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INTRODUCTION

1919 ! La grande guerre vient de se terminer !

Cette querre, qui dépasse en violence, en pertes humaines, toutes celles que l'humanité ait jamais connues, a été dans toute l'Europe, pendant près de cinq années, mettant aux prises des millions d'hommes de toutes nationalités.

Lutte formidable, sans précédent et qui semblait sans fin et qui a tout de même passé comme toutes choses, ouvrant devant nous l’ère de paix si ardemment désirée.

Mais la lutte est un principe vital et, au lendemain de la querre par les armes, une autre querre va commencer non moins dangereuse, malgré ses apparences : la guerre économique. Elle faillit nous devenir funeste avant 1914 et, si grande que soit notre victoire, le danger est toujours le même : l'Allemagne.

Malgré tous les travaux de la Conférence de la Paix, la France est toujours sa voisine la plus immédiate et ia plus exposée à ses agressions.

L'Allemagne reste un pays de soixante millions d’habitants {autant qu’il est possible de se fier aux déclarations allemandes), à grande natalité, tandis que la France en

compte à peine quarante, qui ne veulent pas avoir

d'enfants.

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Grande fut la défaite, mais rien ne fouette autant un peuple que d'être vaincu. Alors que les pays vainqueurs sont secoués de grèves et de querelles intestines, le peuple allemand, en silence, s’est mis ardemment au travail. Tandis que les cheminots anglais déclarent la grève, Les cheminots allemands, dans leur Congrès, ont donné leur approbation à un appel en faveur du travail intensif, et, persuadés que le bien général dépend de leur activité, ont déclaré qu'il ne toléreraient plus la paresse.

Bientôt, si nous ne nous défendons pas énergiquement, l'Allemagne reprendra chez nous son ascendant d’'avantquerre. Bientôt ses nationaux introduiront chez nous des marchandises qui défieront toute concurrence, ls s’insinueront dans tous nos marchés pour les absorber tous. Quel sera alors le fruit d’une victoire achetée par cinq années d'efforts et de souffrances ?

Ainsi M. Clausat, parlementaire, «. tout dernièrement, poussé le cri d'alarme ; il «a interpellé le Gouvernement afin de savoir quelles mesures il comptait prendre pour protéger l’industrie française contre la concurrence imminente des produits allemands. Il a révélé que les couteliers de Thiers avaient appris que les concurrents germuaniques offraient leurs marchandises à des prix de 300 % inférieurs aux leurs.

Il faut que le peuple français comprenne qu'après avoir dépensé sans compter pour échapper à l'esclavage,

faut produire et compter pour échapper à la ruine ;

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rehausser notre gloire par le travail qui féconde la victoire.

Après la sanglante épopée des batailles, l'épopée pacifique des fravaux et des jours, comme disait le vieil Hésiode, l'épopée pour la victoire économique.

Et c'est évidemment là une grande crisc, et d'autant

plus grande qu'il ne s’agit pas de revenir aux pratiques de 1914.

La guerre nous «a donné des leçons qui nous imposent d'autres méthodes de travail ; par un contact plus direct avec nos alliés américains, elle nous «a montré nos erreurs, notre ignorance, qui expliquent notre infériorilé dans la lutte économique. Chaque nation «a pour idéal de rendre tributaire les autres nations du plus grand nombre

de ses produits.

Avant la grande querre, les industriels de chaque pays, en dehors des marchés nationaux, s’efforcaient d'occuper une place importante sur les marchés étrangers. Mais, excepté dans le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande qui vivait encore sous le régime de la porte ouverte pour les objets manufacturés, les marchandises se heurtaient partout à des tarifs douaniers, môêine dans les colonies anglaises, qui sont pourtant maîtresses de leurs douanes. Ajoutés à ces taxes, les frais de transports el autres qui grevaient les marchandises destinées à l’expor-

tation, le prix de ces dernières pouvait être lellement

ie

haussé, que l’acheteur étranger n'aurait pas trouvé avantage à lui donner la préférence et qu’alors il s’en serait détourné, soit pour prendre les produits de l’industrie locale, soit ceux des autres pays.

La guerre, en inlerrompant toutes relalions avec nos voisins d’outre Rhin, nous a montré la place exacte prise par les nationaux allemands sur nos marchés : elle était des plus importantes et ne tendait qu'à grandir.

Les objets allemands arrinaient sur nos marchés à un prix tel qu'il défiait toute concurrence française ou même étrangère ; l'opinion française expliquant ce fait était en partie erronée ; on pensait que le même produit allemand avait deux prix : un pour l’intérieur, et l’autre pour l’extérieur ; le premier beaucoup plus élevé que le second, en sorte que le consommateur allemand subissait une hausse de prix, un impôt compensant les sacrifices que les producteurs étaient contraints de faire pour pénétrer avec succès sur les marchés étrangers : pratique désignée par le mot Dumping. Si cette opinion élait exacte pour certains produits, elle ne l’élait pas pour d’autres, pour beaucoup d’autres ; on n’a jamais pensé qu'ils pouvaient produire à des prix de revient si bas que tarifs douaniers, frais de transports et autres n'étaient pas suffisants pour élever leurs prix de vente aux nôtres.

Américains, Allemands, y arrivaient pourtant, grâce à des méthodes scientifiques de travail, à cette pratique

d'analyse dans ses moindres détails de loute fabrication

SRE

nouvelle. C'était là leur secret, leur force, c’est ce qui explique leurs progrès industriels.

L'agriculture allemande, sentant l'infériorité de son sol, s’adressa au grand facteur qui avait mis l’industrie allemande hors de pair : la Science. Des universités, comme celle de Halle, au cœur du pays saxon, se firent une spécialité de cours agricoles. Les professeurs minéralogistes, chimistes et botanistes élaborèrent des méthodes scientifiques de culture qu'ils éprouvèrent sur les immenses domaines prêtés par les propriétaires voisins ; les expériences de laboratoire furent contrôlées, souvent même guidées par l'expérience des hommes pratiques. Les grands propriétaires prennent maintenant leurs gérants dans ces universités, les moyens propriétaires y suivent les cours et les petits tâchent de copier leurs voisins.

Il en était de même en Amérique, dont le développement économique à la fois énorme et rapide était caractérisé par l’alture industrielle. Mais ayant encore d'énormes superficies de terrains incultes, les méthodes scientifiques de travail n’ont pas été appliquées dans l’agriculture,

En 1914, la situalion économique de la France était grave, prise entre deux pays dont le développement économique menacait de l’élouffer, prise entre deux pays organisés scientifiquement et contre lesquels elle n’opposait que la chétive force de l’empirisme, de la routine.

Maintenant nous pouvons mesurer la grandeur du

danger qui nous menacait el l'étendue de ce qu'aurait été

notre ruine. L'heure n’est plus aux grands discours, mais à l’action.

Au travail ! au travail rénové par la Science, l'arme perfectionnée de la nouvelle lutte ; le travail rénové par la Science qui, avant toute chose, établira l’ordre dans notre pays, l'unité d'action, sans laquelle toute lutte ne peut être entreprise avec succès.

La situation actuelle de la France est grave, même dans la victoire. La France est le pays qui a le plus souffert pendant la querre. Il faut bien que nous rappelions avec douleur et avec orgqueil que c’est elle qui a supporté, à peu près seule, le premier effort de l'ennemi. Elle a été l’armée de couverture du monde. Ses pertes humaines ont été les plus élevées. Un million et demi de producteurs dans la force de l’âge sont tombés sous les balles et Les obus allemands. Plus de huit cent mille blessés, mutilés, malades, atteints aux sources même?s de La vie mar les souffrances endurées dans les geôles allemandes, ne pourront plus participer que faiblement à la production nationale. Ses départements les plus riches, ceux qui contribuaient pour la part la plus considérable à la prospérité nationale, ont été systématiquement ranagés.

Lasse d'efforts si grands, les difficultés économiques se sont amoncelées, augmentées encore des résultats remportés par la classe ouvrière à l'issue des grèves qui ont rempli tout le premier trimestre de 1919.

La journée de travail a été réduile à huit heures à

une époque où à eût fallu la porter à douze,

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© On estimait, telle élait la doctrine ouvrière, que lu diminution des heures de travail n'entrainerait pas une diminution de rendement. Celte prévision ne s’est pas réalisée. La diminution de rendement est presque proportionnelle à la réduction des heures de travail (1). »

Ainsi s’est précipilée la crise de la main-d'œuvre, déjà aiguë en 1914.

D'autre part, les salaires ont atteint des laux élevés avec une nitesse verligineuse.

Les cinq années de prodigalité que nous venons de traverser ont créé, non seulement dans le Parlement, mais dans le pays tout entier, une ambiance contre laquelle, nous le reconnaissons volontiers, la lutte est particulièrement difficile et ingrate. La notion de mesure dans les dépenses comme la notion de responsabilité dans la gestion des deniers de l'Etat, la notion du désarroi moral, économique et politique qui résulte de cet état d’esprit, toutes ces notions fondamentales sont aujourd'hui faussées.

Le Parlement et Le Gouvernement semblent s'ingénier à multiplier Les dépenses de la facon la plus inconsidérée et par là même à accélérer la vitesse de l’engrenage qui broye notre économie politique.

L'esprit de surenchère sévit terriblement partout. La vie est chère, mais qu'importe. On dépense davantage,

(1) Discours de M. Lloyd George sur la siluation économique de l’An-

gleterre, du 18 août 1919.

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on consomme davantage qu’'avant-guerre, alors qu’on produit moins. Pour chaque produit Ù y a cing acheteurs, là où il n'y en avait qu'un. Autrefois, s’il faut en croire les statistiques, chaque Français consommait en . moyenne quarante kilos de viande par an, aujourd’hui les ouvriers ont pris l'habitude de manger de la viande deux fois par jour et de boire du vin à chaque repas.

Le Superfiu est devenu l'indispensable.

Cela soit dit sans reproches, à est fort heureux que l’ouvrier puisse se donner du bon temps, mais faut aussi envisager les conséquences.

Les dépenses somptuaires se sont développées comme les dépenses utiles, les chevaux de bois font le maximum dans les foires el les chevaux de courses dans les hippodromes.

Avant la guerre, les recettes du pari mutuel s’élevaient à trois millions le jour du Grand Prix. Il a rapporté, le mois de juillet dernier, plus de dix müllions et on estime qu'u rapportera dans le courant de l’année plusieurs

centaines de millions (1).

Désarroi, désordre, chaos, et sur tout cela le coût de la vie croît irrésistible, comme le flot à la marée montante, fouettant la classe ouvrière qui, ne voulant pas restrein-

‘dre ses plaisirs, se soulève.

Alors qu’en temps de paix la hausse du coût de la vie

(1) « La vie chère. » Le Temps, 27 quillet 1919.

atteignait 10 % pour une période décennale, elle a atteint 200 % ces cinq dernières années (2).

Des hommes se sont trouvés qui, assez fous pour ne pas mesurer les conséquences de leurs actes, aigris peutêtre aussi par l’injuste répartition de l'effort d'assistance auquel la guerre nous contraignait, ont soufflé la tempête dans le monde du travail, ont entraîné les ouvriers dans des grèves innombrables.

Pour faire face à cette cherté de vie on a dû arriver à des majorations énormes de salaires, soit sous forme d’augmentations d’appointements, soit sous forme d’indemnités de vie chère, solution plus ou moins élastique que l’on ne doit ou plutôt que l’on ne devrait considérer que comme momentanée, solution à une période de transition. Et là est la constatation douloureuse que ces agitalions, menées pour faire face à la hausse de la cherté de vie, n’ont fait que l’accroître.

Hausse. des salaires et élévation du coût de la vie menacent de s’enchaîner comme les fureurs dans la maison des Atrides.

La hausse des salaires est une solution qui ne peut donner satisfaction que momentanément. Le prix d’une matière quelconque est constituée par le coût de la matière première, plus les frais de muin-d’œuvre, les frais généraux et les bénéfices. Il est donc évident que le prix

(4) Chiffre donné Le 8 novembre 1919, d’après les travaux de statislique du Ministère du Travail, au sujet des grèves de Marseille.

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payé par le consommateur sera d'autant plus affecté par les frais qu'ils seront plus nombreux et, parmi ces frais, la main-d'œuvre entre dans une proportion qui est plus ou moins importante, suivant le prix initial de la matière.

Que reste-t-il à faire, alors, pour remettre l’ordre dans ce chaos et la sagesse dans les esprits

L'abaissement de la production pendant cinq années de querre a vidé Tes marchés qui en étaient les régulateurs, dans une certaine mesure.

On vit maintenant au jour le jour et le disponible est parfois inférieur à la consommation, par suite de la crise des transports. Le coùûl de toutes choses dans ces conditions ne cesse d'augmenter, la loi de l'offre et de la demande joue ici d’une manière totale, sans qu'aucune action puisse être exercée par des stocks plus ou moins importants.

Cette situation ne changera que par suite de la produc- {ion intensive et du rétablissement des moyens de transport. Ce dernier peut se réaliser du jour au lendemain.

Que reste-t-il à faire,

Produire davantage, énormément davantage que par le passé, à un prix de revient inférieur, avec un nombre d'ouvriers restreints, et ne travaillant que huit heures par jour, réclamant des salaires énormes.

Idéal, chimère, illusions ! Et pourtant non.

Réalité ! qui existe déjà dans d'autres pays, et qui

même a existé en France pendant la guerre ; résultats par-

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tiels et concluants obtenus dans l’industrie et la culture du sol, grâce à l’application de moyens de production perfectionnés.

Production intensifiée, salaires élevés, journée de travail réduite : tels sont Les principes fondamentaux d’un système à qui le grand ingénieur Taylor «a donné son nom, système dont les applications infinies s’élendent à toutes les branches de la production.

Système qui, après avoir brisé la hausse du coût de la die, par suite et avec l’aide du temps, rétablira le calme et La pondération dans les esprits, nous permettra, enfin,

de pénétrer avec confiance dans le lournoi économique.

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