‹ Le tabac et l'absintheChapitre 19 sur 50 · TABAC EN POUDRE · texte numérisé non relu

TABAC EN POUDRE

il ne s’agissait plus d’aspirer par la bouche la fumée du tabac; il fallait en inspirer la poudre par le nez, et c’est ainsi que l’on a pu dire que le tabac, après avoir voyagé par terre et par mer, dans une grande partie de l’Europe, avait fini par faire son entrée en France parla voie des narines.

Le moment, comme nous l’avons dit, ne pouvait être mieux choisi, ni l’occasion plus opportune. La reine Catherine de Médicis qui était atteinte d’une migraine des plus opiniâtres, ainsi que son fils François II, accueillit ce remède avec la faveur et l’empressement que l’on donne toujours facilement à un remède nouveau et venant de loin; à un remède s’offrant avec toutes les apparences d’un spécifique certain. On ne dit pourtant pas si ce prétendu spécifique eut le succès qu’on en espérait, si les deux augustes malades furent guéris de leur migraine; on sait du moins que si, depuis cette époque, la migraine fut souvent le prétexte de l’usage du tabac, l’expérience comme remède en a bien rarement justifié l’efficacité.

Mais le succès n'était déjà plus nécessaire à la fortune du tabac. Sous un si haut et si puissant pa-

tronage, il pouvait facilement faire son chemin aussi bien à la ville qu’à la cour ; et l’on Vit, en effet, son usage se propager avec une incroyable rapidité dans toutes les classes de la société. Riches et pauvres, hommes et femmes, malades et bien portants, chacun muni de son petit rouleau de tabac et de la râpe qui devait le réduire en poudre, voulait en user. C’était à qui en prendrait et en offrirait.

Loin de s’affaiblir par le temps, comme il arrive souvent même des meilleures choses, l’usage du tabac ne fit que s’accroître; au point que, sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, il était pour ainsi dire d’étiquette de se présenter à la cour, la râpe en main, le jabot tout saupoudré de tabac, le nez plus ou moins farci de la précieuse poudre, les joues quelque peu teintes de sa couleur, et tous les vêtements bien parfumés de son odeur; quelquesuns de nos contemporains ont pu encore voir des restes de cette mémorable époque.

Ivre de ses succès, le tabac , sous sa nouvelle forme, voulut un jour repasser les mers pour aller tenter fortune jusqu’en Orient, là où l’on ne connaissait encore que la fumée du tabac et le luxe des

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