M. DELARBRE
Hommage de reconnaissance.
l'ar 11. F. Ij. bouvier
§ I". — Historique.
Ce modeste travail a pour but d’étudier les ganglions nerveux des Crustacés décapodes dans les rapports qu’ils présentent entre eux et avec l’appareil circulatoire. Les lois générales qui régissent ces phénomènes ont été magistralement mises en évidence, il y a plus d’un demi-siècle, par H. Milne-Edwards ; il ne reste plus, par suite, qu’à justifier ces lois par de nouveaux exemples, montrer les modificalions sous lesquelles elles se présentent, et les appliquer à la recherche des affinités naturelles des différents types. Le résumé historique suivant, malgré sa brièveté, justifiera l’utilité de cette étude et mettra d’ailleurs au courant une bibliographie qui n’a pas été traitée, que je sache, depuis Milne-Edwards.
Les premières recherches sur le système nerveux des crustacés remontent à 1672 et furent faites par Thomas Willis (1). Ce savant décrit le cerveau de l’Écrevisse, les deux connectifs qui en partent et qui constituent le collier œsophagien, enfin la chaîne ventrale formée par deux cor-
(I) Willis, De anima bmtorum quæ Hominis vitalîs ac sensUiva est, exerdtationesduæ, Londres, 1672.
li. BOUVIER.
dons alternativement disjoints et réunis ; Willis compare cette chaîne ventrale à la moelle épinière des animaux vertébrés. Au siècle suivant, Swammerdam (1) étudie en détails le système nerveux du Pagure; figure et description sont d’une exactitude rigoureuse et n’ont pas été surpassées depuis; on reviendra plus loin sur cette étude remarquable, et il nous suffira de faire observer ici que le cerveau, le collier œsophagien, la masse ganglionnaire thoracique et ünq ganglions abdominaux forment les parties essentielles du système nerveux du Pagure.
En 1755, Rôsel (2) méconnaît complètement le système nerveux de l’ÉcrevisSe ; il ne signale que la portion abdominale de sa chaîne ventrale, et il la considère comme un vaisseau qui se distingue des autres en ce qu’il présente de petites nodosités. En 1790, Herbst (3) relève simplement la figure et la description de Rôsel, il réédite le système nerveux du Pagure d’après Swammerdam, mais il décrit, pour la première fois, un système nerveux de crabe. Ce système nerveux se compose de deux cerveaux ; l’un d’eux, situé en avant, au-dessus de l’œsophage, correspond au cerveau normal; l’autre, situé sur la face ventrale, au-dessous de l’œsophage, représente la masse ganglionnaire thoracique des crabes. L’auteur signale le collier œsophagien qui met en relation les deux centres, et il mentionne en outre, avec une exactitude assez grande, les principaux nerfs de l’organisme. 11 est fâcheux que Herbst ait accepté sans vérification les assertions erronées de Rôsel, car son étude des crabes est suffisamment remarquable pour l’époque où elle a été faite.
Avec Cuvier (4), nous entrons dans le domaine des études
(1 ) Swammerdam, Histoire naturelle des Insectes, traduite du Biblia naiuræ. Coll, acad., partie étrangère, t. V, p. 122.
(2) Rôsel, Ber monathlich herausgegeben Insecten Belustigung, dritter Theil, Nürnberg, 17S5.
(3) Herbst, Versuch einer Naturgeschisckte dei' Krabben und Krebse, Berlin und Stralsund, 1790.
(4) Cuvier, Leçons d'anatomie comparée, 1.111.
exactes et précises, et nous pouvons signaler un essai de généralisation : « Dans les décapodes à longue queue, la partie moyenne du système est un cordon noueux qui se prolonge d’une extrémité à l’autre ; dans ceux à courte queue, vulgairement nommés crabes, il y a au milieu de l’abdomen un anneau ou un disque médullaire d’où les nerfs du corps partent comme des rayons. » L’illustre savant observe la commissure qui réunit en arrière de l’œsopbage les deux branches du collier œsophagien, sur ces branches il indique deux petits ganglions sympathiques; enfin, il décrit très exactement, dans ses parties essentielles, le système nerveux de l’Écrevisse, du Homard, du Crabe enragé et du Crabe maja. Parlant du système nerveux du Pagure, Cuvier dit que ce crustacé « paraît avoir beaucoup moins de ganglions que l’Écrevisse ».
Cuvier a beaucoup mieux étudié le système nerveux des Crustacés que leur appareil circulatoire, aussi ne fait-il aucune mention des rapports très curieux qui existent entre ces deux sortes d’organes. Même lacune produite par les mêmes causes dans Suckow (t) : le système nerveux du Homard, seule espèce étudiée par l’auteur, est figuré avec beaucoup de soin, mais la commissure post-œsophagienne n’est pas représentée. En 1825, Lund (2) signale pour la première fois, dans la même espèce, les rapports du système nerveux avec l’appareil circulatoire; l’artère sternale, dit-il, traverse verticalement la chaîne nerveuse dans la région thoracique et, arrivée au-dessous de la chaîne nerveuse, se divise en deux branches médianes situées au-dessous de celle-ci. Ces conclusions seront justifiées et singulièrement précisées par MilnerEdwards.
En 1828, Slraus-Durckheim (3) tente une généralisation
(1) Suckow, Anatomisch-physiologische Untersuchumjen der Insehlen und Krustenthiere, vol., 1»' cahier, Heidelberg, 1818.
(2) Lund, Zweifel an dcm Daseyn eines Circulaiions-systems bey den Crustaceen, Isis, vol. XVI-XVII.
(3) Straus-Durckheim, Considà'ütions générales sur l’anatomie comparée des animaux articulés.