‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 17 sur 106 · LE SCEPTICISME ET LA SCIENCE · texte numérisé non relu

LE SCEPTICISME ET LA SCIENCE

otîev' oi8 * auTo ToîTo xoTepov orBajjLsv y; oux oî'SafjLsv. Mêmes doutes sceptiques chez Nausiphane, le maître d'EpicuRE.

J'avoue que les plus fines critiques de la nature et de la valeur des sensations me semblent se trouver, dans l'antiquité, chez Aristippe, de Gyrène et chez les Cyrénaïques, et que les physiciens et les physiologistes les plus savants, un Helmholtz, un Du Boïs-Reymond, un Mach, un Tyn- DALL, un Huxley, n'ont guère poussé plus loin que ces philosophes l'analyse subtile de ces prolégomènes à toute théorie de la connaissance: — Nous ne percevons que nos étals internes ; nos sensations ne sauraient donc rien nous apprendre sur les objets du monde extérieur, répétaientils après DÉMOCRiTE. Protagoras avait dit, entre autres, que « Thomme est la mesure de toutes choses, » :càvT(ov yj^^inùi jxéTpov avôpwicoç, etc. Or, si nos impressions ou « affections » sont propres à chacun de nous (xaOr<... i3ta), chaque homme ne pouvant connaître que la façon dont il est affecté, non celle d'un autre homme, toutes nos idées des choses, en tant que dérivées de nos sensations, ne peuvent être que de la même nature que celles-ci. Mais les impressions subjectives (xaÔYj) varient avec chaque individu, et, chez le môme individu, avec l'état des organes des sens et de l'intelligence. Et cependant, en tant qu'elles sont perçues, toutes les sensations sont tenues pour vraies par le sujet. Leur vérité subjective est donc aussi illusoire que leur vérité objective. Que, par çatv5[ji€va, on entende les sensations subjectives (zoôyj) ou les choses qui les font naître, devra-t-on dire que, dans le premier cas, les phénomènes sont vrais, et faux dans le second? Un peu de réflexion suffit, à mon sens, pour qu'il apparaisse que les uns et les autres sont, de leur nature, également inconnaissables. Mais ce qu'ont vu ces philosophes, c'est qu'il n'existe pas pour nous d'autre phénomène qu'un état interne, une affection (ira6o;), liée à une sensation perçue: (jlovov to -ïraOcç if){Mv èort çatv6|xevov. Quanta l'objet situé hors de nous (to £xto^ uiroxe{|jLSvov), c'est l'inconnaissable (-couToîà àxaraXYjxTov) (i). Après quoi, il importe peu qu'il y ait des noms communs(xotvi...ovo|jiaTa)pour désigner les choses; en réalité les images que s'en forment les individus doivent différer autant que leurs affections propres nées à l'occasion des perceptions sensibles de ces objets. Et si toutes les représentations internes, en tant que dérivées des sensations, participent de la nature subjective de celles-ci, comment dès lors existerait-il pour l'homme une science véritable des choses? Aussi une telle science n'existe-t-elle pas; et la science la plus parfaite n'est qu'un système plus ou moins vaste d'observations et d'expériences, c'est-à-dire de rapports, déterminés et déter-

(i) SextusEmp., adv Math., VIII, 191.

J. SouRT. — Le Système nerveux centrai

gS LE SYSTÈME NERVEÏ'X CENTRAL

minables, des phénomènes, qui empruntent toute leur valeur, purement relative, au degré de constance et de généralité de ces phénomènes.

Et cependant, pas plus dans l'antiquité que dans les temps modernes, le scepticisme n'est un fruit légitime de la critique de la connaissance. Celle-ci établit simplement, chez Démocritk, la nature subjective des qualités sensibles des phénomènes ; elle n'a trait qu'à ce qui est donné par les sens dans la perception. L'expérience et la science, non point sans doute de ce qui est, mais de ce qui apparaît^ échappent ainsi au naufrage où sombrent les orgueilleuses pensées de ceux qui, méconnaissant les limites de l'intelligence humaine, se vantent de connaître et de révéler l'essence des choses. Empédocle, et avant lui déjà Heraclite, Xénophane, avaient dissipé cette illusion naïve qui habite au cœur de l'homme, et d'où sont sorties les métaphysiques et les religions.

DÉMoCRiTE est si peu sceptique qu'il a fondé toute son explication du monde sur une hypothèse, invérifiée et à jamais invérifiable, celle de l'existence de l'atome et du vide : « Rien n'existe en réalité que l'atome et le vide. » 'ETeij 3à %io^% xalxevév. Les anciens physiologues ioniens, qui n'ont point reconnu d'autre substance que celle du monde, j'entends de cet univers visible, ont également postulé l'existence d'un être, et du seul être, qu'il faut croire, car il demeure inaccessible aux sens, seule et unique source de la pensée. L'être unique des Eléates, le plein, c'est-à-dire l'univers matériel, est précisément le philosophème d'où est sortie la physique atomistique, d'après laquelle il n'y a point d'autre réalité que l'atome, dont la masse échappe à nos sens. Le matérialisme a ainsi posé en principe qu'il n'y a de réel que ce qui n'existe pas pour la sensibilité. Démocrite n'a cru qu'à l'invisible. C'est une croyance d'athée. Car Démocrite a été absolument athée au sens où l'ont été tous les antiques philosophes naturalistes de l'Hellade, aux siècles où la raison humaine a possédé peutêtre le plus de force et de pénétration. « Si, dit Edouard Zeller lui-même, le savant historien de la philosophie grecque, on entend par Divinité l'Esprit incorporel ou la Force organisatrice du monde, séparé et distinct de la Matière, l'ancienne philosophie tout entière est foncièrement athée » (i). Pour Leucippe et Démocrite, point d'autre Être éternel que la Nature, c'est-à-dire la somme des atomes éternellement en mouvement dans l'univers par l'effet de la pesanteur, — des atomes générateurs et destructeurs des mondes infinis, salis but et sans raison aucune, mais par nécessité, ut:' àva*^-vr|Ç.

Démocrite semble avoir distingué, ainsi que presque tous les philo-

(i) Zeller. Die Philos, der Griechen, I, 7G7.

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