‹ Le système nerveux des crustacés décapodes et ses rapports avec l'appareil circulatoireChapitre 3 sur 9 · V. UOUVIEU · texte numérisé non relu

V. UOUVIEU

des phénomènes relatifs au système nerveux clans tout le groupe des animaux articulés. Cette généralisation est d’une complexité au moins aussi grande que les phénomènes qu'elle veut expliquer; elle ne comprend pas moins de huit lois, mais nous ne relèverons ici que celles en rapport immédiat avec le sujet qui nous occupe.

« r Toutes les fois que le corps est composé de segments semblables, on trouve à la moelle épinière autant de paires de ganglions qu’il y a de sternums au corps, variant en volume selon, la masse des organes de la vie de relation que chaque segment contient, et suivant la plus ou moins grande activité de ces organes. » La Scolopendre peut servir de type à cette loi, de même que bon nombre de Crustacés édriophthalmes.

« 2“ Lorsque le tronc est composé de segments soit mobiles, soit imnaobiles, soit même soudés, mais toujours distincts dans leur région sternale, tandis que l’abdomen est formé de segments bien mobiles, les paires de ganglions se répètent dans chaque segment de l’une et l’autre partie, en suivant pour la grosseur la proportion des organes de la vie de relation renfermée dans chaque segment. » Ex. : l’Écrevisse.

« 3“ Quand le tronc se trouve formé de segments, soit mobiles, soit immobiles, soit soudés, mais distincts dans leur partie sternale, tandis que ceux de l’abdomen sont immobiles, dépourvus inférieurement de muscles moteurs, que ces segments soient d’ailleurs soudés ou non, les ganglions se répètent dans les segments du tronc seulement, comme dans le cas précédent, mais l’abdomen n’en renferme point et reçoit ses nerfs de la dernière paire de ganglions du tronc, qui est alors plus grosse que les autres. La partie terminale du cordon de la moelle épinière se prolonge jusque vers l’extrémité de l’abdomen, où ils se distribuent. »

Ces lois sont approchées plutôt qu’absolues; elles ressemblent bien plus à des résumés partiels qu’à des lois proprement dites et, malgré leur nombre et leur complexité, elles ne sont guère que la paraphrase des proposi-

tioas, remarquablement concises, formulées par Cuvier. L’auleur, du reste, les a maintenues beaucoup plus tard (1), à une époque où Audouin et Milne-Edwards avaient depuis longtemps fait la synthèse des phénomènes qui président à la constitution du système nerveux chez les Crustacés.

C’est à ces savants, en effet, que l’on doit à peu près toutes les conuaissances précises que nous possédons actuellement sur le système nerveux des animaux de cette classe.

L’année même où Straus-Durckheim publiait son travail sur les Articulés, Audouin et Milne-Edwards (2) étudiaient le système nerveux dans un très grand nombre de Crustacés et montraient, avec une pleine évidence, que la forme typique de ce système est une double chaîne ganglionnaire susceptible de se concentrer à la fois dans le sens transversal (abdomen de l’Écrevisse et du Palémon) et dans le sens longitudinal (Crabes). Après la mort d’Audouin, Milne-Edwards étendit et résuma ses travaux, dans ses essais sur l’organisation des Crustacés appliquée à la classification (3), puis dans son histoire naturelle des crustacés (4), enfin dans son grand traité (5) de physiologie et d’anatomie comparée. A peu près à la même époque, Ratkhe (6) publiait en Allemagne ses belles recherches sur le développement de l’Écrevisse et justifiait les découvertes des savants français en établissant que le système nerveux de notre criustacé d’eau douce, à l’état larvaire, se compose d’une double chaîne de ganglions bien distincts et groupés en autant de paires qu’il y a de membres. Milne-Edwards fait observer

(1) Straus-Durckheim, Traité pratique et théorique d'anatomie comparative, Paris, 1842.

(2) Audouin et Miliie Edwards. Troisième mémoire sur l’anatomie et la physiologie des Crustacés; recherches anatomiques sur le système nerveux. Ann. se. nat, t. XIV, 1828.

(3) H. Milne-Edwards. Recherches sur l’organisation et la classification des Crustacés décapodes. Ann. se. nat., t. XXV, 1832.

(4) H. Milne-Edwards, Histoire naturelle des Crustacés, t. 1834.

(5) H. Milne-Edwards, Leçons sur la physiologie et l'anatomie comparée de l'homme et des animaux, t. II, 1874.

(6) Rathke, Untersuchungen über die Bildung unà Entwickelung des Flusskrebsen, 1829.

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