QUATORZIÈME LEÇON
La structure interne de la moelle épinière (Suite).
Nous avons recherché jusqu'ici la part que le "tissu nerveux prend à la constitution de la substance blanche et de la substance grise de la moelle épinière. Il nous reste encore à étudier quelle part revient, dans l'organisation interne de la moelle, au tissu de soutien, le tissu ■neuroglique ou la neuroglie
Le tissu neuroglique.
Vous savez qui ce tissu est formé essentiellement de deux espèces de cellules : les celhiles épendymaires et les celhiles de Deiters, appelées encore cellules en araignée (Spinnenzellen) ou cellules de neuroglie.
A. Cellules épendymaires. Les cellules épendymaires forment le revêtement épithélial du canal central de la moelle épinière. On a décrit pendant longtemps cet épithélium comme constitué de petites cellules cylindriques. A l'aide de sa méthode au chromate d'argent, Golgi a pu établir que, dans la moelle embryonnaire du poulet, toutes ces cellules sont pourvues d'un prolongement périphérique qui traverse toute l'épaisseur de la moelle pour aller se terminer à la face profonde de la pie-mère enveloppante. Ce fait a été confirmé depuis, par un grand nombre d'auteurs, pour la moelle d'embryons et la moelle de nouveau-nés de presque tous les vertébrés.
Si l'on examine une coupe transversale d'une moelle embryonnaire du poulet au quatrième ou au cinquième jour d'incubation traitée par la méthode de Golgi, on voit ces cellules épendymaires partir du canal central et rayonner de ce point à travers toute l'épaisseur de la moelle, FIG. 180. Le corps cellulaire est situé dans le voisinage immédiat du canal central. Il est pourvu d'un prolongement central court et épais qui arrive à la surface libre du canal, où il se termine souvent par un filament plus grêle flottant librement dans la cavité médullaire. A son
FiG 180.
Disposition des cellules épendymaires dans une moelle de poulet au quatrième jour d'incubation.
Fio. 181.
Cellules épendymaires médianes antérieures et postérieures.
pôle opposé, la cellule présente un prolongement périphérique long et grêle qui traverse toute l'épaisseur de la moelle. Sur la moelle d'embryons plus âgés ce prolongement périphérique est recouvert de fines branches collatérales excessivement courtes qui lui donnent un aspect épineux. Arrivé dans les couches externes, il se bifurque communément en deux ou trois branches qui vont en divergeant se terminer par un épaississement conique à la face profonde de la pie-mère.
La disposition de ces cellules épendymaires, sur des moelles de poulets plus âgés, est quelque peu spéciale au fond du sillon médian longitudinal antérieur et au niveau du sillon médian et du septum médian postérieurs, fig. 181. Entre le canal central et le sillon médian antérieur les cellules épendymaires présentent une disposition en fuseau résultant de la direction curviligne à convexité externe des cellules épendymaires latérales. Cette disposition caractéristique des cellules épendymaires médianes antérieures provient uniquement de la modification que la moelle a subi dans sa conformation extérieure pendant les premiers jours du développement. Au quatrième jour d'incubation toutes les cellules épendymaires rayonnent régulièrement autour du canal central. A partir de cette époque, le développement
de la partie médiane antérieure de la moelle reste un peu en retard sur celui des parties latérales. Celles-ci débordent bientôt la partie médiane, et, continuant à se développer, finissent par se rapprocher au point qu'elles ne laissent plus entre elles que le sillon médian. Les cellules épendymaires voisines des cellules médianes ont suivi cette incurvation de la moelle et ont pris une disposition en arcade d'autant plus prononcée qu'elles sont plus externes.
FiG. 182.
Coupe transversale de la moelle épinière d'un embryon humain de 14 centimètres montrant la disposition de la neuroglie A droite les cellules épendymaires. à gauche les cellules de neuroglie (d'après v. Lenhossek'.
La disposition des cellules épendymaires est toute différente entre la partie postérieure du canal central et le fond du sillon médian longitudinal postérieur. Comme v. Lenhossek l'a fait remarquer à juste titre, ce sillon médian est tout à fait superficiel. Il ne s'enfonce pas
ans l'épaisseur de la moelle ; mais il est relié au canal central par une cloison médiane. Celle-ci n'est pas une dépendance de la pie-mère ; elle est formée uniquement par un faisceau de cellules épendymaires. Cette disposition si caractéristique des cellules épendymaires se retrouve encore dans les moelles embryonnaires de mammifères. Elle a été étudiée d'une façon spéciale par v. Lenhossek dans la moelle d'embryons humains. Nous lui empruntons la fig. 182 qui représente les cellules épendymaires et les cellules de neuroglie de la moelle dans un embryon de 14 centimètres de longueur.
Fig. 183.
Structure de la substance gélatineuse centrale dans la mo.lle dun embryon humain
(d'après v. Lenhossek).
Une question importante, qui n'a pas encore reçu de solution définitive, est celle de savoir si cette disposition embryonnaire persiste chez l'adulte. Certains auteurs croient que le prolongement périphérique des cellules épendymaires s'atrophie et que la partie centrale persiste
seule dans le voisinage du canal central, v. Lenhossek est d'avis que la disposition embr3^onnaire se retrouve chez l'adulte. Sur des embryons de 25 centimètres, fig. 183, et de 3o centimètres il a pu poursuivre le prolongement périphérique des cellules épendymaires jusqu'à la face profonde de la pie-mère. Nous partageons la manière de voir de von Lenhossek. Nous avons retrouvé ces cellules épendymaires étendues entre le canal central et la pie-mère enveloppante dans la moelle de lapins nouveau-nés; de plus, les cellules épendymaires qui tapissent les cavités ventriculaires du cerveau postérieur et de l'arrière-cerveau, du cerveau intermédiaire et du cerveau antérieur se comportent d'ùne façon identique. Dans le bulbe olfactif de chats et de chiens adultes, on peut également poursuivre les cellules épendymaires de la cavité ventriculaire du bulbe jusque dans la couche superficielle.
B. Cellules de neuroglie. Les cellules de neuroglie sont répandues dans toute l'épaisseur de la substance grise et de la substance blanche. Ce sont des cellules multipolaires dont les prolongements longs et grêles rayonnent dans toutes les directions. Un grand nombre d'entre elles proviemient manifestement des cellules épendymaires par atrophie du prolongement interne. La fig. 182 montre ce fait en toute évidence. Mais en dehors de ces cellules de neuroglie dont le grand axe a conservé par rapport au canal central, la disposition primitive des cellules épendymaires, on trouve dans la moelle un grand nombre de cellules de neuroglie occupant par rapport au canal central une disposition toute différente. On ignore encore quelle peut être, d'une façon précise, l'origine de ces cellules de soutien.
Résumons en quelques mots la structure en apparence si complexe de la moelle épinière, et, pour fixer les idées, prenons une coupe transversale de la moelle dorsale, fig. 184.
Cette moelle présente au milieu la commissure. Vous savez que celle-ci est double : elle comprend la commissure grise postérieure et la commissure blanche antérieure. ^
Dans la commissure grise on trouve le canal central tap.sse par l'épithélium épendymaire et entouré par les cellules de neurogUe qu. constituent la substance gélatineuse centrale La part^ cette commissure est traversée par de nombreuses fibr, les ne e se qui représentent des collatérales venues des fibres du cordon posténeu.
et de la partie postérieure du cordon latéral d'un côté, pour aller se terminer dans la substance grise de la corne postérieure du côté opposé. Entre ces fibrilles nerveuses, suivant une direction perpendiculaire à ces dernières, passent les cellules épendymaires qui constituent la cloison médiane dorsale.
La commissiu'e antérieure est blanche. Sa structure est assez complexe. Elle est constituée par :
a) le fuseau de cellules épendymaires qui relient le canal central au fond du sillon médian antérieur ;
b) les prolongements cylindraxils des cellules nerveuses commissurales ou cellules des cordons hétéromères;
c) les prolongements protoplasmatiques d'un grand nombre de cellules radiculaires ;
d) de nombreuses branches collatérales et terminales venant des fibres du cordon antérieur ;
e) les prolongements d'un grand nombre de cellules de neuroglie.
FiG. 184.
Coupe transversale de la moelle dorsale d'un embryon de vache. De chaque côté de la ligne médiane, on trouve, dans chaque moitié de la moelle, une substance grise centrale et une substance blanche périphérique, fig. 184.
La substance blanche est formée de fibres nerveuses et de cellules de neuroglie. Nous avons vu où se trouvent, dans cette substance blanche, les fibres à conduction centripète, les fibres à conduction centrifuge et les fibres commissurales longitudinales. Nous avons appris à connaître également où toutes ces fibres nerveuses ont leur cellule d'origine.
La substance grise présente une corne antérieure, une corne postérieure et une région intermédiaire.
Dans la corne antérieure on trouve les cellules radiculaires et quelques cellules des cordons; ensuite les ramifications de nombreuses collatérales venant des fibres du cordon antérieur, du cordon latéral et du cordon postérieur (collatérales sensitivo-motrices).
Dans la région moj^enne de la substance grise on trouve principalement des cellules des cordons, soit des cellules commissurales ou cellules des cordons hétéromères, soit des cellules des cordons tautomères, soit des cellules mixtes ou cellules des cordons hécatéromères. Ces cellules nerveuses sont enveloppées par les ramifications collatérales et terminales des fibres nerveuses du cordon antérieur , du cordon latéral et du cordon postérieur.
Dans la corne postérieure existent des cellules des cordons tautomères ou hétéromères, puis des cellules à cylindre-axe court ou cellules de GoLGi. Les collatérales venues des fibres du cordon postérieur et du cordon latéral du même côté, et, par la commissure postérieure, des fibres des mêmes cordons du côté opposé forment dans cette corne postérieure un plexus inextricable.
Le long de la moelle dorsale apparaît, sur la face interne de cette corne postérieure, la colonne de Clarke. Elle est formée de cellules nerveuses qui sont de véritables cellules des cordons tautomères destinées au faisceau cérébelleux, et d'un entrelacement de fines fibrilles nerveuses appartenant aux collatérales des fibres du cordon postérieur.
Le fait le plus important qui domine toute la structure interne de la moelle épinière, telle que nous l'avons exposée dans les trois leçons qui précédent, c'est qu'il n'existe nulle part une trace d'anastomoses ni entre les prolongements protoplasmatiques, ni entre les prolongements cylindraxils des cellules nerveuses. Les éléments nerveux ou les neurones sont indépendants les uns des autres. Ils agissent les uns sur les autres par contiguïté ou par contact. Le contact utile, celui
qui seul sert à transmettre un ébranlement nerveux d'un neurone donné à un autre neurone, c'est celui qui se fait entre les ramifications terminales du prolongement cyliiidraxil du premier neurone et les ramifications des prolongements protoplasmatiques et peutêtre le corps cellulaire du second neurone.
Une pareille structure des centres nerveux nous permet d'interpréter les phénomènes physiologiques avec autant de facilité qu'en admettant une continuité entre les éléments nerveux soit par le réseau de Ger- LACH, soit par le réseau de GoLGi.
Pour qu'une contraction musculaire puisse se produire sous l'action de l'influx nerveux, il faut nécessairement qu'un ébranlement parte d'une cellule nerveuse radiculaire et parcoure le prolongement cylindraxil de cette cellule pour arriver au muscle périphérique.
Cet ■ ébranlement peut naître sur place dans le corps même de la cellule radiculaire; on dit alors que le mouvement musculaire produit est un mouvement automatique. Cet ébranlement peut être transmis à la cellule radiculaire par les ramifications cylindraxiles d'une fibre des racines postérieures : on dit alors que le mouvement est nfiexe. La cellule radiculaire peut recevoir cet ébranlement par les ramifications collatérales ou terminales d'une fibre des voies pyramidales, on dit alors que le mouvement est volontaire. Le schéma que nous avons construit dans la fig. 185 représente les dispositions anatomiques qui servent de substratum à ces trois sortes de contractions musculaires.
Fig. 185.
Schéma indiquant les différentes voies par lesquelles peuvent se produire des contractions musculaires sous l'influence de l'influx nerveux.
L'existence d'un réseau nerveux établissant entre toutes les cellules nerveuses une véritable continuité de substance semblait surtout favorable pour expliquer le mécanisme des mouvements réflexes. L'indépendance des éléments nerveux permet de concevoir un mécanisme tout aussi simple.
FiG 186.
A et C. Schémas pour les mouvements réflexes.
B. Schéma montrant la disposition des voies sensibles depuis ia périphérie jusqu'à
l'écorce cérébrale.
Quand une excitation périphérique ébranle les ramifications intraépidermiques d'une fibre sensitive, cette excitation est transmise tout d'abord à la cellule du ganglion spinal à laquelle appartient la fibre excitée. De là, elle passe dans le prolongement cylindraxil de cette cellule nerveuse et arrive ainsi, par une racine postérieure, dans une fibre du cordon postérieur de la moelle. Si cette fibre du cordon postérieur est une voie courte, elle pourra transmettre l'ébranlement nerveux.
par ses branches collatérales et par ses branches terminales, à quelques cellules radiculaires placées au même niveau de la moelle. Ces cellules excitées produiront une contraction musculaire périphérique dans le voisinage du point excité. On dit que le réflexe est simple. Si la fibre du cordon postérieur est, au contraire, une voie longue, l'ébranlement nerveux peut, ou bien se réfléchir sur les premières branches collatérales et se transmettre encore à quelques cellules radiculaires situées au même niveau; le réflexe sera encore simple; ou bien, l'ébranlement peut parcourir toute la longueur de la fibre, se transmettre par un grand nombre de branches collatéi'ales à un grand nombre de cellules radiculaires ; clans ce cas, le mouvement réflexe sera plus complexe. Nous avons représenté dans le schéma A de la fig. 186 la disposition anatomique qui explique ces réflexes.
Au lieu de se transmettre directement à des cellules radiculaires, l'ébranlement nerveux amené par une fibre du cordon postérieur peut être transmis à des cellules des cordons, soit des cellules des cordons tautomères, soit des cellules des cordons hétéromères. Le prolongement cylindraxil de ces cellules nerveuses peut venir à son tour en contact avec des cellules radiculaires des deux moitiés de la moelle et produire ainsi un mouvement réflexe beaucoup plus étendu et beaucoup plus complexe. Vous pourrez saisir facilement le chemin parcouru par l'ébranlement nerveux, en jetant un coup d'œil sur le schéma C de la fig. 186.
Enfin, l'excitation périphérique, amenée à la moelle par une fibre des racines postérieures, peut parcourir toute l'étendue de cette moelle par une fibre des voies longues, être transmise à la partie inférieure de la moelle allongée, au niveau de la clava, à un second élément nerveux à cylindre-axe ascendant et par là arriver jusque dans l'écorce cérébrale de l'hémisphère du côté opposé : cette excitation produira alors une sensation. Le schéma B de la fig. 186 vous montre nettement la disposition de cette voie sensible.
L'existence d'un réseau nerveux n'est donc pas requise pour interpréter les phénomènes physiologiques.
Ces phénomènes s'interprètent avec une égale facilité en admettant l'indépendance des éléments nerveux. Veuillez noter cependant que toutes ces interprétations des phénomènes physiologiques sont de pures hypothèses. Des considérations qui précèdent vous ne pouvez nullement conclure que les phénomènes physiologiques que nous venons d'analyser se passent en réalité tels que je viens de vous les décrire, mais uniquement qu'ils peuvent se passer ainsi.
Loin de compliquer la structure interne des centres nerveux, l'indépendance morphologique des éléments nerveux la simplifie au contraire considérablement.
Il y a cependant dans cette structure une particularité étrange qui a dû vous frapper, particularité dont on ne saisit pas bien toute la valeur; c'est le grand nombre de collatérales qu'émettent sur leur trajet les fibres de la substance blanche.
Considérez, par exemple, une cellule de cette partie de la région motrice de l'écorce cérébrale qui préside aux mouvements des membres inférieurs. Comme nous le verrons plus tard, le prolongement cylindraxil de cette cellule motrice traverse la substance blanche de l'hémisphère cérébral, la capsule interne, le pied du pédoncule cérébral, la protubérance annulaire, la moelle allongée et parcourt toute l'étendue de la moelle épinière pour se terminer dans le voisinage des cellules radiculaires de la moelle lombo-sacrée. Il est impossible de suivre une seule et même fibre dans tout ce trajet, mais sur des coupes transversales pratiquées dans ces différentes parties de l'axe cérébro-spinal, on voit toujours les fibres des voies pyramidales émettre des branches collatérales allant se terminer dans la substance grise voisine. On peut donc supposer que, pendant ce long trajet à travers toute l'étendue de l'axe cérébro-spinal, la fibre que nous consi- dérons émet des collatérales dans les différentes régions de l'axe nerveux.
Considérez encore une fibre longue des racines postérieures d'un nerf sacré; elle traversera toute la longueur de la moelle épinière pour aller se terminer dans les masses grises qui constituent la cîava à la face postérieure de la moelle allongée. En parcourant toute l'étendue du cordon postérieur, cette fibre émet de nombreuses collatérales qui se terminent à tous les niveaux dans la substance grise voisine.
A quoi peuvent servir toutes ces collatérales?
Il n'est pas possible d'admettre qu'un ébranlement nerveux, venu de la cellule corticale motrice pour se transmettre à des cellules radiculaires de la moelle sacrée, parcoure toutes les branches collatérales du prolongement cylindraxil de cette cellule nerveuse. S'il en était ainsi, l'ébranlement devrait se transmettre à toutes les cellules radiculaires et à toutes les cellules des cordons des différentes parties de l'axe cérébrospinal avec lesquelles ces collatérales arrivent en contact. De même une excitation périphérique qui parcourt une fibje longue des cordons postérieurs pour se transmettre à un élément nerveux de la moelle allongée
qui la conduira jusqu'à l'écoi-ce cérébrale, doit éviter les branches collatérales qui naissent de cette fibre pendant son trajet dans le cordon postérieur. S'il en était autrement, l'excitation périphérique devrait se transmettre, dans la moelle, à un grand nombre de cellules radiculaires et de cellules des cordons.
Ce qui est certain, c'est que les collatérales existent.
Peut-être l'ébranlement nerveux qu'une cellule transmet à son prolongement cylindraxil a-t-il pour tendance de ne parcourir, dans les circonstances ordinaires, que le prolongement cylindraxil lui-même, d'éviter toutes les voies collatérales et de ne pouvoir être transmis à un élément voisin que par les ramifications terminales. Dans ce cas, les ramifications collatérales devraient être considérées comme des voies supplémentaires que l'ébranlement nerveux n'utilisera que dans certaines circonstances données.
C'est là une pure hypothèse. Je vous la donne comme telle, sans y attacher la moindre importance, convaincu que les recherches ultérieures nous appi-endront bientôt si on peut la maintenir ou s'il faut la rejeter.
Circulation de la moelle.
Pour terminer l'étude de l'organisation interne de la moelle épinière, il nous reste encore à étudier la circulation de la moelle.
Circulation artérielle. Quand on examine une moelle épinière après injection de tout le système artériel, fig. 1S7 et 188 on trouve dans l'épaisseur de la pie-mère trois artères plus ou moins volumineuses à direction longitudinale. L'une occupe la face antérieure de la moelle, directement au-devant du sillon médian longitudinal antérieur. C'est Vartère spinale antérieure. Les deux autres descendent sur la face posté rieure de la moelle le long des sillons collatéraux dorsaux. Ce sont les artères spinales postérieures.
L'artère spinale antérieure provient directement des deux artères vertébrales, un peu en dessous de leur point de réunion pour former le tronc basilaire. Chaque vertébrale donne une petite branche interne qui se dirige en bas et en dedans. Les branches des deux vertébrales se réunissent sur la ligne médiane en un tronc un peu plus volumineux qui constitue l'artère spinale antérieure.
Les artères spinales postérieures proviennent des artères cérébelleuses inférieures au moment où ces artères contournent la face postérieure de
la moelle allongée pour se rendre au cervelet. Les artères spinales postérieures restent indépendantes. Elles se dirigent d'abord en dedans jusque sur la face postérieure de la partie inférieure de la moelle allongée, puis se divisent en une branche ascendante destinée à la moelle allongée, et une branche descendante pour la moelle épinière (Duret). On admet généralement qu'en descendant le long de la moelle ces trois artères spinales sont renforcées, au niveau de chaque nerf spinal, par une petite branche artérielle accompagnant ce nerf et provenant successivement de l'artère vertébrale, de l'artère cervicale profonde, des artères intercostales, lombaires et sacrées.
D'après des recherches très-minutieuses de Kadyi, ces artères spinales ne devraient pas être considérées comme des branches des artères vertébrales, mais chacune d'elles représenterait une chaîne artérielle formée par des anastomoses longitudinales de toutes les petites artères qui accompagnent les nerfs spinaux. En dehors de la dure-mère, chaque nerf spinal est accompagné d'une petite artère plus ou moins volumineuse provenant soit de la vertébrale, soit de la cervicale profonde,
Schéma général de la circulation artérielle de la moelle (d'après Kadyi !. (i)
soit d'une artère dorsale, lombaire ou sacrée. Cette artère traverse la dure-mère et se subdivise alors en une branche antérieure et une branche postérieure accompagnant les deux racines du nerf spinal jusqu,à la moelle, fig. 189. Arrivée sur la face antérieure de la moelle, chaque petite artère antérieure gagne la ligne médiane, se fusionne avec l'artère
(i) C'est intentionnellement que les artères qui accompagnent les racines antérieures postérieures des nerfs spinaux ont été dessinées beaucoup trop grosses.
Fig. 189.
correspondante du côté opposé, puis se divise en une branche ascendante qui s'anastomose avec la branche descendante de la petite artère placée au-dessus, et en une branche descendante qui s'anastomose avec la branche ascendante voisine.
Sur la face postérieure de la moelle, les petites artères qui accompagnent les racines postérieures ne s'étendent que jusqu'au niveau du sillon collatéral dorsal pour s'y comporter comme les artères de la face antérieure.
Parmi les artères des nerfs spinaux, un grand nombre sont tellement petites qu'elles s'épuisent sur les racines de ces nerfs sans arriver jusqu'à la moelle; d'autres, au contraire, sont plus volumineuses et déservent alors la moelle sur une étendue plus considérable.
FiG. 190.
Schéma montrant le trajet et la distribution des branches terminales provenant du plexus
artériel de la pie-mère.
De ces trois artères spinales partent des branches transversales qui se divisent et se subdivisent dans l'épaisseur de la pie-mère, s'anastomosent les unes avec les autres de manière à constituer autour de la moelle épinière un véritable réseau artériel.
De ce réseau artériel naissent des branches collatérales qui pénètrent directement dans la moelle. Ce sont les véritables avûres nourricières de la moelle. Elles représentent toutes des artères terminales dans le sens que
CoHNHEiM a donné à cette dénomination, c'est à dire que ces artères ne s'anastomosent plus entre elles. Chacune d'elles est destinée à porter le sang à une partie déterminée de la moelle. L'oblitération d'une de ces artères amène donc, comme conséquence immédiate, la mort de toute la région nourrie par elle.
Les plus volumineuses de ces artères terminales viennent de l'artère spinale antérieure. Elles pénètrent jusqu'au fond du sillon médian antérieur puis se recourbent, soit à gauche, soit à droite, dans la substance nerveuse pour aller se terminer dans la substance grise de la corne antérieure par un grand nombre de petites branches terminales rayonnant dans tous les sens, fig. 190. Ces artères envoient aussi une petite branche dans la colonne de Clarke. Ce sont les artères du sillon de Adamkiewicz, les artères centrales de la moelle de Kadyi. D'après les recherches de ce dernier auteur, il existerait en moyenne, sur toute la longuevn- de la moelle, 200 de ces artères centrales.
Les autres artères nourricières de la moelle naissent du réseau périphérique, pénètrent dans la substance blanche de la moelle, y abandonnent des branches collatérales et vont se terminer dans les zones périphériques de la substance grise. Les plus volumineuses de toutes ces artères sont celles qui accompagnent le septum médian dorsal. Parmi ces artères on doit signaler d'une façon spéciale, les deux ou trois petites artères qui accompagnent les fibres de chaque racine antérieure et arrivent avec celle-ci jusque dans la corne antérieure de la substance grise. On les appelle encore artères radiculaires.
Circulation veineuse. Au réseau capillaire artériel de la moelle fait suite un réseau veineux. Les capillaires veineux se réunissent en des veinules plus grosses qui accompagnent les ramifications artérielles et qui se rendent dans un plexus veineux situé dans l'épaisseur de la pie-mère. Les veines intra-médullaires sont cependant beaucoup plus nombreuses que les artères correspondantes. D'après les recherches de Kadyi, on trouverait dans le sillon médian antérieur, par exemple, environ un nombre double de veines que d'artères.
Le plexus veineux extra-médullaire entoure complètement la moelle. On peut y distinguer quelques veines plus volumineuses que les autres à direction longitudinale, fig. 191 et 192, l'une est située vis-à-vis du sillon médian antérieur accompagnant l'artère spinale antérieure, c'est la veine médiane antérieure; l'autre, plus volumineuse, court sur la face
postérieure de la moelle le long de la cloison médiane, c'est la veine médiane postérieure. Outre ces deux veines assez constantes, on trouve encore une veine longitudinale dans chaque sillon collatéral antérieur le long des racines antérieures des nerfs spinaux. Ces veines longitudinales sont reliées les unes aux autres par de nombreuses veines transversales.
Au niveau de chaque racine d'un nerf spinal, une petite veine se détache du plexus et accompagne la racine à travers la dure-mère. Ce sont les veines radiculaires allant se déverser dans les plexus veineux intra-rachidiens et extra-rachidiens.