CHAPITRE Il
Atteinte du système nerveux dans les ehoes
Nous avons vu que dès les premières descriptions des états de choc on a insisté sur la fréquence et l'importance des troubles nerveux : Stupeur, hypoesthésie, asthénie avec parfois convulsions (ces dernières surtout dans le choc hémorragique).
Ces troubles nerveux existent dans tous les chocs importants qui ont été découverts par la suite. Dans les chocs légers, on a noté l’existence de prurit (Ch. Richet) et les autres troubles nerveux y sont réduits au minimum. L’étude du choc anaphylactique nous a renseigné surtout sur l’anatomie pathologique du système nerveux dans les chocs. Il semble que dans les chocs aigus et suraigus il existe des lésions importantes des centres nerveux de nature congestive. Dans les chocs suraigus on a décrit des lésions hémorragiques avec extravasation sanguine et parfois du sang dans les ventricules. Dans les chocs moins graves il y a toujours des lésions congestives avec grosse dilatation des capillaires.
Ces constatations semblent au premier abord en
contradiction avec ce que nous avons dit plus haut
tte
sur la diminution de nutrilion de certaines cellules nerveuses. L’existence d’une vasodilatation dans les centres prouverait au contraire que la circulation est plus intense dans le cerveau que normalement. Si lon tien compte des constatations de Brown-Séquard, de d’Arsonval, etc, concernant la couleur du sang veineux, ces contradictions disparaissent. Les auteurs ci-dessus ont montré en effet que dans les états de choc le sang veineux possédait presque la même coloration que le sang artériel.
Nombreux auteurs, dont Henderson en particulier, ont interprété ce phénomène comme un appauvrissement de l'organisme en anhydride carbonique et ont construit la théorie acapnique des chocs.
Le caractère artériel du sang veineux est cependant susceptible d’être expliqué d’une autre manière. Baruch a montré qu’il existait dans les chocs une altération des hématies les rendant moins aptes à se débarrasser de leur oxygène. Le fait important serait donc non pas le défaut de fixation du gaz carbonique par le sang dans les tissus, mais la diminution de l'apport de l’oxygène. Cette diminution peut d’ailleurs être la conséquence d’une vasodilatation extrême également. On sait que plus la circulation est rapide, moins il y a d'oxygène de perdu dans les capillaires. On comprend donc que malgré une vasodilatation importante et une circulation anormalement intense, le tissu nerveux soit mal nourri et puisse déterminer tous les troubies nerveux qui ca-
ractérisent le choc.
LME
Toutes les descriptions anciennes comme récentes insistent sur les troubles de la sensibilité dans les chocs. Dupuytren a remarqué que les blessés choqués perdaient leur sensibilité au point qu’on pouvait les amputer sans qu’ils s’en aperçoivent. Roger a remarqué que même les manifestations objectives de la douleur faisaient défaut au cours du choc : Le choqué ne présente plus de dilatation pupillaire lorsqu’on excite chez lui un nerf sensitif, et l’hypertension artérielle provoquée par la douleur fait également défaut. Guyot et Jeanneney ont montré que cette hypoesthésie pouvait être la conséquence soit d’une inhibition des centres, soit d’un non fonctionnement des organes récepteurs périphériques, soit enfin d’une diminution d’excitabilité des nerfs.
Il est fort possible que la principale modification réside dans une abolition de la sensibilité des récepteurs. On sait, en effet, que le fonctionnement de ceux-ci dépend de l’état vasomoteur. On pourrait même dire que sans modification vasomotrice il n’y a pas de douleur possible. Or, comme nous allons le voir, les vasomoteurs sont inexcitables dans les chocs.
Il en est de même de la plus grande partie du système nerveux végétatif. Les réflexes photomoteurs sont abolis, l'intestin atone et même les glandes semblent paralysées. Ce dernier fait a une importance considérable, surtout pour les glandes à sécrétion
interne,
Roque
Il existe certainement des chocs où la sécrétion d’adrénaline est arrêtée et cet arrêt est responsable en grande partie de l’hypotension artérielle. Dans une autre catégorie, par contre, les surrénales continuent à sécréter, mais les terminaisons nerveuses sont insensibles à l’adrénaline et son action peut même s’inverser.
Dans l’ensemble l’atteinte du système nerveux au cours des chocs est un ralentissement du fonctionnement. Même lorsqu'il y a agitation psychique, hallucination ou convulsion, cela peut être interprété comme l'inhibition de certains centres avec libération des automatismes sous-jacents, moins sensibles
à l’anoxémie.