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LÀ VOIX ET LA PAROLE ET LA CAPSULE INTERNE

sensibilité plus exquise que les hémisphères. Outre les nerfs des extrémités, Saucerotte avait admis que ceux qui vont innerver, toujours du côté opposé, les « muscles des lèvres », passent aussi par les corps cannelés. Enfîn, en plus de Tenlre-croisement classique des nerfs, connu depuis Arétée, Saucerotte pensait avoir observé qu'un autre croisement de fibres, servant aux mouvements des extrémités, allait, dans le cerveau, de la partie antérieure à la partie postérieure, et vice versa, si bien que Torigine des nerfs destinés aux mouvements volontaires des membres supérieurs ou antérieurs (les pattes de devant du chien) était dans la région postérieure du cerveau; celle des extrémités inférieures ou postérieures (les pattes de derrière du chien), dans la région antérieure. Depuis que Willis, considérant les corps striés comme le sensoritim commune, avait vu dans ces ganglions le point où aboutissaient toutes les sensations, d'où partaient tous les mouvements volontaires, après Pour- FOUR DU Petit et bien d'autres, tels que Chopart et Sabouraut, Saucerotte avait cru, comme on Ta cru jusqu'à Meynert, que les nerfs moteurs des extrémités et de la face passent par les corps striés.

Saucerotte avait signalé aussi « la léthargie » et la perte du sentiment dans les lésions du cor/7.9 calleux\ il avait observé une véritable hyperesthésie généralisée par tout le corps lorsque son scalpel avait par hasard atteint le « centre du cervelet », non sans qu'il se fut produit des courbures latérales et de l'opisthotonos suivant le siège de la lésion cérébelleuse (i). Nul doute que ces idées, où la part de vérité est assurément fort petite, n'aient inspiré nombre de physiologistes et de cliniciens jusque fort avant dans notre siècle. Aussi, lorsque, après Récamier, Serres chercha le siège de la parole dans la partie moyenne de la capsule interne ou demicentre ovale, ce siège que Bouillaud localisait exclusivement dans les lobes antérieurs du cerveau, il se persuada que la voix et la parole, en tant qu'elles dépendent de la capsule interne, étaient surtout influencées : la. parole, par les radiations du corps strié, centre déjà en rapport avec les mouvements de l'extrémité inférieure; la voix et la formation des sons, par les radiations des couches optiques. L'aphonie résultait de la paralysie des mouvements dé la langue dans les altérations du corps slrié. Quand l'aphonie était due à la paralysie du larynx, les altérations de la couche optique en étaient cause. Bref, dans les lésions du demi-centre ovale, l'aphonie résultait de cette double action exercée sur le larynx et sur la langue {Ibid., ii, 688-9).

(i) Mém. sur les contre-coups dans les lésions de la tête, 1768. Obs. IV, VI. 898 '407. Prix de l'Acad. roy. de chirurgie. Paris, 1778, iv.

534 LE SYSTÈME SERVEVX CESTRAL

Quant aux fonctions de la matière grise au regard de la blanche. Serres ne croyait pas plus que Foville que la substance grise du cerveau fut Torgane de la sensibilité ni le principe du mouvement. On suppose, disait Serres, que deux parties, dont Tune est blanche et l'autre grise, ne sauraient concourir à des actions semblables. Selon les uns, la matière grise est la partie éminemment active de Tencéphale : c'est l'organe de la sensibilité ; selon les autres, elle est le principe unique des mouvements ; pour ceux-ci la substance blanche doit être la partie sensible de Tencéphale, elle est pour ceux-là Torgane du mouvement. Pour Serres, la matière grise n'était ni Torgane unique de la sensibilité ni le principe des mouvements; la matière blanche pouvait à la fois exciter et les mouvements et les différents états de la sensibilité. La moelle allongée était d'ailleurs, suivant Serres, le siège principal de la sensibilité : « Il est évident que, d'après les expériences physiologiques, la moelle allongée est le foyer principal de la sensibilité. 11 n'est pas moins certain que les altérations pathologiques du pont de Varole et de la partie de la moelle allongée qu'il embrasse sont toujours accompagnées de la perte de la sensibilité. » Mais en suit-il que le cervelet et les lobes cérébraux sont insensibles? Non; « car toutes les fois que Ton plonge un instrumenta une certaine profondeur, soit dans les lobes cérébraux, soit dans le cervelet, une douleur vive se manifeste : la sensibilité est mise enjeu. » Les maladies donnent le même résultat que les expériences. Serres croyait donc que la sensibilité était répandue « dans toute la masse de l'encéphale », quoiqu'il lui parut, je le répète, bien établi que la moelle allongée était le principal siège de cette propriété.

Serres localisait encore dans le verrnis ou lobe médian du cervelet r « excitateur des organes de la génération » [Ibid.y ii, 66i); les hémisphères du cervelet étaient « les excitateurs des mouvements des membres », et plus spécialement des membres pelviens : les maladies et les mutilations artificielles de cet organe affectaient plus les extrémités inférieures que les supérieures. Chez les oiseaux, après l'ablation du cervelet, « les pattes sont immobiles, tandis que les ailes se meuvent encore ». Lancez l'oiseau en l'air, il vole ; mais, tombé à terre, il ne se relève plus, parce que les pattes étant paralysées, il ne peut s'élancer de nouveau : « Dans cet état, un oiseau est comme si on lui avait coupé les pattes. » Si, au lieu de paralysie, on voit simplement dans ces phénomènes de l'asthénie et de l'atonie neuro-musculaire, on devra reconnaître la vérité de ces observations de Serres. Renouvelant une vieille erreur de Salce- ROTTE, dans laquelle Flourens était retombé, Serres avait admis que l'action du cervelet est croisée, comme celle du cerveau. Les tubercules quadrijumeaux étaient « les excitateurs de l'association des mouvements

VMTÉ D'OBIGiyE ET DE COMPOSITIOS DE L'ENCÉPHALE 535

volontaires ou de Téquilibration, et, de plus, du sens de la vue dans les trois classes inférieures des animaux vertébrés ». L'esprit philosophique de Serres, qui a bien mérité, en somme, de la physiologie et de la pathologie du système nerveux, perce surtout dans quelques pages de biologie qui, en dépit de l'impatience qu'en ressentait Gall, ne laissaient pas d'être en avance sur les idées de plusieurs naturalistes fort célèbres. Serres, il est vrai, en pensant et en écrivant ainsi, était d'accord avec les plus hautes intelligences du temps où il vivait ; sa pensée, entraînée par le courant, était sure d'arriver au port.

Voici comment Serres décrit l'unité d'origine et de composition de l'encéphale, ou, comme nous dirions, la phylogénie du cerveau des vertébrés :

« Si l'on voulait, de prime abord» ramener les hémisphères cérébraux des singes aux lobes cérébraux des poissons, on échouerait dans cette entreprise. On verrait d'une part des organes très simples, de l'autre des organes très compliqués, n'ayant aucun rapport extérieur, ni dans leur forme, ni dans leur configuration, ni dans leur structure... Mais remontez très haut dans la vie utérine des mammifères, vous apercevrez d'abord les hémisphères cérébraux roulés, comme chez les poissons, en deux vésicules isolées Tune de l'autre ; plus tard vous leur verrez affecter la configuration des hémisphères cérébraux des reptiles ; plus tard encore ils vous présenteront les formes de ceux des oiseaux ; enfin ils n'acquerront qu'à l'époque delà naissance, et quelquefois plus tard, les formes permanentes que présente l'adulte chez les mammifères,.. Si, par la pensée, nous réduisons à quatre périodes l'ensemble de toutes ces évolutions, nous verrons, dans la première, naître les lobes cérébraux des poissons ; la seconde nous donnera les hémisphères des reptiles ; la troisième produira ceux des oiseaux ; et la quatrième enfin donnera naissance aux hémisphères si complexes des mammifères. Soit un singe considéré à la naissance ; vous trouverez dans son encéphale toutes les parties qui distinguent les mammifères des autres vertébrés. Remontez dans la vie utérine ; vous voyez d'abord disparaître certains lobes des hémisphères cérébraux, les hémisphères du cervelet, le corps calleux et la protubérance annulaire : ce qui reste correspond à l'encéphale des oiseaux. Examinez un embryon plus jeune ; la voûte disparait, les hémisphères se contractent en arrière, les tubercules quadrijumeaux sont à découvert sur la face supérieure du cerveau : ce sont alors deux lobes jumeaux comme chez les reptiles, dont cet encéphale vous reproduit le type. Enfin, remontez plus haut encore dans la vie utérine, vous trouvez cet encéphale formé par des lobes alignés symétriquement l'un à côté de l'autre ; vous trouvez un cervelet formé de deux parties, l'une droite, l'autre gauche, ou d'une lame mince recouvrant en partie le quatrième ventricule : vous avez enfin l'ensemble de l'encéphale des poissons. Ainsi en remontant dans l'échelle animale, des poissons aux singes^ vous voyez l'encéphale se compliquer graduellement, comme en descendant des mammifères adultes à leurs différentes époques de formation embryonnaire, vous apercevez cet organe se décomposer successivement. Vous arrivez par ces deux voies au même résultat, à l'unité de leur formation et de leur composition (i). »

(i) /bid., I, xr sq. Cf. A. Desmoulitss, Anatomie des systèmes nerveux des animaux à vertèbres, a* partie, 599 sq. Paris, i8a5.

Quoique Legallois n'eut d'abord considéré dans le cerveau que son action sur les mouvements inspiratoires et sur les organes intérieurs par les nerfs de la huitième paire, il savait et reconnaissait, comme il Ta écrit plus tard (2), que c'est le cerveau « qui détermine et qui règle tous les actes des fonctions animales ». Ainsi que le remarque Pariset, dans wne de ses Notes, on trouve chez Legallois, très nettement exprimée, Fopinion qui localise dans les parties supérieures du système cérébro-spinal « le siège de la faculté régulatrice des mouvements ». Les animaux à sang froid lui en fournissaient une preuve évidente (1809) : « Lorsqu'on a décapité une salamandre sur les premières vertèbres, elle peut continuer de vivre plusieurs jours ; mais quoiqu'elle fasse mouvoir son corps et ses membres avec autant de force qu'il en faudrait pour se transporter d'un lieu à un autre, elle reste à la môme place... Si Ton examine tous les mouvements qu'elle fait, on voit qu'ils sont déréglés et sans but : elle meut ses pattes en sens contraire les unes des autres, en sorte qu'elle ne peut avancer... On observe la môme chose dans les grenouilles décapitées : elles ne savent plus sauter... Tous ces animaux font en général peu de mouvement, à moins qu'on ne les touche, et Ton conçoit que cela doit être, puisque, de tous les sens, il n'y a plus que le toucher qui puisse leur transmettre des impressions. » Si, après avoir été décapités, les reptiles continuent de « gouverner leurs mouvements » et de marcher, c'est que la décapitation n'a été que partielle et que la partie postérieure du cerveau est demeurée unie avec le corps : ce qui indique que c'est dans quelque endroit de cette partie que réside la faculté qu'ont les animaux de régler leurs mouvements.

Pour trouver quel est cet endroit, il suffisait d'enlever successivement les portions antérieures du cerveau et de continuer cette opération jusqu'à ce qu'on arrivai à faire perdre tout à coup à l'animal la faculté de marcher. « Les recherches que j'ai déjà faites sur ce sujet in ont appris qu'il a son siège vers la moelle allongée. » Legallois remarque toutefois que les mouvements que fait un tronc vivant sans tète semblent assez souvent provoqués par une sorte d'instinct ou de volonté. Comment le cerveau règlet-il les mouvements du corps sans en fournir le principe immédiat, c'est-à-dire sans en être l'origine et le point de départ nécessaire ? Legallois estimait que « le cerveau paraît agir sur la moelle épinière comme celle-ci sur les parties qu'elle anime. C'est par les nerfs que la moelle épinière transmet son action, et les nerfs paraissent ôtre formés par la

(2) G. Legallois. OEuvres (VsLvhy i8a4). I. i\ sq- Avant-propos. Expériences sur le principe de la vie, notamment sur celui des mouvements du cœur et sur le siège de ce principe.

PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE ÉPISIEHE bZ^

môme substance que la partie blanche et médullaire du cerveau et de la moelle. Je conçois donc que la partie blanche de la moelle épinière est composée de filets nerveux qui ont leur origine ou leur terminaison, d'une part dans le cerveau et, de l'autre, dans tous les points de la moelle, et que c'est dans la partie grise de la moelle que naissent et les nerfs spinaux et le /^riVicipe qui les anime directement. Les recherches anatomiques de M. Gall me paraissent donner beaucoup de poids à cette opinion. »

L'action du cerveau sur chaque point de la moelle n'a pas uniquement pour effet de déterminer et de régler les mouvements : elle paraît encore en augmenter Fénergie, C'est dans les rapports intimes du cerveau et de la moelle épinière qu'il espérait voir sortir l'explicalion de certains faits encore fort difficiles à concilier avec ses expériences : « Telle est, disaitil, la paralysie de tout un côté du corps produite par des causes qui n'ont affecté que le cerveau. » Ce qui était vrai, c'est qu'une affection de ce genre peut ôter le sentiment et le mouvement volontaire à la moitié du corps, quoique, chez un animal décapité, « le sentiment et le mouvement volontaire » puissent subsister et être entretenus. « Quelque opposés que ces faits puissent paraître, il faut se souvenir que deux faits bien constatés ne peuvent jamais s'exclure l'un l'autre, et que la contradiction qu'on croit y remarquer tient à ce qu'il y a entre eux quelque intermédiaire, quelque point de contact qui nous échappe. » C'est, on le voit, une simple question de définition de mot, celle de la nature des « mouvements volontaires », qui jette dans cette confusion le grand et profond esprit d'observateur de Legallois, malgré tout confiant dans le triomphe final de la vérité, laquelle ne peut que sortir des contradictions apparentes des faits.

C'est à cette assurance inébranlable dans la force et la toute-puissance des observations et des expériences bien faites que se reconnaît l'esprit du savant de grande race, du biologiste en particulier, qui étudie des phénomènes trop complexes pour ne point prolonger à chaque instant par l'imagination des séries de fails dont il n'aperçoit que quelques fragments, mais qui doivent finir par se rencontrer et s'unir. Claude Bernard parle quel(|ue part de cette divination des lois de la nature qui fait du physiologiste, dans son laboratoire, une sorte de prophète du monde de la vie. On ne peut nier que les lois de l'intelligence humaine ne soient des lois naturelles au môme titre que toutes celles de l'univers, et que les fonctions logiques d'un organe tel que le cerveau, voire le névraxe tout entier, ne portent en quelque sorte la marque d'origine et comme l'empreinte que le monde imprime sur tout ce qu'il façonne. Mais il ne peut exister de dessin inconscient et, pour ainsi dire, latent, des réalités de l'organisation végétale ou animale dans l'esprit de l'homme ; il n'y a

Quoique Legallois n'eût d'abord considéré dans le cerveau que son action sur les mouvements inspiratoires et sur les organes intérieurs par les nerfs de la huitième paire, il savait et reconnaissait, comme il Ta écrit plus tard (2), que c'est le cerveau « qui détermine et qui règle tous les actes des fonctions animales ». Ainsi que le remarque Pariset, dans une de ses Notes, on trouve chez Legallois, très nettement exprimée, Topinion qui localise dans les parties supérieures du système cérébro-spinal « le siège de la faculté régulatrice des mouvements ». Les animaux à sang froid lui en fournissaient une preuve évidente (1809) : « Lorsqu'on a décapité une salamandre sur les premières vertèbres, elle peut continuer de vivre plusieurs jours ; mais quoiqu'elle fasse mouvoir son corps et ses membres avec autant de force qu'il en faudrait pour se transporter d'un lieu à un autre, elle reste à la môme place... Si Ton examine tous les mouvements qu'elle fait, on voit qu'ils sont déréglés et sans but : elle meut ses pattes en sens contraire les unes des autres, en sorte qu'elle ne peut avancer... On observe la môme chose dans les grenouilles décapitées : elles ne savent plus sauter... Tous ces animaux font en général peu de mouvement, à moins qu'on ne les touche, et Ton conçoit que cela doit être, puisque, de tous les sens, il n'y a plus que le toucher qui puisse leur transmettre des impressions. » Si, après avoir été décapités, les reptiles continuent de « gouverner leurs mouvements » et de marcher, c'est que la décapitation n'a été que partielle et que la partie postérieure du cerveau est demeurée unie avec le corps : ce qui indique que c'est dans quelque endroit de cette partie que réside la faculté qu'ont les animaux de régler leurs mouvements.

Pour trouver quel est cet endroit, il suflisait d'enlever successivement les portions antérieures du cerveau et de continuer cette opération jusqu'à ce qu'on arrivât à faire perdre tout à coup à l'animal la faculté de marcher. (( Les recherches que f ai déjà faites sur ce sujet mont appris quil a son siège vers la moelle allongée. » Legallois remarque toutefois que les mouvements que fait un tronc vivant sans tète semblent assez souvent provoqués par une sorte d'instinct ou de volonté. Comment le cerveau règlet-il les mouvements du corps sans en fournir le principe immédiat, c'est-à-dire sans en ôtrc l'origine et le point de départ nécessaire ? Legallois estimait que « le cerveau paraît agir sur la moelle épinière comme celle-ci sur les parties qu'elle anime. C'est par les nerfs que la moelle épinière transmet son action, et les nerfs paraissent être formés par la

(a) G. Legallois. OKuvres (VsiTh, 182/4), I, 1^ sq- Avant-propos. Expériences sur le principe de la vie, notamment sur celui des mouvements du cœur et sur le siège de ce principe.

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