I. — Puissance toxique du tabac
Ce qui aurait dû suffire pour témoigner de l’action éminemment délétère du tabac , c’est que, durant bien des siècles, il ne servit qu’à la destruction des serpents chez les peuples sauvages ; c’est que tous les animaux, sans exception, le repoussent instinctivement comme un redoutable poison. On sait même qu’aucun d’eux ne résiste à ses effets vénéneux, et qu’il suffit des plus faibles doses de son principe actif (la nicotine) pour les frapper de mort instantanée ; l’expérience la plus vulgaire, aussi bien que la physiologie expérimentale, n’ont pu laisser aucun doute à ce sujet.
Les plantes même ne peuvent vivre dans les milieux que le voisinage du tabac infecte de ses émanations ; toutes s’y flétrissent rapidement, toutes y meurent d’un véritable empoisonnement, et quand toute la nature vivante se révolte pour ainsi dire contre le tabac, l’homme seul se condamne volontairement à son usage, et lui seul en affronte tous’ les dangers.
INTRODUCTION
Et quel est le fumeur qui pourrait nier le fait? Quel est celui qui, pour prix de sa curiosité ou d’une puérile velléité, n’ait pas subi, dès ses premières aspirations de la pipe ou du cigare, des effets immédiats d’intoxication, des vertiges, des nausées, des vomissements, des défaillances musculaires, des lipothymies, des syncopes plus ou moins graves,pouvant même devenir morteUes, ainsi qu’il en a été cité des exemples. ,
Pour quiconque voudrait d’autres preuves de la puissance toxique du tabac, l’observation clinique a pu également en fournir de saisissantes. Une simple infusion de feuilles de tabac, prise à l’intérieur, même en lavement, a pu donner la mort en peu d’instants, au grand étonnement de ceux qui l’avaient prescrite comme remède; des feuilles sèches de la plante, appliquées sur la peau, ont pu donner lieu à des accidents plus ou moins graves d’empoisonnement.
On trouve dans les auteurs qui ont écrit sur le tabac, dans Murray, Lassonne, Macartney et bien • d’autres, une foule de faits d’empoisonnement, soit comme résultats imprévus d’applications thérapeu-