‹ Le système nerveux central; structure et fonctions; histoire critique des théories et des doctrinesChapitre 33 sur 106 · L'OBJET EST ANTÉRIEUR A LA SENSATION · texte numérisé non relu

L'OBJET EST ANTÉRIEUR A LA SENSATION

xaOoXcu' 5i5 oîT «tto twv xxô' exaJTa eicl Ta xa6sXo'j |A£Ta6aiv£tv [Analyt. poster,, II, XII, 24). Mais, s'il n'y a point de connaissance en dehors de Texpérience, ce qu'ARiSTOTE a surtout cherché dans la science, c'est la connaissance abstraite et désintéressée, la vérité, non Futilité.

« La sensibilité (aia6rj7i;) est une faculté innée de tous les animaux^ mais chez quelques-uns elle est accompagnée de la persistance de la sensation [JLOVY) TsO a'.a6T^iJLaT3;), chez certains autres elle ne Test pas. Pour ces derniers, la connaissance (yvwîi;), soit d'une manière générale, soit du moins dans les cas où la perception est aussitôt effacée, ne va point en eux au delà de la sensation même. Les autres, au contraire, c'est-à-dire ceux qui conservent les perceptions des sens, peuvent, après la sensation, retenir quelque chose de ces perceptions dans l'âme; et beaucoup d'animaux sont ainsi constitués. Mais il y a toutefois entre eux celte différence que, dans les uns, de cette persistance des sensations naît la raison, dans les autres, non. La mémoire naît donc de la sensation (àx {xàv o5v alaOT^ffeto; y^vetai IxvT^yLTj), et, du souvenir plusieurs fois répété d'une même chose, vient Y expérience (èixrs'.pia); car les souvenirs peuvent être très multipliés en nombre; l'expérience est une. De l'expérience, ou bien de tout Vuniversel qui s'est arrêté dans l'âme, unité, qui, indépendamment des objets multiples, subsiste et demeure une et identique dans tous ces objets, vient le principe de Vart et de la science : de l'art, s'il s'agit de produire les choses; de la science, s'il s'agit de connaître les choses qui sont. » Il en résulte que pour nous la connaissance des principes dérive nécessairement de l'induction, et que la sensation produit ainsi en nous Vuniversel (xal yip xal abOrjTi; outo) to xa6sXou è|J!.xoi£î) (i).

Aristote explique l'origine des idées générales par l'induction, et l'induction repose de nécessité sur la sensation : les sens sont donc la source unique de toute connaissance.

Le caractère absolument objectif de la théorie de la connaissance d'ARiSTOTE n'est pas moins manifeste :

« Le principe de l'âme qui sent et le principe qui sait sont la même chose en puissance, ici l'objet qui est su, là l'objet qui est senti (Tijç îà 4'-^? Tc aiGrOrjTixcv xal to èîr'.ar^fjLOvtxov Suvafxsi txjt6v £(7Tt, to \xh £zi7Tyjtov, to V aiGÔr^- T^). Mais nécessairement ou il s'agit ici des objets eux-mêmes, ou de leurs formes (t^ v.lr^. Or ce ne sont certainement pas les objets. Car ce n'est pas la pierre qui est dans l'âme, mais seulement sa forme (ou y^P ^ "U^oq ^■^ "^i 'î^X?!» ^^*^^ 'fo tllo^) (2). » La sensation consiste « à être mu et à éprou-

(i) Analytica post,, II, xv [xix], 5, 7. 2) De an., III, vm, a.

lya LE SYSTÈME NERVEUX CENTRAL

ver quelque chose » ; c'est <c une sorte d'altération » de Tètre (i). La sensation résulte à la fois de Torgane et de Tobjet extérieur auquel il répond : chaque organe des sens reçoit les impressions des choses sensibles qui le concernent : %xi tc ai^Or^tTQpiov Ixitrcôu Sextaov eîvat twv aïoOriTÛv {De part, an., II, i). Et le voD; lui-même est identique au votjTsv : « Tâme est en quelque sorte toutes les choses qui sont. Les choses sont en effet ou sensibles ou intelligibles; or la science est en quelque façon les choses qu'elle sait, de même que la sensation est les choses sensibles (2). » Si les choses sensibles n'existent pour nous que du moment qu'elles sont senties, elles ne laissent pourtant pas d'avoir une existence propre, distincte et différente de la nôtre, et antérieure à notre existence.

« S'il n'y avait au monde que le sensible, il n'y aurait plus rien dès qu'il n'y aurait plus d'êtres animés; car il n'y aurait plus de sensation (a'/yôr^cxiç yàp cix Sv eiYj). 11 peut être vrai que, dans ce cas, il n'y aurait plus ni objets sentis ni sensations (car c'est une affection du sujet sentant), mais il serait impossible que les objets qui causent la sensation n'existassent point, et cela même sans qu'aucune sensation ait lieu. La sensation ne relève pas seulement d'elle-même, mais il y a, en dehors de la sensation, quelque chose de différent d'elle, et qui est, de nécessité, antérieur à la sensation. Le moteur est par exemple antérieur à l'objet qui est mû (3). »

L'animal venant à disparaître, il n'y aura plus de science [Iv. Çcioj jiàv àvaipe6£vToç,oux?^Tat6xian^lJLr^), bien qu'une foule de choses susceptibles d'être sues puissent exister. Il en est de même pour la sensation. L'objet sensible semble antérieur à la sensation (to y*P ^^^r{il^ xpsTepsv tï;; alueT^^aew; SsxeT eîvai). « Otez en effet l'objet sensible, il emporte la sensation avec lui. Mais la sensation disparaissant n'enlève pas avec elle l'objet sensible. En effet, les sensations s'appliquent à un corps, et sont dans un corps : l'objet sensible détruit, le corps lui-même disparaît; carie corps est du nombre des objets sensibles, et s'il n'y a pas de corps, la sensation elle-même disparaît, de sorte que la chose sensible détruite, détruit avec elle la sensation.La sensation au contraire ne détruit pas avec elle la chose sensible. Si l'animal disparaît, la sensation disparaît avec lui; mais la chose sensible restera; et c'est, par exemple, le corps, la chaleur, la douceur, l'amertume, et toutes les autres choses qui sont sensibles. Il y a plus; la sen-

(i) Ibid.j II, V, I. 'Hh* aXa^Tim^ èv tfi) xtvêtoOai texal tAt/iv* <ju|x6aîv£t... Boxfï yàp àXXoiWiç xi; givai. Cf. II, IV, 6.

(3) De an., III, viii, i.

(3) Mei. Ilï, V, ai. tô 5g là O;roxe''u.eva (jl)) elvat, a roisî ttjv aîjôrjaiv, xai £vsu aîa6ii«w;, àÔyvaiov. Ou ya? 873 f, y'argOrjai; auxi) lauTiJ; caiiv, àXX'lT:i ti xal £T£pov Tiapà Tf,v arffÔTjatv, 5 àvdtYxr, ;:pÔTcpov cîvai t^; aiaOïJatto;,

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