TRENTE-DEUXIÈME LEÇON
La structure générale du système nerveux cérébro-spinal. Les voles longues et les voles courtes. La vole cortico-musculaire, vole pyramidale ou vole des fibres motrices.
Nous avons terminé l'étude dé l'organisation interne des différentes parties qui constituent l'axe cérébro-spinal. Cette étude nous a mis en possession d'une série de coupes transversales prises à toutes les hauteurs depuis le filet terminal de la moelle épinière jusqu'au lobe frontal du cerveau antérieur. Nous allons maintenant mettre ces coupes les unes au-dessus des autres et tâcher de reconstruire avec elles tout le système cérébro-spinal.
Pour mener à bonne fin cette étude, il est un fait qu'il ne faut jamais perdre de vue, c'est que le système nerveux cérébro-spinal est un système médian, c'est-à-dire un système parfaitement symétrique non seulement dans son ensemble mais encore dans toutes ses parties, de telle sorte qu'une coupe transversale faite dans cet axe nerveux, à n'importe quel niveau, sera toujours formée de deux moitiés telles que si on les appliquait l'une sur l'autre, elles correspondraient exactement jusque dans le moindre de leurs détails. C'est cette parfaite symétrie de l'axe nerveux qui en rend l'étude relativement facile et qui vous permettra de vous représenter, sans trop de difficultés, toute sa structure interne.
L'axe nerveux tout entier est formé de deux substances : la substance blanche et la substance grise. Un fait qui mérite d'être signalé, c'est que dans toute la partie inférieure de cet axe, depuis le cerveau intermédiaire jusqu'au filet terminal, la substance grise est centrale et la substance blanche est périphérique. Le cerveau et le cervelet sont les seules parties qui présentent une structure inverse : ils ont une substance blanche centrale et une substance grise périphérique.
Cette disposition a son importance. Le cerveau et le cervelet constituent, en effet, les centres nerveux supérieurs. C'est dans leur substance grise corticale que doivent aboutir, en dernière analyse, toutes les im-
pressions venues soit de la profondeur des organes internes, soit de toute l'étendue de nos téguments externes; c'est de leur substance grise corticale que partent aussi les incitations motrices par lesquelles l'organisme va répondre d'une façon consciente aux excitations internes et externes. La partie inférieure de l'axe nerveux représente des centyes secondaires reliés à l'écorce cérébrale et à l'écorce cérébelleuse et influencés dans une forte mesure par les éléments nerveux constitutifs de cette substance grise supérieure.
Substance grise.
Depuis le cerveau intermédiaire jusqu'au filet terminal, la substance centrale de l'axe nerveux est traversée par le canal médullaire primitif.
La substance grise placée au-devant du canal est essentiellement motrice; c'est là que l'on trouve les cellules nerveuses qui donnent origine aux fibres motrices périphériques, fig. 416 : cornes antérieures et cornes latérales de la substance grise sur toute l'étendue de la moelle épinière;
Fig. 416.
Schéma montrant l'origine réelle des nerfs crâniens moteurs.
trigone de l'hypoglosse et noyau ambigu pour les nerfs moteurs qui dépendent de l'arrière-cerveau; noyaux moteurs du facial, de l'oculo-moteur externe et du trijumeau dans l'épaisseur de la protubérance ; noyaux du pathétique et de l'oculo-moteur commun dans le cei'veau moyen.
Cette substance grise ventrale n'est pas exclusivement formée par les cellules radiculaires des nerfs moteurs périphériques; on y trouve encore, comme second élément constitutif, un entrelacement inextricable de fines fibrilles nerveuses. Parmi celles-ci, quelques-unes représentent les ramifications cylindraxiles collatérales et terminales des fibres nerveuses de la voie pyramidale, qui doivent relier ces noyaux d'origine à la zone
motrice de l'écorce cérébrale ; d'autres appartiennent aux collatérales des fibres sensitives voisines : telles un grand nombre des fibrilles qui se terminent dans les cornes antérieures et latérales de la moelle épinière et qui appartiennent aux fibres des cordons postérieurs; d'autres encore doivent être rapportées à des fibres des voies courtes : telles les ramifications collatérales des fibres du faisceau longitudinal postérieur, qui se terminent dans les noyaux des nerfs moteurs crâniens, ainsi que les ramifications collatérales et terminales des fibres du faisceau fondamental du cordon postérieur et du faisceau fondamental du cordon antéro-latéral, qui viennent se terminer dans toutes leS régions de la substance grise de la moelle.
La substance grise placée en arrière du canal central est en rapport avec les fibres sensitives. C'est là que viennent se terminer en grande partie les ramifications collatérales et terminales des fibres sensitives périphériques : cornes postérieures et régions moyennes de la substance grise de la moelle et noyaux des cordons ' de Goll et de Burdach pour les fibres des racines postérieures des nerfs spinaux; trigone du vague et du glossopharyngien pour les fibres sensitives de ces deux nerfs; les différentes masses grises connues sous le nom de noyaux de l'acoustique pour la terminaison des fibres des deux racines du nerf de la huitième paire (noyau antérieur et tubercule latéral pour les fibres du nerf cochléaire, noyau à grosses cellules ou noyau de Deiters et noyau principal pour les fibres du nerf vestibulaire) ; le noyau terminal et la substance grise voisine des' racines ascendante et descendante du nerf trijumeau pour les fibres sensitives de la cinquième paire.
Cette substance grise postérieure ne constitue pas seulement le lieu de terminaison dés fibres sensitives périphériques, elle forme encore le noyau d'origine pour le neurone sensitif central, dont le prolongement cylindraxil ascendant doit se terminer dans une masse grise des centres supérieurs.
La substance grise de tout l'axe cérébro-spinal est formée essentiellement de cellules nerveuses. On y trouve des cellules nerveuses à cylindre-axe long et des cellules nerveuses à cylindre-axe court. Les ramifications de ces dernières cellules s'épuisent entièrement dans la substance grise. Les cellules nerveuses à cylindre-axe long envoient leurs prolongements cylindraxils dans la substance blanche. Entourés d'une gaîne de myéline, ces prolongements cylindraxils vont devenir les fibres constitutives de cette dernière substance.
FiG. 417.
A. Schéma des voies longues à travers tcut l'axe cérébro-spinal.
B. Schéma des voies courtes ou fibres commissurales longitudinales de la moelle épinière.
Substance blanche.
La substance blanche de tout l'axe cérébro-spinal est formée de fibres nerveuses.
Les fibres nerveuses qui entrent dans la constitution de la substance blanche constituent des voies longues ou bien des voies courtes.
Voies longues. Parmi les voies longues, il y en a deux qui ont une importance toute spéciale, fig. 417, A : l'une commence dans l'écorce grise du cerveau antérieur et va se terminer dans les muscles périphériques, c'est la voie motrice, la voie pyramidale, appelée encore voie cortico-musculaire, nom qui a l'avantage d'indiquer à la fois et son origine dans l'écorce et sa terminaison dans les muscles. Les fibres qui constituent cette voie possèdent la conduction centrifuge. L'autre commence dans les organes périphériques : soit dans les épithéliums de la peau ou des muqueuses, soit dans les os, les muscles, le périoste, les séreuses, etc. Elle traverse tout l'axe cérébrospinal et va se terminer dans les centres nerveux supérieurs, dans l'écorce grise des hémisphères cérébraux : c'est la voie sensitive, la voie des fibres du nihan de Reil, le Schleife des auteurs allemands. Les fibres de cette voie sensitive jouissent de la conduction centripète.
Dans le groupe des voies longues, on peut ranger encore : 1° Les fibres constitutives des pédoncules cérébelleux inférieurs. Chacun de ces pédoncules comprend :
a) le faisceau cérébelleux du cordon latéral reliant les différents niveaux de la moelle épinière à une des masses grises centrales du cei-velet ;
b) les fibres unissant les noyaux des cordons de Goll et de Burdach aux masses grises cérébelleuses^ et
c) les fibres qui relient l'olive bulbaire d'un côté à l'olive cérébelleuse du côté opposé.
2° Les fibres des pédoncules cérébelleux supérieurs partant des olives cérébelleuses pour se terminer dans le noyau rouge et la couche optique.
3° Les fibres des faisceaux cortico-protubérantiels étendus entre les hémisphères cérébelleux et les hémisphères cérébraux.
Voies courtes. Toutes les autres voies peuvent être considérées comme des voies courtes. Elles forment, dans la moelle épinière, le faisceau fondamental du cordon antérieur, du cordon latéral et du cordon postérieur, reliant l'un à l'autre les différents étages de la moelle, fig. 417, B. On range encore dans ce groupe les fibres du faisceau longitudinal postérieur.
Nous avons rencontré tous ces faisceaux dans les différentes coupes de l'axe nerveux que nous avons étudiées. Nous allons les reprendre l'un après l'autre, poursuivre leur trajet et étudier leurs rapports à travers tout l'axe cérébro-spinal.
Les voies longues.
Les voie cortico-musculaire, voie pyramidale ou voie des fibres motrices.
Cette voie est destinée à transmettre les excitations motrices de l'écorce cérébrale jusque dans les muscles périphériques.
Considérée dans sa forme la plus simple, la voie cortico-musculaire est constituée de deux neurones superposés, dont l'un est central et l'autre est périphérique.
Le neurone central prend son origine dans l'écorce grise des hémisphères cérébraux et va se terminer dans un des noyaux d'origine réelle des nerfs moteurs périphériques. Il a sa celluie d'origine dans les parties grises
supérieures, ses prolongements protoplasmatiques sont ascendants, son prolongement cylindraxil est descendant et va se terminer dans une masse grise située plus bas.
Il ne sort pas de l'axe-nerveux ; aussi l'appelle-t-on pour ce motif neurone moteur cérébro-spinal.
Tous les neurones moteurs cérébro-spinaux réunis constituent la voie motrice centrale.
Le neurone périphérique a sa cellule d'origine dans une des différentes masses grises qui constituent les noyaux d'origine réelle des nerfs moteurs et va se terminer dans les muscles périphériques. Sa cellule d'origine est centrale, ses prolongements protoplasmatiques se terminent également dans l'axe nerveux, tandis que son prolongement cylindraxil sort de cet axe
Schéma montrant le mode de superposition ^^^^ ge terminer dans les organes des neurones moteurs Le neurone
FiG. 418.
périphériques. On pourrait l'appeler neurone moteur centro-mu^culaire.
central est croisé; le neurone périphérique est direct.
L'ensemble des neurones moteurs périphériques ou centro-musculaires
constitue la voie motrice périphérique.
Ces deux éléments nerveux sont superposés l'un à l'autre de telle façon que le nem"one central vient en contact, par ses ramifications cylindraxiles, avec les prolongements protoplasmatiques et avec le corps cellulaire du neurone périphérique, fig. 418.
Un fait de la plus haute importance mérite tout spécialement d'attirer votre attention. Tous les neurones moteurs centraux ou cérébro-spinaux ont leurs cellules d'origine dans l'écorce grise d'un hémisphère cérébral et envoient leurs prolongements cylindraxils dans les noyaux d'origine des nerfs moteurs périphériques qui proviennent du côté opposé de l'axe cérébro-spinal. Les prolongements cylindraxils des éléments nerveux moteurs des
centres passent donc la ligne médiane en un point quelconque de l'axe nerveux et sjj/ entrecroisent avec les prolongements cylindraxils des neurones cérébro-spinaux du côté opposé. La voie motrice centrale est croisée. C'est là une disposition générale à laquelle on ne connaît aucune exception. L'hémisphère cérébral du côté gauche est en connexion avec les noyaux moteurs des nerfs périphériques du côté droit, et l'hémisphère cérébral du côté droit agit sur les noyaux moteurs des nerfs périphériques du côté gauche.
Pour les neurones moteurs périphériques ou centro-musculaires, la disposition n'est pas la même. Ces éléments nerveux ont au contraire, au moins dans l'immense majorité des cas, leurs cellules d'origine dans les noyaux gris d'une moitié de l'axe nerveux et ils se mettent en connexion, par leurs prolongements cylindraxils, avec les muscles périphériques de la même moitié du corps. Les prolongements cylindraxils des éléments nerveux centromusculaires se rendent donc directement du centre à la périphérie sans passer par la ligne médiane. La voie motrice périphérique est directe.
Fig. 419.
Schéma montrant le mode de superposition des neurones moteurs.
Les neurones centraux sont toujours croisés, les neurones périphériques spinaux sont toujours directs ; les neurones périphériques de quelques nerfs crâniens sont les uns croisés et les autres directs.
Cette disposition se trouve réalisée pour tous les neurones moteurs périphériques qui dépendent de la moelle épinière.
On la retrouve encore pour les neurones moteurs des nei-fs crâniens, mais ici elle présente des exceptions importantes :
1° Les fibres radiculaires du nerf oculo-moteur commun, du nerf trijumeau, du nerf facial et du nerf grand hypoglosse présentent un entrecroisement partiel, en ce sens, que la plus grande partie de leurs fibres viennent du noyau d'origine situé dans la moitié correspondante du tronc cérébral, tandis qu'une faible partie de ces mêmes fibres passent par la ligne médiane et viennent du noyau d'origine du côté opposé, fig. 419, Vous le savez; les nerfs oculo-moteurs communs innervent tous les muscles des cavités orbitaires et des globes oculaires à l'exception du muscle grand oblique et du muscle droit externe; les deux nerfs trijumeaux apportent la motilité à tous les muscles de la mastication; le nerf facial innei-ve, de chaque côté, tous les muscles superficiels de la face et du cou et les deux nerfs hypoglosses se terminent dans les muscles intrinsèques de la langue. Or, tous ces muscles périphériques, dans les conditions ordinaires de la vie, travaillent toujours ensemble des deux côtés du corps. Ce travail d'ensemble trouve en grande partie son explication dans la disposition anatomique que nous venons de signaler. Il nous est facile de mouvoir certains de nos muscles du membre supérieur ou du membre inférieur d'un côté du corps, sans que la moindre contraction musculaire se produise dans les muscles correspondants du membre du côté opposé, et cela, parce que toutes les fibres nerveuses, qui innervent les muscles d'un membre du côté gauche par exemple, proviennent de cellules nerveuses situées dans la corne grise antérieure de la moitié correspondante de la moelle.
Il nous serait moins facile, au contraire, de ne contracter que les muscles d'un seul globe oculaire, d'une seule moitié de la langue ou de la face, ou d'un seul de nos deux groupes de muscles masticateurs, sans qu'une contraction ne se produise dans l'un ou l'autre muscle du groupe du côté opposé, et cela, parce que, en agissant sur les cellules radiculaires d'un seul de ces nerfs périphériques, nous amenons des contractions musculaires, non seulement dans les muscles périphériques du côté correspondant au noyau excité, mais encore dans les muscles du côté opposé. Les fibres radiculaires qui proviennent de ce noyau se rendent, en effet, d'une façon inégale il est vrai, dans les muscles des deux moitiés du corps.
C'est là le fait anatomique.
Quant à la raison d'être de cet entrecroisement partiel des fibres radiculaires de certains nerfs crâniens, nous ne pouvons émettre que des hypothèses. Peut-être cet entrecroisement a-t-il pour but de régulariser d'une façon plus précise les mouvements d'ensemble des muscles des deux globes oculaires, des muscles de la face, de la langue et de la mastication.
2° Outre ces quatre paires de nerfs crâniens pour lesquelles un entrecroisement partiel des fibres radiculaires a pu être constaté directement par des recherches anatomiques, il y a d'autres nerfs qui ont absolument le même mode de distribution périphérique, c'est-à-dire qui sont destinés à innerver les muscles d'organes médians ne se contractant, dans les circonstances ordinaires de la vie, que sous l'influence des nerfs des deux côtés du corps : tels le nerf pneumo-gastrique, qui innerve principalement les muscles du pharynx, du larynx, de l'œsophage et de l'estomac; le nerf glosso-pharyngien donnant des fibres d'innervation aux muscles du pharynx et la portion bulbaire du nerf accessoire de Willis, laquelle se jette tout entière dans le nerf pneumo-gastrique. Des recherches physiologiques ont seules pu établir que les fibres motrices du nerf pneumogastrique qui innervent le muscle constricteur supérieur du pharynx, qui se rendent, par le nerf laryngé inférieur, dans les muscles du larynx et celles qui exercent une action d'arrêt sur le cœur, proviennent en réalité du nerf spinal.
Pour ces trois paires de nerfs crâniens, on n'a pas encore signalé d'entrecroisement partiel de leurs fibres constitutives. Il est cependant plus que probable qu'un pareil entrecroisement existe.
3° Le nerf oculo-m.oteur externe et le nerf pathétique occupent à eux deux une place tout à fait distincte dans la série des nerfs crâniens.
Le nerf oculo-moteur externe ne renferme que des fibres radiculaires directes.
Le nerf pathétique, au contraire, semble ne renfermer que des fibres radiculaires croisées.
En résumé donc, les fibres constitutives des neyfs spinaux ont leurs cellules d'origine dans la substance grise de la moitié correspondante de la moelle; les fibres constitutives des nerfs crâniens proviennent, pour la plus grande partie, des noyaux d'origine du même côté du tronc cérébi-al, pour une faible partie des noyaux d'origine du côté opposé. Il n'y a d'exception, à cette disposition générale, que pour le nerf pathétique, où toutes les fibres sont croisées, et pour le nerf oculomoteur externe, dont toutes les fibres semblent directes.
La voie cortico-musculaire se compose donc, dans sa forme la plus simple, d'un neurone cérébro-spinal toujours croisé appartenant à la voie motrice centrale et d'un neurone centro-musculaire le plus souvent direct appartenant à la voie motrice périphérique.
Pour connaître cette voie, il nous suffira de décrire :
1° Les neurones moteurs centraux, c'est-à-dire la place exacte occupée dans l'écorce grise du cerveau antérieur par les cellules d'origine des neurones cérébro-spinaux et le trajet que suivent leurs prolongements cylindraxils pour aller de l'écorce grise aux noyaux d'origine des nerfs périphériques. C'est la voie motrice centrale.
2° Les neurones moteurs périphériques ou centro-musculaires, c'est-à-dire l'endroit où les éléments nerveux qui constituent les nerfs moteurs périphériques ont leurs cellules d'origine dans l'axe cérébro-spinal et le trajet que suivent leurs prolongements cylindraxils pour se rendre de l'axe nerveux dans les muscles périphériques. C'est la voie motrice périphérique.
Voie motrice périphérique ou neurones moteurs centro-musculaires. Nous commencerons par les neurones moteurs périphériques. Vous les connaissez. Nous avons vu en détail le trajet périphérique des différents nerfs qui dépendent de l'axe cérébro spinal et nous avons vu également la position exacte des masses grises dans lesquelles ces nerfs périphériques ont leurs cellules d'origine.
Vous savez que les nerfs spinaux proviennent de la moelle épinière. Ils sont au nombre de 3i paires. Leurs cellules radiculaires sont tellement nombreuses que les noyaux d'origine des différents nerfs se fusionnent les uns avec les autres et forment, sur toute la longueur de la moelle épinière, la corne antérieure ou colonne antérieure grise. De ces cellules radiculaires partent des prolongements cylindraxils, dont les uns, le plus grand nombre, sortent par le sillon collatéral ventral de la moelle et deviennent cylindre-axes des fibres des racines antérieures ; dont les autres, en nombre beaucoup plus faible, sortent par le sillon collatéral dorsal de la moelle et deviennent cylindre-axes de quelques fibres des racines postérieures.
Les 7ierfs cérébraux, au nombre de 12 paires, proviennent tous de l'encéphale. Il y a trois nerfs exclusivement sensitifs : le nerf olfactif, le nerf optique et le nerf acoustique (i), qui n'ont aucun rapport avec les fibres de la voie motrice. Il y a six nerfs exclusivement moteurs :
(i) On devrait y ajouter le nerf intermédiaire de Wrisberg, s'il se confirme que ce nerf constitue une paire crânienne indépendante.
le nerf oculo-moteur commun, le nerf pathétique, le nerf oculo-moteur externe, le nerf facial, le nerf accessoire de Willis et le nerf grand hypoglosse. Enfin, il y a 3 paires de nerfs mixtes : les nerfs trijumeaux, les nerfs glosso-phaiyngiens et les deux nerfs pneumo-gastriques. Nous devons donc étudier l'origine réelle et le trajet périphérique des six nerfs moteurs et de la partie motrice des trois nerfs mixtes. Cette origine et ce trajet périphérique vous les connaissez. Contrairement a ce que l'on observe dans la moelle épinière, où les noyaux moteurs sont tellement nombreux qu'ils se fusionnent en une masse grise unique, nous trouvons, pour les nerfs crâniens, • des noyaux d'origine indépendants les uns des autres et situés à des endroits différents de la moelle allongée, de la protubérance annulaire et du cerveau moyen, fig. 420.
FiG. 420.
Schéma montrant l'origine réelle des nerfs crâniens moteurs.
Le nerf oculo-moteuv commun a son origine réelle dans une masse grise volumineuse située dans le cerveau moyen, au-devant de l'aqueduc de Sylvius, au niveau des éminences antérieures des tubercules quadrijumeaux. Il sort de l'axe nerveux par la face interne du pédoncule cérébral. Ses fibres radiculaires sont en grande partie des fibres directes ; quelques-unes seulement sont croisées.
Le nerf pathétique provient également du cerveau moyen, d'une petite masse grise située au-devant de l'aqueduc de Sylvius, au niveau des éminences postérieures des tubercules quadrijumeaux. Ses fibres s'entrecroisent dans la valvule de Vieussens et sortent de l'axe cérébrospinal par la face postérieure du cerveau moyen de chaque côté du frein de cette valvule.
Les cellules radiculaires du nerf oculo-moteuv externe sont situées profondément dans la protubérance annulaire, dans le voisinage immédiat du plancher du quatrième ventricule, au niveau des éminences rondes. Les fibres radiculaires directes qui constituent ce nerf sortent du tronc
cérébral au-dessus des pyramides antérieures du bulbe, dans le sillon horizontal qui sépare le bulbe de la protubérance annulaire.
Les cellules radiculaires du nerf facial forment un noyau volumineux dans la profondeur de la protubérance annulaire. Ses fibres radiculaires, en majeure partie directes, contournent le noyau d'origine du nerf de la sixième paire et sortent par le sillon horizontal séparant la protubérance annulaire de la moelle allongée.
Le mvf accessoire de Willis a son noyau d'origine, pour les fibres de la portion bulbaire, dans la partie inférieure du noyau ambigu. Il quitte le tronc cérébral par la partie inférieure du sillon collatéral dorsal du bulbe. Ses fibres spinales naissent de la corne latérale de la moelle épinière.
Les fibres du nerf grand hypoglosse proviennent d'une masse grise volumineuse située au-devant du canal central, dans la partie moyenne de la moelle allongée, et de chaque côté du raphé dans le triangle inférieur du plancher du quatrième ventricule. Les fibres radiculaires, en grande partie directes et en petite partie croisées, sortent de la moelle allongée par le sillon longitudinal qui ' sépare la pyramide antérieure de l'olive.
La partie motrice du nerf trijumeau provient de la protubérance annulaire. Elle renferme des fibres directes et des fibres croisées. Elle quitte l'axe nerveux sur la partie latérale de la face antérieure de la protubérance annulaire.
Le nerf glosso-pharyngien et le nerf pneumo-gastrique renferment tous les deux des fibres motrices provenant de la paiiie supérieure et de la partie moyenne du noyau ambigu. Elles sortent du bulbe par la partie supérieure du sillon collatéral dorsal.
Voie motrice centrale ou neurones moteurs cérébro-spinaux. Les neurones moteurs périphériques étant connus, il nous reste encore à étudier les neurones moteurs des centres, c'est-à-dire les éléments nerveux moteurs qui ont pour fonction de relier l'écorce grise des hémisphères cérébraux aux cellules radiculaires des neurones moteurs périphériques.
Ces éléments nerveux moteurs cérébro spinaux ont leurs cellules d'origine dans l'écorce grise des hémisphères cérébraux. Leurs prolongements cylindraxils deviennent les cylindre-axes de fibres nerveuses constitutives de la substance blanche de l'axe cérébro-spinal. Ils traversent la substance blanche de chaque hémisphère cérébral, passent par la capsule interne, parcourent le pied du pédoncule cérébral, la partie ventrale de la protubérance annulaire et la face antérieure de la moelle allongée, pour pénétrer dans la moelle épinière dans laquelle on peut les poursuivre
FiG. 421.
Schéma des voies pyramidales.
jusque dans la région lombaire. Pendant ce trajet dans l'axe cérébrospinal, ce faisceau de fibres nerveuses porte plus spécialement le nom de voie pyramidale, fig. 421.
Ce faisceau moteur conserve le même volume depuis l'écorce cérébrale jusqu'au commencement du cerveau moyen. Au contraire, en traversant les pédoncules cérébraux, la protubérance annulaire, la moelle allongée et la moelle épinière, ce faisceau diminue rapidement de volume de haut en bas, parce que, au fur et à mesure qu'il descend dans l'axe nerveux, il rencontre les noyaux d'origine des nerfs moteurs périphériques, auxquels il abandonne successivement toutes ses fibres constitutives, FIG. 421.
Nous devons rechercher maintenant d'une façon plus précise la position exacte de cette voie pyramidale dans les différentes régions de l'axe nerveux.
Fig. 422.
La face externe de l'hémisphère cérébral gauche. La partie ombrée indique la situation de la zone motrice.
Cerveau antérieur et cerveau intermédiaire. Les fibres motrices centrales ont donc leurs cellules d'origine dans l'écorce grise des hémisphères cérébraux. Ces cellules occupent, dans cette couche corticale, une zone nettement déterminée, appelée zone motrice. Celle-ci est située autour de la scissure de Rolando et correspond à l'écorce grise de la circonvolution
centrale antérieure, de la circonvolution centrale postérieure et du lobule paracentral, fig. 422 et 423. Vous savez que l'écorce grise de tout l'hémisphère cérébral est formée essentiellement de cellules triangulaires ou pyramidales. Les prolongements cylindraxils des cellules pyramidales de la zone motrice deviennent, en majeure partie, les cylindre-axes des fibres constitutives de la voie pyramidale.
Cette zone motrice elle-même se laisse subdiviser en zones plus restreintes, qui n'ont guère de limites précises et qui se continuent insensiblement l'une dans l'autre : le tiers inférieur de la circonvolution centrale antérieure sert de centre aux fibres pyramidales qui vont se terminer dans le noyau du facial inférieur et dans le noyau de l'hypoglosse ,•
Fig. 423.
La face interne de l'hémisphère cérébral droit; la partie ombrée indique la position du lobule paracentral.
dans le tiers moyen des deux circonvolutions centrales se trouvent les cellules d'origine des fibres pyramidales destinées à se mettre en connexion avec les noyaux d'origine des nerfs du membre supérieur. Enfin, de l'écorce grise qui recouvre la partie supérieure des deux circonvolutions centrales et le lobule paracentral partent les fibres pyramidales qui se terminent dans la corne antérieure de la moelle lombo-sacrée, d'où partent les nerfs des membres inférieurs.
De la zone motrice de chaque hémisphère cérébral partent donc les fibres contitutives de la voie pyramidales.
Ces fibres traversent la substance blanche du centre ovale en convergeant toutes les unes vers les autres et se réunissent bientôt en un petit faisceau compact qui passe par la capsule interne. Pendant ce trajet, elles forment une partie des fibres de la couronne rayonnante et appartiennent au groupe des fibres de projection de la substance blanche du cerveau antérieur.
tiv. mur
br. cuit—
o.opt
COIlX.l
Fig. 424.
Section horizontale du cerveau antérieur montrant la position de la capsule interne et ses rapports avec les ganglions de la base. Gr. nat. 2/3.
Vous savez que la capsule interne est la lame épaisse de substance blanche comprise entre le noyau lenticulaire d'une part, la couche optique et le noyau caudé d'autre part, fig. 424. Sur des coupes horizontales qui passent par ces trois ganglions de la base, la capsule interne est formée de deux branches réunies de façon à décrire un angle
obtus ouvert en dehors. La branche antérieure est comprise entre la tête du noyau caudé et la face antérieure du noyau lenticulaire, tandis que la branche postérieure est limitée par la couche optique en dedans
FiG. 425.
La position des fibres motrices
dans la capsule interne de l'hémisphère cérébral droit.
FiG. 426.
La position des différents faisceaux de
fibres qui constituent la capsule interne de l'hémisphère cérébral gauche.