‹ Le système nerveux des crustacés décapodes et ses rapports avec l'appareil circulatoireChapitre 5 sur 9 · A. — MACROURES · texte numérisé non relu

A. — MACROURES

Famille des Salkoques {Carididés) (fig. 1). — La famille des Salicoques a été divisée par Milne-Edwards en quatre tribus, les Pénéens, les Palémoniens, les Alphéens et les Crangoniens. Les Pénéens se placent à la base de la famille et représentent en outre les Macroures les plus simples; les Crangoniens doivent être considérés, au contraire, comme les Salicoques les plus différenciés. Je n’ai pas étudié de représentants de la tribu des Alphéens.

Les Crustacés de la famille des Salicoques sont tous caractérisés par un système nerveux extrêmement condensé dans le sens transversal et par une chaîne nerveuse abdominale composée de six paires de ganglions confondus deux à deux. Dans la région thoracique les connectifs ganglionnaires ne sont jamais séparés qu’au niveau du passage de l’artère sternale, et dans la région abdominale ils sont complètement confondus en un cordon cylindrique, renflé par intervalle et émettant fréquemment des nerfs en dehors des points noueux qui correspondent aux ganglions. En un mot, la fusion transversale des centres ganglionnaires et des connectifs atteint son maximum.

Je n’ai pu malheureusement étudier \ei% Sergestes, qui sont considérés comme les Salicoques les plus simples, mais j’ai eu l’occasion d’observer un certain nombre A'Atya (sp. nov.?) grâce à l’obligeance d’un jeune savant portugais, M. Nobre, qui avait reçu du Maroc un certain nombre de ces animaux.

Ce Crustacé est une grande crevette africaine, et il ne diffère des Palémons asiatiques étudiés par Milne-Edwards que par des caractères tout à fait secondaires ; les centres nerveux thoraciques, notamment, forment une masse un peu plus étroite et en même temps plus allongée dans le sens longitudinal; les ganglions abdominaux proéminent très peu sur le cordon qui les porte et on ne peut guère sérieusement les étudier qu’au microscope.

Les Palémons de nos côtes, et notamment les Palæmon seiratus^ Fabr. ei squilla^ Linn., ne diffèrent pas sensiblement de l’espèce décrite et figurée par Milne-Edwards.

Le Crangon vulgaris^ Fabr. (fig. 1), vulgairement Crevette grise, manifeste déjà un plus haut degré de condensation dans le sens longitudinal. La cbaîne nerveuse abdominale est presque semblable à celle des Palémons, mais la masse ganglionnaire thoracique est plus condensée ef moins allongée. On y distingue très nettement à l’œil nu, et beaucoup plus facilement à la loupe ou au microscope, un certain nombre de segments placés à la suite et séparés les uns des autres par des lignes plus claires. Tous ces segments sont symétriquement divisés en deux parties par une ligne continue qui correspond à l’axe du corps. Le premier segment (o) est formé par les ganglions sous-œsophagiens assez intimement confondus en une masse ovoïde allongée ; les segments suivants, au nombre de cinq, correspondent respectivement aux paires nerveuses des diverses paires de pattes ambulatoires, et la perforation [p) qui livre passage à l’artère sternale se trouve normalement comprise entre les ganglions de la troisième et delà quatrième paires. Pour étudier la segmentation de la masse nerveuse thoracique dans un Macroure où cette masse est déjà singulièrement condensée, il n’est guère de meilleur type que cette espèce.

Famille des Palinw'idés (fig. 2). — Les Palinuridés se rapprochent de la famille précédente par la fusion transversale complète des ganglions et des connectifs de la chaîne abdominale; ils se rapprochent de la famille des Salicoques et se distinguent des Astaciens par la fusion transversale plus grande de la masse nerveuse thoracique; caractère qui coïncide avec le phénomène des métamorphoses et des formes larvaires dans les deux familles.

Chez les Palinuridés, comme chez les Salicoques, la masse nerveuse thoracique ne présente pas d’autre perforation que celle destinée au passage de l’artère sternale. Dans la Langouste {Palmurus vulgaris, Latr.) les centres nerveux du

16 Ij. IIOUVIKBS.

thorax forment, d’après Milne-Edwards, une espèce de gros ganglion ovoïde, fortement allongé dans le sens de la longueur, perforé en arrière, et ne présentant guère de centres un peu distincts que ceux réunis en avant au point d’arrivée des deux connectifs du collier œsophagien. 11 n’en est pas de même dans le Scyllarus arctiis^ Fabr. (fig. 2), dont plusieurs beaux individus m’ont été envoyés de Marseille par MM. Marion, professeur à la Faculté des sciences, et Vayssière, maître de conférences. Dans cette espèce, la chaîne est remarquablement allongée dans la région thoracique et toutes les paires ganglionnaires qui la composenl se distinguent avec une grande netteté. Je dois faire exception, toutefois, pour les ganglions sous-œsophagiens ; ceux-ci sont réunis en un centre court (o), aussi large que long, dans lequel il m’a été impossible de discerner les divers éléments formatifs. Les cinq paires nerveuses qui envoient des nerfs aux pattes ambulatoires sont toutes éloignées et bien séparées les unes des autres ; on distingue parfaitement les deux ganglions de chaque paire, enfin les ganglions proéminent fortement en dehors de leurs connectifs, et ceux-ci sont parfaitement séparés dans presque toute leur longueur quoique réunis transversalement dans un mince névrilème transparent. A l’œil nu ou avec l’aide des grossissements, ces connectifs se séparent très bien et se distinguent par une teinte plus opaque et par une structure fibreuse, sur le fond clair constitué par le névrilème. En réalité, ce système nerveux diffère beaucoup de celui des Langoustes et il se rapproche bien plus du système nerveux des Aslaciens, quoiqu’il présente seulement la perforation (;?) destinée au passage de l’artère sternale.

Famille des Astacidés (fig. 3). — Au point de vue de système nerveux, les Astacidés se rangent, naturellement, à la suite des Scyllares, et les Écrevisses comme les Homards ne diffèrent que très peu de ces derniers. Leur système nerveux présente une concentration remarquablement nlus faible dans le sens transversal et la concentration dans le sens longitudinal

est égale ou plus faible. Partout les connectifs sont distincts dans la région thoracique, qu’ils soient ou non réunis par un névrilème dans les régions non traversées par l’artère sternale; partout aussi la séparation des connectifs commence à se manifester dans la chaîne abdominale et atteint son maximum de netteté à l’extrémité de la chaîne quoique, dans cette partie comme dans les autres, un névrilème réunisse toujours étroitement les deux connectifs.

C’est dans les Écrevisses {Astacus fluviatïlis Rond.) et dans les Homards (Homarus vulgaris, Bel.) que les centres nerveux et leurs connectifs présentent le degré le plus prononcé de condensation dans les deux sens. La chaîne ganglionnaire, dans sa région thoracique, est assez allongée et ses ganglions sont bien séparés; mais elle ne présente'de perforation qu’au niveau de l’artère sternale et la dernière paire, celle qui correspond à la cinquième paire de pattes ambulatoires, est singulièrement rapprochée de la précédente.

Bien différent déjà est le système nerveux du Nephrops Norwegicus, Linn. (fig. 3) que j’ai pu étudier sur les splendides exemplaires recueillis pour moi à Arcachon par M. Durègne. Dans cette espèce les ganglions thoraciques s’éloignent dans le sens longitudinal et leurs connectifs se séparent dans le sens transversal. La distance qui sépare les deux dernières paires de ganglions thoraciques est au moins égale à celle que présentent entre eux les autres ganglions de la mêrne région et, d’un autre côté, on observe quatre perforations dans cette chaîne nerveuse. La première est comprise entre les première et deuxième paires thoraciques (m\ m’^), la deuxième entre les deux dernières paires (m*, m*’), les autres entre les paires médianes; parmi ces deux dernières se trouve la perforation [p) occupée par l’artère sternale. Cette séparation très nette des connectifs dans la région thoracique caractérise absolument les Néphrops et les rapproche singulièrement desThalassinidés du genre Axius.

JL. BOUVIER.

Famille des Galathéidés (fig. 4). — Avec les Galalhéitlés, nous entrons dans une nouvelle série qui diffère de la précédente par une condensation nerveuse en général plus prononcée dans le sens longitudinal et beaucoup moins dans le sens transversal. Nous reviendrons plus loin sur la signification qu’il convient de donner à ce phénomène bizarre.

J’ai étudié le système nerveux de la Galathea strigosa, Fabr., sur des individus qui me furent envoyés de Marseille avec les Scyllares; son caractère fondamental est la présence d'une chaîne ganglionnaire abdominale composée de cinq paires de centres réunies longitudinalement par des connectifs toujours très distincts et complètement séparés. Les centres thoraciques pairs sont tous parfaitement nets. Le ganglion sous-œsophagien (o) m’a toujours montré cinq paires nerveuses très apparentes ; la paire antérieure, destinée aux mandibules, ne se séparant pas toujours très nettement de la suivante. Les deux ganglions (m*) qui desservent la première paire de pattes ambulatoires sont en contact immédiat avec la masse sous-œsophagienne ; ils sont énormes et en cela tout à fait en rapport avec les fortes pinces qu’ils doivent innerver. Ces deux ganglions se rattachent aux autres centres thoraciques par deux connectifs médiocrement longs, mais très distincts, quoique réunis par un mince névrilème. Les quatre dernières paires thoraciques sont en contact et constituent un groupe -ovoïde perforé en son centre; les ganglions de ces diverses paires se font tous remarquer par une grande netteté, les deux postérieurs comprennent entre eux un petit massif de cellules («') qui envoie des nerfs au premier anneau abdominal.

Le premier ganglion («*) de la chaîne abdominale étant venu se souder aux ganglions thoraciques postérieurs, il en résulte que cette chaîne est réduite aux cinq paires ganglionnaires dont j’ai parlé plus haut. Les ganglions de chaque paire se distinguent toujours parfaitement, et ils sont en général situés à peu près au niveau des articulations qui réunissent les anneaux, le premier se trouvant compris

entre le deuxième et le troisième segment abdominal ; toutefois, l’avant-dernière paire (a®) se trouve au milieu du cinquième anneau abdominal et la dernière (a^) (qui correspond à deux paires fusionnées) vers le milieu de l’avant- , dernier anneau. Les ganglions de la deuxième paire {à) sont rattachés aux premiers centres («‘) par deux très longs connectifs qui se séparent complètement dans toute la dernière moitié de leur trajet, aux ganglions de la troisième paire (a®) par deux connectifs plus courts mais néanmoins séparés. Les autres connectifs de la chaîne sont simplement en contact, en arrière ils m’ont toujours paru parfaitement séparés un peu avant le dernier ganglion.

Famille des Thalassinidés (fig. S). — Les Macroures de cette famille ont un abdomen allongé et replet qui renferme loujours une partie des organes glandulaires normalement renfermés dans la chambre thoracique. Ainsi les lobes du foie se prolongent en arrière jusque dans le premier anneau abdominal et les glandes génitales s’étendent, dans la région dorsale, sur toute la longueur de la queue jusqu’au telson ; c’est là du moins ce que j’ai pu observer sur les deux espèces qui ont servi à mes recherches, la Gebia deîtiisa, Leach. et VAxius stirynclius^ Leach. Les Thalassinidés se cachent dans le sable et cette particularité rend leur recherche assez difficile; aussi n’ai-je pu disposer que d’un matériel peu riche, un Axius et deux Gebia recueillis à Saint- Waast par M. Malard.

Le système nerveux de VAxius stirynchus (fig. 3) diffère très peu de celui du Néphrops, et son caractère essentiel est une séparation encore plus marquée des centres et des connectifs dans le sens transversal. Les divers groupes ganglionnaires de la masse nerveuse sous-œsophagienne (o) se manifestent avec une assez grande netteté et le dernier, celui qui correspond à la troisième paire de pattes-mâchoires, se trouve assez nettement séparé des autres. Entre ce groupe et la paire ganglionnaire des pattes ambulatoires antérieures, les connectifs sont déjà bien distincts, sans être

Page 1