TRENTE-CINQUIÈME LEÇON
La structure générale du système nerveux cérébro-spinal. (Suite.) Les voles longues et les voies courtes. (Suite.)
La voie sensitive. (Suite.)
Pour terminer l'étude de la voie sensitive centrale, il nous reste encore à rechercher la voie centrale des fibres acoustiques en connexion avec les ramifications terminales des fibres du nerf cochléaire, la voie centrale des fibres optiques et la voie centrale des fibres olfactives.
Voie centrale des fibres acoustiques.
Nous avons vu que les fibres du nerf cochléaire représentent les prolongements cylindraxils des cellules bipolaires qui constituent le ganghon spiral, fig. 479. Ces fibres acoustiques se terminent, par des
FiG. 479.
Schéma montrant l'origine et la terminaison des fibres du nerf acoustique.
ramifications libres, dans un amas de substance grise situé, en partie, en avant et, en partie, en dehors du pédoncule cérébelleux inférieur. Nous avons désigné cet amas gris, dans l'étude que nous avons faite de la structure interne du cerveau postérieur, sous le nom de noyau accessoire. Cette masse grise ne forme cependant pas un noyau unique;
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elle comprend deux parties assez nettement distinctes dont l'une est située sur la face externe du pédoncule cérébelleux inférieur et porte le nom de tubercule latéral, fig. 480 et 481, tandis que l'autre se trouve en avant et un peu en dedans de ce pédoncule et forme à proprement parler le noyau accessoire.
Fig. 480.
Coupe transversale faite au niveau de la partie supérieure du bulbe et passant par l'extrémité inférieure du tubercule acoustique latéral.
Ces deux masses grises ne sont pas situées exactement au même niveau. Le tubercule latéral se trouve plus bas que le no3'au accessoire; aussi, dans une série de coupes frontales faites de bas en haut dans le tronc cérébral, tombe-t-on d'abord sur le tubercule latéral, fig. 480. C'est seulement quand ce tubercule a atteint son plus grand développement qu'apparaît insensiblement le noyau accessoire, fig. 481.
C'est dans le tubercule latéral • et dans le noyau accessoire que se terminent les fibres du nerf cochléaire ; c'est là aussi que nous trouvons les cellules d'origine des éléments qui constituent la voie acoustique centrale.
Cette voie acoustique est d'une étude très difficile. Les auteurs qui, pour poursuivre le trajet complexe des fibres constitutives de cette voie, ont eu recours soit à la méthode de Gudden ou méthode expérimentale des dégénérescences secondaires (Forel, Onufrowicz, v. Monakow, Baginsky), soit à la méthode de Flechsig basée sur l'époque d'apparition
Agi
de la myéline dans les faisceaux de fibres nerveuses physiologiquement différentes (Flechsig, Bechterew, Edinger), n'ont pas obtenu de résultats concordants.
On croit généralement que, parmi les cellules nerveuses qui constituent le noyau accessoire et le tubercule latéral, les unes envoient leurs prolongements cylindraxils directement en arrière, tandis que les autres envoient leurs prolongement cylindraxils en dedans. Ceux-ci passent audevant de l'olive supérieure, traversent la couche formée par les fibres
Coupe prise un peu plus haut que celle de la fig. 480; elle passe par le Biilieu du tubercule acoustique latéral et montre le commencemen.. du noyau accessoire.
de la voie sensitive centrale, et s'entrecroisent dans le raphé avec les prolongements cylindraxils venus des cellules nerveuses du côté opposé. Cet ensemble de fibres transversales, est connu sous le nom de corps trapézoïde. D'après Flechsig et Bechterew, ce corps trapézoïde est formé de fibres acoustiques centrales qui, en se recourbant en haut, vont con stituer la couche latérale du niban de Reil et se terminer dans les éminences postérieures des tubercules quadrijumeaux.
Pour FoREL, Onufrowicz et v. Monakow, au contraire, les fibres du corps trapézoïde n'appartiennent pas à la voie acoustique centrale. Edinger partage encore une autre opinion. Pour lui, les fibres du corps trapézoïde proviennent du noyau accessoire du nerf acoustique, mais elles ne se rendent pas dans la couche latérale des fibres sensitives.
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Ces fibres seraient en connexion avec l'olive supérieure et, par là avec le cervelet et les noyaux des nerfs moteurs des globes oculaires '
Les fibres qui. venant du tubercule latéral et du noyau accessoire se dirigent en arrière contournent le pédoncule cérébelleux inférieur • elles deviennent les fibres constitutives des stries médullaires ou stries acoustiques et parcourent avec celles-ci transversalement le plancher du quatrième ventricule jusqu'au niveau du raphé. Là, elles s'entrecroisent avec les fibres des stries acoustiques du côté opposé pour s'enfoncer profondément dans la partie postérieure de la protubérance annulaire. Tous les auteurs admettent que les fibres des stries médullaires appartiennent à la voie centrale des fibres acoustiques. Mais, tandis que pour Forel, Onufrowicz et V. MoNAKOw, ces stries médullaires constituent la seule voie centrale du nerf cochléaire, Flechsig et Bechterew admettent que ces stries ne forment qu'une partie de la voie centrale, l'autre partie étant représentée par les fibres du corps trapézoïde.
La voie centrale des fibres acoustiques a été étudiée tout récemment par Hans Held au moyen de la méthode au chromate d'argent de Golgi.
D'après Held, la voie acoustique centrale est constituée à la fois et par les fibres du corps trapézoïde qui proviennent toutes du noyau accessoire et par les fibres des stries médullaires qui ont leurs cellules d'origine dans le tubercule latéral. Les fibres du corps trapézoïde aussi bien que les fibres des stries médullaires passent, en majeure partie, la ligne médiane où elles s'entrecroisent avec les fibres du côté opposé, pour se réunir ensemble en un faisceau compact, la couche latérale du néan de Reil, et aller se terminer, en partie, dans les masses grises centrales des éminences antérieures et des éminences postérieures des tubercules quadrijumeaux, en partie, dans l'écorce grise de l'hémisphère cérébral.
Les fibres du corps trapézoïde forment une voie acoustique ventrale et les fibres des stries médullaires une voie acoustique dorsale.
Nous allons étudier en détail l'origine et le trajet des fibres constitutives de ces deux voies.
Corps trapé:{o'ide ou voie acoustique ventrale. Cette voie est formée à la fois d'éléments nerveux à cylindre-axes ascendants et d'éléments nerveux à cylindre-axes descendants. Nous ne parlerons pour le moment que des éléments nerveux à cylindre-axes ascendants,
La plupart des fibres ascendantes du corps trapézoïde ont leurs cellules d'origine dans le noyau accessoire. Celui-ci renferme quelques
cellules à cylindre-axe court, mais il est formé essentiellement d'éléments nerveux à cylindre- axe long, dont les uns envoient leurs prolongements cylindraxils horizontalement en dedans, tandis que les prolongements cylindraxils des autres se dirigent en arrière, traversent le pédoncule cérébelleux inférieur, puis se recourbent en avant pour venir se joindre aux fibres horizontales, fig. 482.
Quelques-unes des fibres ascendantes du corps trapézoïde représentent, d'après Hans Held, des fibres mdiculaires directes, c'est-à-dire des fibres du nerf cochléaire qui ne se sont pas terminées dans le noyau accessoire, mais qui sont devenues directement des fibres constitutives du corps trapézoïde.
Les fibres du corps trapézoïde se dirigent en dedans, elles traversent horizontalement les fibres de la voie sensitive générale pour s'entrecroiser dans le raphé avec les fibres du côté opposé.
Dans ce trajet, le corps trapézoïde rencontre une masse grise assez volumineuse connue sous le nom de olive supérieure. Cette masse est formée de deux parties assez bien distinctes : une partie antérieure à laquelle Flechsig a donné le nom de noyau du corps trapézoïde et une partie postérieure formant Volive supérieure. Held subdivise encore celle-ci en deux masses distinctes : YoUve supérieure et Volive accessoire interne.
En traversant ces masses grises, les fibres du corps trapézoïde abandonnent un grand nombre de branches collatérales qui viennent s'y ramifier; quelques-unes mêmes de ses fibres s'y terminent complètement. Par contre, ces masses grises sont formées de cellules nerveuses dont un grand nombre envoient leurs prolongements cylindraxils en dedans pour se joindre aux fibres du corps trapézoïde.
Entre l'olive supérieure et le raphé, le corps trapézoïde se trouve donc constitué :
lo de fibres radiculaires directes venant du nerf cochléaire,
2° de fibres venant du noyau accessoire, et
3° de fibres venant de l'olive supérieure et du noyau du corps trapézoïde, fig. 482. Toutes ces fibres constituent un faisceau acoustique croisé.
Après entrecroisement dans le raphé, le corps trapézoïde passe par l'olive supérieure du côté opposé. Il abandonne à ces masses grises un grand nombre de collatérales, et même quelques-unes de ses fibres constitutives. Il reçoit de ces masses grises de nouvelles fibres nei-veuses ayant leurs cellules d'origine dans l'olive supérieure et dans le noyau
du corps trapézoïde. Il reçoit encore, comme fibres constitutives, des branches de bifurcation venant des fibres du corps trapézoïde du côté opposé. Ces fibres forment un faisceau acoustique direct.
Toutes les fibres du corps trapézoïde se recourbent alors en haut pour devenir fibres longitudinales. Ce sont ces fibres à direction longitudinale qui constituent une partie de la couche latérale du ruban de Reil ou couche latérale des fibres sensitives.
A ce niveau, cette couche latérale est donc constituée :
1° de fibres croisées venant du noyau accessoire du nerf acoustique, de l'olive supérieure et du noyau du corps trapézoïde du côté opposé;
2° de fibres directes venant de l'olive supérieure, du noyau du corps 1 trapézoïde et des fibres du corps trapézoïde du même côté, fig. 482.
Stries médullaires ou voie acoustique dorsale. Cette voie est formée légalement d'éléments nerveux à cylindre-axes ascendants et d'éléments I nerveux à cjdindre-axes descendants. Pour ne pas compliquer la descrip- Ition, nous ne parlerons que des fibres ascendantes.
Les stries médullaires, comme le corps trapézoïde, renferment quelques } fibres radiculaires directes provenant du nerf cochléaire. Toutes les autres tfibres ascendantes de ces stries ont leurs cellules d'origine dans le ttubercule latéral. Celui-ci renferme quelques cellules à cylindre-axe court. 111 est cependant formé essentiellement de cellules à cylindre-axe long. 'Tous les prolongements cylindraxils nés de ces cellules nerveuses se (dirigent en arrière, contournent le pédoncule cérébelleux inférieur et cdeviennent fibres constitutives des stries acoustiques. Sur le plancher du cquatrième ventricule, ces fibres se divisent en deux groupes : les unes, en fpetit nombre, s'enfoncent directement dans la' protubérance annulaire : eelles traversent le noyau principal du nerf acoustique, croisent la branche rradiculaire externe du nerf facial et se rendent dans l'olive supérieure du nméme côté. Là, elles vont se recourber et devenir fibres constitutives de lia couche latérale. Ce sont des fibres acoustiques directes.
Les autres, en plus grand nombre, croisent transversalement le [plancher du quatrième ventricule, s'entrecroisent dans le raphé avec les ifibres du côté opposé, puis s'enfoncent dans la protubérance annulaire ppour se rendre à l'olive supérieure du côté opposé. Là, ces fibres des sstries médullaires se recourbent en haut, deviennent fibres longitudinales eet prennent part à la constitution de la couche latérale, fig. 482. Ce S3ont des fibres acoustiques croisées.
Couche latérale des fibres sensitives. La couche latérale des fibres sensitives se trouve donc constituée par les fibres du corps trapézoïde et par les fibres des stries médullaires. La plus grande partie des fibres de cette couche sont des fibres croisées venant du tubercule latéral (fibres des stries médullaires), du noyau accessoire, de l'olive supérieure et du noyau du corps trapézoïde du côté opposé (fibres du corps trapézoïde).
FiG 483.
Coupe faite dans la partie supérieure de la protubérance annulaire et montrant la division des fibres sensitives centrales en fibres de la couche latérale
et fibres de la couche médiane.
La petite partie des fibres de cette couche latérale sont des fibres directes venant soit du tubercule latéral du même côté (fibres des stries médullaires), soit du noyau accessoire, de l'olive supérieure et du noyau du corps trapézoïde du même côté (fibres du corps trapézoïde).
Par le corps trapézoïde et par les stries médullaires s'opère donc un entrecroisement partiel des fibres acoustiques centrales comparable en tous points à l'entrecroisement partiel que subissent les fibres optiques dans le chiasma (H. Held).
La couche latérale ainsi constituée d'une petite partie de fibres directes et d'une grande partie de fibres croisées monte dans la protubérance annulaire. Elle occupe la partie la plus externe de la voie générale des fibres sensitives. Arrivée au commencement du cerveau moyen, elle rencontre une masse grise nouvelle appelée noyau latéral. Ses fibres constitutives abandonnent à cette masse grise un grand nombre de branches collatérales ; quelques-unes de ses fibres y trouvent même leur terminaison. C'est à ce niveau que les fibres acoustiques quittent la voie sensitive pour constiluer le faisceau distinct appelé couche latérale {untere ou latérale Schleife des auteurs allèmands). Les fibres de la voie sensitive générale prennent, à partir de ce point, le nom de couche médiane [médiate ou obère Schleife), fig, 483.
FiG. 484.
Coupe passant par les éminences postérieures des tubercules quadrijumeaux; les fibres de la couche latérale se terminent en grande partie dans le noyau
de ces tubercules.
Le noyau latéral est formé de cellules nerveuses à cylindre-axe long. Quelques-unes envoient leurs prolongements cylindraxils en bas. Nous en parlerons plus loin. Les autres envoient leurs prolongements cylindraxils en dedans. Ils se rendent dans le pédoncule cérébelleux supérieur voisin avec quelques-unes des fibres constitutives de la couche latérale, s'entrecroisent sur la ligne médiane, un peu en dessous des éminences postérieures, et finalement se terminent dans la masse grise centrale de cette éminence, fig. 482,
Le plus grand nombre des cellules constitutives du noyau latéral envoient leurs prolongements cylindraxils en haut pour aller renforcer le faisceau des fibres nerveuses de la couche latérale. Arrivées au niveau du bourd supérieur de la protubérance annulaire, les fibres de la couche latérale se divisent en deux faisceaux : un interne et un externe. Le faisceau interne contourne la face externe du pédoncule cérébelleux supérieur et pénètre dans les éminences postérieures des tubercules quadrijumeaux, où un grand nombre de ses fibres nerveuses trouvent leur terminaison, fig. 482 et 484; quelques-unes de ces fibres passent la hgne médiane, en arrière de l'aqueduc de Sylvius, et se terminent dans l'éminence postérieure du côté opposé.
Quelques fibres de la couche latérale montent même plus haut dans le cerveau moyen et viennent se terminer, par des ramifications Hbres, dans les couches superficielles des éminences antérieures des tubercules quadrijumeaux. Elles constituent, avec les ramifications terminales des fibres du nerf optique, la zone blanche superficielle de ces tubercules, FIG. 486.
Le faisceau externe des fibres acoustiques, renforcé par des fibres venues des éminences postérieures, passe par le bras postérieur des tubercules quadrijumeaux, arrive ainsi dans la région sous-optique, traverse le tiers postérieur du bras postérieur de la capsule interne avec les fibres de la voie sensitive générale pour pénétrer dans la substance blanche de l'hémisphère cérébral. Ici, les fibres de ce faisceau s'écartent les unes des autres et vont se terminer dans l'écorce grise des circonvolutions temporales supérieure et moyenne : c'est la voie acoustique centrale corticale de H. Held.
En résumé donc, la couche latérale du ruban de Reil, par ses fibres ascendantes, constitue une voie acoustique centrale reliant les fibres acoustiques qui se terminent dans le noyau accessoire et le tubercule latéral du nerf acoustique d'ww côté, en partie avec les masses grises des tubercules quadrijumeaux et avec l'écorce grise du lobe temporal du même côté; en partie avec les mêmes masses grises des tubercules quadrijumeaux et du lobe temporal du côté opposé. Les fibres en rapport avec les tubercules quadrijumeaux sont des voies courtes ; elles servent aux mouvements réflexes ; tandis que les fibres destinées à l'écorce cérébrale du lobe temporal sont des voies longues; elles représentent les véritables fibres acoustiques centrales.
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En montant de la moelle allongée jusque dans le cerveau moyen et dans le cerveau antérieur, cette couche est renforcée par des fibres venant successivement de l'olive supérieure, du noyau du corps trapézoïde, du noyau latéral et du noyau central des éminences postérieures des tubercules quadrijumeaux.
Mais la couche latérale du ruban de Reil n'est pas seulement formée de fibres ascendantes reliant le noyau accessoire et le tubercule latéral à des masses grises supérieures : olive supérieure, noyau du corps trapézoïde, noyau latéral, noyaux des tubercules quadrijumeaux et écorce grise du lobe temporal. Elle renferme encore des éléments nerveux à cylindre-axes descefidants. Ces éléments ont leurs cellules d'origine dans les masses grises supérieures — éminences antérieures et postérieures des tubercules quadrijumeaux, noyau latéral, noyau du corps trapézoïde et olive supérieure — pour se terminer, après un trajet plus ou moins long, dans les masses grises inférieures — éminences postérieures des tubercules quadrijumeaux, noyau latéral, olive supérieure, noyau du corps trapézoïde, tubercule latéral ou noyau accessoire, fig. 485.
On ne connaît pas la signification physiologique de ces fibres descendantes à origine centrale. Elles sont comparables aux fibres à origine centrale que renferment les deux nerfs optiques et qui vont se terminer, par des ramifications libres, dans les couches profondes de la rétine.
Nous verrons plus tard, en traitant des voies réflexes, que les fibres acoustiques qui se terminent dans les éminences antérieures des tubercules quadrijumeaux viennent s'y mettre en contact avec des éléments nerveux à cylindre-axes descendants qui rehent ces fibres acoustiques centrales aux noyaux d'origine des nerfs moteurs des globes oculaires et des nerfs qui dépendent de la partie supérieure de la moelle épinière, FIG. 486.
Un détail qui mérite encore d'être signalé, c'est qu'en traversant le corps trapézoïde, les fibres acoustiques centrales abandonnent des collatérales qui vont se ramifier dans le noyau du nerf facial et établir ainsi une voie réflexe entre le nerf acoustique et le nerf de la septième paire, ainsi que nous le verrons plus tard.
Par les fibres du corps trapézoïde et par les fibres des stries médullaires, les fibres acoustiques centrales présentent donc un entrecroisement partiel. Cet entrecroisement intéresse la plus grande partie des fibres acoustiques, de telle sorte que la couche latérale du ruban
de Reil est formée, dans chaque moité du tronc cérébral, d'un faisceau croisé très volumineux et d'un faisceau direct très grêle. Le corps trapézoïde et les stries médullaires constituent donc, pour les fibres acoustiques centrales, un chiasma analogue à celui des fibres optiques, et les couches latérales du ruban de Reil sont comparables en tous points aux bandelettes optiques.
Arrivées dans les masses grises du cerveau moyen, ces couches latérales se comportent comme les bandelettes optiques : elles se divisent en un faisceau externe se rendant directement dans l'écorce cérébrale, et un faisceau interne se terminant dans les masses grises du cerveau moyen et servant aux voies réflexes.
La voie acoustique centrale est donc formée :
1° De fibres ascendantes et de jftbres descendantes. Les fibres ascendantes ont leurs cellules d'origine dans les masses grises inférieures; les fibres descendantes ont leurs cellules d'origine dans les masses grises supérieures.
2° Les fibres ascendantes sont ou des fibres courtes ou des fibres longues. Les fibres courtes se terminent dans les masses grises inférieures (olive supérieure, noyau du corps trapézoïde, noyau latéral, éminences des tubercules quadrijumeaux) ; elles servent aux voies réflexes et constituent la voie acoustique centrale réflexe. Les fibres longues se terminent dans l'écorce cérébrale ; elles servent à la perception consciente et constituent la voie acoustique centrale corticale.
3° Des flbres directes et des fibres croisées. Les fibres directes relient les ramifications terminales des neurones périphériques d'un nerf cochléaire aux masses grises supérieures de la moitié correspondante du corps. Les fibres croisées relient ces mêmes neurones périphériques aux masses grises supérieures du côté opposé.
Voie centrale des fibres optiques.
La voie centrale des fibres optiques vous est connue. Elle est constituée par les nerfs optiques, le chiasma des nerfs optiques et les bandelettes optiques (i). Nous avons vu, en effet, que les nerfs optiques ne sont pas formés d'éléments nerveux périphériques comme tous les autres nerfs cérébro-spinaux, mais de neurones sensitifs centraux. Ils représentent des prolongements de l'axe nerveux et ont la même structure histologique que la substance blanche de cet axe.
(i) Nous faisons abstraction ici des fibres de la racine interne ou fibres de la commissure de Gudden.
èîpola.ù'e.
L'élément nerveux périphérique est représenté ici par la cellule bipolaire de la couche moyenne de la rétine, tandis que l'élément nerveux central se trouve dans les cellules ganglionnaires de la couche profonde de cette membrane nerveuse, fig 487. Les prolongements cylindraxils de ces cellules nerveuses deviennent des fibres constitutives des nerfs optiques. Vous vous rappelez que dans le chiasma les fibres optiques subissent un
entrecroisement partiel, en ce sens qu'un petit faisceau de fibres passe directement dans la bandelette optique correspondante direct, tandis que la plus grande partie des fibres de chaque nerf passent dans la bandelette optique du côté opposé, faisceau croisé, fig. 488.
Par la bandelette optique, les fibres optiques arrivent au cei"veau intermédiaire et au cerveau moyen. Elles se séparent ici en deux faisceaux :
l'un pénètre directement dans la substance blanche de l'axe cérébro-spinal, se mêle aux fibres du tiers postérieur du bras postérieur de la capsule interne pour aller se terminer, pense-t-on, dans l'écorce grise de la face interne du lobe occipital dans le voisinage de la scissure calcarine.
Les fibres de l'autre faisceau se terminent, par des ramifications libres, dans les masses grises du cerveau moyen et du cerveau intermédiaire : corps genouillés externes, éminences antérieures des tubercules quadrijumeaux et extrémité postérieure des couches optiques.
On croyait généralement que dans ces masses grises se trouvaient de nouvelles cellules nerveuses dont les prolongements cylindraxils se rendaient également dans l'écorce cérébrale, fig. 488. D'après les recher-
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Fig. 487.
Les éléments essentiels de la rétine du chien.
ches de H. Held cependant, il n'existerait, au moins dans les masses grises des éminences antérieures des tubercules quadrijumeaux, que des cellules nerveuses à cylindre-axes descendants, c'est-à-dire des éléments nerveux servant aux voies réflexes, et ayant pour fonctions d'établir, ainsi que nous le verrons plus loin, des connexions entre les fibres optiques
FiG. 488.
Schéma montrant la constitution du chiasma des nerfs optiques et des bandelettes optiques.
et les fibres acoustiques d'une part, les cellules radiculaires des nerfs moteurs des muscles de la cavité orbitaire et les cellules radiculaires de la corne antérieure de la moelle cervicale d'autre part.
Vous vous rappelez que, d'après les observations de Ramon y Cajal et les nôtres, toutes les fibres des deux nerfs optiques n'ont pas leurs cellules d'origine dans la rétine. Un certain nombre d'entre elles ont une origine centrale et viennent finir par leurs ramifications terminales entre les cellules ganglionnaires de la couche rétinienne profonde.
La voie centrale des fibres optiques présente donc la même constitution que la voie centrale des fibres acoustiques. On y trouve :
1° Des fibres ascefidmties et des fibres descendantes. Les premières, les plus nombreuses, ont leurs cellules d'origine dans la rétine; les autres proviennent des masses grises centrales. '
2° Des fibres directes et des fibres croisées. Celles-ci sont les plus nombreuses. L'entrecroisement se fait dans le chiasma des nerfs optiques.
3° Parmi les fibres ascendantes, on trouve des fibres courtes et des fibres longîies. Les fibres courtes se terminent dans les éminences antérieures des tubercules quadrijumeaux, les corps genouillés internes et les couches optiques. Elles servent aux voies réflexes et constituent la voie optique centrale réflexe.
Les fibres longues se rendent directement dans l'écorce cérébrale et constituent la voie optique centrale corticale, fig. 489.
FiG. 489.
Schéma montrant l'origine et le trajet des fibres qui constituent la voie optique centrale.
Voie centrale des fibres olfactives.
Cette voie nerveuse commence, de chaque côté, dans le bulbe ol factif. Les cellules mitrales de la couche moyenne de ce bulbe représentent les éléments olfactifs cérébro-spinaux venant en contact, par leurs prolongements protoplasmatiques, avec les ramifications cylindraxiles des
FiG. 490.
Schéma montrant l'origine et le trajet des fibres qui constituent la voie olfactive centrale-
éléments olfactifs périphériques. Les prolongements cylindraxils de ces cellules mitrales vont constituer la bandelette olfactive. Celle-ci est comparable, pour sa structure, au nerf optique ou aux fibres acoustiques centrales constituant les stries médullaires et le corps trapézoïde.
On ne connaît pas très bien le trajet ultérieur de ces fibres olfactives centrales. On sait qu'elles vont se terminer dans l'écorce grise de la circonvolution de l'hippocampe et du repli unciforme et dans la substance grise de la corne d'AMMON. Nous croyons que, arrivées au niveau de la commissure blanche antérieure, les fibres de la bandelette olfactive se comportent comme les fibres de chaque nerf optique, c'est-à-dire qu'elles se divisent en deux faisceaux : un faisceau externe se rendant directement dans les racines olfactives du même côté — faisceau direct — et un faisceau interne passant par la commissure blanche antérieure pour se rendre dans les racines olfactives du côté opposé — faisceau croisé — FiG. 490.
La commissure blanche antérieure serait donc, pour la voie olfactive centrale, au moins par une partie de ses fibres, ce que le chiasma des nerfs optiques est pour la voie optique centrale et ce que le corps ti'apézoïde et les stries médullaires sont pour les fibres acoustiques centrales.
Par les racines olfactives, les prolongements cylindraxils des cellules mitrales du bulbe sont conduits jusque dans l'écorce grise qui recouvre la circonvolution de l'hippocampe et le repli unciforme et jusque dans la substance grise de la corne d'AMMON, soit directement par une des racines qui se rendent dans l'extrémité antérieure du lobe temporal, soit indirectement en passant par la voûte à trois piliers (faisceau olfactif de Zuckerkandl) pour se terminer dans la corne d'AMMON.
D'après Golgi et Ramon y Cajal, la voie olfactive centrale, ainsi formée d'éléments nerveux à origine périphérique, renfermerait aussi, comme les voies centrales optique et acoustique, des éléments nerveux à origine centrale venant se terminer par leurs ramifications cylindraxiles dans la couche moyenne du bulbe.
D'après Obersteiner, les fibres de chaque bandelette olfactive sont, au moins chez les animaux à bulbe olfactif très développé, des fibres courtes et des fibres longues. Les fibres courtes se terminent dans la substance grise de la bandelette elle-même, tandis que les fibres longues se rendent dans la corne d'AMMON ou dans l'écorce grise temporale. Nous pensons que ces fibres courtes servent aux voies réflexes et peuvent être considérées comme les éléments constitutifs d'une voie olfactive centrale réflexe. Les fibres longues servent, au contraire, à la perception consciente et constituent la voie olfactive centrale corticale.