‹ Le Système TaylorChapitre 2 sur 30 · TAYLOR · texte numérisé non relu

TAYLOR

Frederic Winslow Taylor naquit à German Town, Pa. (Pensylvanie), en 1856. Enfant, il suivit pendant deux ans les cours de l’école primaire en France, et voyagea pendant un an à travers la vieille Europe, en Allemagne, Angleterre, Autriche, France, Italie, Norvège, Suisse.

Retourné dans sa ville natale, il mena la vie américaine, la vie au grand air, où domine le sport dans toutes ses variétés.

Décidé à entrer à l’Université d’Harvard, il fit deux années d’études à Exeter, où la discipline était très dure. Il avait alors dix-huit ans. Soutfrant beaucoup de la vue, il dut renoncer à poursuivre ses études et il se décida à les compléter par une voie tout à fait différente.

Il entra comme apprenti aux usines de William Sellers and C°, à l’atelier de fabrication des modèles.

Doué d’une grande énergie, voulant arriver malgré tout, Taylor accepta un salaire inférieur à celui de ses camarades, travailla avec acharnement et, au bout de

quatre années, il ne possédait pas seulement son métier

Hope

complètement, mais il savait encore conduire toutes les machines-outils de l'atelier. |

En 1875, son apprentissage terminé, les affaires allaient si mal qu'il ne put trouver du travail dans son métier, et dut en changer, pour entrer comme manœuvre dans l'atelier des machines de la Midvale Steel C°. Il fut nommé employé dans cet atelier et peu après il fut chargé du magasin des outils.

Travailleur inlassable, c’est dans cet emploi qu'il constata l’importance de faire affûter tous les outils par un même ouvrier. Il réalisa cette réforme et inventa l’affûteuse Taylor.

Du magasin, il retourna à l'atelier comme chef d'équipe, passa contremaitre adjoint, puis contremaître.

Continuant son ascension, il remplit successivement les fonctions de maitre mécanicien avec la charge et l’entretien de toutes les usines, de directeur du bureau d’étude et enfin, en 1884, il fut nommé ingénieur en chef des usines de la Midvale Steel C°, où il avait débuté comme manœuvre six ans auparavant. Et il faut ajouter que deux ans après son entrée à la Midvalle Steel C”, sentant la nécessité de compléter son éducation théorique d'ingénieur, il commença, après le dur labeur de la journée, à suivre les cours du soir de l’Institut Stevens de technologie ; sans l’aide d'aucun professeur particulier, il passa tous ses examens, conquit ses degrés en trois

années.

ol

En 1890, il fut nommé directeur général de la Manufacturing Investment Company, qui fabriquait des moulins pour les grandes industries chimiques. Là, il se trouva en contact avec de grands financiers, dont le principe caractéristique était que la fin justifie les moyens. Rebelle à cette façon de comprendre les affaires, il quitta la Compagnie en 1893 et, depuis cette date, il consacra tout son temps et porta tous ses efforts à introduire dans diverses industries son système d'organisation scientifique du travail.

À partir de 1901, il s’occupa exclusivement à faire de. la propagande en faveur de ses idées, mais à la faire en dehors de toute préoccupation d'intérêt personnel, consacrant même une partie de ses revenus à l’accomplissement de cette tâche, aidant de sa bourse les ingénieurs étrangers qui venaient étudier près de lui ses méthodes.

Puis la santé très délicate de Mistress Taylor le contraignit à la vie errante, poursuivant chaque saison le climat favorable, parcourant les stations balnéaires, de la Floride aux côtes françaises.

F. W. Taylor n’était pas seulement un grand esprit, un grand ingénieur, mais c'était encore un cœur très noble, fidèle à ses amis, dévoué au bien publie, et très sympathique aux aspirations de la classe ouvrière.

F. W. Taylor descendait d’une ancienne famille Quaker, de Philadelphie.

Tout enfant, il subit les influences du mouvement anti-

ce 00 aus

esclavagiste et du parti réformiste, dont les chefs se réunissaient dans la maison de ses parents.

Sa mère, Emily Winslow, d’une intelligence remarquable, fit partie, à l’âge de 20 ans, du groupe de ces Américaines distinguées qui furent déléguées avec Lucretia Mott au congrès anti-esclavagiste réuni à Londres. Elle fut une des premières à défendre les droits des femmes.

Ses premières années d'apprentissage eurent une influence décisive non seulement sur ses idées, mais aussi sur toute sa carrière. À coudoyer tout le jour et pendant des années ses camarades d’atelier, il comprit qu’il y avait dans toutes les classes de la société des hommes d’une intelligence et d’un caractère supérieurs ; il fut profondément touché de la division en classes d’hommes égaux que l’exigence, le despotisme des uns et les souffrances des autres opposaient violemment en ennemis.

Profondément affecté par les luttes sociales dont il fut le témoin, particulièrement dans les ateliers, ne nous étonnons pas si, devenu homme, il porta tous ses efforts sinon à les supprimer, du moins à les atténuer.

Dès qu’il eut acquis une situation indépendante, il commença, sous l'empire de ses préoccupations, les études qui devaient définitivement le mener à la création d’une organisation scientifique du travail pouvant concilier les intérêts patronaux et ouvriers.

L’élévation de sentiment qu’il possédait a été un des facteurs importants de ses succès industriels et de son ascendant sur les ouvriers.

Très attaché à notre pays, en août 1914, il écrivait à M. Le Châtelier, son ami, qui est le grand défenseur de son système chez nous, tous ses espoirs pour le succès des armées françaises, et souhaitait que les Allemands ne fassent pas usage de ses découvertes.

Ses vœux ne furent pas exaucés |!

Des recherches poursuivies sur les fragments d’obus que lançait sur Paris la grosse « Bertha », il résulte que le métal de cet obus est un acier au vanadium, très dur, semblable à celui qui constitue le tranchant des outils à coupe rapide inventés par Taylor.

Il n’a pas eu la tristesse de l’apprendre, ni la joie d’assister à la défaite des empires centraux. Il mourut le 21 mars 1915, à Philadelphie, enlevé en quelques jours par une fluxion de poitrine. D’une santé robuste, n’ayant pas atteint la soixantaine, il paraissait devoir résister à la maladie. Il disparut ! et avec lui disparut un grand ingénieur.

Depuis la mort de Taylor, un comité international s’est formé pour continuer son œuvre.

Ses anciens collaborateurs, ses amis, en sont les membres actifs : É

M. Carl G. Barth, ingénieur conseil ;

M. Morris L. Cooke, directeur des travaux publics de Philadelphie ;

M. James Mapes Dodge, président de la Link Belt C°, de Philadelphie ;

M. H. K. Hathaway, directeur de la Tabor Manufacturing C°, à Philadelphie.

Le nom de Taylor restera célèbre dans l’histoire du progrès industriel par trois grandes découvertes :

Les règles pour le travail des métaux.

Les aciers à coupe rapide.

Les principes d'organisation scientifique du travail dans les usines.

Ce ne sont pas là des découvertes nettement distinctes, et, à mon avis, la dernière est celle qui doit englober les autres. Certes, leur importance, les améliorations qu’elles amenèrent dans l’industrie ont attiré l’attention générale, mais à considérer le résultat il ne faut pas oublier la méthode nouvelle qui a conduit Taylor à bien d’autres découvertes.

Pendant son passage dans les usines, Taylor n’a pas pris moins de deux cents brevets, dont beaucoup visent les machines ou des procédés de fabrication encore en usage.

Il ne se contentait pas d’appliquer sa méthode de travail à l’industrie proprement dite, il aimait à en faire ressortir l’utilité dans les circonstances les plus variées de l'existence. C’est ainsi qu’il était passé maître dans les jeux sportifs et qu’il déconcertait tous ses partenaires de golf par la précision scientifique de ses mouvements.

Dans un autre ordre d’idées, il avait poursuivi des

recherches dans l’arboriculture fruitière.

ep de

Les découvertes de Taylor sant intimement liées entre elles par l'application systématique de la méthode scientifique.

Il est impossible de les séparer et faire un exposé sur les recherches poursuivies pour la taille des métaux ou pour les aciers à coupe rapide, c’est faire un exposé sur le Système Taylor lui-même.

La foi absolue dans la méthode scientifique domine ét a donné à toute l’œuvre du grand ingénieur américain

un caractère d’unité remarquable.

Règles pour le travail des métaux.

En 1880, Taylor était contremaître des tours à la Midvale Steel C° de Philadelphie, l’une des trois grandes fabriques de plaques de blindage des Etats-Unis. Presque tout le travail, qui consistait à l’usinage des bandages des roues de locomotives et des essieux de wagon, se faisait, depuis plusieurs années, sous le régime du travail aux pièces ; et comme c'était l’hahitude et comme c’est encore la coutume dans bon nombre d'usines, l’ate-

lier était dirigé par les ouvriers et non par la direction.

Cette dernière ignorait totalement le travail que pouvait fournir un ouvrier ou croyait le connaître d’après ce qu'il avait fait jusqu’à ce jour. Les ouvriers s’étaient entendus pour déterminer exactement à quelle allure

chaque partie du travail devait être faite et ils avaient

mp pe

fixé une vitesse de la production qui correspondait à peu près au tiers de celle qu’ils pouvaient fournir.

Taylor s’aperçut de cette limitation systématique, mais ses connaissances sur le travail étant moins précises que celles de ses mécaniciens ligués contre lui, ses efforts pour obtenir une augmentation de la production furent vains.

Il obtint alors de la direction des ateliers l’autorisation de faire les expériences nécessaires pour rechercher les lois de la taille des métaux, en vue d’acquérir une connaissance sinon supérieure au moins égale à celle de ses mécaniciens.

Ces expériences, qu’il espérait avoir terminé en six mois durèrent vingt-six ans. Taylor eut la bonne fortune d’avoir comme président de la Compagnie, M. Sellers, qui permit aux expériences de se poursuivre, malgré les protestations qui s’élevèrent contre le bouleversement qu’elles occasionnaient. Avant deux ans, Taylor était arrivé à des résultats appréciables, assez inespérés pour justifier et au «lelà tous les inconvénients et toutes les dépenses.

La tâche fut conduite en commun avec M. G. M. Sinclair, diplômé de l’Institut Stevens de technologie, qui y consacra tout son temps, de 1884 à 1887. M. H. L. Gantt, autre diplômé de l’Institut Stevens, lui succéda.

M. Maussel White, de Bethlehem, apporta sa collaboration, en 1898, ainsi que M. Carl G. Barth, diplômé de

l’école technique de Horten (Norvège), en 1899.

er

De ces cinq hommes qui ont accompli ce travail, il serait difficile de trouver un progrès attribuable personnellement à l’un d’eux.

Les expériences ont été faites dans les ateliers de la Midvale Steel (° jusqu’en 1889, époque à laquelle Taylor quitta son emploi. Depuis cette date, elles ont été poursuivies dans diverses Compagnies.

Pendant vingt-six ans, le secret le plus absolu fut conservé Sur toutes les expériences. Rien ne transpira, et pourtant tous ces ingénieurs n'étaient liés que par des promesses verbales. C’était là une des satisfactions de Taylor de constater que pas un seul n’avait failli à sa promesse et 1l s’enorguerllissait à juste titre d’un aussi grand exemple de bonne foi, à une époque où l’on a si souvent l’occasion de parler de malhonnêteté et de vénalité.

Ces recherches ont coûté plus d’un million de francs et ont nécessité de 40 à 50.000 expériences enregistrées.

Les résultats furent publiés, en 1906, par Taylor, dans son discours présidentiel « Art of Cutting Metals », à la Société Américaine des Ingénieurs Mécaniciens.

Ces règles, relatives au travail des métaux, forment un ensemble très complexe, accessible seulement à un certain nombre d'initiés. Une étude de cette nature nous échappe nécessairement et nous nous contenterons d’en tracer les principes directeurs.

Le travail des métaux par les machines-outils a pour

to

but d’enlever une quantité maximum de métal avec le minimum de dépense. Cette dépense dépend d’un certain nombre de facteurs que Taylor s’est efforcé d’énumérer exactement et complètement. Puis, par des expériences délicates, minutieuses, il a déterminé la relation numérique de chacun d’eux par rapport à la dépense ; ce qui lui permit, en faisant varier ces facteurs au mieux de ses intérêts, d’obtenir un ensemble de règles dont l'emploi assurait le rendement maximum de sa machine-

outil.

Les aciers à coupe rapide.

Ces aciers sont ainsi appelés parce qu’ils permettent de tailler les métaux avec une grande vitesse sans s’user trop rapidement. Ils doivent ces propriétés à leur résistance à la chaleur.

Taylor avait analysé une centaine d’aciers à outil du commerce et s'était astreint à faire varier systématiquement les conditions de leurs traitement thermique, le poussant bien au delà des limites habituelles de la pratique.

Les aciers à coupe rapide furent déterminés après quatre années d’études méthodiques et avec le concours d’une douzaine d’ingénieurs ou de contremaîtres.

Is furent présentés à l'Exposition Universelle de Paris

de 1900 et soulevèrent l’admiration générale,

Leur usage se répandit rapidement, mais on ne sut les origines de leur découverte qu’en 1906. Nommé président de l’American Society of Mechanical Engineers, Taylor consacra son discours présidentiel à l’exposé complet de ses recherches sur le travail des métaux.

Taylor avait pris un brevet en 1898-1900 : le brevet du Taylor White high speed Steel, qui permet aux outils de découper les métaux trois fois plus rapidement qu'auparavant.

Ce brevet a été vendu à l’Angleterre pour la somme de 100.000 dollars.

Page 1