AVANT-PROPOS
Rien n'est plus fécond dans le domaine scientifique que l'établissement des corrélations et des synergies fonctionnelles entre éléments anatomiques éloignés les uns des autres et en apparence disparates. Il semble que la connaissance des organismes vivants doit procéder par une série d'analyses morphologiques et physiologiques pour établir ensuite, à l’aide des données fournies par cette analyse, une sorte de synthèse. La création de systèmes tissulaires est le fruit de ce travail de synthèse. Il a fallu certainement un état déjà relativement avancé de la science pour permettre d'individualiser un système nerveux dont l'unité morphologique et fonctionnelle ne fait de doute pour personne aujourd'hui et semble s'imposer à l'esprit comme une évidence. Il a déjà fallu un effort considérable pour permettre l'individualisation d’un système endocrinien, système dont nous sommes encore actuellement loin
-de connaître les limites et qui, d’ailleurs, est plus physiologique qu'anatomique.
La découverte du système réticulo-endothélial par Aschoff est un exemple typique de ce que peut donner une compréhension physiologique de l’histologie. Certes, il y a des analogies morphologiques très particulières entre
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les divers éléments qui composent ce système, mais les caractères les plus essentiels sont de l’ordre fonctionnel et surtout de l'ordre pour ainsi dire dynamique. Il n’a pas suffi de fairé une observation statique des tissus pour aboutir à la notion de leur unité, mais il a fallu en faire une étude dans le temps, il a fallu explorer leur potentialité et leur comportement dans les diverses conditions. La conception d’un système réticulo-endothélial (que
nous définirons et délimiterons plus loin) est donc essen-
tiellement une conception d’histologie physiologique.
Il n’est pas douteux que l’histologie pathologique doit évoluer également dans ce sens-là si elle veut apporter une solution aux nombreux problèmes que l'observation statique des lésions a laissé sans solution. On a d’ailleurs compris dès le début de la découverte du système réticulo-endothélial toutes les ressources qu’elle permettra d'offrir aux recherches pathologiques. On a étudié, avec plus ou moins de bonheur, l'intervention des divers éléments du système réticulo-endothélial dans les diverses | infections aiguës, dans les tumeurs et également dans les infections chroniques, comme la syphilis et la tuberculose. At
Cette dernière maladie, à elle seule, offre suffisamment de sujets de réflexion dans ses rapports avec le système réticulo-endothélial pour qu'il nous ait paru intéressant de lui consacrer ce modeste travail. Certes, les recherches faites jusqu’à présent sont encore tout à leurs débuts, mais
elles promettent et elles ouvrent une perspective singulièrement attrayante.
Plus que toute autre maladie, la tuberculose nous apparaît ayant des relations très étroites avec le système réticulo-endothélial : ses lésions sont entièrement construites avec les éléments de ce système et l’allure clinique de la maladie semble être en rapport étroit avec l’état même des cellules réticulo-endothéliales.
Pour exposer nos vues à ce sujet, nous résumerons d’abord rapidement la conception du système réticulo-endothélial (chapitre 1). Puis, nous exposerons l’aspect clinique de la question (chapitre IT), nous nous étendrons plus longuement sur son aspect anatomo-pathologique (chapitre 111), jetant ainsi les bases d’une discussion concernant la signification des atteintes du système réticuloendothélial (chapitre IV). Dans un dernier chapitre enfin, nous exposerons les vues actuelles sur le rôle du sys- ‘tème réticulo-endothélial dans l’immunité et dans l’allergie tuberculeuse.
Nous n'avons pu donner dans ce travail que des réflexions que nous ont suggérées les quelques travaux expérimentauxet surtout l'étude des particularités anatomopathologiques de la tuberculose. Nous pensons cependant que l’expérimentation ne tardera pas à confirmer les
quelques suggestions que nous avons pu émettre.