Tincitation étrangère. Il n'en est plus de môme de l'opérée. • Sitôt qu'on la sollicite, môme faiblement, elle marche toujours droit devant elle, et toujours avec le môme rhythme. Mises dans l'eau, les deux grenouilles ne se conduisent pas non plus de la môme façon. La première va se blottir au fond du vase, parfois elle sort de son immobilité, nage un instant tantôt dans une direction, tantôt dans Une autre, s'arrête, puis reprend sa course ou se blottit encore. En on mot, il est évident qu'elle est maîtresse de sa locomotion et qu'elle satisfait tous ses caprices. La seconde reste à la surface. Elle nage aussitôt en ligne droite, de la façon la plus méthodique, jusqu'à ce qu'elle rencontre la paroi du vase, où elle resterait arrêtée indéfiniment si je ne la ramenais au centré. Je ne l'ai pas plutôt abandonnée à elle-même, qu'elle repart avec la môme régularité pour s'arrêter encore contre la paroi. La première peut condamner à l'inertie la machine qu'elle porte en elle-même. La seconde est obligée de subir son travail que provoque impérieusement le milieu.