‹ Le système nerveux de l'hommeChapitre 50 sur 152 · L IV · texte numérisé non relu

L IV

FiG. 154.

Schéma indiquant la position des différents faisceaux de la substance blanche aux différents niveaux de la moelle, construit par Flechsig en se basant sur l'époque d'apparition de la myéline.

Comme résultats de ses observations, Flechsig distingue dans la substance blanche de la moelle, les différents faisceaux ou systèmes suivants, FIG. 154 :

Dans le cordon antérieur ;

a) le faisceau pyramidal du cordon antérieur et

bj le faisceau fondamental (Vorderstrang-Gi-undbûndel).

Dans le cordon latéral :

a) le faisceau pyramidal du cordon latéral;

b) le faisceau cérébelleux (directe Kleinhirn-Seitenstrangbahn) ; et

c) le faisceau fondamental du cordon latéral (Seitenstrangreste). Dans ce dernier il distingue deux parties : 1° une partie interne : la couche limitante latérale de la substance grise (seitliche Grenzschicht der grauen Substanz) ; 2° une partie externe : la zone mélangée antérieure du cordon latéral (vordere gemischte Seitenstrangzone).

Dans le cordon postérieur :

a) Le cordon de Goll et

b) le cordon de Burdach.

Voici suivant quel ordre et à quelle époque les fibres de ces différents faisceaux s'entourent de leur gaine de myéline.

Chez des embryons de 25 ctm., on trouve la myéline :

a) Aux fibres commissurales et aux fibres radiculaires des nerfs périphériques ;

b) aux fibres du faisceau fondamental du cordon antérieur ;

c) aux fibres du faisceau de Burdach et

d) aux fibres de la zone mélangée antérieure du cordon latéral. Les fibres du cordon de Goll sont entourées de leur gaine de

myéline chez des embryons de 28 à 3o ctm. de longueur.

Quand l'embryon atteint 32 ctm., la myéline se développe dans les fibres de la couche limitante latérale de la substance grise.

Sur des embryons un peu plus âgés, la myéline apparaît dans le faisceau cérébelleux. Enfin, ce n'est que sur des embryons de 49 à 52 ctm. de longueur, c'est-à-dire au moment de la naissance et même quelque peu après celle-ci, que la myéline apparaît dans les faisceaux pyramidaux. Aussi, la moelle épinière d'enfants nouveau-nés constitue-t-elle, pour ce motif, un objet éminemment favorable pour étudier la position exacte des faisceaux pyramidaux, ainsi que le montrent les coupes de la FiG. 155.

J'appelle, en passant, votre attention sur le fait suivant recherchant l'époque d'apparition de la myéline dans les fibres des pyramidales dans la série animale, Bechterew a pu constater qfaisceau pyramidal est complètement développé, au moment de la

igo

sance, chez tous les animaux dont les petits courent librement dès qu'ils arrivent au monde, tandis que les fibres de ce faisceau sont dépourvues

cmr-Yin:

DM

FiG. 155.

Position des faisceaux pyramidaux dans la moelle d'un enfant nouveau-né (d'après Flechsig).

de myéline chez les petits des autres animaux. Il me semble que l'on peut tirer de ce fait la conclusion suivante : pour qu'une fibre nerveuse du système nerveux cérébro-spinal puisse remplir sa fonction physiologique, elle doit être arrivée à l'état de développement complet. Si cette conclusion se vérifie, elle nous permet, en nous basant sur l'époque d'apparition de la myéline dans les différents faisceaux de la moelle établie par Flechsig, de reconstituer pour ainsi dire le tableau chronologique des mouvements dont l'embryon a été capable pendant sa vie intrautérine.

D'après les recherches de Flechsig, la substance blanche apparaît d'abord dans la moelle, pour envahir ensuite insensiblement les parties supérieures de l'axe cérébro-spinal. Dans les premiers temps, elle est limitée à des parties de la moelle épinière et de la moelle allongée, puis elle se montre dans la protubérance annulaire, le cervelet et la région de la calotte; en dernier lieu, elle apparaît dans les pédoncules cérébraux et les hémisphères cérébraux. De telle sorte que, au moment de la naissance, la moelle est complètement développée à l'exclusion des faisceaux pyramidaux, tandis que le cerveau antérieur est encore entiè-

rement formé de substance grise à l'exclusion de la capsule interne, des lames blanches du no5^au lenticulaire et de la capsule externe.

De toutes les parties de l'axe cérébro-spinal, la moelle est donc la première à prendre sa constitution anatomique définitive. Elle est donc aussi la première apte à exercer ses fonctions physiologiques. Mais la moelle ne peut servir que de centre automatique et de centre réflexe. Les premiers mouvements qui apparaissent pendant la vie intra-utérine doivent donc être ou des mouvements automatiques ou des mouvements réflexes.

Le mode d'apparition de la myéline dans les différents faisceaux de la moelle permet de pousser cette analyse plus loin encore. En effet, de toutes les fibres nerveuses de la moelle celles qui constituent les nerfs périphériques sont les premières à s'entourer de myéline. Ce seront donc aussi les premières à entrer en fonction. Elles ne peuvent que transmettre à la moelle une excitation périphérique; celle-ci ne peut pas arriver au cerveau antérieur, puisque toute la partie supérieure de l'axe cérébro-spinal est dépourvue de myéline; elle ne peut donc que se transmettre à une cellule motrice voisine et par là à un muscle périphérique. Les premiers mouvements réflexes seront donc très simples. La myéhne apparaît dans ces fibres sur des embryons de 20 à 25 ctm. de longueur, c'est-à-dire en moyenne pendant la première moitié du cinquième mois de la vie intra-utérine. Or, on sait que les premiers mouvements sensibles apparaissent vers cette époque dans l'embryon.

Après les fibres radiculaires, ce sont les fibres des voies courtes qui développent leur myéline : le faisceau fondamental du cordon antérieur, une partie du faisceau fondamental du cordon latéral et les fibres du cordon de Burdach (nous verrons bientôt que les fibres de ce cordon sont en réalité des voies courtes). Les excitations périphériques transmises à la moelle par les fibres des racines postérieures pourront donc s'étendre par ces fibres commissurales longitudinales à des portions plus étendues de la moelle, exciter un plus grand nombre de cellules motrices, et produire des mouvements réflexes complexes.

Les fibres du cordon de Goll achèvent alors leur développement Les excitations périphériques seront transmises par elles sur toute la longueur de la moelle épinière et à la partie inférieure de la moelle allongée. Sur des embryons de 28 à 3o cmt., les mouvements réflexes seront encore plus complexes.

Puis viennent les fibres de la partie interne du faisceau fondamental du cordon latéral, probablement des fibres commissurales longues; et les fibres du faisceau cérébelleux. Ces dernières portent les impressions

périphériques jusqu'au cervelet, organe unanimement considéré par les physiologistes comme un centre de coordination des mouvements.

En dernier lieu seulement la myéline se constitue dans les fibres des voies pyramidales amenant l'époque des mouvements d'origine corticale.

Le . schéma représentant la répartition, dans la substance blanche de la moelle, des différents faisceaux de fibres nerveuses physiologiquement différents obtenus par l'étude des dégénérescences secondaires, concorde parfaitement avec le schéma trouvé par Flechsig. Il n'y a entre ces deux schémas qu'une différence peu importante : Flechsig subdivise le faisceau fondamental du cordon latéral en un faisceau interne, la couche limitante latérale de la substance grise, et un faisceau externe, la zone mélangée antérieure du cordon latéral. Ces deux faisceaux sont formés de fibres commissurales longitudinales. Le faisceau externe se développant quelque temps avant l'interne, nous croyons qu'il renferme des fibres commissurales courtes, tandis que ce dernier serait formé principalement

FiG. 156.

Schéma indiquant la position des différents faisceaux de fibres nerveuses

de la moelle épinière.

1 : Faisceau pyramidal du cordon latéral. 4 : Faisceau cérébelleux du cordon latéral.

2 : Faisceau pyramidal du cordon anté- 5 : Faisceau fondamental du cordon antéro-

rieur. latéral.

Page 1