AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS
Les conséquences physiques, taorales et sociales de l’abus du tabac et de l’absinthe méritaient de fixer l’attention d’un médecin dont la parole ferait autorité, d’un philosophe dont les études trouveraient une base solide dans une longue expérience, dans des connaissances scientifiques bien acquises.
M. le docteur P. Jolly a préludé à la rédaction du livre que nous publions aujourd’hui, par des recherches et des observations poursuivies pendant plusieurs années, par des communications académiques dont le caractère élevé a été justement apprécié.
Les travaux de M. Jolly ont, de longue date, mis
AVlîUTISSEMliNT DES ÉDITEURS.
en évidence des faits de haute hygiène publique, des faits de nature à éveiller la sollicitude de l’administration sanitaire, à émouvoir le gouvernement.
Ces travaux ont été le signal d’études spéciales, ils ont donné naissance à d’autres publications sur le même sujet, à des conférences publiques, aux concours académiques des sociétés de tempérance, ils ont inspiré pour le tabac des procédés de culture, de fabrication et de consommation, susceptibles d’en atténuer les effets toxiques, ils ont motivé l’intervention de mesures législatives tendant à conjurer les dangers occasionnés par l’absinthe.
A côté du tableau de l’influence toujours fâcheuse de l’usage du tabac et de l’absinthe qui le plus souvent conduit à l’abus, le lecteur trouvera l’exposé des moyens que la science, l’hygiène commandent d’opposer à tant de causes de dissolution et de misères.
Puisse l’appel de l’auteur être entendu !
Juin 1875.
INTRODUCTION
Le tabac et l’absinthe, dans leur funeste alliance, ont tué plus de monde que tous les fléaux réunis de la guerre, de la famine, de la peste et des épidémies.
Le tabac, sous ses diverses formes, et l’alcool avec ses nombreux composés, vivent aujourd’hui dans des rapports si intimes; ils ont pris ensemble une si grande place dans nos moeurs; ils y exercent si nécessairement, si fatalement, leur commune influence, qu’ils sont devenus inséparables dans leur étude comme dans leur alliance.
Pour dire ce qu’il faut penser de l’un et de l’autre, il convenait donc de les appeler ensemble à rendre compte de leur rôle simultané, de leur degré de soli-
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INTRODUCTION
darité, de leur part respective de complicité dans les faits qui les rendent également justiciables, aux yeux de l’hygiène et de la morale publique.
Cequ’ilfaut peut-être noter d’abord, conrrne fait chronologique qui a déjà sa double valeur historique et psychologique, c’est que le tabac, quoique d’origine encore récente, a pu prendre sur l’alcool, son aîné, aussi bien que sur toutes les boissons spiritueuses et fermentées, un droit de préséance que l’on ne saurait méconnaître. Partout en effet, c’est le tabac, sous toutes ses formes, le cigare plus spécialement, qui donne le signal de la rencontre, qui convie l’absinthe ou tout autre spiritueux. C’est lui qui d’ordinaire en fait les frais et les honneurs, lui qui en règle l’usage et qui en fait naître principalement les dangers avec les abus; si bien que l’on se demande d’où lui vient tant de prestige, et pourquoi ce fol empressement, cet incroyable aveuglement qui porte des nations entières à s’empoisonner? On ne saurait du moins mettre en doute la puissance toxique du tabac.