‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 18 sur 106 · CENTRES D'ASSOCIATION ET DE PROJECTION · texte numérisé non relu

CENTRES D'ASSOCIATION ET DE PROJECTION

sophes naturalistes des vi® et v® siècles, de la connaissance sensible, résultant de l'activité immédiate des sens, une autre connaissance qu'il n'appelle pas rationnelle, mais désigne par le nom de « légitime » ou de bon aloi, y^<j{y) y^^I*^* H existerait ainsi deux espèces de connaissance, celle-ci et Tautre, l'obscure, à laquelle appartiennent la vision, l'audition, l'olfaction, le goût, le toucher(i). Il est clair qu'aucun de ces penseurs n'a pu vouloir indiquer ainsi l'existence, chez l'homme et les autres êtres vivants, d'une source de connaissance étrangère à celle des sensations et des perceptions. Tous professent, en effet, que la pensée n'a point d'autre origine que la sensation, et que sentir et penser, c'est tout un. D^ailleurs, ainsi qu'AniSTOTE le remarque expressément (2), Démocrite^ pour qui Vdme et V intelligence sont absolument la même chose (xauTo \i^z\ ^^TTC* xat voOv), ne s'est jamais servi de la raison comme d'une force ou d'un instrument destiné à l'acquisition de la « vérité »: ou Se XP^*^ "^^ ^^ &q Buvifiiei Tivl içepl tîjv àXi^Ôewcv. Pour nous aussi, les représentations et leurs associations en concepts de plus en plus abstraits sont, pour la connaissance, des instruments bien autrement perfectionnés que les sensations brutes, auxquelles sont réduits les animaux inférieurs qui ne possèdent pas encore, différenciés et distincts, dans l'écorce du cerveau antérieur, de centres d'association, et qui, réduits aux centres de projection sensitifs et sensoriels, sont par conséquent privés, en même temps que du langage abstrait, de tout organe psychique d'analyse et de synthèse un peu complexe. Il ne saurait pourtant y avoir deux sources de connaissance, Tune sensible, l'autre rationnelle, puisque celle-ci, lorsqu'elle existe, est toujours réductible à cellelà, comme une combinaison d'atomes, quelque complexe et instable soit-elle, Test également toujours au petit nombre de corps simples qui la constituent. Or les physiologues hellènes de la grande époque dont nous parlons n'avaient certes pas une logique moins pénétrante que la nôtre, et l'on ne les prendra point, convaincus comme ils l'étaient de notre incurable incapacité de rien connaître en soi, à se réfugier déjà dans un de ces asiles d'ignorance où les métaphysiciens et les théologiens des temps postérieurs ont vécu, durant tant de siècles, dans l'illusion d'un savoir antérieur et supérieur à celui de l'observation et de l'expérience sensibles.

(1) Sextcs Emp., adv. Math., VIT, § 1 35- 189. Fragm. i. rvciSfiT); âà Sûo elaiv îoc'ai* ^ [xiv "p/yjOÎT), f, OÉ oxo-rfrj* xai oxotiyj; txsv TaSe ÇujjLTîavia, oi|»'.ç, axoTJ, ôBjjltÎ, fEuat;, tj/auai;* ij 81 YVTjaÎTj â;:oxsxpi;jL^v7)

(3) De an. I, 11.

X v>^ XERVEIX CENTRAL

v>u Ta VU, la doctrine des atomes qui remonte

.n '-k: les principes les plus élevés et les plus gé-

^ , -v àos corps inorganiques et des corps vivants, l'idée

V '.:c;Alion purement mécanique de Tunivers, le senti-

..vx^-v.io et de la fatalité des lois de la nature, mettant à

^ I ...o idée de raison ou de (inalité dans le monde, toute mé-

,s lv»ule théologie, maintes analyses des sensations et de la

.c pl^»lVssent encore la physiologie et la psychologie con-

1 «v^s. et sans doute aussi quelques-unes des hypothèses évolu-

. v o^ de notre siècle, ont été introduits dans la science par le phi-

,,,. . \v d Ahdère.

fc . \U IU)IS-Bkymond a témoigné, après Buckle, avoir été frappé de ,*iuH^sition que manifesta tout d'abord la science grecque contre les convophons anthropormorphiques de l'univers: l'idée que les Grecs se firent ^(o 1h nature est déjà presque celle de la science. Le savant physiologiste oui, dans la doctrine d'EncuRE, découvre déjà en germe, dit-il, « la loi do la conservation de la force sur laquelle s'élève aujourd'hui l'édifice grandiose de la physique mathématique, » aurait trouvé un charme bien plus profond dans l'étude de ces phycisiens d'Ionie qu'il ne fait que saluer en passant, et dont le moindre est à cent piques au-dessus d'Epi- CURE. Ce qui est vrai, c'est que, devant les questions fondamentales de la science et de la philosophie, « les questions dernières», « ces vieux penseurs Hellènes étaient, au fond, aussi avancés, ou plutôt, aussi peu avancés que nous-mêmes, et c'est là, pour la théorie de la connaissance, un fait d'une importance considérable. Lorsqu'on réfléchit aux connaissances qu'un Thalès, un Pythagore possédaient déjà en mathématique, astronomie, acoustique, il semble que le besoin ou l'instinct de causalité (Causalitdtstrieb) eut atteint dès lors sa maturité chez les races d'hommes du bassin de la Méditerranée, et qu'un progrès désormais ininterrompu dut les conduire aux derniers degrés de cette connaissance des choses qui n'ont été atteints que de notre temps, et à cette domination de la nature qui repose toute sur cette science. Chacun sait combien Tévénement fut différent ». Au moins ne fait-il point de doute qu' « Aristote et Archi- MÈDE ne doivent être comptés parmi les plus grands maîtres de l'humanité » (i).

D'autre part, il nous parait incontestable, comme à Duhring, que si

(i) E. Du BoisReyviond. Reden. V^ Folge. Lcipz., 1886. 2^7. CuUurgeschichte und Nalurivissenschaft (1877).

E. DU BOIS-nEYMO\D loi

Ton rapproche ces commencements de la philosophie grecque des productions de Tesprit grec qui les ont suivis, on trouve que l'originalité la plus haute appartient sans conteste aux physiologues ioniens, à Heraclite, à Empbdocle, à Démocrite, à Anaxagore, à quelques autres penseurs encore de même génie. L'idée du monde et de la vie que se sont faite chacun de ces philosophes dérive de la nature du principe des choses, éternel et infini, tour à tour admis et posé comme l'Etre absolu. Il en résulte que « toute la force créatrice de la conception de l'univers se trouve limitée à cette période qui se termine déjà avant Socrate ». Cette première période de la science et de la philosophie grecques n'a paru avoir si peu d'importance, non seulement pour le philologue, mais pour l'historien de la philosophie, que parce qu'on a moins pris garde aux doctrines qu'au petit nombre de documents où elles ont été conservées sous forme de fragments, encore que ces ruines aient souvent plus de grandeur que ces beaux monuments de la pensée hellénique, les Dialogues de Platon et surtout l'Encyclopédie d'ARisToTE (i).

Toute cette œuvre de la pensée originale des anciens Grecs sur le monde et la vie comprend une période d'environ deux siècles, depuis la seconde moitié du vii° siècle jusqu'à la fin environ du v". Ces profondes spéculations ont formé, jusqu'à Galilée et à Harvey, le fondement même de cette science de la nature et de l'homme que les contemporains de Thomas Hobbes appelaient encore pkf/sica. Cette science avait donc fleuri en Grèce de Thalès à Archélaus. *H jxèv ouv çuŒtxt; ftXsorsoix ixo ©aXY)Toç ïiùç 'Ap^eXaoj âtéjxe'.vs, ainsi que s'exprime saint Hippolytk. Et le savant évèque ajoutait que, si l'on voulait rapporter et exposer toutes les opinions et doctrines de ces philosophes, il faudrait disposer d'une forêt immense de livres, ^iîv et xâaaç xxç SoÇa; eSojXsixeOa xapaOeîvai, ttoXXyjv Sv uXtqv ^♦.6Xiu)v ISet xaTaaxeuoÇetv.

La doctrine des parties et du siège des âmes chez Platon, quoique ne différant guère au fond de celle de Philolaos et des autres Pythagoriciens, voire de Démocrite lui-môme, nous paraît pourtant d'im intérêt considérable pour l'histoire de la structure et des fonctions du cerveau. Pour la première fois, les rapports anatomiques et physiologiques de Tencéphale et de la moelle épinière sont nettement indiqués, et Timportance de ce dernier centre, jusqu'ici laissé à peu près dans l'ombre par les philosophes et les médecins, apparaît. De la théorie des trois âmes, en

(i) E DuiiRiXG. Kritlche Ceschichte der Philosophie. 3'<^ Auflage. Leipz., 1878.

elle-même, nous n'avons rien à dire : ce n'est pas une thèse scientifique, c'est une allégorie philosophique qui s'est transmise jusqu'à nous sous la forme de la doctrine classique des facultés de l'âme. L'unité des phénomènes fondamentaux de la vie psychique ne fait de doute aujourd'hui pour personne. La théorie des trois âmes, commune à Platon et à Hippocrate, n'en fut pas moins adoptée par Galien, qui demeura sceptique toutefois à l'endroit de l'immortalité de l'âme intelligente. Pour Platon l'encéphale est le siège du voD; {Tim,, 76 G) : l'âme pensante est, comme pour les Pythagoriciens, localisée dans la tète, le Ou[jloç dans la poitrine à proximité de la tète, afin, dit Platon, d'exécuter plus rapidement les ordres de la raison et de tenir en bride les désirs ; le cœur est l'organe physiologique du 0'j|jLoç.

A la place des nerfs, encore inconnus, ce sont les vaisseaux sanguins qui, entre autres offices, conduisent les impressions sensibles du corps au cerveau. Les trois âmes, logées dans la tète, la poitrine et le ventre, séparées par le cou et par le diaphragme, avaient donc pour organes Tencéphale, le cœur et le foie. Entre le diaphragme et le nombril, le foie, siège de l'âme sensitive, jouait, chez Platon, le même rôle, quant aux perceptions des sens, que nous verrons attribué au cœur par Aristote : c'est le siège des sensations et des désirs, c'est l'âme femelle, âme mortelle, comme l'âme mâle d'ailleurs, dont le siège principal est dans le cœur. Mais ce qui frappe tout physiologiste, c'est qu'ici, chez Platon, ces deux âmes mortelles sont unies au cerveau, siège de l'intelligence, par l'intermédiaire de la moelle épinière. Ghacune des âmes énumérées est attachée, au moyen de liens, l'âme inférieure à la moelle contenue dans la partie inférieure de la colonne vertébrale, l'âme supérieure à la moelle contenue dans la partie supérieure de la colonne vertébrale, l'âme intelligente au cerveau.

L'encéphale et la moelle ne sont qu'une seule et même substance, quoique cette substance soit divisée en segments d'inégale importance quant aux fonctions psychiques. Aussi bien voici le texte si curieux du Timée où toute l'économie apparaît comme subordonnée au myélencéphale :

(c Quant aux os, à la chair et à toutes les parties de cette nature, voici ce qui eut lieu. Elles eurent pour principe la formation de la moelle (apx^ [aIv 1^ ToO [jiueXoO Y^vsdtç). Gar les liens vitaux qui unissent l'âme au corps, attachés en tous sens dans la moelle, étaient comme les racines de l'espèce morlelle. » A la moelle, formée de la « semence universelle de l'espèce mortelle tout entière », sont donc attachés trois genres d'âmes. Suivant ces fonctions, la moelle présente les divisions suivantes : 1° Tencéphale (sYXîfaXcç), partie la plus importante de la moelle, puisqu'elle devait rece-

LE MYÉLENCÉPHALE io3

voir, a ainsi qu'une terre labourée, la semence divine », c'est-à-dire Tànie intelligente ; 2** le reste de la moelle, devant contenir le reste de Tâme, ou la partie mortelle, segmenté en formes « rondes et allongées », portant le nom commun de moelle (jjiueXdç). Ce sont là les ancres auxquelles sont attachés les liens qui unissent les trois âmes. Le corps fut construit autour de ce myélencéphale après que celui-ci eut été muni d'un revêtement osseux, tels que les os du crâne et les vertèbres cervicales, dorsales, etc. [Tim.y 73 B). Quant à ces a liens », c'étaient les veines et les ligaments, faisant encore office de nerfs. Ce que Platon appelle nerfs, en effet, ce sont les tendons, les ligaments, les aponévroses. Aussi dit-il positivement que « la tète est dépourvue de nerfs » [Tim,, 75 G) (1). Le cerveau, siège de rintelligence, n'est pas ici le siège des perceptions, comme chez Alcméon. Quand cet ébranlement de Tair qu'on nomme le son, dit-il, frappe l'organe de l'ouïe, c'est-à-dire l'air contenu dans l'intérieur de l'oreille, de petites veines pleines de sang, traversant le cerveau, portent la sensation au foie, siège de l'âme sensitive (Théophr., De sensu, vi, 85). De même pour le goiit, etc. Il reste toujours que, chez l'auteur du Timée, il y a, non pas un centre psychique, l'encéphale ou le cœur, mais des centres psychiques hiérarchiquement subordonnés, nettement localisés dans la moelle épinière, la moelle allongée et le cerveau.

La même théorie a été l'origine de quelques vues intéressantes de physiologie générale chez Platon, relativement à la vie des végétaux. Des théories analogues, plus ou moins raisonnées, paraissent avoir été soutenues par Empédocle, Démocrite, Anaxagore, ainsi que nous l'avons rappelé. Voici comme s'exprimait Galien à ce sujet, dans son commentaire sur le Timée (2) :

« Nous avons déjà montré plus haut (dans la partie perdue du commentaire) que Pla- TO?i avait eu raison d'appeler les plantes (roc <puTa) des animaux (Çoîa). » Partant de ce principe que Tàme est le principe du mouvement (t7|v ^/y\yf ap/T,v slvat xtvT^aewç), et que les plantes ont en elles la source de leurs mouvements, on les appellera à juste titre animées (ejiuj/u^a). « Or tous les hommes appellent animal un corps animé. Lors même

(i) Platon, remarque Galien, dit qu'il n'y a point de nerfs dans la tête, parce qu'il ne connaissait pas les nerfs volontaires ; il ne sait même pas que la sensation est produite dans la tète par les nerfs (fjLiî Yivcoaxoiv {xy)$ * ivtauOa 5tà veupwv xà; alaÔTJaEiç Yivop.6vaç), ignorance d'ailleurs partagée aussi par quelques anciens médecins. « Mais il n'est pas étonnant que Platon, de môme qu'HoMÈRE, ail ignoré l'anatomie (xà xaxà xà; avatoixà; aYvoîîaat). » Fragments du commentaire de Galien sur le Timée de Platon, p. 17.

(2) Galien. Fragments du commentaire sur le Timée de Platon^ publ. pour la première fois par Ch. Daremberg. Paris, i848.

loi LE SYSTÈME \ EH VEUX CENTRAL

qu'on croirait, avec Aristote (i), que, pour mériter le nom d'animal, il ne suffit pas d'être animé, mais qu'il faut encore jouir de la sensibilité (atdôtiTtxov), on reconnaîtrait que même les plantes ne sont pas dépourvues de cette propriété. Car nous avons montré, dans l'ouvrage Sur la substance des forces physiques, que les plantes ont la faculté de distinguer les subtances avec lesquelles elles ont de l'affinité, et qui les nourrissent, de celles qui leur sont étrangères et qui leur nuisent ; que, par conséquent, elles attirent les substances qui leur conviennent, rejettent et repoussent celles qui leur sont étrangères. Pour cette raison, Platon dit que les plantes ont une sensibilité spéciale, car elles distinguent ce qui est en rapport avec elles de ce qui ne leur convient pas (a).

Aussi Platon déclare- t-il que des trois espèces d'âmes, la troisième espèce, la concupiscible (ttîv £7ri6uîxtiTtx*^v), est la môme dans les animaux et dans les plantes. Placée, chez les premiers, entre le diaphragme et le nombril, dans le foie, elle ne peut avoir ni opinion, ni raison ni intelligence ; toutefois elle procure des sensations agréables et pénibles avec des désirs, et, sans raisonner, elle discerne^ comme dans les végétaux, les substances qui conviennent ou ne conviennent pas à la nutrition.

Hippocrate et les IIippocratistes du siècle de Périclès croyaient en général Tencéphale humide et froid. « L'encéphale est de nature froide et solide » (De Vusage des liquides, § 2). « Le cerveau est la métropole du froid et du visqueux, h lï èyxéçaXoç âtrci [xtjTpéxoXt; tcO t^u^P®^ xai^ioO xoXXwîecç » (Des chairs, § 4)- « Le cerveau est humide (6 b(%i^0L\zq uypôç etc.) et entouré d'une membrane (ixfJvtyÇ) humide et épaisse » (Ibid,, § 16). La fonction de la vue est entretenue par l'humidité qui lui vient de l'encéphale par le canal des petites veines ; si ces veines viennent à se dessécher, la vue s'éteint. Cette humeur est des plus pures. Voici d'ailleurs un texte, qui ne nous renseigne pas seulement sur l'opinion des médecins grecs du v° siècle touchant la nature de l'encéphale, mais aussi sur l'état de leurs connaissances relatives à l'œil. « Quant aux yeux, de petites veines se portent de l'encéphale à la vue par la méninge enveloppante (iwcl èç xoh^ c^OaXfJLO'j; çXe6(a Xewri èç ty;v £t)*iv kv. toD èyxéçaXou BtaTfJç [L-fy^iyyoq TfJ^ 'Kepity^oùariç çlpcvtat); ces petites veines nourrissent la vue par l'humidité la plus pure provenant de l'encéphale : on se mire dans les yeux. » (Des lieux dansThomme), Dans le traité des Chairs^ § 17, on lit aussi : « La vision est ainsi : une veine (çXé'j;) partie de la membrane du cerveau se rend à chaque œil au travers de Tos. » 11 n'est point douteux pour nous que ces « veines » soient les nerfs

(i) De part, anim., III, iv. De an. gêner.. II, m. De juv. et senect., I. ta Y*p ?i>"c* Kfi (a£v. oôx ï'/Ei 8' araOrjatv, xf» 8* aîaOaveaGai to ÇcSov Tzpoç x6 {xt) Çôov ôtopîî^Ofxev.

(a) AéBstxiai yàp tjijiTv ev lotç nepi [oùalaç] tûv çuaixûv ôuvàjiewv 67îO{xv»[jiaai, yvMpi(jT'.xr,v 8Jva[xiv è'/£iv auià tûv T*olx£iti>v ouaiûv, u^*(T>v xpc'yeTai, twv ':*ocAXoTptojv, 6^*(Lv pXa;rc£Tat xat 8ià TOUTO là; jièv oixeiaç eXxeiv, làç h* iXko-zpiaç flt;:oaTp£06^ai xal <i;:ti>6£Î^«i, xal 8ià tout*o3v ô nXaidjv £ln£v at^OTi<j£w; ^cvou; î${ou (x£t^/£iv là çuià* lô yàp o[x£îov T£ xa: aXXoipiov Yvo>p{Ç£!.

A\ÀTOMrE, PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE DE L'EXCEPIIALE io5

optiques entourés de leur gaine durale. C'est ce que Aristote, dont la doctrine suf lés rapports de Tœil et de Tencéphale apparaît ici en quelque sorte àTétat naissant, a connu également, selon moi ; il désigne seulement les nerfs optiques par le mot wopct ou canaux, expression qui d'ALCMÉON à Galien, et bien après encore, a servi à nommer les nerfs de sensibilité. Mais c'est surtout dans le traité des Glandes (§ lo et ii), d'origine cnidienne (Littré), qu'il convient d'étudier les idées d'HiPPOCRATE sur la nature du cerveau.

On sait que, dans la doctrine hippocratique, les glandes sont chargées d'absorber et d'éliminer le superflu du liquide qui surabonde dans le corps. HiPPOCRATE compare le cerveau à une glande, non seulement quant à son aspect, mais pour sa fonction : « Le cerveau est semblable à une glande (-cov âyx^ç aXov TksXov àSévt) ; en effet, le cerveau est blanc, friable comme les glandes. » Il rend à la tête les mêmes offices que ces organes : il délivre la lête de son humidité et renvoie aux extrémités le surplus provenant des flux. C'est même parce que le cerveau, à l'aise dans le large espace qu'est la tête, est une glande plus grosse que les autres, que « les cheveux sont plus longs que les autres poils », des aisselles ou des aines par exemple. La gravité des maladies que cette glande produit la distingue encore des autres glandes. Outre les sept catarrhes qui partent du cerveau, cet organe lui-même est exposé à deux affections selon que*la matière retenue est acre ou ne l'est pas : dans le premier cas, c'est l'apoplexie, avec convulsions généralisées et aphasie; dans le second, le délire et les hallucinations. « Si l'encéphale est irrité (par l'âcreté des flux), il y a beaucoup de troubles, Vintelligence se dérange (ô v6oç àfpa^st), le cerveau est pris de spasmes et convulsé le corps tout entier ; parfois le patient ne parle pas ; il étouffe : cette affection se nomme apoplexie. D'autres fois le cerveau ne fait pas de fluxion acre ; mais, arrivant en excès, elle y cause de la souffrance ; Vintelligence se trouble et le patient va et vient pensant et croyant autre chose que la réalité, et portant le caractère de la maladie dans des sourires moqueurs et des visions étranges (i). »

En même temps que la doctrine de la nature froide et humide de l'encéphale, on rencontre chez les Hippocralistes la croyance, fort ancienne, également adoptée par Aristote et élevée à l'état de dogme scientifique jusqu'à la fin du xviii' siècle, des rapports du sang avec l'intelligence. « Selon moi, dit l'auteur du traité des Vents (S i4), de tout ce que renferme le corps, rien ne concourt plus à l'intelligence que le sang, [xr^îàv elvai [xaXXov

(i) Œuvres, éd. Littré, viii, 565. Cf. Franz Spaet. Die geschichf/iche EntsKÎckelung der sogenannten Uippokratischen Medicin im Lichte der neuesten Forschung. Berlin, 1897.

io6 LE SYSTÈME \EBVECX CE^TBAL

Tù)v h xô (j(i|j!.att Çuii.6aXX6|jL€vov e; f p6vY)(jtv tj to aTjjut. » L'auteur connaissait un grand nombre d'exemples où les modifications du sang modifient Tintelligence. Et au premier livre des Maladies: « Le sang dans Thomme apporte la plus grande part de l'intelligence, quelques-uns même disent qu'il l'apporte tout entière, evtoi II X^/suat to ttov. » A cet égard, l'auteur du traité du Cœtir{% lo et ii) est encore le maître de Descartes, de Willis, de Vieus- SENS. Ce que ces maîtres de la science et de la pensée moderne ont appelé, après Galien, les esprits animaux, n'était, on le sait, que le sang artériel débarrassé de tous ses éléments impurs (cruor, serum)^ enlevés par les veines et par les glandes de l'encéphale, et distillé ou rectifié au delà de toute expression dans son passage à travers les fins canaux sanguins des plexus choroïdes et de l'écorce cérébrale, comparés par Willis aux serpentins des alambics. L'auteur du traité du Cœur dit, en effet, que « l'intelligence de l'homme est innée dans le ventricule gauche et commande au reste de l'âme, yvcijjiYj yip i^ xoO ovOpMTcoj 7:£çuxev êv -rtj Xatij xciX(t) xal apx^i ^ç oXXyjç ^ux^ç. » Or le ventricule gauche du cœur ne contient pas de sang ; cela résulte du moins d'une vivisection pratiquée par ce médecin : (c Sur un animal égorgé, ouvrez, dit-il, le ventricule gauche, et tout y paraîtra désert, sauf un certain ichor, une bile jaune et les membranes dont j'ai parlé. Mais Tarière n'est pas privée de sang, non plus que le ventricule droit » (S lo-ii). Ainsi le ventricule gauche ne contient pas de sang; ses valvules empêchent que le sang de l'aorte n'y pénètre ; il reçoit bien l'air par les veines, mais sa nourriture véritable, il la tire d'une « superfluité pure et lumineuse qui émane d'une sécrétion du sang », et c'est pourquoi ce ventricule est le siège du feu inné et de V intelligence. Si l'on prend garde au sens de ces trois ou quatre expressions du vieil auteur hippocratiste, xâcOapf^, ç(i>ToeiSY;ç, 8'.dapi(jtç toO aî|jwtToç, on aura comme le sommaire et l'abrégé des doctrines qui, pendant plus de deux mille ans, ont expliqué la nature de l'âme raisonnable et des esprits animaux par une sorte de feu, de « flamme très vive et très pure » (Descartes), résultant de la séparation ou distillation des éléments du sang.

Les médecins grecs du v* siècle estimaient que la moelle épinière ou dorsale provient du cerveau (Des maladies, ii, S 5 î ^^^ chairs, § 4) et que les méninges, l'une supérieure, plus épaisse, l'autre ténue, appliquée sur le cerveau, enveloppent l'encéphale. Sous le nom de cordons (tovoi), ils possédaient quelques vagues notions des nerfs (ii* livre des Epidémies. Œuvres, v, i25). La connaissance des rapports entre les symptômes cliniques des affections du cerveau et de la moelle et les lésions connues de ces parties, quoique les faits fussent souvent bien observés, ne modifia en rien l'opinion traditionnelle sur la nature et les fonctions de l'encéphale. On savait que, dans les blessures du cerveau dues soit à des acci-

LA }fALADIE SACRÉE ro;

dents, soit à des interventions chirurgicales (trépan, etc.) sur cet organe dans les plaies de la tête, des convulsions ou des paralysies se produisent du côté du corps opposé à la lésion, et que la perte de la parole accompagne quelquefois ces paralysies (Prénotations de Cos, xxviii, 488-490). Les malades deviennent aussi « sans voix » à la suile de commotions et de congestions cérébrales (Aphorismes, § 58). A l'épilepsie, chez les jeunes enfants, succèdent quelquefois des paralysies locales el des contractures (De la maladie sacrée, 8) ; Tatrophie musculaire succède également à la paralysie dans la partie affectée (Prorrhétique, § 89). Dans les plaies de la tête et dans les traumatismes opératoires, les convulsions qui peuvent éclater sont également croisées: elles dépendent bien du cerveau (Des plaies de la tête, S i3, etc. ; Des Glandes, viii, 567).

Enfin le délire et les troubles de Tintelligence étaient nettement rattachés aux phlegmasies cérébrales et aux traumatismes crâniens. On trouve aussi chez ces médecins grecs une idée qui reparaît chez Aristote, mais exagérée et déformée au point d'avoir induit, selon tous les critiques, le philosophe en une grave erreur ; c'est que « Tencéphale est plus sur le devant de la tête que sur le derrière » (Des maladies, 11, 8). C'est là un fait d'observation ; mais ce qui n'en est pas un, c'est de soutenir, comme l'a fait le Stagirite, que, chez tous les animaux, « le derrière de la tôte est vide et creux » (H. A., i, xin), et cela lorsqu'il signale d'ailleurs la forme et la structure du cervelet. Mais, en rapprochant la lettre de ce texte de celle d'un passage que nous citerons et dans lequel Aristote parle des ventricules latéraux et moyen, passage où le même mot est employé, j'avais supposé qu'ARtSTOTE avait désigné ici le quatrième ventricule ou ventricule du cervelet; j'abandonne cette hypothèse.

L'auteur du traité sur la Maladie sacrée fait décidément entrer dans la science la doctrine qui localise les fonctions intellectuelles et morales dans le cerveau. Un autre point de doctrine bien établi dans ce traité, et qui n'a pas eu moins de peine à triompher (si tant est qu'il ait vaincu, même en Europe, l'ignorance et la superstition), c'est que toutes les maladies sont de cause naturelle, que l'épilepsie n'est pas plus « sacrée » que n'importe quelle autre névrose ou psychose, et que les sensations, les passions et l'intelligence dépendent du cerveau. Tant que le divin ou le surnaturel intervient en quoi que ce soit dans les événements du monde et de la vie, il n'y a point de science de la nature. Lorsque la foudre éclatait dans les cieux embrasés, quand les comètes apparaissaient, que le soleil ou la lune s'éclipsait, dit Démocrite, dans un fragment que nous avons cité, les hommes des anciens jours s'effrayaient, convaincus que les dieux étaient les auteurs de ces prodiges. Pour que la science pût apparaître, il fallait écarter résolument toutes les interprétations anthropomorphiques

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et religieuses de la nature : c'est ce qu'a fait Fauteur du traité sur la Maladie sacrée.

Le cerveau, dit-il, chez rhonime comme chez les autres animaux, est double ; le milieu en est cloisonné par une membrane mince. Des veines y arrivent de tout le corps, nombreuses et menues, mais deux grosses surtout, l'une du foie, l'autre de la rate : ce sont des soupiraux du corps qui aspirent l'air; elles le distribuent partout à l'aide de petites veines. C'est l'aeV, en effet, qui donne l'intelligence au cerveau. On reconnaît les doctrines d'ANAXiMÈNE et de Diogène d'Apolionie. « Quand l'homme attire en lui le souffle, ce souffle arrive d'abord au cerveau, et c'est de cette façon qu'il se disperse dans le reste du corps, laissant dans le cerveau sa partie la plus active, celle qui est intelligente et connaissante. » Si, en effet, continue l'auteur, Yair se rendait d'abord dans le corps, pour parvenir de là au cerveau, il laisserait l'intelligence dans les chairs et dans les veines, il arriverait échauffé au cerveau, et il y arriverait non pur, mais mêlé avec l'humeur provenant des chairs et du sang, de sorte qu'il n'aurait plus ses qualités parfaites (i). Pour ces raisons, il regarde le cerveau, lorsqu'il est sain, comme l'organe qui dans l'homme a le plus de puissance ($jva[i.tv icXsCmQv). C'est par le cerveau que nous pensons (xal TouTw çpoveu|jL€v) (S i4), que nous comprenons (voejJfjiev), que nous voyons et entendons, que nous connaissons le beau et le laid, le mal et le bien, l'agréable et le désagréable, le plaisir et le déplaisir. Mais si le cerveau n'est pas sain, s'il est trop chaud ou trop froid, trop humide ou trop sec, c'est par lui également que nous délirons (tw îà aixw Toy-cw xxi [i.aîv6|xeôa xat xapaçpovévo[i.£v), que des craintes et des terreurs nous assiègent, que des songes et des soucis sans motifs nous tourmentent. Selon que l'altération du cerveau dépend de la pituite ou de la bile, les aliénés sont calmes, déprimés et anxieux, ou bruyants et malfaisants (§ i5). Comme le cerveau est Y interprète de l'intelligence (tov èpfjLTjvsûovta), et que l'intelligence provient de Vair, dont le premier il reçoit l'impression, s'il arrive quelque changement notable dans l'air, par l'effet des saisons, le cerveau est exposé aux maladies les plus aiguës, les plus graves, les plus dangereuses, et de la crise la plus difficile pour les médecins inexpérimentés. Quant au diaphragme [d çpéve;), c'est bien au hasard qu'il doit son nom, car il n'a rien à faire avec la pensée et l'intelligence (çpovéeiv), non plus d'ailleurs que le cœur^ quoique quelques-uns disent que nous pensons par le cœur (X^youji li xiveç w; çpovéojxfcv t^ xapîit)) et que cet organe est ce qui cause le chagrin et les soucis. 11 n'en est rien (S 17). Sans doute, par

(i) Œuvres, VI, 303.

LE CEBVEAV EST VORGASE DE V ÎSTELLÎGESCE 109

Tefifet d'une joie vive ou d'une violente peine, le cœur se contracte comme le diaphragme « tressaille et cause des soubresauts ». Mais ni l'un ni l'autre n'a part à l'intelligence : seul, le cerveau est l'organe ou l'interprète de l'intelligence (i).

(i) Cf. Paul Flechsig. Gehirn und Seele, 1896, 36. « Dans le livro pseudo-hippocratique Sur la maladie sacrée (cpilepsic) que des savants distingués attribuent à Poltbe, io gendre d'HipPOCRATB, conlomporain par conséquent d'ÀRiSTOTE, le cerveau est le centre des nerfs. Torganc central exclusif de Vàroe pensante ; aussi les troubles de Tintelligence y sont- ils rapportés à des aiTections du cerveau. D'aprt's Aristote, au contraire, c'est le cœur, organe unique, qui peut seul être le siège de l'àme également une : le cerveau, divisé en deux moitiés, n'est qu'en apparence relié aux organes des sens. Une génération à peine après Aristote, un médecin d'Alexandrie, Erasistkate, enseignait que les fonctions supérieures de l'intelligence de l'homme devaient dépendre de la plus grande complexité de SCS circonvolutions cérébrales, par conséquent de la structure spéciale de son cerveau (Burdach). »

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