OBJECTIVITÉ DES PERCEPTIONS SENSIBLES
la considération des parties ou des organes du corps (i), jamais Aristotk ne reconnaît à la forme d'existence distincte ou séparée de \di matière \ elle est toujours réalisée dans quelque chose ; aussi n'y a-t-il de réel que les individus (2).
L'universel n'est point séparé et distinct des individus (3).
La nature, dit Arcstote, peut être envisagée de deux façons, comme, matière ou comme forme [^ ^h w^ uXyj, -^ V c^ç pwpfn^i) ; la forme est une fin (TéXo^), et tout le reste s'ordonne en vue de la fin et du but (toO TéXouç J' evsxa xi oXXa) : la forme est donc la cause ou le pourquoi des choses et leur cause finale (au-nQ Sv vxi -^ aWa f, cî gvexa) (4).
Or dans la psychologie d'ARiSTOTE l'âme est la/(On?îe du corps : la cause matérielle est le corps; l'âme est la cause formelle, la cause motrice, la cause finale. Et cela est vrai de l'âme des plantes comme de celles que,, en outre de celle-ci, commune à tous les corps vivants, possèdent les animaux. La psychologie d'ARiSTOTE comprend en effet les plantes aussi bien que les animaux. Ce n'est que logiquement, non réellement, que ces âmes peuvent être considérées séparément, comme la forme peut l'être, de la matière par un semblable artifice. L'âme est ce par quoi nous vivons, sentons, pensons : if; '^y^ 8è toDto <5 ÇwiJiev xal alaOavoiJLeôa xal 8iavoou[jLe6a xpai- Tw; (5).
La matière du corps vivant est la puissance (if; jxàv {îXtj WvaiJLi<;), c'est-àdire l'aptitude fonctionnelle à vivre existant comme à Tétat latent. Cet état, Aristote l'appelle la première entéléchie ou énergie, c'est-à-dire le plus bas degré d'actualité du corps. Le « vivant » est ce qui résulte de l'union de la matière et de la forme qui l'actualise (to S' eîîoç bnikixtKx) : èxet Sa To eçàîxçoTv l]i.^jyo^. Ainsi le corps n'est pas l'entéléchie de l'âme, mais l'âme celle du corps ou de la matière. De là la définition célèbre : (c L'âme est la première entéléchie ou actualisation d'un corps naturel organisé qui a la vie en puissance » (^yx^< âcrctv bnCkiytKx if; xpwTr) awi^aroç çuoixoD îuvifjLÊt Ç(i>y;v ïyorzoq. De an., II, i, 5). Des fonctions de l'âme, c'est-à-dire, on le voit, des fonctions psychiques de la vie, certains êtres vivants n'en possèdent qu'une seule, suivant le Stagirite. Tels les végétaux, auxquels il n'accorde que la nutrition : « Parmi les corps naturels, les uns ont la vie, les autres ne l'ont pas. Ce que nous appelons vie, c'est ce qui possède
(i) De part, an., I, t.
(a) AnaL post. I, xi, i. Er^r, (jiv ouv ÊÎvai, etc.
(3) Afe/., VI, XVI, 5. "Ûtcê ôtjXovoti oùOàv lôv xaOoXou uzatpyei ;:apà là xaO*£xaarŒ ywpiç.'AXX* ot xà £?^ Xi^ovrcç... Cf. ibid., IX, 11; XII, ix. De an.^ III, viii, 3.
(4) Phys., 11^ VIII, 7.
(5) De an., II, m, 12.
par soi-mômc la nutrition, la croissance et la décroissance (i). » Les autres fonctions de Tâme sont, en dehors de Tâme trophique, Tappétitive, la sensitive, la motrice, qui détermine le déplacement, la noétique ou Tintelligente(2). Aucune de ces âmes ne peut avoir une existence distincte ou séparée du corps (à Texception du voDç théorétique et de sa fonction, dont on ne sait d'ailleurs « rien de clair », oiî£v xw çxvspov). « Ceux-là sont dans le vrai, dit Aristote, qui estiment que ni Tâme ne peut exister sans un corps (jjLTjT* ccivj atijxoTo; elvai) ni être un corps ; Tàme nVst pas un corps ; elle est quelque chose d*un corps, et voilà pourquoi elle est dans un corps (xal Sti TouTc ev (j(!)[Kx:i ûxap/ei) et dans un corps qui est tel. » Il ne faut donc pas dire que Tâme éprouve de la colère, de la pitié, de l'amour, de la haine, etc., que Tâme apprend, raisonne, se rappelle, mais que c'est rhonwie avec son âme (3).
Partout, dans Fœuvre entière d'ARiSTOTE, éclate la croyance à la réalité et à Tobjectivité de la perception sensible.
« La sensation des choses particulières est toujours vraie, et appartient à tous les animaux (/i). » Les anciens physiologues ne se sont pas correctement exprimés, estimant que, sans la vision, il n'y a ni blanc ni noir, non plus que de saveur sans le goût. Ils avaient en partie raison et tort en partie. Sensation et sensible ayant deux sens, tantôt pour signifier les choses en puissance, tantôt pour signifier les choses en acte, ce qu'ils ont dit convient à celles-ci et non à celles-là. 'AXX'c? xpiTepov fjjioXÔYoi tsuto si xaXwç IXgYov, oiôàv oî6[i£voi cute Xeyxov, ojt€ jjiéXav eîvat aveu Stj/ewç, ciîà y}i\LZ^ aveu Ycù(jeu)ç...(5). Ainsi ce sont bien les choses elles-mêmes que les sens nous font connaître. La sûreté, la réalité et la certitude immédiate de la perception sensible ne font point doute. Le caractère absolument objectif de la théorie de la connaissance d'ARiSTOTE est indiscutable. Il n'y a pas de connaissance en dehors de l'expérience, et c'est des faits particuliers qu'on doit partir pour s'élever aux choses universelles : « Il est plus facile de définir le particulier que l'universel; aussi faut-il toujours passer des choses particulières aux choses universelles. Tasv xe to xaô' exarcov ipi^a^Oat f, to
(i) De an.^ II, i, 3. tôv 8e çuatxùiv, Ta {xsv lyti Cwîjv, xà 5' oux eycr Ç(ut)v 8s \éyo[Lty ttjv 8i' autoS Tpoçrjv te xal aujTjdtv xai çO^aiv.
(a) Ibid.y II, m, i. Suvajxsiç 8*Êr;:o{jiev Opejmxdv, opsxTixdv, aîaôrjtixo'v, xivtjtixÔv xaxa totiov, oia-
VOTJTlxdv.
(3) fbid., I, IV, 13. BeXtiov yip T^wç [LT^ Xiynv ttjv »j/uyT)v tXciïv, f^ [xavOâvêiv, f, 8iavo€Î^at, àXXà tÔv àvOpru;:ov xf} ^^yfj.
(^) De an,, III, m, 3, 7. tj {xÈv vàparoôijai; rôv î8(ci>v aci àXrfii^ç, xal Tîôfaiv ttizipyti xoXç î^cuot;... Met., 111, V, 17. ou8*f^ aijOrj^i; ^£u8^( toiî î8{ou iot^v, àXX*f) çavraoïa ou lautov tJ «roOiÎŒEi.
(5) De an., 111, 11. 8.