ARTICLE IV
tabac a fumer (en feuilles).
§ l«f. — Sa progression, ses effets.
Rien de tout cela ne pouvait cependant porter de
I. Cameron, Sophistication du tabac à priser (Ued\ca\ Press and Circular, 6 août i8yo)] Journal de P/mnacie, 4® série, tome XI, p. 496, juin 1870.
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profondes atteintes à la santé, ni abréger la vie, comme on avait pu le dire ; mais le jour où la France se mit à fumer, on peut dire qu’elle commença à s’empoisonner. On fumait déjà beaucoup dans toute la péninsule, dans tous les pays du nord, en Hollande, en Belgique, en Suisse, en Prusse; car nulle part, contrairement à la tabatière, la pipe n’avait été interdite, et la France, tout en accueillant les fumeurs étrangers avec son esprit de cordialité nationale, s’en tenait presque exclusivement à sa prise de tabac, protestant ainsi contre un usage qu’elle avait considéré jusque dans ces derniers temps comme incompatible avec ses moeurs.
Louis XIV ne fumait pas ; mais il souffrait du moins les fumeurs, et l’on sait que Jean Bart fut l’un des premiers personnages qui introduisirent la pipe à la cour, alors que déjà tous les marins se donnaient, au dehors, le plaisir de la pipe et de la chique, et se distinguaient ainsi du reste de l’armée. Mais, en pareil cas, l’exemple gagne bien vite, n’eût-il d’attrait que celui de la curiosité, comme il arriva, diton, aux filles du grand roi, qui voulant un jour se donner cette satisfaction, à l’insu de leur gouver-
nante, furent surprises par l’arrivée tout imprévue de leur auguste père, qui en resta tout stupéfait.
Bientôt' l’armée de terre, les officiers d’abord, puis les soldats se prirent à fumer. Ce fut surtout pendant la guerre de Hollande, au siège de Maestrich, sous le ministère de Louvois, que l’usage de la pipe devint presque général dans l’armée, L’ex*périence avait déjà appris et l’on savait que le tabac émousse la sensibilité et l’appétit; qu’il peut atténuer le besoin de la faim et tenir presque lieu d’aliment, en cas de disette ; et c’est ainsi que la pipe et le briquet devinrent, en campagne, des objets inséparables du fourniment du soldat, et que l’on s’occupait presque autant de l’approvisionnement du tabac que de celui des vivres.
Si le soldat n’y trouvait pas précisément le bienfait d’une ration, il y trouvait du moins un moyen de distraction, et l’on disait alors :
a Que faire en un bivouac, à moins que l’on ne fume i »
Aujourd’hui, ce n’est plus seulement l’armée de terre et de mer qui fume, c’est la France entière; ce n’est plus seulement au bivouac que l’on se
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donne ce genre de distraction, c’est partout, en tous temps, dans tous les rangs de la société, depuis le sommet des trônes jusqu’à la plus chétive demeure du pauvre, et bientôt l’on se demandera ;
O Que faire en un salon, à moins que l’on ne fume?
L’âge même, comme nous l’avons vu, ne suffit déjà plus pour interdire l’usage de fumer. L’adolescent fume, l’enfant et le jeune écolier voudraient bien aussi fumer, n’étaient la surveillance paternelle et la discipline des maîtres; n’étaient, plus encore, les vertiges, les vomissements et tous les symptômes d’ivresse qui viennent les arrêter. Je sais pourtant des parents qui, par une étrange faiblesse , tolèrent , s’ils n’encouragent dans leurs enfants, cette triste habitude. Je sais même une école du Gouvernement où l’on favorise ouvertement le goût de fumer, en prenant soin de mettre à la disposition des élèves, dans leurs quartiers respectifs, tous les moyens de les y convier; comme s’il fallait absolument débuter par le cigare dans des études sérieuses, et comme si un pareil noviciat
était bien nécessaire à la carrière des sciences, des armes et des lettres.
L’expérience ne paraît guère l’avoir prouvé jusqu’à ce jour, car dans telle autre école du gouvernement bien connue, et d’après les relevés statistiques de M. Bertillon dont le nom seul fait autorité en pareil cas, l’on peut compter chaque année, au terme des études, à peu près autant de fruits secs que d’élèves qui se sont le plus distingués dans les exercices de la pipe et du cigare. N’est-ce pas là un précieux enseignement à l’adresse de l’autorité compétente, et qui mérite d’être signalé à l’Inspection des études comme à l’intérêt de l’hygiène?
Qui croirait cependant qu’un médecin, dont il faut peut-être taire le nom par respect pour son titre, autant que par égard pour la science; qui croirait qu’un médecin a pu avoir la singulière pensée de proposer l’usage de fumer comme mesure salutaire à introduire dans le régime des lycées? Pour avoir raison de sa proposition, l'auteur avait cru devoir s’adresser à l’Académie des sciences, qui, comme on le pense bien, a dû, pour toute réponse, passer à l’ordre du jour.
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S’il nous était permis d’émettre une simple réflexion à ce sujet, nous dirions à notre confrère que la question était trop sérieuse, le lieu trop grave pour en faire une plaisanterie ; et, au besoin, nous lui recommanderions, pour son édification, la lecture d’un travail de Langguth, publié en 1750, sous ce titre : De tabaci abusu, communi juvenilis cetatis pernicie. Travail qui, après plus d’un siècle, a conservé tout son intérêt d’actualité et toute sa valeur hygiénique dans la question.
Quoi qu’il en soit, on aura facilement une idée de l’immense progression de l’usage du tabac, en France, par celle des chiffres de comparaison, qui suivent :
En i832, l’impôt fiscal du tabac ne rapportait encore au trésor que 28 millions , chiffre resté presque invariable depuis 1792, les deux tiers étant attribués au tabac à priser et le tiers au tabac à fumer.
En 1842, le tabac donnait déjà un revenu annuel de 80 millions, dont le tiers seulement en tabac à priser et les deux tiers en tabac à fumer.
En i85'2, le revenu du tabac s’élevait à près