CONCLUSIONS LA PHILOSOPHIE DU SYSTÈME TAYLOR
L'œuvre de Taylor, envisagée dans son ensemble, atteint un caractère d’unité remarquable, une véritable portée philosophique. |
A dégager ses principes directeurs, on constate une identité étroite avec les plus grandes pensées philosophiques de toutes les époques.
Dans la philosophie grecque, il a puisé l’harmonie ; l’harmonie dans l’individu, dans la famille, dans la cité, qu’il a voulu aussi introduire dans l’entreprise.
Seule une coordination sincère de tous les efforts dans la coopération permet d’atteindre les plus grands progrès, les plus beaux résultats pour le bonheur des hommes.
Il n’a pas eu pour seul but de créer un ensemble de méthodes d'organisation scientifique ; il n’a pas fait de la science pour faire seulement de la science. Trop Américain, matérialiste, et trop idéaliste aussi, quoique cela puisse paraître étrange, il a eu pour pensée suprême d’apporter le bonheur parmi les travailleurs.
Devant l’antagonisme des classes, devant cette haine de l’ouvrier contre tous ceux qui possèdent, il a développé dans son cœur une puissance extraordinaire de bonté, dont tous ceux qui ont servi sous ses ordres ont été émus.
Toutes ces études, malgré leur apparence technique,
ont eu comme but le dollar, qui permet d’acheter bien du bonheur et beaucoup de bien-être.
Cette harmonie, cette coopération, il l’a d’abord introduite dans toutes les opérations du travail.
A l’usine organisée scientifiquement, chaque homme est solidaire du tout, chaque homme fait partie de ce merveilleux orchestre qu’anime la direction.
Tout homme a intérêt à accomplir son travail, car la plus légère abstention provoquerait le désordre dans tout l'organisme, provoquerait un arrêt, par suite une sanction.
Mais il a voulu encore davantage, il a voulu poursuivre cette coopération, la rendre complète en la faisant pénétrer dans le cœur de chacun, patron comme ouvrier.
Au seuil de son étude, il a tenu à l’affirmer expressément : « Il faut, a-t-il dit, que les employeurs changent leur cœur et subissent une espèce de conversion religieuse.
« Is doivent abandonner, une fois pour toutes, l’idée que les êtres humains doivent être considérés comme de simples moulins à moudre des dividendes. »
Et lui-même, au cours de sa carrière d’ingénieur, il a porté tous ses efforts à empêcher l'application de son SYStème dans les entreprises où il ne sentait pas cette conversion presque religieuse accomplie.
À la coopération matérielle existe une sanction ; à celle des âmes et des cœurs il n’en existe pas, et c’est évidem-
ment une faiblesse , ce n’est point là un reproche, mais
une simple constatation, car je ne crois pas que des sentiments puissent être assurés par une sanction. C’est malgré tout une faiblesse qui a été tout de même cause de certains échecs.
Taylor, poursuivant son organisation harmonieuse, s’est inspiré des idées des grands philosophes du xvin° siècle, dont les travaux les plus importants portent sur la science et la logique.
Taylor, comme eux, a foi en la science qui, seule, permettra d'arriver à cette coopération exacte et bienfaitrice ; comme eux, il est persuadé qu’une méthode est nécessaire, Car on ne peut compter sur le hasard pour trouver la bonne voie : « Un boîteux dans le bon chemin va plus vite qu’un coureur hors du chemin, » selon la propre expression de Bacon.
Et qui n’a déjà rapproché la méthode de Taylor de celle de Descartes.
1° Ne recevoir aucune chose pour vraie que je ne la reconnaisse évidemment être telle.
C’est là l’énoncé du principe de l’évidence personnelle, la rupture avec les anciens errements empiriques.
2° Diviser chacune des difficultés que J’examinerai en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre. C’est l’analyse de Taylor : diviser le travail en ses parties élémentaires.
3° Conduire par ordre mes pensées, en commençant par
les objets les plus simples et les plus aisés à connaître,
MAT pra
pour monter peu à peu, comme par degrés, jusqu’à la connaissance des plus composés.
4° Faire partout des dénombrements si exacts et des revues si générales que je sois assuré de ne rien omettre.
Taylor se rapproche de Descartes par l’application des règles du raisonnement déductif ; il se rapproche de Bacon par une très large place donnée à l’expérimentation, que Descartes a passé sous silence.
Dans le « novum organum » (le nouvel organon, c’està-dire la nouvelle logique, puisqu'on donnait le nom d’organon à la logique d’Aristote), Bacon, montrant les bienfaits que la science nous a rendus et ceux qu’elle nous rendra, étudie la méthode qui permettra de parvenir aux plus heureux résultats.
La première partie, destructive, fait table rase de toutes les erreurs, les sophismes qui encombrent la route. La deuxième prépare la science ; largement développée, elle rassemble les faits par l’ohservation réglée par une expérimentation réfléchie ; quant à la dernière partie, elle tire de ces faits les lois générales de la nature ; on ne peut les découvrir par l’affirmation a priori de principes, mais par la découverte des principes les plus voisins des faits.
Bacon préconise l’emploi de tables ; tables de présence, d’absence, de comparaison, permettant de découvrir les faits qui dépendent les uns des autres et les lois qui les
régissent.