‹ Le Système TaylorChapitre 28 sur 30 · AGE · texte numérisé non relu

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Bacon a ainsi fait une théorie complète de la science, de ses méthodes ; il a opposé aux méthodes d’autorité de la scolastique la méthode de l'observation et de l’induction.

On voit combien la méthode Taylor se rapproche de celles de Descartes et de Bacon. Elle les complète l’une par l’autre et aussi par les diverses connaissances de la

science acquises depuis.

Taylor, faisant de la science, n’a pas inventé la science ni même les méthodes pour y arriver : elles étaient déjà formulées par de grands philosophes ; tout au plus les at-il complétées. Et sa grande innovation a été de les appliquer.

Taylor a fait, dans l’industrie principalement, ce que

Claude Bernard a fait dans la médecine.

Tous deux ont secoué le même joug empirique qui pesait sur l’industrie et sur la médecine, pour les enga-

ger nettement dans la voie scientifique.

Pour plus d’identité, je citerai ce passage de Claude Bernard, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale : « L’expérimentateur veut arriver au déterminisme, c’est-à-dire qu’il cherche à rattacher, à l’aide du raisonnement et de l’expérience, les phénomènes naturels à leurs conditions d’existence, ou, autrement dit, à leurs causes prochaines. Il arrive par ce moyen à la loi qui lui

permet de se rendre maître du phénomène.

« Toute la philosophie naturelle se résume en cela : Connaître la loi des phénomènes.

« Tout le problème expérimental se réduit à ceci Prévoir et diriger les phénomènes, » etc.

N'y a-t-il point là une identité presque parfaite avec certaines phrases de Taylor.

Taylor n’a pas fait une pure œuvre d’ingénieur, d’inventeur, une pure œuvre mécanique et de mathématique. Sa pensée à brisé les bornes de la technique pour atteindre des questions nettement philosophiques ; des questions de psychologie, de logique, de morale, et surtout des questions humanitaires.

Toute son œuvre est imprégnée de cette philosophie, en est dominée ; et si sa plurne n’a fait que l’effleurer et encore parce que contrainte, il ne faut pas oublier que Taylor n’est pas un littérateur, c’est avant tout un silencieux, un simple et un homme d'action qui n’a presque rien dit, rien écrit, si ce n’est le strict nécessaire et encore en de fort mauvaises formes littéraires, mais qui a beaucoup fait.

C’est une qualité qui lui a été cependant nuisible et dans la diffusion de ses idées et à leur succès ; c’est une qualité que nous devons reconnaître, comprendre pleine-

ment, afin de rendre à Taylor ce qui lui est dû.

Il est curieux de constater que Taylor a compté sans une force qui tend à devenir de plus en plus puissante : le

syndicalisme.

Les syndicats sont des organes qui furent et sont fort utiles, nécessaires, indispensables à la classe ouvrière, à l'accroissement de son bien-être, mais il faut bien le reconnaître, ce sont là des organes d’oppression, même pour les ouvriers. Il est parfois difficile de s’en libérer et on à vu des syndicats poursuivre d’une haine féroce leurs anciens membres, jusqu’à les empêcher de gagner leur pain.

De nos Jours, on à pu constater plus violente que Jamais cette sorte d’ostracisme, cette persécution contre tous ceux qui ne sont pas syndiqués.

Ostracisme qui tend à se rapprocher de celur qui atteignait jadis les ouvriers ne faisant pas partie de la corporation.

Les gens de théâtre syndiqués n’ont-ils pas refusé de jouer avec des camarades qui ne le seraient pas ?

Le syndicat s’est malheureusement trop vite détourné de ses attributions, entraîné dans des programmes politiques par des hommes ambitieux qui ont vu en lui un moyen pour arriver aux places qu’ils convoitaient.

Et maintenant qui dit syndicalisme, dit socialisme, pour englober tous les partis politiques des syndicats rattachés par quelques aspirations communes : l’organisation de la guerre des classes, afin de prendre directement, sans recourir au gouvernement ni au pouvoir législatif, tous les droits nécessaires à la classe ouvrière, en em-

ployant la grève, la grève générale et même la violence.

Ce syndicalisme a pour dogme, principe socialiste, qué seul l’ouvrier produit la richesse et qu’à lui seul elle doit

revenir.

« L'usine aux ouvriers, » c’est-à-dire bien près de l’anarchie, dans l’entreprise où Taylor introduit un ré-

gime dictatorial et autoritaire.

Le syndicat ayant inculqué à l’ouvrier que son patron le vole, ce qui est parfois vrai, qu’il ne lui donne pas la juste rémunération de son travail, accroît cette flânerie systématique qui a pour fondement cette croyance, que moins l’ouvrier produit plus il reste à faire pour les au-

tres, plus v il a de place pour les camarades.

Aussi les ouvriers mettent-ils tous les obstacles possibles à l’adoption de machines ou de méthodes augmentant le rendement de la main-d’œuvre, but primordial du

Scientific Management.

Les revendications syndicales, qui ont grand succès près des ouvriers, sont de même incompatibles avec les princi-

pes du système Taylor.

Tout d’abord aucun manœuvre ne doit faire travail d’ouvrier, et le nombre des apprentis doit être lité ; Hmitation qu'ils ont toujours tenté de réduire au minimum possible, afin que la pénurie d’ouvriers habiles fasse accepter du directeur d'entreprise toutes leurs revendications.

Les syndicats exigent que tous les ouvriers soient

groupés sur la base du métier ou de l’occupation et que

chaque groupe reçoive un salaire uniforme.

C’est là une pratique employée bien souvent par certains employeurs et pour la raison qu’ils 2e peuvent connaitre la quantité de travail effectué par chacun des

travailleurs.

Ce salaire correspond naturellement à la production du moins bon ouvrier ou, à tout le moins, d’une très petite

moyenne.

Dès lors l’ouvrier qui prétend à une augmentation doit faire augmenter le salaire de la classe à laquelle il

appartient.

C'est là une pratique syndicale qui a obtenu un grand succès auprès des masses ouvrières, grâce à un mirage d'égalité et de justice. Mais ce n’est qu’un mirage, une pratique injuste, contraire à la nature humaine que domine malgré tout l’intérêt personnel, l’égoïsme.

Dans le cas envisagé précédemment, où fatalement le salaire d’une classe de travailleurs est basé sur la production d’ouvriers médiocres, le bon ouvrier reçoit un salaire inférieur à celui qu’on lui doit ; et il à tôt fait de le discerner et aura aussi, tôt fait de se décourager, d’abaisser sa production à celle de son voisin paresseux et mala-

droit, ne voulant d’ailleurs pas travailler pour lui.

Que le syndicat fasse ou ne fasse pas augmenter Île

salaire de cette classe d’ouvriers, peu importe. ; rien ne

changera, car ce qui crée l’émulation entre ouvriers est la différence des salaires.

Toutes les prétentions syndicales, groupées dans les contrats collectifs, s'opposent nettement aux principes d'organisation scientifique, où tous les faits sont déterminés exactement et scientifiquement ; organisation scientifique qui se base sur des positions nettement opposées, telles que la sélection de l’ouvrier, la classification du tra-

vail sur la base de la capacité et de l’habileté.

Ce sera donc la lutte avec ces syndicats à opinions outrancières, la lutte de laquelle doit résulter ou sa défaite

ou bien la ruine.

Car l’intérêt des patrons et des ouvriers est de plus en plus de discuter franchement les questions litigieuses dans uu esprit de concorde, d’éviter par des concessions mutuelles les conflits qui ne peuvent que diminuer la richesse nationale et le bien-être des individus.

Je ne pense pas que la guerre soit une solution à un

problème, ni une façon de faire jaillir la fraternité.

Je considère comme fallacieux ces rêves exaspérés par des années de souffrance, ces rêves d’idéal, de fraternité: lointaine, de communisme qui, avant toute chose, ne s’attachent pas à définir le caractère humain, et, par suite, à le rénover, qui oublient que l'intérêt individuel est le stimulant le plus actif de l’énergie humaine et que les

pays qui renoncent à ce principe se voueut d'eux-mêmes

aux privations, à la misère. Certes, un communisme sincère que l’on pourrait réaliser serait chose merveilleuse, idéale, mais nous avons malheureusement quelques exemples d'échecs plus probants que les considérations théoriques. Nous savons peu de chose de ce qui se passe en Russie et en Hongrie, mais le résultat le plus clair jusqu'ici, c’est la misère d’immenses populations qui meurent de faim.

Travailleurs, ouvriers qu’animent cette soif de communisme, cette guerre Sociale, écoutez cet appel de la délégation des partis ouvriers russes, social démocrate et so-

cial révolutionnaire, publié à Stockholm, en juillet 1918 :

« Notre vie est devenu intolérable ; les fabriques chôment, nos enfants meurent de faim, au lieu de pain les

affamés reçoivent des balles.

« Le droit de parler, d'imprimer, de s’assembler n’existe plus ;iln’v a plus de justice. Nous sommes gouvernés despotiquement par des hommes en qui nous n'avons plus confiance depuis longtemps, qui ne connaissent ni droit, ni loi, ni honneur, qui nous ont trahis, qui nous ont veridus pour conserver le pouvoir. Ils nous ont promis :e socialisme et ils n’ont fait qu'’anéantir notre économie populaire par leurs entreprises insensées. Au lieu de socialisme, nous avons des fabriques vides, des hauts fourneaux éteints, des milliers de sans travail, la guerre

civile dévaste le pays, les champs ne sont pas ensemencés.»

Ecoutez encore parler à la Conférence de Berne le so-.

cialiste collectiviste Karl Kautsky, dont l’autorité ne peut guère être récusée par les marxistes : & La tâche la plus importante des temps modernes c’est de produire, et l’on verra si c’est le système capitaliste ou le système socialiste qui, dans tous les domaines, produira le mieux et le plus.

« Or, jusqu'ici, la révolution russe a perdu le procès. Elle n’a su que ruiner la grande industrie, désorganiser le prolétariat et renvoyer dans les campagnes les ouvriers des villes.

« Le seul résultat positif de l’activité bolcheviste aura été la création d’un militarisme nouveau. »

Est-ce donc à de semblables résultats que les ouvriers français veulent aboutir, en suivant les directions insensées que prétendent leur donner les propagandistes de « la doctrine de la Troisième Internationale ».

Les efforts des syndicats ne doivent pas porter dans la sphère d’un autre monde. Le présent existe, des améliorations doivent être apportées pour réglementer heureusement les rapports des classes, répartir justement à chacun ce qui lui revient, en un mot combler l’abîme qui sépare patrons et ouvriers.

Les hommes ne naissent pas égaux et toute tentative pour établir l’égalité entre eux est contraire aux lois naturelles et destinée à échouer.

Au patron, la direction, la responsabilité ; aux ouvriers

+ Een

d’obéir et de travailler, tous ayant le sentiment profond qu’ils ne sont pas, comme on le répète trop souvent, des ennemis irréconciliables, mais des collaborateurs, ayant un absolu besoin l’un de l’autre.

Certains syndicats l’ont fort heureusement compris.

Tous ne sont pas socialistes et révolutionnaires, et nos préférences vont vers les syndicats réformistes, vers les trade unionistes qui ont la qualité de viser aux améliorations pratiques.

Si les syndicats révolutionnaires, par leurs principes, sont incompatibles avec le système Taylor, les réformistes sont nécessaires où du moins fort utiles. Malgré le Scientific Management et avec le Scientific Management ils ont un rôle à jouer pour surveiller les intérêts ouvriers, afin de les défendre.

Taylor a bien mis à la base de son système une révolution intérieure dans le cœur et dans l’âme du chef d’entreprise, les employeurs doivent changer leurs sentiments vis-à-vis des employés, et ne plus les considérer comme des machines humaines à moudre des dividendes.

Mais cette coopération qu’il demande, cocpération de sentiments, n’est assurée par aucune sanction, et ne peut pas l’être. |

Si dans son cœur, ces sentiments amicaux, fraternels, avaient pris un tel essor qu’ils atteignaient la puissance d’un acte de foi, il est à craindre qu’il n’en soit pas de

même chez les autres chefs d’entreprises.

Taylor leur a recommandé de mettre un peu de leur âme et beaucoup de leur cœur. C’est là une invitation, une prière, mais ce n’est qu’une prière. Qu'en restera-t-il

quand le temps aura passé, qui détruit toute chose.

N’avons-nous même pas entendu certains critiques, certains intellectuels assurer que l’œuvre de Taylor est une œuvre dénuée de toute sentimentalité pour qui l’ouvrier

est une machine dont il faut tirer le meilleur rendement.

Pouvons-nous penser en toute sincérité que grand nombre de chefs d’entreprises ertendront encore les paroles

de Taylor ?

Certes l’ouvrier gagnera davantage, mais rien n’oblisera le directeur d’usine à lui donner ce qui lui revient en toute justice, rien si ce n'est encore la force des groupements, des syndicats ouvriers, mais de syndicats aSSAgIS.

Au lendemain des souffrances endurées par une guerre horrible, ne pensons plus à la guerre et n’en continuons pas les horreurs dans la lutte des classes. Certes, si le principe vital est la lutte, luttons, mais intelligemment et raisonnablement. Que les chefs de syndicats remisent pour d’autres heures les grands mots empanachés qui étourdissent par leur sonorité, qui réveillent en l’ouvrier la méchanceté naturelle, la haine contre celui qui possède.

Que les ouvriers comprennent bien fous ces sophismes,

comprennent que la lutte des classes n’est pas une solution

à ce large problème social, car lorsque, selon leurs vœux, ils se rendront à l’usine en voiture et les patrons à pied,

la besace sur le dos, cette lutte ne sera pas terminée.

Un projet de loi à été déposé pour conférer aux syndi- Cats la capacité commerciale. Beaucoup de syndicats. même non révolutionnaires, l’ont refusé, parce que devant les détourner de ce qui doit rester leur unique but, la lutte contre le capitalisme. N’est-ce point là pure intransigeance ou plutôt encore pur parti pris.

fl faut que les ouvriers comprennent bien ce que c’est que la lutte des classes et les conséquences qu’elle

entraine.

Or, que leur éducation soit améliorée.

Que les méthodes d’économie politique soient enseignées dans les écoles publiques, en refaçonnant l’esprit d’une génération d’enfants, en leur apprenant les lois de la production, en leur faisant comprendre que la prospé-

rité individuelle dépend de la prospérité générale.

Tous les hommes sont capables de s’instruire et de renoncer à leurs préjugés. Alors, ce jour-là, les ouvriers

peut-être comprendront.

Une organisation pourrait être formée pour résoudre Île problème cause de tous les conflits. Déterminer le salaire exact que doit gagner chaque ouvrier, en déterminant séparément son salaire fixe et le bonus qu'il peut

atteindre.

27, you

® L'ouvrier qui sera persuadé de toucher un juste salaire,

qui ne sentira plus un exploiteur dans son patron, sera content de son sort et ne parlera plus de guerre sociale. Tous les ouvriers qui ont travaillé sous les ordres de Taylor, en qui ils reconnaissaient un collaborateur leur permettant de gagner des salaires élevés, n’ont jamais pensé à la grève, se souciaient même fort peu d’appartenir à un syndicat et se faisaient un honneur de travailler dans de telles entreprises.

Ainsi, de la discussion, il apparaît que le Scientific Management, par ses avantages économiques, appelle une révision de l’organisation du travail telle que la conçoivent les syndicats, pendant que lui-même n’échappera pas à la nécessité de certaines modifications.

Le Scientific Management ne résout complètement que la moitié du problème des salaires. Il définit rigoureusement ce que l’on doit entendre par une bonne journée de travail, mais il laisse intacte la deuxième partie de la question et la plus grave, celle de la définition d’une bonne Journée de paye.

Aussi devra-t-on admettre une entente entre syndicats patronaux et ouvriers sur le salaire minimum et la prime.

Si les lois naturelles gouvernent les relations économiques et sociales, les rapports mutuels des individus ne sont pas encore formulés.

Le Scientific Management se compose d’une collection

de lois d’un côté et d’un certain nombre de principes de l’autre,

Les lois de la science ne sont pas déterminées par les hommes, mais les principes de conduite dans une société libre ne peuvent être admis que par le consentement de ses membres.

L’avenir est donc à une entente entre syndicats des deux classes qui, après avoir réalisé l’accord entre patrons et ouvriers, S’occuperont de découvrir une base scientifique

et convenable pour la fixation du salaire normal.

Le Scientific Management, augmentant la production individuelle: de chaque homme, s’imposera nécessairement dans l’industrie, comme l’ont fait les machines, en dépit

de toutes les oppositions.

Les critiques, les attaques auxquelles il est soumis sont pourtant passionnées et violentes, mais dans l’industrie, comme dans la religion, dans la politique, il n’y a pas comme la persécution pour aider une cause qui est bonne

en elle-même.

Le bateau à vapeur a remplacé le bateau à voiles ; le

chemin de fer a remplacé la diligence.

Ces transformations peuvent être plus ou moins retardées, mais la pression des forces économiques brise, en fin de compte, toutes les résistances.

L'introduction du système Taylor dans toute entreprise est chose délicate en elle-même, mais elle nous le paraîtra beaucoup moins quand nous connaîtrons mieux les principes d'organisation scientifique. | |

EP VGS Es

La plus grande difficulté résulte de la nécessité de l’accord parfait du chef d'industrie et du chef d’atelier.

Le chef d'industrie doit autoriser le bouleversement de son usine pendant des mois et même des années et il doit, en outre, avancer des crédits fort élevés.

Le chef d’atelier doit connaître le Scientific Management d’une facon intégrale, doit bouleverser lui aussi ses connaissances, ses pratiques, entreprendre des études nouvelles et délicates, il ne pourra réussir que s’il à ie feu sacré, la foi dans les nouvelles méthodes.

Le Scientific Management s’est ainsi développé lentement et ne pouvait le faire autrement, en raison de sa complexité, de sa nouveauté.

La loi de tout développement, selon la propre parole de Gantt, est l’évolution, et la révolution n’est justifiée que quand l’évolution est impossible, ce qui n’est pas le Cas. ,

L'évolution permet d'éviter des perturbations profondes des conditions économiques existantes.

Il faut du temps pour changer les habitudes et modifier les esprits.

Ainsi presque tous les directeurs d’entreprises industrielles apprécient l'économie d’un outillage absolument moderne, à hauteur du progrès, productifs, et sont désireux d’y consacrer les sommes qu’il mérite. Très peu d’entre eux cependant comprennent que la meilleure orga-

misation, quelle que soit le coût de son application, est

plus importante que l’outillage. Ils ne se rendent pas compte qu'aucune organisation efficace ne peut être établie sans frais.

Après avoir constaté les bénéfices procurés par l’installation d’une machine, ils considèrent comme un gaspillage de consacrer certaines sommes à quelque chose d'aussi invisible, impalpable, intangible et même d'aussi imprécis.

L'application du système Taylor va ainsi s'étendre d’une façon croissante jusqu’au jour où elle se précipitera. Ce jour sera celui où les entreprises fonctionnant selon les anciens errements ne pourront plus soutenir la concurrence de celles organisées scientifiquement ; concurrence désastreuse non seulement sur les prix de vente de beaucoup inférieurs aux leurs, mais encore sur le recrutement des bons ouvriers qui ne voudront plus travailler à des salaires aussi bas et déserteront leurs usines.

Aux Etats-Unis, il s’est créé une profession nouvelle, celle d’organisateur industriel, de professeur de taylorisme ; c’est là une partie d’un problème résolu qui pourra entraîner la résolution de l’autre. Le chef d’entreprise, sûr de posséder un ingénieur, un chef d’atelier connaissant parfaitement le Scientific Management, et par suite persuadé d’avoir de grandes chances de succès dans l’application du taylorisme dans son entreprise, sera plus disposé à délier les cordons de sa bourse.

Les exemples des succès de ses collègues seront d’ail-

. leurs là pour vaincre ses dernières hésitations,

Et ainsi que l’a écrit M. Le Châtelier, une autre force qui aidera au triomphe des idées de Taylor est que le Scientific Management est devenu aux yeux de ses adeptes une véritable religion, et, comme on le sait, la foi soulève les montagnes ; la foi dans la science qui doit se diffuser partout, aussi bien dans les usines que dans l’enseignement et dans la société tout entière.

Et sûrement viendra une époque dont il serait peut-être hasardeux d’en fixer l’avènement, mais il viendra une époque où le système Taylor présidera aux destinées de toutes les industries, sera considéré comme chose tout à fait normale, naturelle, ordinaire même, lui qui en son temps motiva de si violentes polémiques.

C’est là la destinée de toutes innovations, de tous les

résultats du progrès.

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