LE CERVEAU
Le cerveau a naturellement les proportions et les dimensions qu'exigent les besoins de l'économie. C'est chez l'animal un organe de réfrigération. Voilà sa fonction. « On peut supposer, en comparant, il est vrai, une petite chose à une grande, dit Aristote, qu'il en est de ceci (la réfrigération du cœur par le cerveau) comme de la production de la pluie : la vapeur qui sort et qui s'élève de la terre est portée par sa chaleur dans les parties supérieures, et, quand elle arrive dans l'air froid qui est audessus de la terre, elle se condense et se change en eau, sous l'action du refroidissement, pour retomber de nouveau sur la terre. » {De part, anim,. H, vu.)
Le cerveau est composé d'eau et de terre; voici quelques faits qui le prouvent. « Si l'on fait cuire le cerveau, il devient sec et dur; il ne reste plus que la partie terreuse, l'eau ayant été vaporisée par la chaleur. » Il en est de même quand on brûle des légumes et d'autres fruits {De part, anim,, II, vu). Le cerveau de l'homme, à la fois le plus grand, le plus humide et le plus froid, est environné de deux membranes, l'une plus solide, du côté de l'os, l'autre, plus délicate, posée sur le cerveau lui-
(i) Arist. De part, an., IV, 11, 2. 0'jro> xa» fj Itz\ to) r^7:o^xi /oXt) TUEpiTTdjjxa slvai /.a» ojy £V£xà Ttvoî, fjjfSTZBp xai f) Iv Tfî xoiXioc xa: £v xoî; evT^poi; Gyroaiait;.
(a) De respir., c. xx. lizip^zX ^àp àz\ z6 Gy^ôv auvs/w; sÇ ou vivsTai f, toû ar[xaio; ^jat;* npwTov -^kp èv T^ xapôtoi $T)|xioupY£lTai. Cf. H. A., 111, xix.
ii8 LE SYSTÈME yEBVEiX CEyTRAL
même. \j encéphale est double chez tous les animaux; en arrière est situé le cervelet (TwapsyîteçaXCç), « lequel possède une composition tout autre, soit au toucher, soit à la vue ». Dans la lôte, l'encéphale se trouve dans la partie antérieure; « le derrière de la tête, chez tous les animaux, est vide et creux » (xevov xal xoTXcr/) [H. A., I, xiii, xvi). Le crâne de Thomme est aussi celui qui a le plus de sutures (^a©aç), et les mâles en ont plus que les femelles, et cela pour que le plus gros cerveau soit aéré davantage et puisse bien respirer. « Trop humide ou trop sec, il n'accomplirait plus sa fonction propre » : de là des maladies de Tencéphale, des dérangements d'esprit (::apx;o(a;\ et la mort. « Car la chaleur et le principe qui sont dans le cœur s^oni très sympathiques : ils ressentent, avec une rapidité extrême, les changements et les modifications du sang de l'encéphale. » Les fonctions psychiques du principe des sensations, c'est-àdire du cœur, dépendent, en effet, chez Thomme, de cette « heureuse coml)inaison » entre l'intensité de la chaleur du cœur et le volume ainsi que l'humidité réfrigérenle du cerveau. Voilà pourquoi « l'homme est le plus intelligent de tous les êtres » [De (/ener. anim., Il, vu). Les animaux, si inférieurs à Thomme à cet égard ont, en effet, « peu de cerveau », et leur cerveau est moins humide {Ibid,, V, m, iv. Cf. Problem.y X, i). S'ils n'ont pas de sang, ils n'ont pas de cerveau, car ils n'ont que peu ou point de chaleur. Quant à l'encéphale, il n'a de sang lui-même chez aucun animal (xvaiixo; 8*ô sYxéçaXo; azaat), et, dans sa masse, il n'a point de veines: quand on le touche, il est naturellement froid. Seule, la méninge qui l'enveloppe est pourtant sillonnée d'un grand nombre de petites veines provenant de la grande veine et de l'aorte {H. A., 1, xiii, xvi; 111, lu, xi). Les parties de la tête sont maintenues, non par des « nerfs » (c'est-àdire des tendons, des muscles, etc.), car la tête est dépourvue de nerfs {De part, anim., Il, vn. Cf. Tim,, yô C\ mais au moyen des sutures des os.
« Et d'abord, quant à la tête, le cerveau a son siège dauJi sa partie antérieure (èv Tw xpsaôev... 6 kx^i^o^Xoç). 11 en est ainsi pour tous les autres animaux qui possèdent cette partie. Or, tous les animaux qui ont du sang et, en outre, les mollusques (-ci iJLaXixia), la possèdent. Mais, en volume, c'est l'homme qui a le cerveau le plus gros et le plus humide.
« Deux membranes l'environnent (ûixéveç $à ajxov lùo xeptéxo'J'tv), l'une, plus résistante, du côté de l'os; l'autre, plus faible, qui entoure le cerveau lui-même.
« Le cerveau est double chez tous les animaux (BtfjY;; (i) S' sv icajtv sTriv 6 iyxs^aXoç).
(i) ôtjxEprî;, De part, an., III, vu. « Tous les organes sont doubles, dit Aristote en ce passage. La cause, c'est la division môme du corps, qui est double » ; le corps est formé de deux moitiés, qui
AyATO.MIE COMPABÉE DU CERVEAU 119
« Et sur le cerveau, tout à fait en arrière, ce qu'on nomme le parencéphale (xapeYXîçaXt;, cervelet)^ possédant une autre forme, différent au toucher et à la vue.
« La partie postérieure de la tête est vide et creuse chez tous les animaux, variant selon la grandeur de la tête de chacun d'eux (i). Certains animaux ont, en effet, une grosse tête, tandis que la partie inférieure de leur face est petite, tous ceux qui ont la face ronde; d'autres ont la tète petite, mais de longues mâchoires, tels sont les animaux à queue garnie de crins.
« Chez tous les animaux le cerveau n'a pas de sang, ne contenant aucune veine, et il est naturellement froid au toucher.
« Dans la plupart des animaux, le cerveau a une petite cavité dans son milieu (a).
« La méninge qui l'enloure est veineuse; c'est une membrane dans le genre de la peau.
« Au-dessus du cerveau se trouve l'os le plus mince et le plus faible de la tète, qui est appelé bregma,
« De l'œil trois conduits (xpet; rôpsi) se rendent à l'encéphale, le plus gros et le moyen au cervelet, le plus petit dans le cerveau même; le plus petit conduit est le plus rapproché du nez, les [deux] plus grands sont parallèles et ne se rencontrent pas; les moyens se rejoignent (s'entrecroisent), disposition surtout manifeste chez les poissons; ces conduits moyens sont plus près du cerveau que les grands conduits. Les plus petits conduits s'éloignent le plus complètement l'un de l'autre et ne se réunissent pas. »
Beaucoup estiment que le cerveau est de la moelle et qu'il est le principe d'origine de la moelle parce qu'ils voient que la moelle de l'épine dorsale est continue au cerveau. HoXXoîî; y^P ^*'^ * iY^é^xAc; BoxsT p/jeXo; eîvat xat àp^fiQ toD [XjeXoO Sti to (rjv£)rf; tsv ^OLyj,vf\'i auT(o 6pav [xjeXcv (3). En réalité la nature du cerveau et celle de la moelle sont tout à fait contraires. De
sont toutefois étroitement associées et se rattachent à « un principe unique » (Tcpô; pitav oi... âpy/iv). C'est ainsi qu'on distingue le haut et le bas. le devant et le derrière, la droite et la gauche. « Voilà encore pourquoi le cerveau est composé de deux parties chez tous les animaux ainsi que chacun des organes des sens (ô ly^^^aXo;... 8i|xepT); elvai raii xai tôSv at^rjTTjpîoiv êxajTOv). Cf. ibid., II, x.
(i) To 8* ^TcioOev tfjç xEçaX^ç xevôv xal xotXov Tiîaiv. Cf. I, vu. tô 8'îvîov xevdv. Aristotb dit, <lans ce dernier passage, que « sous le bregma il y a bien le cerveau, mais que l'occipital est vide », c'est-à-dire qu'il n'y a pas de cer>'eau sous cet os. De part, an., II, x. Aristote répète cela expressément ; TÔ yàp ojcioOev owx £/6i epc^oaXov ; il ajoute, quelques lignes plus bas, que la cavité postérieure de la tête est dépourvue de veines (oXe6(&v S * elvai xevôv xô oTiiaOev xuto;).
(a) év Tcp [Aeac;)... xotXov ti (xixpciv. Les ventricules ; les ventricules latéraux sans doute ; peut-être le ventricule moyen.
(3) De part, an.^ II, vu. Ilepl 8*£Y'^^Xou...
,7o LE SYSTÈME NERVEUX CENTRAL
toutes les parties du corps, le cerveau est la plus froide, la moelle est naturellement chaude (6 8à iJLueXo; Ôspixo; tJîv <pja'.v). La froideur du cerveau est manifeste rien qu'au toucher (xati ty;v 6i5'.v). De plus le cerveau est de toutes les parties liquides du corps celle qui contient le moins de sang, parce qu'il n'en a pas du tout par lui-môme (ouS'ô-ctoOv ^ip ai^jcToç lyv. ev auTw) ; il est la plus exsangue de toutes (i).
Il suffit du plus simple coup d'œil pour voir qu'il n'a point la moindre connexité avec les parties qui servent à sentir (oix îyz\ ouvé^^av oOSsiAtov ^pcç ti atjÔYjT'ai pipia); et il n'est pas moins évident que quand on le touche (ôiYYav5[jLevoç) il ne sent rien (2).
La moelle épinière n'est pas moins insensible que le cerveau.
La fonction propre et essentielle du cerveau étant de refroidir (xxca- 6jyÊ'.v) l'organisme des animaux à sang chaud, à ceux de ses contemporains et de ses prédécesseurs qui soutenaient que « nous sentons par le cerveau » (ataOiveaOai ^h yàp tw e-pcsçaXw) et que c'était pour cette raison, c'est-à-dire pour faciliter la sensation, que la tête n'avait que peu de chair, Aristote objectait que si le cerveau avait eu un épais revêtement de chair, cet organe aurait fonctionné d'une façon toute contraire à celle qu'il possède chez les animaux (TouvavT{cv av àxeipYaÇsTo c3 Svexa ûicap^et tcTç Çwoi; è £Y*é(paXoç) : du moment qu'il aurait été lui-même trop chaud, il n'aurait pu refroidir l'organisme. En outre, ce qui achève de démontrer que ce n'est pas en vue de favoriser la sensibilité que la tête n'est recouverte que d'une mince couche de chair, c'est que le derrière de la tête n'a pas de cerveau (to yip SxtoOev eux r/£t eY^éçaXov). Quant à être cause lui-même d'aucune sensation, cela est absolument impossible, puisque le cerveau est absolument insensible (3). « Mais ne découvrant pas la cause pour laquelle quelques-uns des sens sont, chez les animaux, placés dans la tête, et voyant que la tête y est plus propre que toutes les autres parties, ils ont associé l'un à l'autre, par un simple raisonnement, le cerveau et la sensibilité (ex (juXXoy'.^iaoO xpo^ aXXTjXajuvBuiÇouJiv). Mais que le principe des sensations soit la région du cœur (cti jaIv cuv àp^r; twv ataOï^iaswv Itov b rept tyjv xap- S{av t6-5ç), c'est ce que nous avons démontré en traitant de la sensation; pour cette cause il y a deux sens qui, évidemment, dépendent du cœur^ le sens des choses tactiles et le sens des saveurs (f^ ts tûv axrojv xal f< tùv XuiAÛv). Des trois derniers sens, celui de Yodorat (ifj \)h xfjç ojçpriJêo);) est
(i) Cf. H. A., I, iiii, a, 5; II, X ; III, m, i3. h encéphale est humide, liquide, na ni sang ni veine, grande ou petite. De gen.y II, vi, 35. Le cerveau est plus fluide chez les jeunes animaux que chez les vieux.
(3) Cf. fl.A., III, XIV.
(8) De part, an., II, x. xtïiv ô*aia0rja£wv ojx aî'iio; oùÔ£uia;, o; t* àva^aOrjTG; xal aùxô; iait.