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L. ROLÀNDO. PHYSIOLOGIE DU CERVELET Si

les divers états morbides qu'on a toujours localisés dans la masse cérébrale « sans oser imaginer quelle était la véritable altération de cet organe ». Dans les hémisphères du cerveau est le siège principal de la cause prochaine du sommeil, de la démence, de Tapoplexie, de la mélancolie et de la manie. Rolando, Flourens en a fait la remarque, n'a nulle part établi que c'était dans les lobes du cerveau que résidaient exclusivement les perceptions et l'intelligence. Mais c'est que Rolando a localisé ces fonctions dans la moelle allongée. La moelle allongée est, pour Rolando, le sensorium commune, le nœud vital, le centre principal de la sensibilité : « Toutes les impressions faites sur les extrémités périphériques des nerfs doivent être nécessairement transmises à ce point, et de ce point aussi doivent partir toutes les déterminations. » Ce même organe, la moelle allongée, est aussi « le siège de ce principe immatériel qui exerce un si grand empire sur tous les organes et sur toutes les fonctions de l'économie animale, et d'où dépend la sensibilité morale, donnant lieu en outre à la production d'une série infinie d'opérations transcendentales. Hic animée sedes, hic solium,..{i) »

Ce sont surtout les expériences sur les fonctions du cervelet qui ont naguère rappelé de l'oubli le livre de Rolando. Le cervelet était pour Rolando l'organe destiné à la préparation ou sécrétion de la force nerveuse qui, diversement modifiée, produit le mouvement en excitant les contractions des muscles; le cervelet est donc un organe moteur par excellence, le moteur électrique de la machine animale. Avec sa structure lamellaire, en effet, le cervelet paraissait à Rolando réaliser toutes les conditions nécessaires pour former un véritable électro-moteur analogue à la pile de VoLTA ; le fluide sécrété par celte partie de l'encéphale est analogue au fluide galvanique : transporté par les nerfs, qui lui servent de conducteurs, il va stimuler les muscles destinés à la locomotion. Les lésions destructives uni ou bilatérales du cervelet, comme aussi celles delà moelle allongée, donnent naissance à des paralysies, tandis que les épilepsies et les affections spasmodiques résultent d'irritations de la moelle allongée. Les relations étroites du cervelet, machine électro-motrice au service de la volonté, avec la moelle allongée et avec le cerveau, explique que ses fonctions se montrent dépendantes tantôt du sensorium, tantôt des « opérations exécutées par les hémisphères du cerveau ». Sans insister sur les expériences de Rolando relatives aux fonctions du cervelet, expériences presque toujours appuyées d'observations cliniques, il nous faut tenir

(i) Ibid., 9, aaS. Cf. Archives générales de médecine^ iSaS, i, Sog. Expériences sur le système nerveux de l'homme et des animaux publiées en Italie en 1809. Article de Goster, Turin.

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compte de ropinion d'un bon juge en la matière, L. Luci\m, qui témoigne qu'on ne saurait contester à Rolando le mérite d'avoir le premier, et bien avant Flouret^îs, signalé quelques faits intéressants touchant la physiologie du cervelet et d'avoir eu une sorte d'intuition des fonctions fondamentales de cet organe, quoique ses arguments fussent peu démonstratifs et que sa doctrine fût d'ailleurs absolument erronée.

Comme Flourens, et bien d'autres, Rolando a confondu les phénomènes irritatifs qui suivent les traumatismes opératoires, et qui sont transitoires, avec les phénomènes de déficit, qui demeurent permanents ; il a appelé paralytiques des phénomènes qui, d'après sa propre description, apparaissent bien plutôt comme asthéniques, atoniques et astatiques. RoLANDO a pourtant vu, après Morgagni, que l'action du cervelet est directe, contrairement à celle des hémisphères cérébraux, qui est croisée. Flourens a cru que cette action du cervelet était croisée comme celle du cerveau. Il s'agit, bien entendu, de la connexion prédominante de chaque moitié du cervelet avec la moitié de la moelle épinière du même coté et avec l'hémisphère cérébral du côté opposé (i). C'était d'ailleurs un assez médiocre expérimentateur que Rolando, et Flourens a pu l'accuser à bon droit de n'avoir fait que mutiler les parties sur lesquelles il avait opéré. Nous ne citerons qu'une de ces expériences, portant sur le cerveau des mammifères, où Rolando s'est servi de l'électricité pour exciter le système nerveux central.

a Conduit par l'idcc d'observer quels eflets produit un courant de fluide galvanique dirigé du cerveau aux diflerentcs parties du corps, je trc[)anai le crâne d'un porc, dit Rolando, et j'introduisis un conducteur de l'électromoieur de Volta dans les hémisphères du cerveau j en le portant tantôt sur un point, tantôt sur un autre, tandis que l'autre fil était appliqué sur diverses parties du corps. De ces expériences répétées sur dilTércnts quadrupèdes et sur des oiseaux, je n'ai obtenu que de violentes contraclionSy et j'observai que celles-ci étaient beaucoup plus fortes quand le métal conducteur pénétrait dans le cervelet. Les hémisphères du cerveau du porc avaient été beaucoup déchirés par l'introduction répétée de la pointe du conducteur, de sorte que les corps striés et les ventricules en furent assez gravement endommagés. Mais ranimai vécut cependant douze heures encore dans un étal d'assoupissement, et il aurait vécu d'avantage si d'autres lésions ne lui avaient été infligées. Je ne lirai pas d'abord de ces expériences les conséquences que j'en ai tirées depuis que j'ai découvert que les hémisphères du cerveau étaient un amas de fibres destinées à produire des mouvements particuliers, et après avoir tenté sur le cervelet les expériences que je rapporterai. » (Saggio, etc. : Sperienze sul cervello dei Mammiferi, i83).

Flourens était un tout autre expérimentateur que Rolando: il savait voir, observer, décrire. Ses expériences ont la sûreté, la précision, la

(i) L. LuciANi, H cerveileito. Fircnze, 1891, 247.

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clarté, la sinipliril6 lumineuse de son style ; elles n'ont même d'autre défaut que d'être trop simples et trop élégantes. La structure et les fonctions du système nerveux central sont choses infiniment plus complexes et plus obscures. Flourens avait d'ailleurs le sentiment de celte complexité, sinon de cette obscurité. 11 s'efforçait de décomposer les phénomènes et les organes et d'arriver ainsi par l'analyse aux « fait simples » : « L'art de démêler les faits simples est tout l'art des expériences, » disait-il. Ce fut certes une idée géniale, — au lieu d'enfoncer au hasard un troquart ou un scalpel dans le cerveau pour explorer ses fonctions, selon le mode d'opérer traditionnel des physiologistes, S.\ucerotte, Lorry, Haller, Zinn, — d'instituer une. méthode d'expérience qui, en détruisant isolément les différentes parties de l'encéphale, devait permettre d'en déceler les fonctions spéciales. Avant Flourens, on n'isolait point les unes des autres les parties soumises à l'expérience; on n'avait donc que des expériences confuses, et, par ces expériences confuses, que des phénomènes complexes ; et, par ces phénomènes complexes, que des conclusions vagues et incertaines. Tout, dans les recherches expérimentales, dépend de la méthode ; car c'est la méthode qui donne les résultats. Deux points principaux constituent la méthode expérimentale nouvelle, la méthode isolatrice : i° mettre d'abord à nu l'encéphale par l'ablation de ses enveloppes ; 2^ n'intéresser que l'une après l'autre, et toujours l'une à l'exclusion de l'autre, chaque partie ainsi mise à nu. Le but étant de parvenir à déterminer la fonction de chaque partie, le moyen c'est l'isolement des parties pour isoler les fonctions. Outre l'isolement, il faut, dans certains cas, enlever les parties en entier, non les mutiler, et toujours prévenir les épanchements. Rolando confondait tous les phénomènes comme il confondait tous les organes d'où ces phénomènes dérivent, disait Flourens, parce que la méthode de Rolando n'isolait rien.

Voici maintenant, dans ses grandes lignes, et dans les termes mêmes dont il s'est servi, la doctrine de Flourens sur les fonctions du cerveau et du système nerveux.

Il y a, dans le système nerveux, trois propriétés essentiellement distinctes : Tune, de percevoir et de vouloir, c'est Yinlelligonce ; l'autre, de recevoir et de Iransmeltre des impressions, c'est la sensibilité ; la troisième, d'exciler immédialcmenl la conlraclion musculaire. Flolhe.ns proposait de l'appeler excilahililé au sens d'excitation immédiate des contractions musculaires. V irrita hililc ou contractilité est la propriété exclusive au muscle de se contracter ou raccourcir avec etTorl quand une excitation quelconque l'y détermine. Enfin, dans le cervelet réside une propriété « dont rien ne donnait encore l'idée en physiologie » et qui consiste à coordonner les mouvements voulus par certaines parties du système nerveux, excités par d'autres,

■ Les facultés intellectuelles et perceptives résident dans les lobes cérébraux, ï excitalion immédiate des contractions musculaires dans la moelle épinière et ses nerfs, la

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coordination des mouvements de locomolion, inarclic, course, vol, ceux de la station, etc., dans le cervelet. De la moelle allongée dérivent tous les mouvements coordonnés de conservation (respiration, etc.) ; du cervelet tous les mouvements coordonnés de locomotion. Quoique unique, le système nerveux n*est point homogène. Les lobes cérébraux n'agissent point comme le cervelet, ni le cervelet comme la moelle épinière, ni la moelle épinière absolument comme les nerfs. Toutes ces parties concourent, conspirent, consentent ; elles sont distinctes, quoique l'énergie de chacune influe sur l'énergie de toutes les autres. L'ablation des IoImîs cérébraux se borne à afl*aiblir les mouvements ; celle du cervelet à les afl*aib1ir plus encore ; tandis que celle de la moelle épinière, de la moelle allongée ou des nerfs les abolit radicalement. C'est que les lobes cérébraux se bornent à vouloir le mouvement, le cervelet à le coordonner, tandis que la moelle épinière et les nerfs \c produisent. Appliqué à la destruction des lobes cérébraux ou du cervelet, le moi paralysie ne peut signifier, quant aux facultés locomotrices, qu affaiblissement ; appliqué à la destruction des moelles épinière ou allongée, il signifie abolition radicale de ces facultés. Mais on peut abolir la volilion des mouvements en laissant subsister la coordination et la contraction, ou abolir à la fois la volonté et la coordination en ne resjxKrtant que la contraction, ces trois grands phénomènes, essentiellement distincts, résidant dans trois organes essentiellement distincts, le cerveau, le cervelet, la moelle épinière et ses nerfs.

Ce qui montre l'indépendance de ces fonctions spéciales du système nerveux, c'est que l'organe par lequel l'animal /)erçoi7 et veut ne coordonne ni n excite : nul mouvement ne dérive directement de la volonté ; la volonté n'est que la cause provocatrice de certains mouvements ; a elle n'est jamais la cause eflcctive d'aucun ». L'organe qui coordonne n'excite pas ; celui qui excite ne coordonne pas. De l'indépendance des organes découle l'indépendance des fonctions. Ainsi, « les irritations des lobes cérébraux ou du cervelet n excitent jamais de contractions musculaires (i) ». a Les lobes cérébraux ne sont le siège ni du principe immédiat des mouvements musculaires, ni du principe qui coordonne ces mouvements en marche, saut, vol, station » : ils sont le siège exclusif de la volition et des perceptions (/Atrf., 35). La moelle épinière, qui excite toutes les contractions, et par ces contractions tous les mouvements, n'en veut ni n'en coordonne aucun. Un animal privé de ses lobes cérébraux perd toutes ses facultés intellectuelles et conserve toute la régularité de ses mouvements ; un animal privé de son cervelet perd toute régularité de ses mouvements et conserve toutes ses facultés intellectuelles.

Que, dans les lobes cérébraux, résident exclusivement toutes les perceptions (vue. ouïe, goût, odorat, toucher), la volonté, le souvenir, les jugements, les instincts, Floukens en a le premier fourni une démonstration scientifique. Lorsqu'on enlève les deux lobes cérébraux, non seulement l'animal devient aveugle et sourd, mais quel que temps qu'il survive à cette opération, il ne goûte ni ne flaire plus, il ne touche ni n'explore plus, il reste constamment assoupi ; de lui-même il ne mange plus, il ne veut plus, il ne se souvient plus, il ne juge plus : il a perdu toute intelligence. « Los animaux privés de leurs lobes cérébraux ont donc réellement perdu toutes leurs perceptions, tous leurs instincts, toutes leurs facultés intellectuelles ; toutes ces facultés, tous ces instincts, toutes ces perceptions résident donc exclusivement dans ces lobes ». Toutes les fonctions psychiques ont donc un même siège, le cerveau. Dans cet organe occupent-elles toutes conjointement le même point ou chacune a-t-elle son siège difl'érent de celui des autres ? Comme, quelque graduée que soit

(i) Flourkîis. Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux dans les animaux vertébrés. Paris, i842, a^cdil., xiv.

UMTÉ ET SUPPLÉANCE DES F0\CT10.\S DU CERVEAU oai

Tabiation des lobes cérébraux» quels que soient le point, la direction, les limites dans lesquels on opère, dès qu'une perception est perdue toutes le sont, des qu'une faculté disparait toutes disparaissent, il suit que toutes ces facultés, toutes ces j>erceptions. tous ces instincts ne constituent qu'une faculté essentiellement une ci résident essentiellement dans un même organe, y occupent la même place. « Il n'y a donc, dit Flourens, de sièges divers ni pour les diverses facultés ni pour les diverses perceptions. La faculté de percevoir, de juger, de vouloir une chose réside dans le même lieu que celle d'en percevoir, d'en juger, d'en vouloir une autre ». Les divers organes des sens n'en ont pas moins chacun une origine distincte dans la masse cérébrale ; on peut donc, en détruisant séparément chacune de ces origines particulières, détruire séparément chacun des sens qui dérivent d'elles. La destruction de l'organe central où les sensations de ces sens se transforment en perceptions détruit d'un seul coup, « sinon tous ces sens, du moins tout leur résultat ».

L'unité du cerveau, de l'organe siège de l'inteUigcnce, était un des résultats les plus importants auxquels croyait être arrivé Flourens. La conservation ou la perte des fonctions de l'intelligence déjxîndait, non de tel ou tel point donné des lobes cérébraux, mais du degré de l'altération des lobes, quels que soient d'ailleurs le point ou les points attaqués. Les lobes cérébraux concourant elTectivement, par tout leur ensemble, à l'exercice de leurs fonctions, il est tout naturel, dans cette hypothèse, qu'une de leurs parties puisse suppléer à l'autre, que l'intelligence puisse subsister ou se perdre par chacune d'elles. « Et voilà bien plus de raisons qu'il n'en faut pour placer tour à tour le siège de cette intelligence dans chacune de ces parties et pour l'exclure ensuite tour à tour de chacune. L'erreur consistait à ne considérer que tels ou tels points donnés des lobes cérébraux, quand il fallait les considérer tous » Çlhid,, 264). Un seul lobe ou hémisphère cérébral suffit à l'exercice complet de l'intelligence. Anatomiquement, un lobe n'est que la répétition de l'autre. Physiologiquement, les deux lobes ne font qu'un appareil : le grand appareil de l'intelligence.

Un autre fait résultait de ces expériences : les lobes cérébraux, le cervelet, les tubercules bijumeaux ou quadrijumeaux [)euvent perdre une portion assez étendue de leur substance sans perdre l'exercice de leurs fonctions ; ils peuvent même « réacquérir ces fonctions après les avoir totalement perdues », enseignait Flourens. Les observations de plaies du cerveau rassemblées par Quksnw montraient aussi que le cerveau de l'homme peut être blessé, qu'il peut l'être avec perte de substance et que néanmoins il peut conserver ses fonctions ou les réacquérir après les avoir perdues. La condition de ce retour des fonctions, c'est que la perte de substance éprouvée ne dépass»at point certaines limites, sinon, les fonctions ou sont imparfaites ou ne réapparaissent plus. 11 ne saurait être question d'une prétendue régénération de substance, « Ce qui sans doute a pu faire imaginer une pareille régénération, dit Flourkns, c'est la tuméfaction énorme qu'éprouvent d'abord les parties cérébrales blessées ». Au bout de quelque temps, quand les parties sont revenues à leur volume naturel, « on voit que tout ce qui a été enlevé manque et ne se reproduit plus, quel que temps que l'animal survive à l'opération » (^/hid., 109).

Les lobes cérébraux tout entiers étant retranchés, si l'on pince les racines antérieures de la moelle épinière, les muscles correspondants se contractent ; si l'on pince les racines postérieures y l'animal le sent, il souffre, il s'agite, il crie, la sensibilité résidant « dans le faisceau postérieur de la moelle épinière et dans les nerfs venus des racines de ce faisceau », comme V excitabilité (c'est-à-dire toujours la condition immédiate des contractions musculaires) réside « dans le faisceau antérieur de la moelle épinière et dans les nerfs venus des racines de ce faisceau ». Si l'on cou|>c la racine postérieure de l'un des nerfs qui sortent de cette moelle, l'animal perd aussitôt le sentiment dans toutes les parties auxquelles ce

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nerf se rend, mais le mouvement s*y conserve encore : si Ton coupe la racine antérieure, c*est au contraire le mouvement qui se perd et le sentiment qui subsiste. Le mouvement peut donc être séparé du sentiment : Tun peut donc être aboli sans Tautre et chacun a son siège propre. Ainsi, d'une part, la sensation survit au retranchement des lobes cérébraux, lobes dans lesquels la perception réside ; la sensation est donc distincte de la perception. D'autre part, la sensation a, dans la moelle épinicre et dans les nerfs, un siège distinct de l'excitabilité (toujours entendue au sens d'excitation immédiate des contractions musculaires). Partout, jusque dans les effets des organes mômes des sens, la sensation proprement dite, la sensibilité générale, se distingue de la perception ou de l'intelligence. Les nerfs, la moelle épinière, la moelle allongée, les tubercules bijumeaux ou quadrijumeaux, les pédoncules du cerveau possèdent, avec la propriété à'exciler immédiatement les contractions musculaires, celle de sentir les impressions ; la perception ou l'intelligence ne réside dans aucune de ces parties ; elle est exclusivement localisée dans les hémisphères cérébraux.

Le plus beau spectacle du inonde et le mieux fait pour porter à de profondes méditations, c'était, suivant Flouhens, de réunir devant soi une série de cerveaux de mammifères : « Si Ton place donc devant soi une série de cerveaux de mammifères, depuis le rongeur, Tanimal le plus hébété, jusqu'à l'animal le plus intelligent, jusqu'au chien, jusqu'au singe, on verra, spectacle dont on ne pourra.se lasser, le dévclopprjnent du cerveau correspondre, de la manière la plus exacte^ au développement de tintclligence. » Les différents cerveaux des mammifères se distinguent: i* par la richesse des circonvolutions ; 2** par le nombre des lobes de chaque hémisphère ; 3® par l'étendue totale des hémisphères d'avant en arrière. Chez les rongeurs, qui ont le moins d'intelligence, les hémisphères n'ont pas de circonvolutions ; veux des ruminants en ont ; ceux des pachydermes en ont davantage, et ainsi de plus en plus dans les carnassiers, dans les singes, dans l'homme. Mémo développement corrélatif quant aux lobes et à l'étendue des hémisphères. Ainsi, dans les rongeurs, ils ne recouvrent pas les tubercules quadrijumeaux, ils les recouvrent dans les ruminants, dans les pachydermes ils atteignent le cervelet; dans les carnassiers et les singes ils recouvrent une partie du cervelet, tout le cervelet dans les orangs : chez l'homme ils le dépassent.

Quoique Magendie (i783-i855) estimât que l'étude spéciale de l'intelligence appartenait, de son temps, plutôt à l'idéologie qu'à la physiologie, il a trop contribué lui-môme à l'avancement de la science des fonctions du cerveau pour qu'on ne doive pas le considérer comme un des pères de la physiologie du système nerveux central. Ce n'est pas que l'étude des fonctions du cerveau lui parût d'un autre ordre, ni surtout plus difficile, que celle des fonctions des autres organes. « Les fonctions du cerveau, dit-il, sont absolument soumises aux mômes lois générales que les autres fonctions , elles se développent et se détériorent avec les progrès de l'âge ;

MAGEyniE. PHYSIOLOGIE Dl CEBVEÀU ET DV CEIiVELET haZ

elles se modifient par Thabitude, le sexe, le tempéraraent, la disposition individuelle ; elles se troublent, s'affaiblissent ou s'exaltent dans les maladies ; les lésions physiques du cerveau les pervertissent ou les détruisent ; enfin, de môme que toutes les autres actions d'organes, elles ne sont susceptibles d'aucune explication, et, pour les étudier, il faut se borner à l'observation et aux expériences en se dépouillant autant que possible de toute idée hypothétique. » Il faut donc bien se garder de croire que cette étude, l'étude de l'intelligence, appartienne exclusivement à la métaphysique, dit Magendie : « En s'en tenant rigoureusement à l'observation et en évitant avec soin de se livrer à aucune explication, ni à aucune conjecture, cette étude devient purement physiologique. » Par « cerveau », Magendie entendait l'organe qui remplit la cavité du crâne et celle du canal vertébral, c'est-à-dire le cerveau, le cervelet et la moelle épinière : « Dans la réalité, ces trois parties ne font qu'un seul et niôme organe. » La moelle épinière n'est pas plus un prolongement du cerveau et du cervelet que ceux-ci ne sont un épanouissement de la moelle épinière (i).

Le cerveau ou système cérébro-spinal est l'organe matériel de la pensée ou de l'intelligence. La disposition des circonvolutions des hémisphères cérébraux diffère chez chaque individu ; « celles du côté droit ne sont pas disposées comme celles du côté gauche ». « Il serait curieux, disait Magendie, de rechercher s'il n'existe pas un rapport entre le nombre descirconvolutions et la perfection ou V imperfection des facultés intellectuelles, entre les modifications de l'esprit et la disposition individuelle des circonvolutions cérébrales. » Magendie laisse clairement paraître dans ces paroles que pour lui les fonctions de l'intelligence pouvaient varier avec la masse, le volume et le mode de structure des circonvolutions cérébrales. Ce n'est pas qu'il inclinât vers l'organologie de Gall. Il appelle avec raison la phrénologie une pseudo-science, telle qu'étaient l'astrologie et la nécromancie, et qui ne supporte pas l'examen. Il condamne même comme essentiellement fausse cette partie du système anatomique de Gall et de Spurzheim qui enseigne que la substance grise du cerveau produit la substance blanche : c'est là, dit-il, avancer une supposition gratuite ; « la matière grise ne produit pas la blanche. » La plus grande partie des hémisphères, « sinon la totalité », est insensible aux piqûres, déchirements, sections, cautérisations. De même pour la surface du cervelet. Touchant les fonctions de cet organe, Magendie ne partageait ni l^opinion de Rolando ni celle de Flourens. « J'ai vu, dit-il, et j'ai fait

(i) Mage:<«di£. Précis élémentaire de physiologie. Paris, 1825, 3« cdil., i83.

voir bien des fois dans mes cours, des animaux privés de cervelet et qui cependant exécutaient des mouvements très réguliers. Or, ici un seul fait positif remporte sur tous les faits négatifs. » Magendie répéta avec beaucoup de succès les expériences oubliées de Pourfour du Petit (1663-174 i) sur les pédoncules du cervelet. Mais, pas plus que Rolando ou Flourens, Magendie n'a distingué dans ses expériences sur le cervelet les phénomènes de déficit ou de perte permanente des fondions, des phénomènes transitoires d'exaltation fonctionnelle, qui succèdent au traumatisme opératoire.

La moelle épinière, au contraire, est sensible : « La sensibilité de cette partie du cerveau est des plus prononcées, surtout sur la face postérieure. » La sensibilité du quatrième ventricule et de la moelle allongée est aussi très vive. 11 s'agit toutefois de la substance médullaire, non de la substance grise centrale de la moelle. Celle-ci, on peut la toucher, la déchirer pour ainsi dire impunément. « J'ai plusieurs fois, dit Magendie, enfoncé des stylets dans presque toute la longueur de la moelle sans que le mouvement ou la sensibilité de l'animal me parussent diminués (i).» A la même époque, Serres protestait à peu près seul, depuis Haller, contre le préjugé de l'insensibilité des lobes du cerveau et du cervelet (2\ Encore que Magendie, avec presque tous ses contemporains, rapportât les « innombrables phénomènes qui forment rintelligence de l'homme » à de simples « modifications de la faculté de sentir », ce n'était pas dans le cerveau proprement dit ni dans le cervelet qu'il localisait le siège principal de la sensibilité et des sens spéciaux ; il en donnait une démonstration qu'il considérait comme satisfaisante : « Enlevez les hémisphères du cerveau et ceux du cervelet sur un mammifère, cherchez ensuite à vous assurer s'il peut éprouver des sensations, et vous reconnaîtrez facilement qu'il est sensible aux odeurs, aux saveurs, aux sons, aux impressions sapides. » Seule, la vue est dans un cas particulier : il résulte des expériences de Rolando et de Flourens que ce sens est aboli par la soustraction des hémisphères du cerveau. Magendie avait vérifié ce fait d'observation ; il avait noté aussi que la lésion de la couche optique est suivie de la perte de la vue pour l'œil opposé chez les mammifères. Mais, sauf le sens de la vue, aucun des autres sens n'avait paru aboli à Magendie dans l'ablation des hémisphères. « Il est donc bien positif, conclue-t-il expressément, que les sensations n'ont pas leur siège dans les hémisphères. »

(i) Journal de physioL expér., 1828.

(2) Anatomie comp, du cerveau, elc Paris, i8a6, 66a.

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