‹ Le T'ai chanChapitre 32 sur 61 · IÔ · texte numérisé non relu

IÔ

„I1 faut se servir de pierres rectangulaires ') qu'on superpose et qu'on place au milieu de l'autel; toutes ont 5 pieds de côté et sont épaisses d'i pied. On se sert d'un écrit sur tablettes de jade qu'on cache à l'intérieur des pierres rectangulaires; ces tablettes sont épaisses de 5 pouces2), longues d'i pied et 3 pouces, larges de 5 pouces; (elles sont protégées par) des lattes de jade. En outre, on se sert de 10 lattes de pierre qui sont distribuées sur les côtés du (coffre de) pierre; à l'Est et à l'Ouest, il y en a respectivement 3 ; au Sud et au Nord, il y en a respectivement

2 3); elles sont toutes longues de 3 pieds, larges d'i pied et épaisses de 7 pouces; au milieu de ces lattes, on creuse

3 cavités qui ont une profondeur de 4 pouces et une largeur de 5 pouces et qui sont recouvertes par des couvercles. Pour les lattes, on se sert de liens d'or qui font 5 fois le tour 4). On mêle du mercure à de l'or pour faire une pâte (destinée à recevoir l'empreinte du sceau). Le sceau (pour les lattes) de jade est un carré de 1 pouce et 2 dixièmes

1) Ces pierres étaient au nombre de trois (cf. p. 23, fig. 6); cela résulte de la longueur même des lattes verticales qu'on appliquait contre elles; les pierres quadrangulaires ayant chacune I pied de hauteur, elles devaient se superposer au nombre de 3, puisque les lattes verticales avaient 3 pieds de haut. D'ailleurs le nombre de 3 pierres rectangulaires est expressément indiqué dans le Kieou fang chou (voyez plus loin).

2) Ce texte semblerait faire croire que chaque tablette avait une épaisseur de 5 pouces et que par conséquent elle était aussi épaisse que large. Mais, comme on le voit par le texte du Song che^ chaque tablette n'était épaisse que de 1 pouce; comme elles étaient au nombre de 5, leur épaisseur totale était de 5 pouces.

3) Il faut vraisemblablement lire : 2 à l'Est et à l'Ouest, 3 au Sud et au Nord. Voyez plus loin les textes du Kieou T'ang chou et du Song che.

4) Pour assujettir les lattes verticales contre les parois du coffre de pierre, on se sert de trois liens d'or qui font chacun cinq fois le tour; on les fait passer dans trois rainures horizontales pratiquées dans les lattes verticales; à l'endroit où les deux extrémités de chacun des liens se nouaient, on apposait un sceau et c'est pour recevoir ce sceau qu'on creusait dans une des lattes une cavité quadrangulaire de 5 pouces de côté; comme il y avait trois liens, il y avait trois sceaux et, par conséquent, trois cavités.

de côté !); l'autre sceau2) est un carré de 5 pouces de côté. Aux quatre angles des pierres quadrangulaires, il y a encore des contreforts en pierre qui (à chacun des angles) sont superposés l'un sur l'autre; chacun d'eux est long de 10 pieds, épais de I pied et large de 2 pieds 3) ; tout cela est sur l'autel rond4). Au bas de cet autel, on place 18 pierres d'entourage 5) ; elles sont toutes hautes de 3 pieds, épaisses de 1 pied et larges de 2 pieds; semblables à de petites stèles, elles sont dressées tout autour de l'autel et à trois pas de distance de ce dernier; au-dessous de chacune de ces pierres d'entourage, il y a un socle de pierre qui s'enfonce dans le sol à 4 pieds de profondeur. En outre, on se sert d'une stèle haute de 9 pieds, large de 3 pieds et 5 pouces, et épaisse de 1 pied et 2 pouces; on la dresse à l'emplacement ping par rapport à l'autel et à plus de 3 tchang (30 pieds) de distance de ce dernier; on y grave un texte écrit."

L'empereur, considérant les difficultés que présentait le travail de toutes les pierres dont il fallait se servir, et désirant d'autre part faire la cérémonie fong au deuxième mois G), adressa à (Leang) Song un décret pour lui annoncer

1) L'auteur a omis de dire que, après que les cinq tablettes de jade ont été placées entre les deux lattes qui servent à les protéger, on lie le tout et on appose un sceau sur le lien.

2) Le sceau apposé sur chacun des trois liens entourant le coffre de pierre (voyez plus haut, p. 162, note 4).

3) Cf. p. 24, lignes 4 — 10.

4) Le coffre de pierre avec ses contreforts est érigé au sommet d'un autel rond.

5) Cf. p. 24, lignes 11 — 19.

6) D'après le chapitre Chouen tien du Chou king, l'empereur Chouen, lorsqu'il fit l'inspection des fiefs, se rendit dans l'Est au deuxième mois de l'année et célébra un sacrifice sur le Tai tsong, qui n'est autre que le T'ai chan. C'est sans doute pour imiter l'exemple de Chouen que l'empereur Kouang-xvou voulait accomplir le sacrifice fong au deuxième mois; comme on était déjà au premier mois de l'année 56 p.C. (cf. p. 160, ligne 3), il est évident qu'on avait fort peu de temps pour faire les préparatifs de la cérémonie.

son désir de se borner à profiter des pierres des anciennes (cérémonies) fong et des lattes abandonnées pour reconstituer (ce qui était nécessaire à la cérémonie) fong. (Leang) Song fit une requête pour combattre cet avis, disant:

„Je considère que le rite de monter sur la montagne pour accomplir la cérémonie fong consiste à annoncer au Ciel souverain les mérites accomplis et à les faire descendre sur la postérité à jamais dans l'intérêt de la multitude du peuple; la vénération qu'inspire le mandat que vous avez reçu du Ciel, il importe de la rendre éclatante ; l'heureux présage que vous ont donné le plan et l'écrit '), il importe de le rendre manifeste. Maintenant, si vous profitez des anciennes (cérémonies) fong et si vous logez, comme en vous cachant, les tablettes de jade sous de vieilles pierres, je crains que cela ne soit point d'accord avec l'importance de votre mandat. Puisque vous avez reçu le mandat et que vous avez obtenu la réussite au milieu (de la durée de la dynastie) 2), il faut que vous ayez recours à des moyens spéciaux et extraordinaires pour illustrer la volonté du Ciel."

Alors l'empereur ordonna au gouverneur de la commanderie de T'ai chan de se rendre à Lou 3) pour y donner toute son attention au travail de la pierre; il fallait prendre de la pierre bleue sans défauts et il n'était pas nécessaire d'avoir des pierres des cinq couleurs. En ce temps, comme ceux qui fabriquaient les sceaux n'étaient pas capables de

1) C'est-à-dire les ouvrages des cycles du Ho fou et du Lo chou (cf. p. 3, n. 160).

2) L'empereur Kottang-ivou est le fondateur de la dynastie des Han orientaux; mais, si on fait abstraction de l'usurpateur Wang Mang et si on considère les Han orientaux comme ayant continué les Han occidentaux, l'empereur Kouang-ivou peut être regardé comme ayant régné vers le milieu de la dynastie. C'est une idée que nous retrouverons souvent dans les textes des T^ang et des Song, que la cérémonie fong doit être accomplie, non par le fondateur d'une dynastie, mais par le souverain dont le règne marque le milieu et comme l'apogée de la dynastie.

3) La ville actuelle de KHu-feou hien, dans le Chan-tong,

graver les tablettes de jade, l'Empereur voulut se servir de vernis rouge pour écrire sur ces tablettes; mais, sur ces entrefaites, on chercha et on trouva un homme qui était capable de graver le jade; aussitôt on écrivit (sur les tablettes); ce qu'on écrivit fut secret. On creusa l'intérieur des pierres quadrangulaires en ordonnant (aux ouvriers) qu'elles pussent recevoir les tablettes de jade.

Le deuxième mois, l'empereur arriva à Fong-kao l). Il chargea le che yu-che et le lan-fai ling-che d'emmener avec eux des ouvriers et de monter par avance sur la montagne pour y graver sur la stèle un texte qui était ainsi conçu 2) :

3) Lorsque le conseiller des Ts'in, Li Sseu, eut brûlé le Che [king) et le Chou (king), la musique s'effondra et les rites tombèrent en ruines. Antérieurement à la première année kien-wou (25 p.C), les écrits étaient dispersés et perdus; les anciens statuts n'étaient plus complets; on ne pouvait comprendre le texte des livres classiques. Grâce à une minutieuse division en paragraphes et en phrases et à une comparaison réciproque 4), il y eut quatre-vingt un

0 Fong-kao était à 17 li à. l'E de la ville actuelle de T^ai-ngan (voyez fig. 27); l'empereur Wou^ de la dynastie des Han orientaux, en avait fait le centre administratif de la commanderie de T^ai-chan (C, III, 40 v°). — En cet endroit du texte, le commentateur Yïng Tchao fait une longue citation àufongchanyi M ou „ Mémoire sur le cérémonial des sacrifices fong et chanu\ cet écrit a été composé par un certain Ma Ti-po qui était un officier au service de l'empereur Kouang-wou et qui monta par avance sur le T^ai chan pour inspecter l'autel destiné au sacrifice.

2) J'ai placé la traduction de cette inscription dans le chapitre consacré à Y Epigraphie.

3) Le paragraphe qu'on va lire fait suite à l'inscription; il est consacré à montrer que l'empereur Kotiang-zvou fut sage en gravant sur pierre le récit de la cérémonie qu'il avait accomplie ; en effet, depuis la destruction des livres ordonnée en 213 av. J.-C. par Ts'in Che houang ti^ beaucoup de choses sont devenues obscures dans les anciens rites; il importe donc de reconstituer les règles des cérémonies et de leur assurer la perpétuité en les gravant sur une matière impérissable.

4) En confrontant les textes les uns avec les autres, on parvint à en saisir le sens.

chapitres *) dont des hommes sagaces purent établir le sens; mais il y eut dix chapitres qui restèrent entièrement inintelligibles. Tseu-kong aurait voulu qu'on renonçât au mouton sacrifié lors de l'annonce du premier jour du mois; Confucius lui dit: „0 Ts'eu, vous aimez le mouton; moi, j'aime le rite 2)." Quand, plus tard, il y eut un homme saint, il rectifia les erreurs et grava une notice sur pierre 3).

Le vingt-deuxième jour, qui était le jour sin-mao, au matin, on fit le sacrifice au Ciel en allumant un bûcher au pied du T'ai chan, du côté Sud; tous les dieux accompagnaient la divinité principale; la musique qu'on joua fut la même qu'au sacrifice dans la banlieue du Sud. Les rois vassaux, les deux ducs descendants des anciennes dynasties 4), et le prince de Pao-tclieng 5) descendant de Confucius, participèrent tous au sacrifice par leur présence à certaines places et par leurs actes.

Quand cette cérémonie fut terminée, (l'empereur) se proposa de monter (sur la montagne) pour faire la cérémonie fong. Quelqu'un dit: ^Quoique le T'ai chan ait déjà été associé aux offrandes de nourriture qui ont été faites dans le sacrifice sur le bûcher, puisque maintenant (l'empereur) monte en personne (sur la montagne) pour annoncer son mérite accompli, il faut faire (au T'ai chan) un sacrifice suivant les rites." Alors (l'empereur) chargea un ye-tcho de prendre une victime unique et de faire l'annonce du sacrifice au

i) Il s'agit des écrits concernant les rites.

2) Ce passage du Louen yu (III, 17) est cité ici pour prouver l'importance des rites.

3) Cette notice n'est autre que l'inscription rédigée à l'occasion du sacrifice fong en l'année 56 p.C.

4) Le duc de Song -^ , représentant des Yin, et le duc de Wei >Jgr représentant des Tcheou, avaient reçu leurs titres respectifs en l'année 37 p. C.

(Heou H an chou, chap. I b, p. 4 r°).

5) En l'an 38 p.C, ICong Tche, descendant de Confucius, avait reçu le titre de marquis de Pao-tcWeng {Heou Han chou, chap. I, b, p. 4 v°).

T'ai chan dans l'endroit où se faisaient les sacrifices ordinaires au T'ai chan et en se conformant aux précédents établis pour les cérémonies du labourage fait par l'empereur en personne, du sacrifice aux animaux sauvages !), du sacrifice aux ancêtres, du sacrifice à l'ancêtre des laboureurs et du sacrifice à l'ancêtre des forestiers.

A l'heure du repas, l'empereur en chaise à porteurs monta sur la montagne; après midi il arriva au sommet et changea de vêtements. Au moment du repas hâtif qui se fait entre trois et cinq heures, il prit place auprès de l'autel; du côté Nord ses officiers, rangés suivant leurs grades derrière lui, montèrent par l'Ouest 2) ; quand ils furent tous à leurs places, (l'empereur) monta sur l'autel; le chang-chou ling lui présenta les tablettes et les lattes de jade et l'empereur les scella lui-même avec le sceau mesurant 1 pouce et 2 dixièmes de côté 3) ; quand ce fut fini, le fai-tch'ang ordonna à des hommes d'ouvrir les pierres qui étaient sur l'autel 4) ; le chang-chou ling cacha à l'intérieur les tablettes de jade, puis on remit la pierre formant couvercle; après quoi, le chang-chou ling scella les lattes de pierre avec le sceau mesurant 5 pouces de côté 5). Quand la cérémonie fut terminée, l'empereur salua par deux fois et tous ses officiers

1) L'expression ^jg, 2$j\ désigne un sacrifice qui se faisait au début de

l'automme au moment où le roi partait pour la chasse et qui était adressé aux animaux sauvages (voyez le chap. XV du Heou Han choit, p. 3 r°). Les

commentateurs considèrent le mot %$\ comme étant ici l'équivalent du mot Bjp

qui apparaît dans un texte du Ts'ien Han chou (chap. VI, p. 12 r°, à la date de 103

av. J.-C). Cf. aussi le dictionnaire de K^ang-hi aux mots -Afc et H||l .

2) Le texte paraît obscur.

3) On a vu plus haut (p. 162, ligne 18) que telles étaient en effet les dimensions du sceau avec lequel on scellait le paquet de tablettes de jade recouvert de lattes de la même substance.

4) C'est-à-dire de déplacer la pierre supérieure du coffre de pierre, de manière à découvrir la cavité intérieure où devait être déposée la prière inscrite sur des fiches de jade. Voyez, plus haut, p. 22, fig. 5.

5) Cf. p. 163 ligne, 1.

poussèrent des vivats. On ordonna à des gens de dresser la stèle en pierre qui avait été gravée, puis on redescendit.

Le vingt-cinquième jour, qui était le jour kia-wou, on fit le sacrifice chan à la Terre au nord de Leang x) ; on y associa l'impératrice Kao 2). Les montagnes, les cours d'eau et tous les dieux y furent conviés suivant ce qui s'était fait auparavant pendant la période yuan-che (i — 5 p.C.) pour le sacrifice dans la banlieue septentrionale 3).

Le quatrième mois, le jour ki-rnao, (l'empereur) proclama une amnistie générale pour tout l'empire, et, de la trentedeuxième année kien-wou, il fit la première année de la période kien-zvou tchong-yuan 4) (56 p.C); on exempta des taxes foncières et des redevances en foin et en paille pour toute cette première année les localités de Po 5), Fong-kao G) et Ying1).

En un jour faste, on grava un écrit sur des tablettes de jade qu'on mit dans une boîte d'or et on scella cette dernière avec un sceau 8). Le jour yi-yeou, l'empereur chargea

1) Le Leang-fou est une montagne située à 90 /* au SE. de la ville de T'ai-ngan', mais en dehors de cette acception spéciale, ce nom sert aussi à désigner, d'une manière générale, une petite montagne quelconque voisine du pied du T'ai chan (C, III, 20 r°-v°). — L'expression Leang y in „Nord du Leang'''' est assez vague; elle pourrait s'appliquer à la colline Cho-cheou (cf. plan du T'ai chan, n° 173). Cependant les Annales principales {Heou Ilan chou I, b, p. 9 v°) disent simplement que le sacrifice chan fut accompli sur le Leang fou.

2) L'impératrice Lu, femme de Kao tsou, le fondateur de la dynastie des Han occidentaux.

3) Le sacrifice dans la banlieue septentrionale de la capitale est celui qui s'adresse à la Souveraine Terre.

4) Les Annales principales disent que le nom de la période d'années fut changé en tchong-yuan (et non en kien-ivou tchong-yuan, ce qui semble être fautif).

5) A 30 /*' au SE de la ville actuelle de T'ai-ngan\ Sur la fig. 27, la distance paraît beaucoup moindre.

6) Cf. p, 165, n. 1.

7) A 50 li à l'E. de l'actuel T'ai-ngan.

8) Voyez plus loin, p. 175.

le fai-wei d'accomplir la cérémonie et de se rendre au temple funéraire de Kao [tsoiî] ') pour y faire une annonce spéciale ; le fai-wei présenta la boîte (d'or) pour faire l'annonce au temple funéraire de Kao (tsou) ; il la plaça dans une niche de pierre pratiquée dans le mur occidental de la salle du temple, au-dessous de la niche où était la tablette funéraire de Kao {tsou).

Kieou T'ang chou, chap, XXIII.

Les cérémonies fong et chan, après l'empereur Kouang-zi'ou (25-57 p.C.) de la dynastie Han, cessèrent d'être accomplies pendant de longues générations. Sous la dynastie Souci, la quatorzième année k'ai-houang (594), Kouang, roi de Tsin, suivi des fonctionnaires de tous rangs, présenta une requête où il demandait avec instances qu'on fît les sacrifices fong et chan; l'empereur Wcn ordonna à Nicou Hong, à Sin Yen-tche et à Hiu CJian-sin d'établir et de fixer l'interprétation du cérémonial. La quinzième année (595), l'empereur se rendit à Yen tcheou; puis, au pied du T'ai chan, il fit un autel et disposa un sacrifice en se conformant au cérémonial du sacrifice de la banlieue du Sud; mais, en définitive, il revint sans être monté sur la montagne.

La sixième année tcheng-kouan (632), comme on avait triomphé des T'ou-kine (Turcs) et que les moissons annuelles étaient plusieurs fois parvenues à maturité, les officiers en corps dirent à l'empereur qu'ils le priaient de faire le sacrifice fong sur le T'ai chan; T'ai tsong leur répondit: „Ceux qui ont pris part à la délibération estiment que les sacrifices

1) A la capitale (JLo-yaiig = Ho-nan /ou).

fong et chan sont d'importantes cérémonies; mais voici mon propre sentiment: si seulement un empereur fait en sorte que le monde jouisse d'une paix universelle, que les familles aient ce qui leur est nécessaire et que les individus aient ce qui leur suffit, même s'il lui manque les cérémonies fong et chan, il pourra cependant être comparable en vertu à Yao et à Chonen\ si, au contraire, un empereur laisse les cent familles manquer du nécessaire et les barbares Yi et Ti envahir le territoire, il aura beau célébrer les cérémonies fong et chan, quelle différence y aura-t-il cependant entre lui et Kie ou Tcheoul Autrefois Ts'in Che-houang-ti (221 — 210 av. J.-C.) prétendait que sa vertu s'accordait avec les désirs du Ciel et se proclamait souverain-empereur l); il monta faire le sacrifice fong sur le T'ai chan ; il déploya un grand luxe et se vanta; l'empereur Wen (179 — 157), de la dynastie Han, en définitive ne monta point faire le sacrifice fong, mais il pratiqua personnellement la modération et la maîtrise de soi-même; les châtiments furent abandonnés et on n'eut plus à les infliger; or maintenant tout le monde dit que Che-houang fut un souverain cruel et que l'empereur Wen, de la dynastie Han, fut un prince doué de vertu. En raisonnant d'après ces exemples, on voit qu'il ne faut pas mettre sa confiance dans les sacrifices fong et chan. Les rites disent que, „pour témoigner le plus grand respect, on n'élève pas d'autel; on balaie le sol et on sacrifie 2)" ; puisqu'il suffit de manifester une absolue sincérité, qu'est-il donc besoin d'aller au loin gravir une montagne élevée et de faire un tertre de plusieurs pieds de haut?"

Le che-tchong Wang Kouei répondit: „ Votre Majesté a prononcé des paroles vertueuses; Elle a expliqué entièrement

1) Ts'in Che houang ti fut le premier à prendre le titre de houang ti par lequel il enten 'ait prouver qu'il réunissait en lui les qualités des trois souverains {San houang') et des cinq empereurs (Wou ti) de la haute antiquité.

2) Citation du chapitre Li Ui du Li Ki\ trad. Couvreur, t. I, p. 548.

ce qui concerne les sacrifices fong et clian ; moi, votre sujet stupide, je ne pourrais atteindre (à une telle perfection)."

Le surveillant des archives secrètes, Wei TcJieng dit: „A la fin de la dynastie Souei, il y eut de grands troubles; quand le peuple rencontra Votre Majesté, il commença à avoir quelque espoir de vivre; pour le nourrir, vous avez montré une extrême bonté; quant à ce qui est de lui imposer des fatigues, vous vous y êtes refusé. Pour accomplir le rite de monter (sur la montagne pour annoncer) la réussite, il est nécessaire de préparer mille chars et dix mille cavaliers, de faire des dépenses pour les campements, de charger de corvées plusieurs arrondissements; quand la population est fatiguée et troublée, comment pourrait-elle y suffire?"

T'ai-tsong approuva fort ce qu'avait dit ( Wei) Tcheng. Cependant, tant de la capitale que des provinces, les requêtes continuaient à affluer; aussi l'empereur interrogea-t-il les fonctionnaires préposés aux rites sur le cérémonial observé au temps des deux dynasties H an pour le sacrifice fong sur la montagne; à ce propos, il chargea le tcliong-chou che-lang Ton Tcheng-louen d'aller inspecter sur le T'ai-chan les vestiges des autels élevés par les soixante-douze empereurs. Cependant, cette année-là, l'eau des deux fleuves déborda et c'est pourquoi on laissa dormir cette affaire.

La onzième année (637), l'ensemble des officiers proposa de nouveau de faire le sacrifice fong sur la montagne ; on commença donc à en discuter le cérémonial. Alors le précepteur des fils de patriciens (kouo tseu po che) Lieou Po-tchouang, le préfet de l'arrondissement de Mou, Siu Ling-yen, et d'autres adressèrent chacun de son côté des requêtes au trône au sujet du sacrifice fong; ils émettaient contradictoirement des opinions sujettes à caution; leurs vues ne concordaient pas, mais ils disaient pour la plupart que, dans le nouveau rituel, le cérémonial des sacrifices fong et clian était écourté et incomplet. T'ai-tsong ordonna au surveillant en second des archives

secrètes Yen Che-kou '), au k'ien yi ta fou Tchou Tseu-ch'ô et à d'autres de délibérer en commun avec les lettrés célèbres et les érudits de tout l'empire pour déterminer ce qui était exact et ce qui était erroné; plusieurs dizaines de personnes prirent part à la discussion; mais elles se trouvèrent tour à tour en désaccord les unes avec les autres et se firent des objections les unes aux autres; ce fut une confusion à laquelle on ne pouvait mettre fin. Alors le tso p'ou-ye Fang Hiuan-ling, le fo-tsin Wei Tcheng et le tchong-tchou ling Yang Che-tao firent un choix étendu pour prendre parmi les diverses propositions celles qui étaient susceptibles d'être mises en pratique quoiqu'elles ne fussent pas conformes aux anciens rites et ils rédigèrent un rapport à ce sujet.

Leur proposition relative à l'autel du Ciel majestueux Empereur d'en haut2) était ainsi conçue: „Le sacrifice fong préalable qu'on fait lorsqu'on se dispose à accomplir le sacrifice a pour but d'avertir le dieu ; en effet il faut d'abord s'acquitter de la cérémonie de demander audience et de témoigner du respect et ensuite on accomplira le rite d'exposer le bonheur et la réussite. C'est pourquoi il faut commencer par exprimer la pureté des intentions à] la base inférieure de la montagne 3), et, quand la prière et l'offrande seront terminées, c'est alors seulement qu'on montera faire le sacrifice fong. Par là on aura montré la profondeur de la gravité et du soin (qu'on apporte à cet acte) et en même

i) Yen Che-kou est célèbre par son commentaire du Ts'ien Han chou.

2) Cet autel, comme l'indique le T'ang chou (chap. XIV, p. I r°), était

au bas du T'ai chan ~w$ ^& | T\ . C'est sur cet autel qu'on célébrait

le sacrifice fong au bas de la montagne ; ce sacrifice n'était, comme on le voit, qu'une cérémonie préliminaire destinée à annoncer le sacrifice fong qu'on se proposait de célébrer au sommet de la montagne.

3) Le texte donne la leçon : jb^ Jjfp K K|J' qui est certainement fautive ;

il faut lire Ml au lieu de j^ . Cette correction n'est pas la seule que j'aurai

à proposer, et ce chapitre du Kieou T\ing chou renferme un assez grand nombre de leçons suspectes.

temps on indiquera que, dans l'accomplissement de ces cérémonies, il y a une gradation. Maintenant donc nous proposons de faire un sacrifice au bas du T'ai chan, et de disposer là un autel sur lequel on sacrifiera à l'Emperenr d'en haut en associant l'empereur King ') aux offrandes. Cet autel sera long de 12 tchang (= 120 pieds) 2), haut de 1 tchang et 2 pieds (= 12 pieds)."

La proposition relative à la confection des tablettes de jade était ainsi conçue: „L'or et le jade sont très précieux; leur constitution est ferme et solide. Dans les sacrifices du temple ancestral, dans ceux de la banlieue et dans le sacrifice yin, c'est en or et en jade que sont faits tous les ustensiles et les objets d'offrande; est-ce à dire qu'on a un goût méprisable pour la beauté de ces substances? Non, mais on s'en sert parce qu'on estine leur excellence intrinsèque. Or, (dans cettecérémonie fong), les trois dieux 3) sont un magnifique spectacle et la vaste renommée (de cette cérémonie) dure pendant dix mille générations; c'est le rite le plus sublime; en l'accomplissant, il y faut mettre du luxe. Les tablettes de jade et les lattes de jade ont un grain très serré et des qualités surnaturelles parfaites; elles se transmettent indéfinément, se conservant toujours et ne s'altérant point. Maintenant, nous proposons que les tablettes de jade aient en longueur 1 pied et 3 pouces et qu'elles aient 5 pouces en largeur et aussi en épaisseur4); que les lattes de jade soient

1) „Empereur King1"1 est le titre qui fut décerné rétrospectivement en 618 au grand-père de Kao-tsou, fondateur de la dynastie T'ang (T^ang chou, chap. I, p. 3 r°).

2) L'édition de Chang-hai (1888) donne par erreur la leçon: 13 tchang.

3) Ces trois divinités sont le Ciel souverain Empereur d'en haut et les deux empereurs défunts qui lui sont associés.

4) Le T^ang chou (chap. XIV, p. 1 r°) donne une indication identique; à la prendre au pied de la lettre, les tablettes de jade auraient été des prismes quadrangulaires aussi épais que larges, ce qui est a priori bien peu vraisemblable. Le texte du Song che (chap. CIV) que nous traduirons plus loin, nous permet de lever la difficulté : les tablettes mesuraient 5 pouces en

épaisses de 2 pouces l) ; que leur longueur et leur largeur soient identiques à celles des tablettes de jade. Quant à l'encoche qui y est pratiquée pour le sceau, nous proposons qu'elle ait les dimensions du sceau 2). On les ficellera avec un cordon d'or faisant cinq fois le tour."

La proposition relative aux liasses de fiches de jade 3) était ainsi conçue; „Dans les sacrifices fong et chan on associe solennellement (des personnages) pour jouer le rôle de maître de maison et à tous on présente des liasses de fiches de jade pour leur offrir respectueusement un témoignage d'attentive sincérité. Maintenant ces liasses seront au nombre de quatre; chacune d'elles sera longue de i pied et 3 pouces, large de 1 pouce et 5 /en, épaisse de 5 /en; chaque liasse comprendra 5 fiches 4) reliées par un fil d'or. La première

largeur et 1 pouce en épaisseur; mais, comme elles étaient au nombre de 5, elles formaient, quand elles étaient réunies^ un prisme quadrangulaire aussi épais que large. Nous avons signalé la même obscurité de rédaction dans le Heou Han chou (cf. p. 162, n. 2).

1) Quand les cinq tablettes de jade avaient été mises les unes sur les autres, on plaçait une latte de jade par-dessus et une par-dessous pour les protéger ; ces lattes avaient même longueur et même largeur que les tablettes, mais étaient deux fois plus épaisses que chacune d'elles.

2) Les tablettes étant placées entre les deux lattes, on ficelait le tout avec un lien d'or qui faisait cinq fois le tour et on scellait l'extrémité de ce lien au moyen d'un sceau qui mesurait, comme nous le verrons plus loin, 1 pouce et 2 dixièmes de côté. Pour recevoir ce sceau, on pratiquait dans une des lattes de jade une cavité quadrangulaire de dimensions appropriées.

3) Chacune de ces liasses 'rEf comprenait, comme on le lira plus loin, 5 fiches fj|j .

4) Puisque chaque liasse était épaisse de 5 dixièmes de pouce et comptait 5 fiches, chaque fiche devait donc être épaisse de 1 dixième de pouce; elle était, d'autre part, longue de I pied et 3 pouces et large de 1 pouce et 5 dixièmes. Nous trouvons cependant plus loin l'indication des dimensions pour les fiches de jade employées en l'an 666, lors du sacrifice fong au pied de la montagne : longueur, 1 pied et 2 dixièmes ; largeur, 1 pouce et 2 dixièmes ; épaisseur 3 dixièmes de pouce. Toutes ces dimensions s'accordent bien avec ce que nous savons des anciennes fiches sur lesquelles on écrivait avant l'invention du papier; comme ces anciennes fiches, les fiches de jade ne devaient recevoir chacune qu'une seule ligne d'écriture. C'est en effet ce qui

liasse sera présentée à l'Empereur d'en haut; la seconde, au siège de T'ai tsou; la troisième, à la divinité de la souveraine Terre ; la quatrième, au siège de Kao tsou."

La proposition relative à la boîte d'or était ainsi conçue : „Les liasses (de fiches) destinées à ceux qui sont associés lorsqu'on monte (faire le sacrifice) sont placées dans une boîte d'or qu'on dépose au retour dans la chambre du temple funéraire de Yi tsou l). Nous proposons maintenant que la longueur de cette boîte soit telle qu'elle puisse contenir les liasses (de fiches) de jade ; que sa hauteur et sa largeur soient chacune de 6 pouces; que sa forme soit celle de la boîte dans laquelle on dépose actuellement les requêtes au trône; on la ficellera avec un lien d'or qu'on scellera avec un ciment d'or sur lequel on imprimera le sceau du pouvoir impérial conféré par le Ciel."

La proposition relative aux pierres quadrangulaires qu'on empile l'une sur l'autre était ainsi conçue: ,, Autrefois on se bornait à placer les tablettes de jade dans une boîte en pierre qui était analogue aux étuis dans lesquels on mettait les livres 2; c'est pourquoi on l'appelait parfois l'étui de pierre;

nous est attesté par un fait que rapporte l'auteur du Tai lan (chap. VII, p. 15 v°): en 1747, on trouva au sommet du T^ai chan deux boîtes de jade; on ouvrit Tune d'elles; elle contenait 17 fiches de jade qui dataient de l'année 1008 où l'empereur Tchen tsong célébra le sacrifice fong\ chaque

fiche avait une seule ligne d'écriture fîfj J4>- ■ ^Fx (cf. p. 60, lignes 12 — 21).

l) Yi tsou est un terme qui vient du Chou king (chap. Chouen tien Legge, C. C, III, p. 37) où il est dit que, lorsque Chouen eut terminé sa tournée d'inspection, il revint au temple de l'Ancêtre Parfait (yi tsou) et immola un boeuf. Dans les Mémoires historiques de Sscu-ma Ts'ien (trad. fr., t. I. p. 64, n. 3), le terme de yi tsou est remplacé par celui de „grandpère et père défunt". En définitive, il semble bien que yi tsou ne désigne pas une personne déterminée, mais les ancêtres de l'empereur en général, et plus particulièrement son père et son grand-père; le temple de Yi tsou n'est donc pas autre chose que le temple ancestral de l'empereur. Plus loin cependant, en traduisant la grande inscription de 726, nous aurons l'occasion de remarquer que le terme yi tsou s'applique parfois plus spécialement au grandpère de l'empereur.

a) Au temps où les livres étaient écrits sur des fiches de bois.

maintenant nous proposons qu'on prenne trois pierres rectangulaires pour les empiler Tune au-dessus de l'autre. Pour les dix lattes de pierre on les dressera dans des encoches qu'on aura pratiquées sur les quatre côtés (du bloc formé par) les pierres rectangulaires ]) ; on ficellera le tout avec un lien d'or qu'on scellera avec un ciment de pierre sur lequel on imprimera le sceau du pouvoir impérial conféré par le Ciel."

La proposition relative à l'autel rond 2) au sommet de T'ai chan était ainsi conçue: „Qu'il y ait des chemins qui s'ouvrent sur quatre issues, c'est la règle générale pour les autels et les aires; qu'on entre et qu'on monte par la face Sud, c'est ce qui est autorisé pour la célébration du sacrifice. Maintenant nous proposons que l'autel rond sur le grand sommet 3) soit large de 5 tchang (= 50 pieds) et haut de 9 pieds; qu'on se serve de terres des cinq couleurs pour l'élever; sur chacune des quatre faces qu'on établisse un escalier; la place de l'empereur sera au Sud de l'autel; il montera par l'escalier du Sud et, parvenu en haut, il scellera les tablettes de jade."

La proposition relative au tertre de terre au sommet de l'autel rond 4) était ainsi conçue : ^Toutes les fois qu'on emploie le mot foitg, c'est pour désigner un amas de terre; lorsqu'on institue des bénéfices en répartissant des apanages, c'est aussi parce qu'on distribue (des mottes de terre servant de) dieux du sol qu'on donne ce nom (de fong au fait de

1) Cf. p. 23, fig. 6 (où il faut lire „dix", et non „douze" lattes de pierre).

2) Cet autel est celui sur lequel on édifie le coffre de pierre qu'on recouvre ensuite d'un tumulus de terre.

3) Le terme -op [Ç désigne le je kouan fong^ qui était regardé comme le point culminant du T ''ai chan. Voyez plus haut, p. 60, n° 23.

4) L'expression IMJ J^ ne peut désigner ici que l'autel rond [gl jg dont il a été question dans le paragraphe précédent. C'est sur cet autel rond qu'on élevait le tertre recouvrant le coffre de pierre.

conférer) un apanage) !) ; on voit donc quel est le sens qu'on a en vue quand on parle des sacrifices fong et chan 2). Maintenant nous proposons que, au sommet de l'autel rond, on établisse les pierres quadrangulaires 3); quand on aura fini de les sceller et de les ficeler, on ajoutera de la terre qu'on entassera de manière à faire un tumulus {fong) haut de I tchang et 2 pieds (= 12 pieds) et large de 2 tchang (= 20 pieds) ; on ajoutera au tumulus des terres des cinq couleurs et les tablettes de jade seront placées à l'intérieur. Pour ce qui est de la terre du sacrifice chan, la forme du tumulus sera aussi telle."

La proposition relative au sceau de jade était ainsi conçue: „En consultant avec soin les anciens écrits, nous avons constaté que, pour le scellement du lien des pierres quadrangulaires et pour le ciment d'or des lattes de jade, on doit se servir de l'empreinte d'un sceau pour assurer le secret et la bonne fermeture. Maintenant nous proposons que, conformément aux ordonnances, on se serve du sceau du pouvoir impérial conféré par le Ciel pour sceller les lattes de pierre; mais, pour ce qui est des lattes de jade, comme leurs dimensions ne sont pas les mêmes que celles des lattes de pierre, nous proposons qu'on fabrique un autre sceau qui sera un carré de 1 pouce et 2 fen de côté et qui aura la même suscription que le sceau du pouvoir impérial conféré par le Ciel; on s'en servira pour sceller les tablettes de jade 4). La forme des lattes de pierre sera

1) Sur la cérémonie de l'investiture per glebam, voyez le chapitre LX de Sseu-ma Ts'ien.

2) En d'autres termes, le nom même de la cérémonie fong prouve qu'elle doit comporter l'érection d'un tumulus. Ce tumulus paraît n'avoir pas existé à l'époque des Han (voyez plus loin, p. 179, lignes 2 — 8).

3) Les trois pierres quadrangulaires formant le coffre de pierre à l'intérieur duquel on a logé la prière écrite sur des tablettes de jade.

4) Plus exactement : pour sceller les lattes de jade recouvrant la boîte contenant les tablettes (cf. p. 182, lignes 1 — 9).

conforme aux précédents établis pendant la période kien-zvou (25 — 55 P-C) de la dynastie Han1)."

La proposition relative à l'érection d'une stèle était ainsi conçue: „On fait une inscription sur une pierre et on y rappelle les titres (de l'empereur) pour manifester et exalter son oeuvre glorieuse. Sur l'autel du sacrifice fong au sommet de la montagne, sur celui du sacrifice chan au bas de la montagne et sur celui où l'empereur donne audience plénière, on érige une stèle pour commémorer cela 2)."

La proposition relative à l'autel sur lequel on annonce l'arrivée était ainsi conçue: „Quand (l'empereur) est arrivé au bas de la montagne, les rites veulent qu'il procède à l'annonce de l'arrivée; il allume un bûcher du côté de l'Orient pour l'Empereur d'en haut; il fait de loin les sacrifices (aux montagnes et aux cours d'eau) en suivant l'ordre prescrit; il honore à la ronde tous les esprits. Nous proposons maintenant que cet autel soit un carré de 81 pieds de côté, et qu'il soit haut de 3 pieds; les escaliers là aussi formeront quatre issues 3). Pour ce qui est du sacrifice chan, nous proposons que l'autel carré et tout le reste du cérémonial 4) soient conformes au rite que nous venons de décrire ; nous proposons aussi qu'on célèbre simultanément le sacrifice sur un bûcher, comme le veut la règle, et les sacrifices faits de loin (aux montagnes et aux cours d'eau) suivant l'ordre prescrit."

La proposition relative à l'abandon des piliers de pierre 5)

1) Cf. p. 162, lignes 7 — 14.

2) Il y a donc en tout 3 stèles, chacune étant placée auprès de l'un des trois autels précités.

3 ) Cet autel pour annoncer l'arrivée -Sf ^¥* Jw 1 Qn* est au P'^ de

la montagne, paraît ne faire qu'un avec l'autel du sacrifice fong au pied de la montagne (cf. p. 172, n. 2).

4) Au lieu de g£ 4ËL , l'édition du Tch'ô kiang chou £/« (1 872) donne la leçon V\! ||& lai „et tout le reste des cérémonies prévues par la règle."

5) Dans le récit de Ma Ti-po qui accompagna l'empereur Kouang-wou

et des pierres d'entourage grandes et petites !) était ainsi conçue: „Quand on plaçait des contreforts en pierre, on avait en vue d'assurer la solidité; à l'origine cela offrait une utilité réelle: comment pourrait-on dire que c'était un simple ornement? Quand ensuite on a entassé de la terre et qu'on a fait un gros tumulus, cela suffit à assurer (à la construction) une durée éternelle comme celle du ciel et de la terre. Quand aux petites pierres d'entourage qui encerclent l'autel et quand aux piliers de pierre qui sont dressés tout autour, c'est là une chose dont les livres classiques ne parlent point et qui n'est d'aucune utilité pour les rites et pour la justice; c'est une superfétation qui n'est point nécessaire. Nous proposons qu'on les retranche."

T'ai tsong approuva ces propositions et ordonna qu'elles fussent annexées aux rituels.

La quinzième année (641), il rendit un décret pour annoncer qu'il se proposait d'aller accomplir les cérémonies sur le T'ai chan. Il ordonna derechef aux ducs du palais, aux hauts dignitaires et à tous les lettrés de fixer minutieusement le cérémonial. Le t'ai tch'ang k'ing (chef du bureau des cérémonies religieuses) Wei T'ing et le che-lang du ministère des rites Ling-hou Tà-fen furent nommés préposés aux sacrifices fong et chan et chargés d'examiner en commun les propositions qui seraient faites; cette fois encore, ceux

lorsque celui-ci célébra le sacrifice fong en 56.p.C, on trouve une description de l'autel élevé au sommet du T 'ai chan (Heou Han chou^ chap. XVII, p. 4 r°): des quatre côtés, dit Ma Ti-po se trouvaient des piliers. Il faut se représenter sans doute ces piliers comme analogues à ceux de la sépulture de la famille Wou^ à Kia-siang hien du Chan tong^ ou à ceux du T'ai che, du Chao che et de la mère de KH à Teng fong hien du Ho-nan\ placés par paire, ces piliers formaient une sorte d'entrée monumentale ; il y avait quatre paires de ces piliers disposés aux quatre points cardinaux autour de l'autel sur lequel on faisait la cérémonie fong au sommet de la montagne.

l) Dans le cérémonial des Han (cf. p. 163, lignes 2 — 12), les pierres d'entourage étaient de deux sortes: les unes étaient les gros contreforts qui appuyaient leurs têtes sur les angles du coffre de pierre; les autres étaient les petites

qui prirent alors part à la discussion défendirent des opinions divergentes. Yen Che-kou adressa un rapport à l'empereur pour développer et éclaircir ses propositions précédentes; T'ai tsong examina sa requête et prit en général ses décisions conformément à ce qu'avait exposé (Yen) Che-kou. Cependant lorsque l'équipage impérial arriva au palais de Lo-yang, il y eut le prodige d'une comète; alors un décret fut rendu pour annoncer que cette entreprise était abandonnée.

Quand Kao-tsong (650 — 683) eut pris le pouvoir, les ducs du palais et les hauts dignitaires lui proposèrent à diverses reprises de faire les sacrifices fong et chan\ lorsque Tsofien x) eut été nommée impératrice, elle l'y poussa aussi secrètement. Le deuxième mois de la deuxième année lin-fô (665), l'équipage impérial quitta la capitale pour aller dans l'Est faire une inspection des fiefs. Un décret ordonna aux fonctionnaires des rites et aux lettrés au vaste savoir de fixer par sélection le cérémonial des sacrifices fong et chan. On fit le sacrifice 2) au jour wou-tch'en, premier du premier mois de la première année Vien-fong (666). Préalablement, les fonctionnaires de service s'étaient purifiés pendant les sept jours précédant le sacrifice. Au point du jour 3), le fai-wei harangua les fonctionnaires de tout rang sur l'esplanade centrale du cortège impérial en disant: Le premier jour du prochain mois on fera le sacrifice fong 4) ; le deuxième jour, on montera faire le sacrifice fong sur le T'ai chan-, le troisième jour, on fera le sacrifice chan sur

pierres levées qui faisaient comme une ceinture autour de l'autel. Les T^ang conservèrent les premières et renoncèrent aux secondes; ils supprimèrent aussi les piliers.

1) La fameuse impératrice Wou qui exerça plus tard la régence pendant de longues années.

2) Il me semble qu'il faut lire Tfcf 1» au lieu de >É| ffl .

3) Au moment où commençait la période de jeûne, c'est-à-dire sept jours avant le premier du premier mois de la première année Pien-fong.

4) Le sacrifice fong au pied de la montagne.

le Ch'ô-cheou l). Que chacun de vous s'acquitte avec zèle de ses fonctions; pour ceux qui ne rempliraient pas leurs obligations, le gouvernement a des châtiments réguliers."

L'empereur se purifia dans le palais de voyage pendant quatre jours; quand fut arrivé le troisième jour de purification, les fonctionnaires attachés à la personne de l'empereur et qui devaient faire l'ascension à sa suite, ainsi que tous les fonctionnaires qui prenaient part à la cérémonie et les envoyés étrangers des diverses régions se purifièrent tous pendant une nuit dans les bâtiments officiels de leurs administrations respectives.

Un jour avant le sacrifice, les gardes du corps ordonnèrent à leurs subordonnés de disposer, un quart-d'heure après l'heure wei (i — 3 heures de l'après midi), la moitié des armes appartenant à l'étendard jaune en dehors du talus extérieur pour se purifier là pendant une nuit avec les musiciens.

Les fonctionnaires que cela concernait firent un autel rond2) à quatre li au Sud du Pic majestueux3); il eut trois étages et douze escaliers et fut conforme aux règles qu'on observe pour le tertre rond 4). Le sommet de l'autel fut peint en vert, et les quatre côtés de la couleur appropriée au côté auquel ils correspondaient respectivement. En même temps on fit un autel pour l'offrande qui devrait être brûlée, et trois rangs de talus. On fabriqua en outre trois liasses de fiches de jade qui étaient toutes formées de fiches de jade reliées entre elles par un lien d'or; chaque fiche était longue de 1 pied et 2 pouces, large de 1 pouce et 2 fen, épaisse de 3 fen5); des caractères d'écriture y furent gravés sur le

i) Cf. le chapitre „ Description du T'ai chan"^ n° 173.

2) Il s'agit de l'autel sur lequel on célèbre le sacrifice fong au pied de la montagne (fong sseu fan).

3) L'expression ~T^ ^fgfc désigne le T'ai chan.

4) C'est-à-dire l'autel sur lequel on sacrifie au Ciel dans la banlieue méridionale de la capitale.

jade et remplis d'or. En outre, on fit une boîte de jade pour y placer la liasse de jade destinée à la divinité principale; cette boîte était longue de i pied et 3 pouces; avec les lattes de jade (qui l'entouraient), elle formait (en hauteur et en épaisseur) un carré de 5 pouces de côté; à l'endroit où devait passer le lien, on incisa cinq rainures; à l'endroit où devait être apposé le sceau, on incisa une cavité de 2 fen de profondeur et de 1 pouce et 2 fen en long et en large. En outre, on fit deux boîtes en or pour y placer les liasses de fiches de jade destinées aux (personnages jouant le rôle d')assistants ') ; les dimensions de ces boîtes étaient identiques à celles de la boîte de jade. En outre, on prépara des liens d'or jaune pour ficeler la boîte de jade ; chacun de ces liens faisait cinq fois le tour. On fit du ciment d'or pour la boîte de jade et les boîtes d'or. On fit un sceau de jade ayant la forme d'un carré de 1 pouce et 2 fen de côté et portant la même suscription que le sceau du pouvoir impérial conféré par le Ciel; il était destiné à sceller la boîte de jade et les boîtes d'or. En outre, on fit un coffre de pierre (afin de recevoir) la boîte de jade; on employa pour cela (trois) pierres carrées qu'on superposa; chacune d'elles avait cinq pieds de côté et était épaisse de 1 pied; on pratiqua une cavité à l'intérieur des pierres carrées de manière à ce qu'elle pût contenir la boîte de jade. Sur les côtés du coffre de pierre, dans tous les endroits où devaient s'appliquer les lattes (de pierre), on fit des incisions profondes de 3 pouces et 3 fen et larges de 1 pied. Dans tous les endroits où devait passer le lien, on fit des incisions profondes de 3 fen et larges de 1 pouce et 5 fen. On fit 10 lattes de pierre pour encadrer le coffre de pierre; chacune d'elles était longue de 3 pieds, large

1) Les empereurs défunts Kao tsou et Tlai tsong auxquels on sacrifiait comme aux assistants de la divinité.

de i pied, épaisse de 7 pouces. Sur toutes on fit des entailles de 4 pouces de profondeur formant une encoche pour le sceau et 3 rainures (pour les liens); aux endroits où devait être apposé le sceau, ces entailles formaient un carré de 5 pouces de côté ; aux endroits où devaient passer les liens, elles étaient larges de 1 pouce et 5 fen\ pour toutes il y avait de petits couvercles de pierre façonnés à la mesure des entailles pratiquées sur les lattes; on enfonça les lattes dans du ciment qui les scellait; ces lattes se trouvèrent ainsi dressées sur les côtés du coffre de pierre; il y en avait 3 au Sud et 3 au Nord, 2 à l'Est et 2 à l'Ouest; elles étaient toutes à 7 pouces de distance des angles du coffre. En outre on fit des liens d'or *) pour ficeler le coffre de pierre; chacun de ces liens faisait cinq fois le tour et avait 3 fen de diamètre. On fit du ciment de pierre pour luter le coffre de pierre; ce ciment était formé de poudre de pierre mêlée à des terres des couleurs correspondant aux directions. On fit 12 contreforts de pierre qu'on distribua en les superposant (3 par 3) pour renforcer les angles du coffre de pierre; chacun de ces contreforts était large de 2 pieds et long de 1 tchang (= 10 pieds); sa tête était taillée en double biseau pour s'adapter exactement à l'angle du coffre.

Au sommet du T^ai chan on établit l'autel de la cérémonie fong qu'accomplirait l'empereur quand il monterait sur la montagne; cet autel avait au sommet un diamètre de 5 tchang (= 50 pieds); il était haut de 9 pieds et avait 4 escaliers servant d'issues; le sommet de l'autel était peint en vert et les quatres faces étaient de la couleur appropriée à la région correspondante. Un talus unique se conforma à la disposition du terrain. Quant aux tablettes de jade, à la boîte de jade, au coffre de pierre, aux lattes de pierre,

1) 11 y en avait 3.

aux contreforts de pierre, tout cela fut semblable aux modèles adoptés pour le sacrifice fong l).

En outre, on fit sur la montagne Chô-cheou l'autel (du sacrifice) chan (que devait célébrer l'Empereur quand il serait) descendu (du T'ai chan); c'était un autel octogonal; il avait un étage et huit escaliers et il était conforme aux règles qu'on observe pour le tertre carré; le sommet de l'autel était peint en jaune et chacun de ses quatre côtés était de la couleur appropriée à la région à laquelle il correspondait; un triple talus suivait la configuration du terrain. Quant aux tablettes de jade, à la boîte de jade, au coffre de pierre, aux lattes de pierre, aux contreforts de pierre, cela aussi fut conforme aux règles adoptées pour le sacrifice fong.

Le douzième mois de cette même année (665) 2), l'équipage impérial arriva au pied du T'ai chan. Un fonctionnaire présenta à l'empereur une explication du cérémonial où il disait: „Pour le sacrifice fong, Kao tsou (618 — 626) et T'ai tsong (627 — 649) y seront associés ensemble; pour le sacrifice chan sur le Chô-cheou, l'impératrice T"1 ai-mou 3) et l'impératrice Wen-tô 4) y seront associées ensemble, et ceux qui s'acquitteront des rites de l'offrande secondaire et de la dernière offrande seront tous des ducs du palais et des hauts dignitaires."

L'impératrice 5) fit alors une requête contradictoire où elle disait: „En examinant avec respect les rites prévus pour le sacrifice fong (qu'on célébrera au sommet (du T'aichan), (je constate qu')ils dépassent de fort loin ceux qui étaient pratiqués dans l'antiquité; mais, pour ce qui est du cérémonial prévu pour le sacrifice chan qu'on célébrera

1) Le sacrifice fong au bas de la montagne.

2) L'auteur reprend maintenant son récit au moment où le cortège impérial arrive au pied du T'ai chan.

3) Femme de Kao tsou.

4) Femme de T'ai tsong.

5) L'impératrice Wou Tso-t'ien.

en bas (du T'ai chan) j'estime qu'il est insuffisant; en ce jour où on sacrifiera à la divinité de la Terre, on associe glorieusement à la divinité des impératrices défuntes; mais, lorsqu'il s'agit de célébrer le sacrifice, on y emploie uniquement des ducs du palais et des hauts dignitaires. Je crains, dans ma modeste sincérité, que cela ne soit pas parfaitement convenable; en effet, pour le Ciel et la Terre il y a des places bien déterminées et le dur et le mou ont des valeurs différentes; d'après ce qu'expose la doctrine des livres classiques, le cérémonial féminin et le cérémonial masculin sont donc distincts; lorqu'il s'est agi de constituer des associés pour l'autel féminin, on s'est conformé au sexe de la divinité de la Terre; (d'autre part), présenter les offrandes parfumées dans des vases de jade, cela relève proprement des attributions de la femme ; d'ailleurs, puisqu'on invite les augustes impératrices défuntes à venir en personne participer au précieux festin, pourquoi ordonne-t-on à de hauts fonctionnaires de sexe masculin de s'immiscer à des sacrifices parfaits offerts à des femmes? Si on raisonne en bonne logique, il y a là quelque chose qui jette le désordre dans une excellente ordonnance. Bien que l'origine des prescriptions rituelles ait pris naissance dans les statuts de l'antiquité, les règles relatives à l'ascension et à la descente (du Vai chan) étaient encore trop défectueuses pour être des combinaisons de longue durée; en effet, quand les souverains des anciennes dynasties allèrent faire le sacrifice fong sur le pic, quoiqu'ils prétendissent mettre ainsi en lumière le nom de leur dynastie, les uns, tout en prétextant d'inspecter au temps voulu les moeurs de leur peuple, avaient pour désir d'obtenir l'immortalité des génies, les autres, espérant acquérir de la renommée par de (prétendus) sentiments (désintéressés), ne s'occupaient profondément que de leur propre personne. Comment ces souverains seraientils comparables à vous qui, après avoir étendu votre action

transformatrice jusqu'aux quatre extrémités du monde, en reportez la gloire à vos divins aïeux, et qui, après avoir dépassé par votre sagesse le Ciel et la Terre, en faites revenir le mérite à la vertu de vos ancêtres? Pourquoi devriezvous vous conformer à des règles surannées et renoncer à instituer une réglementation parfaite? Moi, votre servante, je réside par erreur dans le gynécée odorant, je demeure par usurpation dans le harem parfumé; mais, comme mes attributions sont de servir à manger dans l'intérieur de la maison et comme mes occupations sont de faire cuire et de goûter les mets, j'ai le devoir de m'acquitter de cette tâche envers les défuntes, j'ai le droit de donner de l'éclat à l'offrande des plantes aquatiques pHn et tsao *). Cette pensée infinie se noue au plus profond de mon coeur; mes sentiments de respect en vérité sont intenses lorsqu'il s'agit de donner de l'éclat à ces sacrifices. De bonne heure le privilège m'a été ôté de préparer le lit de mes parents et de les saluer2); j'ai été privée de la possibilité de les servir le matin et le soir; maintenant qu'il est question de faire une auguste offrande, comment pourrais-je rester tranquille au milieu des tentures et des baldaquins? C'est pourquoi, harcelée de préoccupations quand je suis couchée pendant la nuit, je songe au quartier des femmes et je dresse vers lui mon âme; accablée de soucis quand je suis levée pendant le jour, je pense à la banlieue de Leangz) et je laisse aller vers elle mon coeur. J'espère humblement que, le jour où on accomplira la cérémonie, je pourrai me mettre à la tête des six départements du harem et de toutes les femmes qui ont des charges officielles soit dans le palais,

i) Ces plantes étaient offertes aux sacrifices adressés à des femmes.

2) Le devoir d'un enfant est de disposer la literie de ses parents le soir et de venir les saluer le matin. Cf. Li ki, chap. JCiu li^ I, 2, trad. Couvreur, t. I, p. 11.

3) La montagne Ch'ô cheou sur laquelle devait se faire la cérémonie chan pouvait être considérée comme se rattachant au Leang-fou\ cf. p. 168, n. 1.

soit au-dehors, pour aller présenter en personne les offrandes. Dans l'espérance de manifester mon respect (aux âmes défuntes) comme si elles étaient en vie, et dans mon intention d'accomplir un cérémonial de respect, j'ai accumulé cette faible sincérité et j'ai retenu ma respiration. Puisque nous sommes au moment où le cortège impérial va recevoir Tordre de se tenir sur ses gardes, et comme l'offrande de l'anneau de jade ne va plus tarder, je fais connaître promptement mes sentiments intimes dans l'espérance d'ajouter quelque chose à l'auguste cérémonie. Je souhaite que votre sainte Majesté promulgue une règle qui se répandra éternellement dans les statuts parfumés, et je souhaite que le faible éclat du ver luisant et de la chandelle ajoute sa clarté à celle du soleil et de la lune".

A la suite de cette requête, dans le sacrifice offert à la divinité de la Terre sur le Leang-fou, ce fut l'impératrice qui fut chargée de l'offrande secondaire et ce furent les principales épouses des rois qui furent chargées de la dernière offrande.

Le jour ping-tcWen !), l'ex lo cho fou kouo yi Li King-tcheng fit une dissertation au sujet de l'eau pure dont il fallait remplir les coupes dans les sacrifices fong et chan ; (cette dissertation était ainsi conçue:) vHouai~nan tseu dit: „ Quand

i) Douze jours avant le premier jour du premier mois de l'année 666.

2) La discussion qu'on va lire est assez curieuse. Elle suppose tout d'abord une idée qui existait depuis fort longtemps dans l'esprit Chinois, à savoir que le soleil est le principe du feu tandis que la lune est le principe de l'eau. La première proposition se comprend d'elle-même et déjà Prométhée avait ravi le feu au soleil; quant à la seconde proposition, il est assez facile d'en apercevoir l'origine; en effet, comme c'est par les nuits claires que la rosée tombe le plus abondamment, on est porté à penser que c'est la lune qui produit la rosée. Aussi n'est-il point surprenant de retrouver cette même croyance dans l'antiquité classique; Lucien {Icarotnénippe^ 13), racontant les merveilleux voyages de Ménippe au plus haut des airs, nous le montre en conversation avec Empédocle qu'il rencontre dans la lune; Empédocle, projeté dans la lune par l'Etna, habite cet astre et s'y nourrit de rosée. Pline l'ancien (Hist. Nat., XX, 1) dit que le soleil dévore les eaux et que

i88 le fang-tchoîi fait face à la lune, il devient humide et cela

la lune les produit „aquas sole dévorante, luna pariente". Dans la Pharsale de Lucain (VI, 506), la lune maîtrisée par les enchantements d'une magicienne de Thessalie s'approche pour cracher sa salive sur les herbes préparées pour la recevoir.

Donec suppositas propior despumet in herbas. Voyez, pour plus de détails, Roscher, Uber Selene und Verwandtes, p. 49 et p. 86.

Ce feu du soleil et cette eau de la lune sont d'une pureté absolues ; aussi les Chinois estimaient-ils qu'il importait d'en recueillir pour les usages rituels des sacrifices.

Les instruments au moyen desquels on obtenait du feu étaient le yang souei

HJy $& et *e tsouan souei &m fyM\ '•> ce dernier, destiné aux usages domestiques, produisait le feu par la friction d'une cheville de bois à l'intérieur d'une pièce de bois percée d'un trou", c'est de cet instrument que Hotiai-nan tseu dit (chap. XVII, p. 16 v°); „Quand on se sert du souei pour prendre le feu, si on opère avec trop de lenteur, on n'obtient rien; si on opère trop vite, on ne réussit pas"; comme cet appareil tirait le feu du bois on l'appelait parfois le mou souei ~Jh ék}& (commentaire de Kia Ko?ig-yen au Tcheou li, chap. XXXVI, à la fin). Quant au yang souei, qui était réservé aux usages religieux et qui est le seul dont nous ayons à nous occuper ici, il tirait le feu du soleil et c'est ce qu'exprime son nom qui signifie le souei du principe yang) c'était un miroir métallique. Pour produire de l'eau pure, on n'avait recours qu'à un seul instrument qui était disposé de manière à recueillir la rosée, c'est à dire l'humidité produite par la lune ; c'était aussi un miroir métallique qu'on appelait tantôt kien (= miroir), tantôt fang tchou, tantôt kien te hou (miroir tchou)\ c'est sans doute un objet de ce genre que portait le génie de bronze placé en 115 av. J.-C. par l'empereur Wou au sommet du belvédère Po leang (cf. Sseu-ma Ts'ien, trad. fr., t. III, p. 471, n. 2). Ces deux sortes de miroirs sont souvent cités dans la littérature chinoise; Houai-nan tseu (chap. VI, p. 2 v°) écrit cette phrase, reproduite plus tard par Wang TclCong'. „Le yang-souei prend le feu au soleil; le fang-tchou prend la rosée à la lune;" le Tcheou li (article du sseu hiuan, trad. Biot., t. II, p. 381) dit: „Le préposé à la lumière se sert du fou-souei pour prendre le feu pur au soleil; il se sert du miroir {kien) pour prendre l'eau pure à la lune". Il semble donc bien établi que les instruments dont on se servait pour recueillir le feu du soleil et l'eau de la lune étaient deux sortes de miroirs métalliques. En l'année 666, cependant, le texte que nous traduisons en ce moment prouve qu'on proposa une autre explication des anciens usages; comme on le lira plus loin, on avait éprouvé quelques insuccès en cherchant à recueillir de la rosée au moyen du miroir métallique; King Tcheng prétendit que la cause en était qu'on n'avait pas bien compris ce que disaient les textes antiques; un passage de Houai nan tseu, que je n'ai pas pu retrouver dans les oeuvres assez volumineuses de cet écrivain, semble en effet établir que le fang te hou n'était pas un miroir; d'après le commentateur Kao Yeou, c'était une huître

produit de l'eau 1)" Kao Yeou dit dans son commentaire : „Le fang-tchou ou yin-souei2) est une grande huître; après l'avoir frottée pendant longtemps de manière à la rendre chaude, si on la tourne vers la lune, de l'eau se produit; on recueille celle-ci dans un bassin de cuivre; il en tombe plusieurs che 3)." Wang TcÏÏong dit dans son Louen heng: „Le yang-souei prend du feu au soleil; le fang-tchou prend de l'eau à la lune. Ces deux astres sont extrêmement éloignés de nous; si cependant le feu arrive et si l'eau vient, c'est la preuve qu'il y a eu une influence exercée sur les émanations." Le cérémonial du livre des Han*) dit: „Au huitième mois, lorsqu'on boit le vin tcheou, l'empereur accomplit la cérémonie de l'examen (de la victime) le soir; avec le kien-tchou on prend l'eau de la lune; avec le yang-souei on prend le feu du soleil." Le chapitre Wao kong ki du Tcheou H dit: „I1 y a six sortes d'alliages métalliques; celui qui est composé d'or et d'étain par parties égales est celui qu'on appelle l'alliage du kien et du souei 3)." Le commentaire de Tcheng Hiuan dit: „Le kien et le souei sont des instruments qui servent à prendre l'eau et le feu au soleil et à la lune." D'après ce commentaire de Tcheng, les instruments pour l'eau et le feu sont faits tous deux

de très grandes dimensions; en se fondant sur cette explication, King Tcheng déclarait qu'il fallait renoncer au miroir métallique et avoir recours à une huître, ou plus vraisemblablement à une écaille d'huître, de plus d'un pied de diamètre.

i) Ce texte est obscur. On va lire l'explication qu'en donne Kao Yeou; mais elle lui est personnelle et ne saurait prouver que Houai-nan tseu luimême considérât le fang tchou comme une huître.

2) Le terme y in souei est formé par analogie avec yang souei ; celui-ci étant le souei du principe yang, c'est à dire du feu, le yin souei sera le souei du principe yin, c'est à dire de l'eau.

3) Le che est une mesure de dix boisseaux (jeou).

4) Cf. TsHen Han chou, chap. XIV, p. 2 r°.

5) C'est à dire l'alliage avec lequel on fabriquait le miroir kien destiné à recevoir l'eau pure et le miroir yang souei destiné à prendre le feu du soleil. Cf. Tcheou li, trad. Biot. t. II, p. 492.

d'or et d'étain. Maintenant, le (fonctionnaire appelé) sseu-tsai possède le souei du principe yang\ sa forme est celle d'un miroir rond ; il sert à prendre le feu pur ; le kien du principe y in a la forme d'un miroir carré; il sert à prendre l'eau pure. Cependant, lors des sacrifices de ces dernières années, si on s'est chaque fois servi du souei du principe yang pour prendre le feu et si on a obtenu celui-ci au moment voulu, (en revanche), quand on a voulu se servir du kien du principe yin pour prendre l'eau, on n'a pas réussi à obtenir celle-ci et c'est pourquoi on s'est servi d'eau de puits pour remplacer l'eau pure."

Un édit fut alors rendu pour ordonner aux fonctionnaires des rites de faire une enquête au sujet de la discussion que King Tcheng avait faite ') sur le bien ou le mal fondé des opinions des anciens lettrés ainsi que sur l'eau pure; ce décret était ainsi conçu :

„ Quand le Tcheou li parle de l'alliage formé de parties égales d'or et d'étain, il expose la méthode pour fabriquer le souei du principe yang\ c'est par erreur que Tcheng Hiuan a expliqué ce passage comme une règle s'appliquant au kien du principe yin. D'après la méthode employée dans l'antiquité pour prendre l'eau pure, il faut se servir du fang tchou." Après avoir cité les textes de Houai-nan tseu et autres relatifs à l'usage de la grande huître, le décret impérial disait encore: vKing Tcheng1) a pris pendant le huitième ou le neuvième mois une huître large d'un pied et deux pouces et il l'a mise à l'essai conformément à la méthode. Entre l'heure où les hommes cessent de travailler et le milieu de la nuit, il a obtenu quatre à cinq boisseaux d'eau. Ce qu'a exposé King Tcheng, nous avons trouvé après

i) Au lieu de |g| gfr , il semble qu'il faille lire jSfî gj£ .

2) Au lieu de ]1|[ , leçon de l'édition de Chang-hai, il faut lire *@* , leçon de l'édition du Tch'ô kiang chou kiu.

examen que ce n'était dénué ni de fondement ni de réalité." Le décret impérial disait encore: „ Qu'on commence par faire une expérience et qu'on constate l'exactitude de ce qu'il propose; je délègue donc King Tcheng pour que, se munissant lui-même d'une huître, il se rende sur le T'ai chan et fasse une épreuve contradictaire en présence des fonctionnaires que cela concerne."

Ce même jour, l'empereur fit un édit en ces termes: „Les règlements de l'antiquité et ceux des temps modernes diffèrent entre eux sous le rapport du luxe ou de la simplicité ; les dimensions prescrites ont été modifiées constamment à travers les dynasties successives; c'est seulement pour les sacrifices au Ciel et à la Terre qu'on n'a point changé les dispositions. C'est là faire trop de cas de soi-même et traiter avec trop de légèreté le Ciel. En outre, maintenant quand on fait les sacrifices fong et chan, on se sert de tablettes de jade et de liens en or et cependant parmi les objets dont on fait usage il y a encore des coupes en argile et des nattes en paille; on emploie tout cela simultanément dans l'accomplissement de la cérémonie et il y a ainsi un mélange contradictoire de luxe et de simplicité; cela est disparate et irrégulier; cela est extrêmement peu satisfaisant. Dans les endroits où on célèbre le sacrifice fong et le sacrifice chan qu'on fait en descendant (du T'ai chan), quant on a arrangé les places pour l'Empereur d'en haut et la souveraine Terre, on commence par disposer (les nattes en) chaume et en paille, les jarres en terre et les écuelles en calebasse; tous ces objets devront être remplacés par des tapis et des coussins et par des vases lei et tsio. Que chaque chose soit luxueuse. Dans les divers sacrifices de la banlieue, on se conformera aussi à cette règle."

A la suite de cet édit, le siège du Ciel majestueux Empereur d'en haut fut couvert d'un coussin azuré; celui de la divinité de la souveraine Terre fut couvert d'un coussin

IÇ2

jaune; ceux des empereurs et des impératrices qui étaient respectivement associés à ces divinités furent couverts de coussins violets; les nattes des Empereurs d'en haut des cinq directions de l'espace et celles du grand astre (soleil) et de l'astre de la nuit (lune) eurent des couleurs appropriées à leurs régions respectives; les sièges des officiers du palais et des personnages de grade inférieur furent faits en nattes de jonc.

Le premier mois de la troisième année (666) *), l'empereur alla en personne présenter des offrandes au Ciel majestueux Empereur d'en haut au pied de la montagne; l'autel du sacrifice fong fut conforme aux prescriptions rituelles relatives au tertre rond. Quand le sacrifice fut achevé, l'empereur scella lui-même les liasses (de tablettes) de jade, les plaça dans le coffre de pierre et prit des terres des cinq couleurs pour sceller ce dernier. Le diamètre du (tumulus) rond fut de i tchang et 2 pieds (= 12 pieds); sa hauteur fut de 9 pieds.

Ce même jour, l'empereur accompagné des ministres attachés à sa personne et des officiers subalternes, monta sur le T'ai chan\ le lendemain, il atteignit le sommet de la montagne. Sur l'autel consacré au sacrifice fong qu'on célèbre quand on est monté (sur la montagne), il scella les fiches de jade; après quoi il revint dans le palais de purification au bas de la montagne. Le jour suivant, il sacrifia en personne à la divinité de la souveraine Terre sur le sommet du mont Ch'o-cheou. L'autel du sacrifice chan qu'on célèbre quant on est descendu (de la montagne) fut conforme aux prescriptions rituelles relatives au tertre carré 2). L'impératrice fit la seconde offrande; la fai fei du royaume

i) Il s'agit de la troisième année lin-t'ô qui, à partir du cinquième jour du premier mois, prit le nom de première année kHen-fong. Comme le sacrifice fong au pied de la montagne fut célébré le premier jour du premier mois, l'année s'appelait encore la troisième année lin-t'ô.

2) Le tertre sur lequel on célèbre la sacrifice à la terre dans la banlieue septentrionale de la capitale.

de Yue, dame Yen, fit la dernière offrande '). Le lendemain, l'empereur se rendit sur l'autel des audiences pour donner audience à tous les officiers; il se conforma aux prescriptions rituelles concernant le jour de l'an. Quand ce fut fini, il offrit un banquet à tous les fonctionnaires civils et militaires; il accorda une amnistie générale et changea le nom de la période d'années 2).

Avant cela, lorsque l'empereur avait en personne fait les offrandes sur l'autel du sacrifice chan qu'on célèbre quand on est descendu (de la montagne), après que le rite de la première offrande fut terminé les fonctionnaires préposés aux cérémonies se retirèrent tous et descendirent (de l'autel) ; les eunuques tinrent des rideaux et l'impératrice, accompagnée des femmes des six harems, monta alors sur l'autel et accomplit les rites ; les rideaux et les baldaquins étaient tous faits de soies bigarrées et de broderies. Les fonctionnaires de toutes catégories contemplaient de loin ce spectacle en se tenant à leurs places et quelques uns d'entre eux critiquaient secrètement (ce qui se passait).

Puis l'empereur ordonna par décret qu'on érigeât des stèles pour le sacrifice fong qu'on célèbre quand on est monté (sur la montagne), pour le sacrifice chan qu'on célèbre quand on en est descendu et pour l'audience plénière ; chacune de ces stèles fut placée sur son autel respectif. L'empereur ordonna encore par décret que l'autel du sacrifice fong 3) serait appelé la terrasse des grues qui dansent ( Wou ho fai)t que l'autel du grand tertre 4) serait appelé

i) Ainsi l'impératrice avait obtenu gain de cause (cf. p. 184 — 187); mais, comme on va le lire plus bas, plusieurs fonctionnaires furent choqués de voir des femmes officier dans une cérémonie solennelle.

2) Cf. p. 192, n. 1.

3) L'autel du sacrifice fong au bas de la montagne.

4) L'autel du sacrifice fong au sommet de la montagne; cf. p. 176, n. 3. Cet autel est celui qu'on appelle habituellement le teng fong fan ; cf. p. 20, lignes 28 — 32.

la terrasse des souhaits de longue vie ( Wan souei t'ai), que l'autel du sacrifice chan qu'on célèbre quand on est descendu (de la montagne) serait appelé la terrasse de la nuée brillante (King yun fat) ; ces noms étaient destinés à rappeler les prodiges de bon augure qui s'étaient accomplis au moment (des sacrifices accomplis en ces divers lieux).

Après que Kao tsong eut fait le sacrifice fong sur le T'ai chan, il désira encore aller faire le sacrifice fong tour à tour sur les cinq pics !). C'est à cette occasion, que, la première année yong-chouen (682), il établit la sous-préfecture de Song-yang 2) au Sud de la montagne Song dans l'arrondissement de Le Cette même année, le septième mois, il ordonna aux autorités de cette localité de construire le Palais pour sacrifier au Ciel (fong fien kong). Le premier mois de la seconde année (683), l'empereur favorisa de sa venue le Palais pour sacrifier au Ciel; puis, dans le courant du septième mois, il rendit un édit pour annoncer son intention de célébrer les sacrifices fong et chan sur la montagne Song le onzième mois de cette même année (683). Un autre édit chargea les fonctionnaires suivants de fixer minutieusement le cérémonial; le ssen-ye du Icouo tseu (kiejt) Li Hing-wei, le Ifao kong yuan-wai-lang Kia Ta-yin, les fai tclfang po-che (lettrés au vaste savoir de la cour des sacrifices) Wei Chou-hia, P^ei Cheou-tcheng et Fou Pao-sou.

"Voici quelles furent leurs propositions: on élèverait un autel pour le sacrifice fong 3) conformément au cérémonial prescrit pour le tertre rond4); on en peindrait le sommet

1) Coniine on va le voir, il n'eut par le temps de mener à bien ce projet; il put seulement prendre des dispositions pour célébrer le sacrifice fong sur le Song chan ou Pic du centre; mais il mourut avant la date fixée pour cette cérémonie et ce fut sa femme, l'impératrice Wou, qui l'accomplit en 697.

2) Kn 697, l'impératrice Z«, après avoir fait le sacrifice fong sur le Pic du Centre, changea le nom de Song-yang en celui de Tcng-fo?ig\ c'est encore aujourd'hui le nom que porte cette sous-préfecture de la province de Ho-nan.

3) Il s'agit de l'autel pour le sacrifice fong au pied de la montagne.

4) Cf. p. 181, n. 4.

de couleur sombre et les quatre faces de couleurs appropriées à leurs orientations respectives; on ferait un autel rond qui serait surélevé sur trois étages et qui aurait ainsi une hauteur totale de vingt-quatre pieds, chaque étage étant haut de six pieds l) ; au sommet, l'autel aurait un diamètre de 16 pas; les trois étages auraient chacun 4 pas de large; on établirait douze escaliers qui auraient chacun une largeur de 8 pieds au sommet et de 1 tchang et 4 pieds (= 14 pieds) à la base ; on ferait un triple talus ; le talus le plus extérieur2) formerait un pourtour de 30 pas (de large); le talus le plus intérieur formerait un pourtour de 50 pas (de large) ; l'autel pour le bûcher 3) serait au Sud-Est de l'autel (rond) et serait à l'intérieur du talus le plus extérieur; il serait haut de 3 pieds et aurait 1 tchang et 5 pieds (= 15 pieds) sur chacun de ses quatre côtés; au sud (de l'autel rond) il y aurait l'escalier de sortie; — l'autel pour le sacrifice fong au sommet de la montagne 4) formerait un cercle d'un diamètre de 5 tcliang (— 50 pieds) et d'une hauteur de 9 pieds ; il aurait quatre escaliers de sortie ; on y ferait un talus; on le peindrait des cinq couleurs de même que (l'autel du) sacrifice fong; — l'autel pour le sacrifice chan serait doré au sommet et chacun de ses quatre côtés serait de la couleur appropriée à son orientation; on ferait un autel octogonal qui serait surélevé sur deux étages et aurait ainsi une hauteur totale de 1 tchang et 2 pieds (= 12 pieds), chaque étage étant haut de 4 pieds 5) ; l'autel aurait seize

i) Il faut donc admettre que l'autel lui-même avait six pieds de haut.

2) Au lieu de #K &U ilm -, je propose de lire &u j^Ê frE .

3) Ce bûcher ne jouait qu'un rôle accessoire dans la cérémonie, comme on le verra plus loin par la longue discussion a laquelle il donna lieu.

4) Le terig fong fan.

5) L'autel lui-même a donc 4 pieds de haut. En ajoutant la hauteur de l'autel (4 pieds) à celle des deux étages (2X4 pieds) sur lesquels il est surélevé, on obtient la hauteur totale de 12 pu'ds.

pas de côté à son sommet; chaque étage serait large de 4 pas; on disposerait huit escaliers; ces escaliers auraient tous 8 pieds de large à l'autel supérieur *); ils auraient 1 tchang (== 10 pieds) de large à l'étage du milieu et 1 tchang et 2 pieds (=12 pieds) à l'étage inférieur; on ferait un triple talus2) dont les dimensions seraient identiques à celles qui étaient prescrites pour (l'autel du) sacrifice fong 3) ; une fosse pour enterrer les victimes serait placée dans la position wci 4) par rapport à l'autel et à l'intérieur du talus le plus extérieur; elle aurait une largeur et une profondeur calculées de manière à ce qu'elle pût contenir les objets (qu'on offrait en sacrifice) ; il y aurait au Sud (de l'autel octogonal) un escalier de sortie ; — l'autel pour l'audience plénière 8) serait en avant du palais de voyage ; O O ^ Y aurait trois c) talus, deux au Sud [et un au Nord]; cet autel aurait 24 tchang (=240 pieds) de côté et serait haut de 9 pieds; du côté Sud il y aurait deux escaliers et un seul sur chacun des trois autres côtés; — sur l'autel du sacrifice fong (au bas de la montagne) et sur celui du sacrifice fong au sommet de la montagne, des terres des cinq couleurs recouvriraient le coffre de pierre et on en ferait un tumulus rond qui aurait 1 tchang et 2 pieds (= 12 pieds) de diamètre au sommet, 3 tchang (= 30 pieds) de diamètre à la base et

1) Cette expression prouve bien que l'autel est compté comme un étage.

2) Le mot yim devrait être répété dans le texte chinois.

3) L'autel du «sacrifice fong au pied de la montagne, ou fong sseu fan.

4) Sud-Sud-Ouest.

5) Le texte devient ici fort obscur et ne peut être en partie compris que si on le compare à la description du même autel dans le Song che (chap. CIV, p. 2 r0); voici les résultats auxquels m'amène cette comparaison en ce qui concerne le texte du Kicou T'ang chou\ les mots ^Ç** ~fc* doivent être supprimés comme inintelligibles ; en outre, après les mots \ >f-fc am , il faut ajouter • ^g ^ .

6) Le mot /jy+ joue le rôle de numérale.

qui serait haut de 9 pieds; — dans le sacrifice c/unt, le tumulus en terres des cinq couleurs serait un tumulus octogonal dont les dimensions seraient les mêmes que celles qui sont prescrites pour l'autel du sacrifice fong ; — les pieds et les pouces dont on se servirait seraient conformes à ceux qu'on employait pour les sacrifices fong accomplis à diverses époques successives dans l'Est, c'est-à-dire que pour tous ces sacrifices on se servirait de l'ancien pied ; — les divers autels seraient tous construits en terre, car les rites ne comportent pas le luxe de l'usage de la pierre; pour tous on déterminerait leur emplacement exact en mesurant l'ombre du gnomon; — pour le sacrifice fong au sommet de la montagne et pour le sacrifice clian au bas de la montagne, les quatre escaliers de sortie se trouveraient chacun au centre d'un des quatre points cardinaux; ces escaliers auraient chacun une largeur de 7 pieds au sommet et de 1 tcliang et 2 pieds (= 12 pieds) à la base; — en ce qui concerne les objets en jade et les pièces de soie qu'on employait lors du sacrifice fong, il y aurait la tablette annulaire verdâtre et les quatre tablettes kouei, et il y aurait les tablettes ti, kouei et pix ; pour le sacrifice c/ian, il y aurait la tablette octogonale jaune et les deux tablettes kouei et il y aurait la tablette fi, mais non les tablettes kouei et pi\ — en outre, pour ce qui est de déterminer les jours où il faut faire le sacrifice fong au sommet de la montagne, faire le sacrifice clian au bas de la montagne et tenir l'audience plénièrc, puisque, d'après les rites, on doit sacrifier au Ciel sur l'autel rond au moment du solstice d'hiver on proposa que, pour le sacrifice fong (au bas de la montagne), on se servît du douzième ') jour; conformément

1) La tablette verdâtre ronde (js'ang pi) et les quatre tablettes à centre commun étaient affectées au Ciel 5 la tablette octogonale jaune {houang tsong) et les deux tablettes à centre commun étaient affectées à la Terre. Voyez Tchcou li, trad. Biot, t. I, p. 487 — 488. La tablette li paraît être celle qui

aux précédents établis pour le sacrifice fong à l'\Est, c'était le douzième jour qu'on faisait le sacrifice fong' au sommet de la montagne, le treizième jour qu'on faisait le sacrifice chan, et le quatorzième jour qu'on tenait l'audience plénière ; si besoin était, il fallait, puisque cela ne pouvait porter atteinte aux rites, changer les jours fixés pour le sacrifice fong au sommet de la montagne et pour les cérémonies subséquentes !); — en outre, en ce qui concerne l'équipage impérial, on proposa que, lors du sacrifice fong (au bas de la montagne) et lors du sacrifice fong au sommet de la montagne, l'empereur partît sur le char de jade et revînt sur le char d'or, que le prince héritier allât et revînt sur le char d'or; pour le sacrifice chan, on proposa que l'empereur et l'héritier présomptif eussent les mêmes équipages que pour le sacrifice fong; — en outre, en ce qui concerne les sortes de vêtements, on dit ceci: „Dans le sacrifice fong à l'Est, le jour du sacrifice, l'empereur divin revêt la robe kouen'1) et le chapeau mien-, mais récemment nous avons reçu des instructions pour que, conformément au rituel de la période tcheng-kouan (627 — 649), l'empereur porte la tunique fourrée k'ieoîi" — on dit encore à ce propos: „L'habillement qui comprend la robe kouen et le chapeau mien, que l'empereur le porte au moment où il se purifie; l'habillement qui comprend le chapeau fong-fien, que l'empereur le porte quand il revient; l'habillement qui comprend le chapeau yi-chan, que l'empereur le porte quand il monte à cheval; que le prince héritier porte l'habillement qui comprend la robe kouen et le chapeau mien-, quand il se purifie, qu'il

servait de centre soit aux quatre tablettes du Ciel, soit aux deux tablettes de la Terre. Quant aux tablettes kouei et //, elles sont les tablettes rectangulaires et circulaires qui sont en usage dans beaucoup d'autres occasions.

i) Puisqu'on proposait de choisir le douzième jour pour célébrer le sacrifice fong au bas de la montagne, il devenait nécessaire de reporter à une date ultérieure le sacrifice fong au sommet de la montagne.

2) Voyez le dessin du dictionnaire de Couvreur, au mot kouen.

porte le chapeau yuan-yeou\ quand il est reçu en audience, qu'il porte l'habillement qui comprend le vêtement officiel et le chapeau yuan-yeow, quand il monte à cheval, qu'il porte l'habillement qui comprend le chapeau tsin-t'à"

En ce temps, l'empereur ordonna aussi qu'on recherchât minutieusement les rites relatifs à la cérémonie d'abattre un boeuf à coups de flèches. (Li) Hing-wei, {P'eï) Cheoutcheng et leurs collègues discutèrent la question en ces termes: „ D'après le Tcheou li et le Kouo yu, lorsqu'on fait les sacrifices au Ciel et à la Terre dans la banlieue, le Fils du Ciel abat lui-même à coups de flèches la victime. Mais, quand l'empereur Wou, de la dynastie Ban, fit le sacrifice fong sur le T^ai chan, il chargea des fonctionnaires ayant les titres de che-tchong et de ye-tch'à d'abattre le boeuf à coups de flèches et d'accomplir la cérémonie *). En ce qui concerne les autres sacrifices, il n'y a aucun texte qui parle de victime abattue à coups de flèches. Bien que le rite qui veut que l'empereur pile en personne le grain et abatte la victime à coups de flèches soit un ancien rite, on l'a depuis longtemps abandonné et supprimé. Dans les règles relatives aux sacrifices fong et chan, il est dit: „Quinze quarts d'heure avant le jour, le sacrificateur dépèce la victime avec le couteau à sonnettes; le jour venu, il accomplit le sacrifice." Au moment où l'équipage impérial arrive, le sacrifice de la victime est entièrement achevé; le souverain divin n'a donc plus qu'à offrir les objets de jade et le vin tcheou. Maintenant donc, si on abat la victime à coups de flèches la veille du sacrifice, on nuira à la cérémonie en agissant prématurément; si c'est le jour même du sacrifice qu'on se met à abattre la victime à coups de flèches, on nuira à la cérémonie en agissant tardivement. Si on s'appuie sur le précédent établi par l'empereur Wou de la dynastie

[) Cf. Sseu-ma TsHen, trad. fr., t. III, p. 500.

Han, il n'y a plus dès lors le cérémonial d'après lequel l'empereur doit abattre lui-même à coups de flèches (la victime), et le sacrifice ne peut plus être accompli." Un décret impérial approuva ce rapport.

Sur ces entrefaites, Kao tsong tomba malade (683) et on renonça aux cérémonies fong et chan.

La quatrième année tcli ouei-kong (688), (l'impératrice Wou) Tso-tien se proposa de célébrer ces cérémonies sur la montagne Song-, elle envoya par avance un délégué offrir un sacrifice pour demander le bonheur et secourir le peuple ; par décret, elle conféra à la montagne Song le titre de „Pic divin" [chen yo); elle honora le dieu de la montagne Song du nom de „Roi du centre du Ciel" {fien tchong wang), et la femme du dieu du nom de „ princesse surnaturelle" (ling feï). Auprès de la montagne Song, il y avait depuis longtemps le temple funéraire consacré à KH, (de la dynastie) Hia, et à sa mère, et le temple funéraire consacré à la déesse A-yi du Chûo-che1); dans ces endroits l'impératrice ordonna qu'on fît des prières et des sacrifices.

Quand arriva le jour kia-chen du dernier mois de la première année fien-ts'ô wan-souei (695), l'impératrice accomplit en personne le rite du sacrifice fong qu'on célèbre quand on est monté (sur la montagne); lorsque ce rite fut terminé, elle promulgua aussitôt une amnistie générale et changea le nom de la période d'années en celui de wansouei teng-fong-, elle changea le nom de la sous-préfecture

1) ICi est le fils de Yu le grand, fondateur de la dynastie Hia\ sa mère

est donc la femme de Yu. A-yi ou Chao-yi /\> Ha était aussi une déesse

féminine qu'on vénérait au pied de la montagne Chao-che^ à l'ouest du Song kao ou Pic du centre. De ces deux sanctuaires, il ne reste plus maintenant que deux paires de piliers de pierre datant de l'année 123 de notre ère; ces piliers auxquels il faut joindre les deux piliers dits du T'ai che^ constituent dans les environs de Teng-fong ht en un groupe fort important de monuments de l'époque des Han\ ils attestent l'antiquité des cultes dont le récit du Kieoti T'ang chou nous montre d'autre part la vitalité en Tan 688 de notre ère.

de Song-yang en celui de sous-préfecture de Teng-fong et le nom de la sous-préfecture de Yang-tclieng en celui de sous-préfecture de Kao-tcJC eng '). Trois jours plus tard, le jour ting-hai, l'impératrice fit le sacrifice chan sur la montage Chao-che\ deux jours plus tard, le jour yi-tcliao, elle se rendit sur l'autel des audiences et y donna audience à tous les fonctionnaires. Elle se conforma pour tout cela au cérémonial de la période iïien-fong (666 — 667). L'impératrice Tso-fien, estimant que, le jour où elle avait fait les sacrifices fong et chan, les divinités célestes et terrestres du pic Song l'avaient secourue, honora donc le „Pic divin Roi du milieu du Ciel" en le nommant „Pic divin Empereur du milieu du Ciel"; elle donna à la „Princesse surnaturelle" le titre de ^Impératrice du milieu du Ciel"2); ICi, prince de la dynastie Hia, fut nommé „ Empereur égal au saint"; la déesse mère de K'i fut investie du titre de „ Impératrice douairière de la capitale de jade;" la déesse A-yi du Chao-clie fut nommée vfou-jen de la porte d'or" 3) ; le prince royal Tsin 4) fut nommé „ Prince héritier qui s'est élevé jusqu'aux immortels"; on lui éleva un temple distinct. Au Sud de l'autel où on fit le sacrifice fong qu'on célèbre quand on est monté (sur la montagne), il y avait un chêne de l'espèce hou; le jour de l'amnistie générale, on plaça à son faîte un écriteau surmonté d'un coq d'or 5). L'impératrice Tso-fien

i) Teng-fong^ qui est resté le nom de la ville sous-préfectorale située au pied du Song kao* signifie „le sacrifice fong au sommet de la montagne". Kaotch'eng, nom qui s'appliquait à une localité située à 35 li au SE de Tengfong hien^ signifie „annoncer la réussite". Ces deux noms rappellent donc la célébration du sacrifice fong qu'on accomplissait au sommet de la montagne pour annoncer la réussite de la dynastie.

2) Il s'agit de la déese qui est la femme du dieu du Pic du centre.

3) Cf. p. 200. n. 1.

4) Ce personnage passait pour être le fils du roi Ling (571 — 545 av. J.-C). de la dynastie Tchcon. Voyez la grande inscription de 699 p.C. érigée en son honneur par l'impératrice Won Tso-t'ien.

5) Ou „un coq d'or formant signal" : c'était une manière de proclamer à

composa elle-même le texte d'une inscription qui était un récit de son ascension pour annoncer sa réussite M; elle dressa cette stèle à l'endroit qui occupait la position ping 2) par rapport à l'autel.

Sous l'empereur Hiuan tsong, la douzième année k'ai-yuan (724), les fonctionnaires de tous rangs, civils et militaires, les envoyés étrangers rassemblés à la cour, les membres de la famille impériale et les érudits des quatre régions de l'empire, considérant tous qu'il y avait alors une sage transformation et une sublime paix, et que les céréales en leur saison avaient plusieurs fois de suite donné des moissons, présentèrent des requêtes au trône pour demander qu'on accomplît les cérémonies fong et chan; en même temps, il y eut plus de mille compositions littéraires à ce sujet qui furent présentées l'une après l'autre à l'empereur. Hiuan tsong ne donna pas son consentement en alléguant sa modestie et son manque d'expérience. Cependant, le tchong chou ling Tcliang Vue 3) lui ayant adressé des prières instantes pendant plusieurs jours de suite, il rendit un décret en ces termes:

^Depuis l'antiquité ceux qui ont régné parce qu'ils avaient reçu le mandat céleste ont-ils jamais manqué à faire le sacrifice fong sur le T'ai chan et le sacrifice chan sur le Leang-fou afin de répondre à la grande bonté (du Ciel

tous l'amnistie accordée par l'impératrice. A la leçon AS- xqfe Kg" . je crois qu'il faut substituer la leçon £s- '$qfc J&*~ que je relève dans une eitation de ce passage faite par le Teng fong hicn tchc (chap. VIII, p. 5 v°).

1) L'expression :fl* pfa ou S Ph provient du Lî Ici (chap. Li Ff, trad. Couvreur, t. I. p. 563); elle désigne l'acte de monter :J+- sur un lieu élevé pour annoncer au Ciel la réussite pfcf de la dvnastie; c'était là en effet

ce qu'on faisait quand on célébrait le sacrifice fong.

2) Le Sud,

3) Sur TvhiMg Yut) qui vécut de 667 à 730, vovez Kkou T\xng chou, (chap. XCVZI, p, 8 r°).

à leur égard) et afin d'annoncer les exploits qu'ils avaient accomplis? Avant les trois dynasties il n'y eut personne qui n'agît en vertu de ce principe. Mais, plus tard, depuis les Wei et les Tsin jusqu'aux Tcheou et aux Souei, les règles impériales subirent des atteintes et la grande raison s'obscurcit; le gouvernement royal se relâcha et les anciennes institutions eurent des lacunes. Pendant mille années on garda le silence; pour l'auguste cérémonie fong, il ne se trouva personne qui en prît la succession. Mais, quand les choses sont arrivées au terme de leur cycle, elles recommencent; le Ciel a béni notre dynastie T'ang; le second souverain Wen-wou l) fut d'accord avec le diagramme et reçut l'écrit 2). Arrivons à Kao tsong (650 — 683) ; il redoubla l'éclat et accumula les perfections ; il hérita de la raison suprême et monta sur le grand tertre 3) ; il chérit les cent dieux et fit trembler sous son prestige les six directions de l'espace; il renoua la tradition des Yin et des Tcheou et continua l'influence de Yu (Chouen) et des Hia\ Te ko ng tsong (684) agrandit l'excellence de la vertu et de la gloire; Joitei tsong (684 — 712) prit soin de la conduite pure et parfaite. Tout cela fut si haut et si vaste qu'on ne pourrait l'exprimer. Pour moi, j'ai autrefois triomphé de beaucoup de difficultés; suivant la politique qui m'a été léguée par les souverains mes prédécesseurs et recevant avec respect leurs bienveillantes

i) Wcn-wou ~aT tjt sont deux épithètes qui font partie du nom de temple de T'ai tsong (627 — 649; cf. T'ang chou^ chap. II, p. I r°). C'est donc ce souverain qui me paraît ici seul désigné; à vrai dire, les mots r*Tt Jpjp signifient plutôt gdeux souverains" que „le second souverain1'; mais, si on traduit „lcs deux souverains Wcn et Wou'\ il faudrait admettre que ces deux princes sont les empereurs Kao tsou et T\xi tsong et on ne trouve alors aucun texte qui justifie leur désignation par les termes Wen et Wou.

2) Les termes |||| et £& désignent le Ho t'ou et le Lo chou (cf. p. 160

n. 3), qui ont toujours joué un si grand rôle dans les prédictions relatives aux cérémonies fong et chan.

3) Le sommet du T'ai chan\ cf. p. 60, n. 1.

volontés, je leur ai succédé dans leur grande charge. C'est pourquoi donc j'ai construit neuf temples funéraires pour manifester ma piété filiale et ma vénération; j'ai accompli les cérémonies dans les deux banlieues pour témoigner ma crainte et mon respect. J'ai estimé les pois et les céréales comme aussi précieuses que l'eau et que le feu ; j'ai jeté les perles et les jades dans les ravins des montagnes '). Très attentif et très appliqué, je n'oserais pas cependant rapprocher mon mérite de celui des rois mes prédécesseurs; si, de jour en jour, je suis plus vigilant, c'est afin de me conformer aux instructions qu'ils m'ont laissées. Pour ce qui est de l'inspection des fiefs qui est une grande règle et pour ce qui est des sacrifices fong et chan qui ont une immense réputation, considérant ma faiblesse et mon peu de mérite, je n'ai pas encore eu la possibilité de m'en occuper au temps voulu, depuis quatorze ans que je règne. Or maintenant les céréales de toutes sortes donnent leurs moissons annuelles; les cinq produits du sol ne font pas défaut; les châtiments ne sont pas appliqués; les rites et les convenances sont en honneur. Une influence harmonieuse souffle son haleine ; un vent tiède se répand partout. Les barbares Man et Yi, Jong et Ti, les races étrangères des pays lointains, venant jusqu'ici à l'aide de plusieurs interprètes successifs, restent pendant des jours et des mois à ma cour. Les animaux extraordinaires et les oiseaux surnaturels, l'ambroisie et la merveilleuse boisson douce, présentant au plus haut point les caractères des prodiges de bon augure, apparaissent matin et soir dans mes bois et dans mes parcs. Les rois, les ducs, les hauts dignitaires et les officiers me manifestent toute leur sincérité dans le palais *) ; les grands

i) Pour montrer son mépris d'un vain luxe.

2) La leçon &î pu de l'édition de Chang-hai est fautive ; il faut lire "fe^ OT , comme dans l'édition du Tch'ô-kiang chou kiu.

maîtres et les lettrés éminents m'offrent leurs suppliques du dehors. Il n'est rien de tout cela qui ne soit une marque de l'accord avec les dieux, de l'unanimité avec le peuple; c'est là un effet de la prospérité et de l'abondance qui m'ont été laissées par mon illustre aïeul et par mon vénéré père défunt. C'est pourquoi, me fiant sur le grand bonheur que m'assurent les temples de mes ancêtres, j'oserai, malgré mon indignité, m'appliquer à vaincre mon désir de décliner un tel honneur; ainsi donc, je me conformerai avec respect aux propositions de l'assemblée; j'accomplirai avec magnificence cette grande cérémonie afin de couvrir d'éclat les plans sublimes de mon ancêtre Kao tsou et afin de prolonger la vaste gloire de mon ancêtre Kao tsou l) ; disant éternellement qu'il a passé (au Ciel) pour être associé (à l'Empereur d'en haut), j'en conçois une émotion rétrospective et profonde. Il faudra, le dixième jour du onzième mois de la troisième année k'ai-yuan (725), célébrer la cérémonie sur le T^ai chan, en prenant pour modèle les précédents établis. Que les fonctionnaires que cela concerne fassent un choix attentif des règles et des rites, d'accord avec les ducs du palais, les hauts dignitaires et les lettrés, et qu'ils fassent par avance des préparatifs complets ; qu'ils ne causent pas trop de dérangement au peuple et qu'ils aient soin d'observer l'économie et la simplicité pour se conformer à mes intentions".

Alors un décret impérial ordonna au tchong chou ling Tchang Yue, au yeou san ki tchang che Siu Kien, au t'aitdCang chao-kHng Wei T'ao, au pi-chou chao-kien K'ang Tseu-yuan, au kouo-tseu po-che Heou Hing-kouo et à d'autres de se joindre aux fonctionnaires des rites dans la „bibliothèque des sages réunis" (tsi hien chou yuan) pour discuter et rédiger le cérémonial.

i) Il est assez surprenant que Kao tsoti soit ici nommé deux fois; peut-être, dans le second cas, faut-il lire T^ai tsong au lieu de Kao tsou.

Hiuan tsong, au début, estimant que la montagne sacrée aimait le calme et ne désirait pas le tumulte et la multitude, tint avec ses conseillers et les savants qui l'aidaient dans l'explication (des livres), un débat contradictoire au sujet du cérémonial à observer dans le sacrifice fong au pied de la montagne. A cette occasion, Tchang Yue s'adressa à Ski Kien et à Wei T'ao en ces termes; „ D'après l'ancien cérémonial de la période k'ien-fong (666 — 667), quand on célébra le sacrifice chan sur le (mont) Clio-cheou, on fit des offrandes à la divinité de la souveraine Terre et on associa à ce repas sacré des impératrices défuntes '). Cependant, le souverain a pour père le Ciel et pour mère la Terre; (d'autre part), celle qui a la dignité de mère du souverain actuel doit être aussi la mère des empereurs précédents2); qu'aurait-on donc à rependre si un fils était associé aux offrandes présentées à sa mère? Au contraire, associer une impératrice à la divinité de la Terre, cela est contraire aux règlements de l'antiquité. Le Ciel exerce son contrôle avec une grande clairvoyance; il fait répondre le bonheur aux bonnes actions comme l'écho répond au son3); or, lorsqu'on célébra les cérémonies de la période k'ien-fong (666 — 66y), l'impératrice Wen-fà 4) fut associée à la divinité

1) On a vu plus haut (p. 184 — 187) comment, en l'année 666, l'impératrice femme de Kao tsong obtint d'être chargée de célébrer, avec d'autres concubines impériales, le sacrifice à la souveraine Terre. Antérieurement même à sa requête, on avait décidé d'associer aux offrandes faites à la souveraine Terre deux impératrices défuntes (cf. p. 184, n. 3 et n. 4). C'est contre cette immixtion des femmes dans les sacrifices d'état que s'élève Tchang Yuc.

2) En d'autres termes, puisque la Terre est la mère du souverain actuel, elle peut être considérée aussi comme la mère des empereurs défunts 5 on peut donc lui associer d'anciens empereurs, comme on associerait des fils à leur mère; il n'y a rien là de répréhensible et il n'est pas nécessaire de choisir des impératrices pour les associer à la Terre.

3) Le Ciel est juste et c'est pourquoi il a manifesté sa colère par des châtiments lorsqu'on a violé les anciennes règles qui excluaient les femmes de la religion officielle.

4) Cf. p. 184, n. 4.

de la souveraine Terre; l'impératrice [Tso-)fien fit la seconde offrande; la fai-fei du royaume de Vue fit la dernière offrande'); que les habitantes du harem soient chargées d'accueillir les dieux, c'est ce qui est en opposition avec les anciens statuts; aussi le Ciel ne se montra-t-il point favorable et c'est pourquoi il y eut le changement de nom de famille pendant la période t"ien-cheou (690 — 691) 2); le temple des ancêtres et l'autel du dieu du sol 3) furent renversés au milieu de leur destinée; les membres de la famille impériale furent exterminés ; tous ces malheurs vinrent de là. A la fin de la période king-long (707 — 709), on célébra le sacrifice sur le tertre rond 4) ; l'impératrice Wei fit la seconde offrande et ce furent, pour toutes les cérémonies, des femmes qui montèrent sur l'autel. Elles tinrent les vases de bambou et les vases de bois; elles souillèrent la voûte azurée; les offrandes et les sacrifices furent impurs. Aussi, moins d'un an après, y eut-il des difficultés dans l'empire; ceux qui avaient fait la dernière offrande subirent tous alors leur châtiment; de même, les tchai lang qui avaient disposé les sièges, ainsi que les femmes qui avaient touché au sacrifice, moururent pour la plupart prématurément. Maintenant, notre souverain honore le Ciel et respecte les dieux ; il est opportun qu'il change et rectifie ces rites; que Joiiei-tsong (710 — 717), l'empereur grandement saint et pur,

1) Cf. p. 193, ligne 1.

2) Allusion à l'usurpation de l'impératrice Won Tso-t'icji qui substitua son

nom de famille Tcheon IS à celui de Li *jfa qui était le nom de famille des empereurs de la dynastie T'ang.

3) -=p- ïïjj* . C'est l'antique dualisme des divinités anthropomorphiques

(l'ancêtre) et des divinités naturistes (le dieu du sol) dont la réunion symbolise la dynastie régnante.

4) Cette cérémonie eut lieu dans la banlieue du Sud (jmn kiao\ le jour yi-icWccu du onzième mois de l'année 709 {A'icoit T\vig chou, chap. VIT, p. 6 r°) : l'impératrice monta sur l'autel pour faire la seconde offrande.

soit associe à la divinité de la souveraine Terre pour assister les dieux en qualité de maître de maison".

Alors on approuva en conseil cette proposition qui fut soumise à l'empereur; celui-ci s'y conforma.

D'après les anciens rites, quand le sacrifice dans la banlieue était terminé, on recueillait les jades, les pièces de soie et les membres des victimes et on les plaçait sur un bûcher qu'on allumait ensuite sur l'autel destiné à faire flamber; cet autel était à gauche de l'autel du dieu. Pendant la période hien-Wing (656 — 660), le président du ministère des rites, Hiu King-tsong, et ses collègues, à l'occasion de la révision et de la refonte de l'ancien cérémonial, avaient présenté une requête en ces termes:

„Nous considérons que, dans les rites des sacrifices, les hommes de l'époque des Tcheou attachaient de l'importance à l'odeur. Quand ils sacrifiaient au Ciel, ils allumaient un bûcher; quand ils sacrifiaient à la Terre, ils enfouissaient du sang; dans le temple ancestral, ils brûlaient des tiges d'armoise et faisaient des aspersions avec de la liqueur aromatique ; tous ces actes révèlent l'importance qu'on attribuait aux vapeurs et aux odeurs qui dans tous ces cas servaient à faire descendre les dieux; le livre des rites est parfaitement clair à ce sujet et ses explications sont très minutieuses. Qu'on eût recours au bûcher dès le début du sacrifice aux dieux, c'est un point qui ne laisse place à aucun doute. C'est pourquoi les livres tels que „le Principe des sens des trois rituels" (s an li yi tsong) ') disent tous : „Quand on sacrifie au Ciel, on commence par allumer le „bûcher* et ce n'est qu'ensuite qu'on célèbre le sacrifice „ principal; quand on sacrifie à la Terre, on commence par „enfouir le sang et ce n'est qu'ensuite qu'on célèbre le

1) Cet ouvrage en 30 chapitres est mentionné dans le King tsi tche du Kicou T\mg chou (chap. XLVI, p. 6 r°) comme ayant été composé par Ts^onei Lins-nçen.

^sacrifice principal". En outre les ^Discussions sur les rites" [LÀ louen) ') disent: „Le directeur de la cour des sacrifices ^{f ai-tcK ang) Ho Siun2) dit à l'empereur: „Le bûcher „entassé était autrefois au Sud de l'autel; quand on brûlait „la victime qui avait été sacrifiée au Ciel, on se servait de „la moitié gauche d'un veau; dans le cérémonial des Han, „on se servait de la tête; maintenant, au sacrifice kiao, on „se sert de neuf côtes. Le sacrificateur en chef offre les „côtes de la victime; l'invocateur en chef offre les pièces „de jade droites et rondes ; tout cela est posé sur le bois ^enflammé." Ce texte montre ce qui se passait au temps des Tsin 3) ; on voit d'ailleurs qu'il n'y est pas parlé du sacrifice au Ciel. Quant à ce qui y est dit que, d'après le cérémonial des Han, on se servait de la tête de la victime, il est à remarquer que la tête n'est point un objet susceptible d'être mis sur les étals sacrés. En outre, à la fin du sacrifice, mettre sur les étals les côtes de la moitié de droite (de la victime), c'est seulement le „ (Principe des sens des) trois rituels" (qui le dit); Ho Siun dit au contraire qu'on se sert de la moitié de gauche de la victime qui a été sacrifiée au Ciel; il ajoute que, d'après le cérémonial actuel, on se sert de neuf côtes. Tout cela montre que ce dont on se sert lorsqu'on allume le bûcher n'est pas identique à ce qu'on met sur les étals. On voit par là que c'était dès le commencement du sacrifice qu'on brûlait séparément certains membres de la victime; ce n'était point l'acte de brûler les restes du repas divin à la fin du sacrifice. Ainsi, les Tsin et les temps antérieurs continuaient à observer les rites de l'antiquité. Ce fut seulement à partir des Tcheou

i) Ouvrage en 307 chapitres composé par Ho Tcfreng-tHen (ibid., p. 5 v°).

2) Cet auteur est mentionné par le King tsi tche du Kieou T^ang chou (chap. XLVI, p. 5 r°) qui lui attribue différents ouvrages rituels relatifs aux vêtements de deuil.

3) Ho Siun a donc dû vivre au temps de la dynastie Tsin.

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