‹ Le tabac et l'absintheChapitre 32 sur 50 · ARTICLE V · texte numérisé non relu

ARTICLE V

NICOTISME.

Pour revenir à l’usage du cigare, qui est aujourd’hui l’instrument favori du fumeur, ce qu’il faut surtout redouter de ses' abus , c’est l’intoxication même de l’organisme par voie d’absorption du principe actif du tabac, comme pouvant donner lieu à des effets pathologiques, tantôt immédiats, foudroyants même, tantôt lents, progressifs, et toujours fatals, atteignant également les profondeurs de l’organisme, dans ses éléments les plus intimes , jusque dans les sources mêmes de la vie; et de là deux or-

dres de- faits pathologiques, qui viennent se grouper sous deux chefs principaux que nous désignons sous les titres de Jiicotisme aigu et de nîcotisme chronique.

§ b’. — Nicotisme aigu.

Le nicotisme aigu est l’effet direct, immédiat, de l’aspiration du tabac; il est, à un premier degré, le premier tribut que les fumeurs payent au début de leur noviciat dans l’usage de la pipe ou du cigare, comme il peut être l’effet d’un air respiré dans un foyer nicotisé, dans les fumoirs publics et privés, dans les estaminets, dans les compartiments spéciaux des chemins de fer, dans tous les milieux plus ou moins chargés de vapeurs de tabac.

Il a pour symptômes bien connus des étourdissements, des vertiges, des vomissements, des défaillances musculaires, des lipothymies, des syncopes plus ou moins graves, avec résolution des membres; et il a pu avoir ainsi une terminaison funeste, sans attendre le bienfait de la tolérance dont se flattent de profiter le plus grand nombre des fumeurs.

NICOTISME AIGU

la mort pouvant frapper celui qu’elle atteint aussi rapidement que la foudre; ce qui a pu, dans quelque cas , la faire confondre avec tout autre gefMK de mort, avec de prétendues apoplexies dites foudroyantes, avec des ruptures du cœur ou des gros vaisseaux, quand, à défaut d’aucune autre preuve, elle pouvait trouver une cause probable dans le fait d’intoxication nicotique, comme il a pu arriver chez des personnes qui ne pouvant ni vivre, ni respirer, ni dormir que dans un milieu nicotisé, ont été trouvées gisant dans leur lit de mort, au milieu d’une épaisse atmosphère de tabac et entourées de tout l’appareil obligé du fumeur!

Personne ne s’étonnera d’ailleurs de ce genre de mort, si l’on songe que, pour opérer ses effets d’intoxication, le tabac peut s’adresser également aux trois grands centres de la vie : au cerveau, comme centre d’innervation ; au cœur, comme centre de circulation; au poumon, comme centre de respiration, en donnant la mort par sidération, par syncope, par asphyxie, ainsi que la physiologie expérimentale a pu facilement le démontrer (Ortila, Claude Bernard, etc.).

JOI.LY. f,

Mais ce qui ne pourrait non plus être mis en doute, comme effet de nicotisme aigu, et d’après des faits cliniques dus à d’habiles observateurs, ce sont les cas d'angine de poitrine^ ainsi que les cas d’embolies vasculaires devenus plus fréquents, comme résultat bien démontré de l’abus du tabac.

Personne ne pensera d’ailleurs qu’il soit absolument nécessaire de fumer pour subir les effets toxiques du tabac, soit à l’état aigu, soit à l’état chronique. Une expérience pour ainsi dire vulgaire a pu prouver maintes fois qu’une atmosphère plus ou moins chargée de vapeurs de tabac, comme celle que l’on respire dans les estaminets ou autres foyers d’intoxication nicotique, pouvait exercer la plus funeste influence sur la santé; et pour le comprendre il suffirait encore de savoir que la fumée de tabac mise en expansion dans un milieu plus ou moins circonscrit, renferme une certaine quantité de nicotine que d’habiles chimistes, MM. Melsens et Heubel ', ont su mettre à nu, dans des proportions né-

I. Heubel, Propr. cliim. et action toxique de la fuinàe de tabac (Centralblalt , ociob. 1872) et Bulletin de la Société chimique, iSyS, tome XIX.

NICOTISME AIGU

cessaireinent variables, mais qu’ils ont évaluée, en moyenne, à 7 0/0. On doit aussi à M, Gustave Lebon résultats d’étude pleinement confirmatifs de ce fait,

11 ne peut être indifférent de savoir aussi que, d’après une plus récente analyse de la fumée de tabac, un autre savant chimiste, M. Vogel 1, a su y découvrir la présence d’acide cyanhydrique, comme pouvant ajouter ses effets toxiques à ceux de la nicotine, dans l’air expiré des fumeurs. Ce qui est du moins certain, c’est qu’un grand nombre de personnes, surtout des femmes et des enfants, ne peuvent séjourner quelque temps dans un milieu nicotisé, sans éprouver des maux de tête, des nausées, des étourdissements, même des syncopes.

Beaucoup de fumeurs, qui s’éloignent volontiers du foyer domestique pour aller se délecter plus à l’aise dans les fumoirs publics, y trouvent plus encore des effets d’intoxication nicotique. M. Ségalas nous citait, il y a peu de temps, l’exemple d’un jeune homme qui passait une partie de sa vie dans

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