CHAPITRE III
Textes relatifs aux sacrifices fong et chan.
Heou Han chou, chap. XVII, p. 2 v°-5 v°.
La trentième année kien-zvou {54 p.C), le deuxième mois, les ministres assemblés dirent à l'Empereur que, puisqu'il était sur le trône depuis trente année, il devait célébrer les cérémonies fong et chan sur le T'ai chan. L'Empereur répondit par l'édit suivant: ^Quoique je sois au pouvoir depuis trente années, le peuple a encore du mécontentement plein le ventre. Qui donc tromperai-je ? Tromperai-je le Ciel 2) ? Ceux qui m'ont parlé du T'ai chan ne valent pas Lin Fang 3). Pour quel motif souillerais-je la liste continue
1) Pour les textes relatifs aux sacrifices fong et chan sous le règne de l'empereur Won (140 — 87 av. J.-C), voyez le traité de Sseu-ma Ts'ien sur les sacrifices fong et chan (Mém. liist., trad. fr., t. III, p. 413 — 519). Voyez aussi plus haut, p. 18 — 20.
2) En célébrant les cérémonies fong et chan qui annoncent une paix universelle, l'Empereur dissimulerait le véritable état de choses qui est encore troublé; or il ne saurait tromper ainsi le Ciel. Cette phrase est d'ailleurs empruntée à Confucius (Louen yu^ IX, n, § 2).
3) Lin Fang est un disciple de Confucius qui interrogea son maître sur ce qui était essentiel dans les rites (Louen yu, III, 4). L'Empereur reproche à ceux qui lui ont conseillé de faire les sacrifices fong et chan de n'avoir pas été aussi attentifs que Lin Fanq au vrai sens des rites. — Dans la carte de la sous-préfecture de Vai-ngan^ on verra, à l'angle Sud-Est,
la mention : „ Ancien canton de Lia Fang"'' jeiC jjflT |Kr Efi (fig. 27); c'est là, en effet, à 1 10 li au SE de la ville de T'ai-ngan. que Lin Fang passe pour être né: il est à remarquer que, ni le Kia vu ni Sseu-ma
des soixante-douze princes ') ? Lorsque (65 1 av. J.-C.) le duc Houan voulut célébrer la cérémonie fong, Kouan Tcliong l'en blâma 2). Si donc les gouverneurs de commanderies et de préfectures m'envoient de loin des officiers pour me souhaiter une longue vie et louer abondamment une perfection qui n'a rien de réel, certainement je leur ferai raser la tête °') et en même temps je les enverrai aux colonies militaires." Les ministres n'osèrent plus alors parler de la chose.
Le troisième mois (54 p.C), l'Empereur favorisa de sa venue le pays de Loti et passa auprès du T'ai chan; on avertit le gouverneur (de la commanderie) que, à l'occasion du passage de l'Empereur, il recevrait un décret lui ordonnant de sacrifier à la montagne (T'ai chan) et au Leang-fou Alors un tchonglang tsiang du corps des soldats vaillants comme des tigres, nommé Leang Song, et d'autres dirent dans le conseil: „Le ^mémorial (Li ki) dit: Lorsque les gens de Ts'ise proposaient „de sacrifier au T'ai chan, ils commençaient par sacrifier „à la forêt de P'ei 4)." C'était là le rite qui convenait aux seigneurs. En effet, le Fleuve (Houang ho) et le Pic {T'ai chan) étaient considérés comme des ducs du palais 5) et c'était un roi vassal qui leur offrait les sacrifices. Il importe de ne pas
Ts'ien, dans les notices qu'ils donnent sur les disciples de Confucius, ne mentionnent Lin Pang\ d'autre part le texte du Louen yu, tout en le nommant, ne dit point qu'il fût au nombre des disciples du maître; c'est Wen Wong (vers 150 av. J.-C.) qui, lorsqu'il représenta les disciples de Confucius à Tch'eng-tou (Sseu-tclC ouari), fut le premier à introduire parmi eux Lin Fang, créant ainsi une tradition qui s'est conservée (cf. C, III, 38 r°-v°).
1) Cf. p. 17.
2) Cf. Sseu-ma Ts'ien, trad. fr., t. III, p. 423 — 427.
3) On voit par là que, dès le premier siècle de notre ère, les condamnés avaient la tête rasée; on sait qu'il en est de même aujourd'hui.
4) Ce texte est tiré du chapitre Li kH du Li ki (Legge, SBE, vol. XXVII, p. 407; Couvreur, Li ki, t. I, p. 559). La montagne P'ei était une colline qui était à côté du T'ai chan et c'est de là que lui venait son nom qui signifie „unir, associer".
5) Cf. p. 6, lignes 13—16.
observer cette gradation dans les cérémonies et ne pas sacrifier à la forêt de P*ei ')."
La trente-deuxième année (56 p.C), le premier mois, l'Empereur se purifia ; pendant la nuit, il lut l'ouvrage intitulé Ho fou houei tcïïang fou où il était dit ceci: „Le neuvième des Lieou rouges 2) a son mandat déposé sur le Tai tsong; s'il n'a pas soin de savoir s'en servir, de quoi lui sert d'avoir hérité (de la dignité impériale) ? s'il excelle à s'en servir, la méchanceté et la perfidie ne paraîtront plus." Emu par ce texte, l'Empereur ordonna à (Leang) Song et à d'autres de rechercher à nouveau dans les écrits divinatoires du Ho et du Lo 3) ce qui était dit touchant celui de la neuvième génération qui célébrerait les cérémonies fong et chan. {Leang) Song et les autres firent un rapport méthodique et alors l'Empereur donna son assentiment.
Autrefois, l'empereur Hiao-wou (140 — 87 av. J.-C.) avait désiré rechercher les immortels; comme le magicien qui l'aidait 4) lui avait dit que Houang ti, après avoir accompli les cérémonies fong et chan, était devenu immortel, il désira donc les accomplir aussi ; mais, comme ces cérémonies
1) Quand un seigneur, comme le prince de TV/, sacrifiait au T'ai chan, il commençait, pour montrer la gradation de son respect, par sacrifier à une petite colline voisine. Mais le Fils du Ciel n'a pas besoin de s'astreindre à cette cérémonie préliminaire qui ne convient qu'à un roi-vassal. — Cette parole de Leang Song donnait à entendre qu'il y avait des règles spéciales pour le sacrifice accompli par l'Empereur sur le T ''ai chan et remettait en question, d'une manière voilée, le cérémonial du sacrifice fong.
2) Les Han, dont le nom de famille était Lieou, régnaient par la vertu de l'élément feu; la couleur qui leur correspondait était donc le rouge (cf. Sseu-ma Ts'ien, trad. fr., t. II, p. 331, n. 1). L'expression „le neuvième des Lieou rouges" pouva't être considérée comme désignant l'Empereur Kouangwou lui même.
3) La littérature apocryphe à laquelle les cérémonies/*?^ et chan donnèrent un prodigieux essor, se compose essentiellement des deux cycles d'écrits qui
dépendent du Ho fou tfpT |||J et du Lo chou *A JE .
4) Ce magicien était Kong-souen K'ing; cf. Sseu-ma Ts'icn, trad. fr., t. III, p. 487.
n'étaient pas d'un usage constant, personne ne les connaissait. La première année yuan-fong (no av. J.-C), l'empereur, en suivant les conseils des magiciens, fabriqua les ustensiles destinés aux cérémonies fong et chan\ il les montra aux lettrés assemblés qui dirent pour la plupart qu'ils n'étaient pas conformes à ce qui existait dans l'antiquité; alors l'empereur renvoya les lettrés et ne se servit plus d'eux *). Le troisième mois (uo av. J.-C), l'empereur fit, dans l'Est, l'ascension du T^ai chan-, il fit hisser une pierre qu'il dressa au sommet du T'ai chan 2). Puis, dans l'Est, il longea le bord de la mer à la recherche des hommes immortels; mais il n'en vit aucun et revint. Le quatrième mois, il fit le sacrifice fong sur le T'ai chan, mais, comme il craignait de n'avoir pas accompli cette cérémonie d'une manière correcte, il tint la chose secrète. Ce récit se trouve dans le traité sur les sacrifices kiao du Han chou 3).
L'empereur 4) ayant approuvé le rapport que lui avaient présenté Leang Song et les autres, rechercha les précédents établis pendant la période yuan-fong pour les sacrifices fong et chan. Dans la délibération qu'on tint pour savoir ce dont on devait se servir pour célébrer les cérémonies fong et chan, un fonctionnaire présenta la requête suivante :
i) Cf. Sseu-ma Tsien, trad. fr., t. III, p. 498.
2) Cf. Sseu-ma Ts'ien, trad. fr., t. III, p. 499 n. 3. Le commentaire du Heou Han chou cite ici un passage du Fong sou fong de Ying Tchao qui lui paraît reproduire le texte qui était gravé sur cette stèle; mais, si l'on se reporte au texte même du Fong sou /V//^(chap. II, p. 2 v°-3 r°), on constate que rien n'indique que la stèle dont il parle fût précisément celle de l'Empereur Wou ; il est plus vraisemblable que la pierre transportée par l'empereur Wou au sommet du T^ai chan ne reçut aucune inscription; elle paraît être le monolithe qui se dress: aujourd'hui encore au bas du Ytihouang ting (cf. p. 56, fig. 17).
3) Ts'ien Han chou, chap. XXV.
4) Nous revenons maintenant à l'Empereur Kouang-wou et à l'année 56 p.C.